samedi 26 septembre 2015

Tiré à quatre épingles de Pascal Marmet



Un polar intitulé "Tiré à quatre épingles" avec un héros inspecteur nommé Chanel et des statuettes africaines percées de piques, d'épingles, donne à penser que l'humour ne sera pas absent du roman. Au milieu d'une intrigue tournant autour du meurtre d'une dame refaite au silicone, évoluant dans l'univers de l'art africain et où la gare de Lyon tient une place importante, il est effectif que la plume de Pascal Marmet est légère. Aussi légère que le personnage de Alex/Laurent, jeune homme tout de vert vêtu et fasciné par le personnage de Peter Pan qui va se trouver mêlé à cette histoire par hasard et dont la démarche sautillante mais fuyante va donner un peu de fil à retordre aux policiers du 36 quai des Orfèvres.
Mais cette légèreté est aussi appliquée à l'intrigue.  Plein de bonnes idées parcourent cette histoire comme les deux jeunes stagiaires affectées à l'enquête, l'immeuble dans lequel habite Chanel, sorte de navire au bord du gouffre, branlant et pathétique, peut être à l'image de son propriétaire ou la consigne de la gare de Lyon en proie aux maléfices d'une statuette africaine. L'intrigue est fournie, elle  aussi, même si les rebondissements peuvent apparaître téléphonés, le hasard faisant souvent bien les choses. Ce n'est jamais désagréable à lire mais tout cela manque un peu de corps. Un approfondissement des personnages et une meilleure utilisation de toutes ces bonnes idées aurait donné sans doute un polar plus passionnant.
Cependant, tel qu'il est, il n'est pas désagréable à lire et permet de passer un moment agréable, c'est déjà ça.  Personnellement, j'en demande un peu plus à un roman policier et "Tiré à quatre épingles " risque de passer dans la catégorie "sitôt lu, sitôt oublié" ....sauf si la statuette africaine vient me tourmenter par esprit de vengeance...


Roman lu dans le cadre de "Masse critique" du site Babelio, le site de tous les  lecteurs. 

mardi 22 septembre 2015

Peau neuve d'Elise Griffon



Les récits autour du passage de l'enfance à l'adolescence sont légions. Le sujet a été maintes fois exploré, sous toutes les coutures, les formes sauf peut être en mettant en avant ce qui pose sans doute problème en premier : le corps.
L'histoire se déroule en 1990, à une époque qui, avec le recul, peut sembler un peu plus libre qu'aujourd'hui. Laura, entre en 5ème dans un nouveau collège provincial. Elle arrive de Paris et ne connaît personne. Lors de sa première journée, elle écope, comme toute sa classe, d'une punition donnée par une prof de français bordélisée et dépressive. Tous ces adolescents doivent raconter leurs vacances d'été. Sujet bateau par excellence, sauf que Laura, encore naïve, raconte son séjour dans un centre naturiste. En plus d'avoir la meilleure note et de passer ainsi dans le camp des bons élèves ce qui n'est jamais bon dans un groupe pour qui être à la limite du cancre est une gloire, Laura va se retrouver stigmatisée, passant pour une perverse.
"Peau neuve", chronique délicate mais sans concession, sur l'apprentissage de la vie et de l'intolérance, joue sur plusieurs tableaux. En entremêlant le récit implacable dans le collège avec celui plus heureux dans le camping naturiste, Elise Griffon pose le problème de l'image du corps chez les adolescents mais aussi dans la société toute entière. Le récit des vacances, illustré de la façon la plus simple et la plus naturelle possible, pose un regard bienveillant sur les adeptes de la nudité, sans doute un soupçon pédagogique et militant dans les premières planches, mais possède surtout une justesse de ton et de regard qui émeut. Nous assistons au dernier été de totale liberté de Laura, nue et encore insouciante, même si se glissent les premières interrogations sur la sexualité. Lorsque l'on est nu, impossible de cacher les poils qui apparaissent, les seins qui poussent ou les confidences des copines un peu plus âgées (et pour les non initiés, ou pour ceux qui prennent leurs infos dans les reportages minables de TF ou M6, pas parce que les sexes sont en érection!  Les centres naturistes ne sont pas des lupanars comme au Cap d'Agde.). Le montage en parallèle avec sa rentrée au collège est d'autant plus fort que se joue là un épisode fondateur pour la vie future de cette jeune fille. Elle vivra en accéléré une initiation à la bêtise, à la violence, à l'intolérance, passage qui la laissera brisée, comme le camping à la fin de l'été qu'une tornade prémonitoire dévastera. Je ne dirai rien du final de cette histoire, sauf que les dernières planches sont un hymne magnifique au corps sous toutes ses formes, à la nature, à la liberté et à la vie ou comment une vieille dame et l'océan peuvent contribuer à une renaissance.
"Peau neuve" est un roman graphique aussi âpre dans sa description d'une certaine humanité enfermée dans des stéréotypes sociaux que d'une infinie douceur quand il s'agit de donner vie à une adolescente élevée dans le respect des autres. Pour moi, une lecture fortement conseillée aux adolescents (mais pas que..). A l'heure où la morale déboule dans les salles de classe, voilà un roman graphique qui possède le bon regard pour amener le débat mais surtout faire réfléchir sur la tolérance. Les jeunes qui agressent Laura le font autant par méconnaissance d'un univers particulier que par la peur qu'engendre l'inconnu (ça nous rappelle quelque chose de notre actualité brûlante) et quand en plus cela touche au corps... nous sommes au coeur des interrogations de ces adolescents. En un mot : indispensable !



lundi 21 septembre 2015

Much Loved de Nabil Ayouch



"Much loved", c'est Marrakech, une bande de filles délurées cherchant de l'argent en échange de plaisirs avec des hommes et un regard de vrai cinéaste. Il est évident que dans un pays musulman comme le Maroc, ce regard dérange un tantinet. Les propos haineux et violents tenus au moment de sa projection à Cannes par la presse marocaine sont de ceux qui font frémir; Au-delà tout ce que cela démontre d'une société pétrie de religion et de non-dit, je suis certain que c'est l'étude de moeurs sans concession qui enflamme les esprits plus que la représentation de ces femmes, aux activités légères, mais loin d'être libres.
Elles sont trois jeunes femmes, usant de leurs charmes pour soustraire de l'argent si possible à de riches saoudiens dont la fortune les fait rêver. Il faut savoir que l'européen à leurs yeux n'a plus guère de moyens. Les soirées sont nombreuses, l'alcool y coule à flot, les filles y sont traitées comme des putes, encore des moins que des femmes qui sont déjà des moins que rien. Mais celles-ci sont finaudes, elles ne sont pas dupes de cette richesse qu'elles ont entre leurs jambes, si convoitée par des hommes  corsetés par une société moralisatrice. Elles s'offrent mais elles connaissent tous les moyens pour arriver à ramasser le plus d'argent possible, quitte à se faire parfois exploser l'utérus...  Malgré cela, elles continuent de rêver au prince charmant, à l'homme qui leur offrira une vie d'amour et...de luxe...car, une fois qu'on y a goûté... L'une d'elles, Soukaina, pense avoir trouvé un homme qui l'aime. Il lui lit des poèmes au lieu d'abuser d'elle mais lorsqu'elle s'apercevra qu'il préfère les hommes et qu'elle le lui dira, elle sera rouée de coups par ce mâle incapable d'accepter sa vraie sexualité. Par contre sa copine Randa, osera sans colère vivre son homosexualité dans une douceur et une prévenance, certes tarifée, mais inconnue. Cette évocation de l'homosexualité a vraisemblablement plus énervé le pouvoir marocain que les parties fines des personnages féminins, finalement moins dérangeantes car au fond nécessaires soupapes à des mâles dominants mais frustrés. Et si vous ajoutez à cela , une scène très fine sur la prostitution enfantine, la présence de travestis, d'alcool, de drogues diverses et surtout de cet argent, nerf d'une guerre qui ne dit pas son nom, vous obtenez le portrait très dur d'un pays muselé.
On a un peu vendu le film sur la polémique créée dans son pays mais il faut le dire, haut et fort, aller prendre un billet pour "Much loved" pourra peut être s'apparenter à un geste de soutien au réalisateur mais ce sera surtout l'occasion de découvrir un vrai cinéaste. Nabil Ayouch s'empare de ce sujet casse gueule avec une honnêteté absolue et filme ces femmes avec la distance idéale, ne cachant rien de leurs défauts, de leurs joies, de leurs contradictions, de leurs peines, Il les aime et sait le faire partager. Le regard qu'il porte sur elles est celui d'un ami, jamais malsain, jamais dans le jugement. Il capte leur rude vie comme un ethnologue et filme Marrakech dans une vérité assez éloignée des dépliants touristiques. Les comédiennes sont formidables d'énergie et de courage et le film tout entier est irradié par leur forte présence.
On ressort de là aussi humilié que si on avait joué avec notre carte bleue que l'on nous aurait passé entre les fesses pour symboliser la marchandise qu'est notre corps mais ému aussi par la beauté de ces femmes, battantes et fragiles à la fois, symboles, on l'espère, d'une possible libération des esprits.


samedi 19 septembre 2015

La maladroite d'Alexandre Seurat


Un récit sec aux allures de dialogues, qui n'en sont pas. Les intervenants parlent à tour de rôle mais ne communiquent pas entre eux. Ils parlent de Diana, petite fille fragile, que tout le monde soupçonne de subir des violences au sein de sa famille mais que l'on n'arrive pas à faire parler. Le récit que tous les témoins de cette histoire (vraie) égrènent, raconte cette sordide histoire sans laisser aucun échappatoire au lecteur. On se trouve en quelques phrases au coeur de ce fait divers, face à ses propres sentiments. On pourrait croire aux minutes d'un procès mais c'est plus intime et c'est surtout sans jugement. Ces hommes et ces femmes s'expriment simplement, humainement et nous obligent à s'interroger sur notre comportement en de telles circonstances.
Le récit est terrible car terriblement bien écrit. L'enfance maltraitée, la violence d'un papa et d'une maman, ça existe, même au-delà de l'imaginable. Ce livre est un coup de poing dans le ventre, une déflagration qui va au-delà de la tragédie. Et l'on ne peut que se questionner sur les rouages grippés qui n'ont pu empêcher cette tragédie. Si notre jugement est clément par rapport aux comportements de ces hommes et femmes qu'a pu rencontrer la petite Diana, le livre, en creux, de par sa construction et sa sécheresse, met en évidence l'évidente solitude de ces professionnels. Ils communiquèrent beaucoup, au mieux par téléphone, sinon par des formulaires froids et administratifs, paperasse sans vie soumise à des réglements trop rigides, mais ils restèrent seuls avec leurs doutes, leurs présomptions, leur mal être. Victimes non consentantes d'une société qui s'enferme derrière des règlements, niant les échanges simples et élémentaires, ils sont les parfaits exemples d'une époque soi disant communicante mais qui a réussi à effacer l'essence même des rapports l'humain : les contacts réels. Face à ces parents qui eux maîtrisaient leur communication, ils ne furent que des pions esseulés, qu'aucune administration n'a eu idée de réunir pour faire jaillir leurs doutes, leur désarroi et surtout la vérité. Diana est évidemment la victime de parents désaxés mais aussi quelque part celle d'une société trop normée.
Ce court récit d'une tragédie moderne et effrayante où l'extrême solitude de tous les protagonistes nous foudroie littéralement, laisse une impression durable et amère, empreinte indélébile que seuls les romans réussis sont capables de faire naître. 

vendredi 18 septembre 2015

Marguerite de Xavier Giannoli

" Marguerite" , le film français haut de gamme qui sort cette semaine est accompagné de tellement  bonnes critiques que les spectateurs, déjà maintes fois échaudés par des sirènes menteuses, peuvent légitimement se poser la question sur la véracité de cette avalanche de compliments.
Mis en avant par la promotion, le potentiel comique de cette richissime baronne éprise de bel canto qui donne des concerts d'une fausseté inouïe, cache en fait un film bien plus subtil que prévu.
Le prétexte de nous faire rire aux dépends de la voix de cette pauvre femme tourne vite court, le film nous offrant tout d'abord une toile de fond riche, aussi bien en décors qu'en rappels historiques. Nous sommes  juste après la grande guerre. Les bourgeois tout occupés en bonnes oeuvres côtoient pourtant quelques jeunes artistes aux idées neuves. Les dadaistes font exploser les bonnes manières dans leur coin, les années folles ne sont pas loin. Et au milieu de cette effervescence, notre Marguerite, sa voix de crécelle désaccordée et son argent en bandoulière, va pouvoir vivre une vie d'artiste lyrique. Abusée, leurrée par son entourage qui garde le silence pour ne pas perdre les profits qu'il retire de son absence de franchise, elle s'enfoncera dans une folie artistique. Cela aurait pu être drôle, c'est surtout aussi pathétique que touchant. Xavier Giannoli aime son personnage qui n'est finalement qu'une grande amoureuse déçue. Elle chante pour qu'on la regarde, qu'on l'aime. Ces cris de poulets qu'on étrangle qu'elle lance devant un public mi narquois, mi médusé, est sa seule façon de crier son amour à un mari qui la délaisse. Catherine Frot, comédienne aimée et bankable, porte le film sur ses épaules et donne une interprétation magistrale de cette femme blessée. Tour à  tour naïve, enfantine, exaltée, elle nous touche constamment, donnant à son interprétation quelque chose d'inoubliable.
Mais le film ne serait pas aussi réussi si autour d'elle, il n'y avait une pléiade d'acteurs tous plus justes les uns que les autres, de Michel Fau au cabotinage irrésistible à André Marcon, mari volage plus nuancé que prévu et au troublant Denis Mpunga, serviteur fidèle et aimant de Marguerite. Ce personnage est une formidable idée de mise en scène. Toujours présent, son oeil regarde et scrute les âmes, témoin amoureux et bienveillant des délires d'une femme, il donne au film toute sa portée symbolique. Par ces apports scénaristiques et de mise en scène, ce qui aurait pu être une comédie bien menée, clinquante et touchante, devient soudainement le reflet goguenard de notre propre réalité. Marguerite touchera le coeur des spectateurs car elle vit son rêve jusqu'au bout, défie la société, le supposé bon goût, fait éclater les conventions. Vivre réellement sa passion, est une volonté que peu d'entre nous osent faire aujourd'hui. Pour cela, elle devient l'héroïne d'un conte certes  tragique mais ô combien édifiant. Il est difficile de réaliser ses rêves, beaucoup s'y brûlent les ailes. On pourrait y voir une mise en garde, j'ai préféré y lire le récit d'une force, le portrait d'une grande amoureuse qui quittera notre terre quasi comblée, finissant dans les bras de l'être aimé.
Ceci est ma lecture toute personnelle, mais le film a la grâce de permettre toute une kyrielle d'interprétations au milieu d'une histoire joliment filmée et qui passionne de bout en bout. Quand le cinéma dit commercial a cette qualité, j'en redemande.

jeudi 17 septembre 2015

Barracuda de Christos Tsiolkas


Barracuda est le surnom donné par ses coéquipiers à Danny, jeune nageur très prometteur. C'est vrai que Danny a la rage de vaincre et de devenir un golden boy, autre surnom donné à ceux qui gagnent les compétitions et participeront sans doute aux jeux olympiques de Sidney en 2000. Issu d'un milieu modeste, il intègre un lycée prestigieux grâce à une bourse d'état. Son tempérament de gagneur va être exacerbé à la fois par son entraîneur mais surtout par le rejet avoué ou non de ses condisciples, adolescents bien nés qui possèdent tous les codes de la réussite. Et petit à petit, une violence déjà présente en lui, va croître jusqu'à mettre ses rêves de champion en péril.
Le barracuda est un poisson carnivore, à l'allure peu sympathique quand on voit une photo, du genre à rayer le parquet avec ses dents apparentes. Danny n'est pas tout à fait cela, tout du moins au début du roman. De l'empathie du départ, le lecteur va passer petit à petit et au fur et à mesure que la violence apparaît, à un certain rejet de ce personnage. Puis, dans sa dernière partie, l'auteur s'ingéniera à redonner du lustre à son héros en essayant un chemin de quasi rédemption.
L'écriture du roman déroule une efficacité toute anglo saxonne, celle qui va vite, ne s'encombre pas trop de psychologie ou de longs détails ou descriptions. C'est facile à lire sauf, qu'ici, il y a un montage qui ne respecte pas la chronologie et qui donne un ton assez intéressant au récit. D'un départ classique et même peu original, l'empathie pour ce pauvre banlieusard va être ternie peu à peu par des faits rapportés sans que l'on en sache exactement la teneur. Cela donne du sel au récit et sûrement un côté plus mystérieux et donc accrocheur. C'est plutôt une bonne idée pour une histoire que dès le début on peut juger peu novatrice. Hélas, tout ceci ne tient que dans la première moitié du livre. Quand l'auteur aborde le versant rachat du personnage, tout devient plus convenu. Même s'il entretient subtilement la possibilité que la violence intérieure de Danny ne soit pas complètement éteinte, on n'échappe hélas pas, à un final que Mister Tsiolkas aurait peut être voulu lacrymal ou tout du moins émouvant, mais qui m'est totalement passé à côté.
Je n'ai pas lu "La gifle", le roman précédent (à succès), il m'est donc difficile de comparer, mais il est certain que la lecture de "Barracuda" ne m'incitera pas forcément à rattraper cette impasse.

Roman lu dans le cadre de "Masse critique" du site de lecteurs BABELIO

samedi 12 septembre 2015

Youth de Paolo Sorrentino


Que dire lorsque l'on a vu le film le plus laid de la rentrée alors qu'il s'ingénie à faire le beau ? C'est le paradoxe du dernier Sorrentino qui rate vraiment sa cible. Même si on y retrouve la causticité qui faisait le sel de ses précédents longs métrages, le résultat laisse assez pantois. A-t-il trop vu de clips racoleurs ? A-t-il trop tourné de pubs à la chaîne pour payer ses impôts ? Je n'en sais rien mais sur l'écran se déroule une suite de scénettes, de mini pastilles autour de clients d'un genre d'hôtel  Thalasso/spa pour riches oisifs, si possible matures, qui n'ont eu aucun impact sur moi, court-circuitées par une image trop maniérée, trop cadrée genre "T'as vu du plouc comme je sais travailler ma photo!". Du coup, on ne s'intéresse nullement à ces deux vieux artistes interprétés par Harvey Keitel et Michael Caine. Ils cabotinent un peu mais moins que le réalisateur, balancent deux trois vagues méchancetés qui tombent dans l'indifférence générale. Ils sont entourés de plus jeunes, Rachel Weisz et Paul Dano, pas mieux servis, avec des personnages peu dessinés et pas intéressants. Tout ce joli monde s'ennuie un peu au milieu des montagnes suisses mais surement moins que nous qui n'avons pas eu accès à la thalasso et aux massages. Leurs problèmes d'égo, de prostate, de sexualité sont aussi mous que leurs sexes flasques que même miss univers, nue (voir affiche) n'arrive pas à réveiller.
On ne voit pas bien ce qu'a voulu dire Sorrentino avec ce film. Est-ce un film sur le temps qui passe, le temps qui reste à vivre ? Ou un hommage aux créateurs qui, même au bord de la disparition laisseront toujours leurs oeuvres pour des plus jeunes qui s'en inspireront ? Cette  vision idyllique a quand même du mal à s'extraire de ces propos rances et d'une critique (un peu répétitive) du monde du spectacle. Et que penser de la fin ? Est-elle censée nous émouvoir quand même ou est-ce une ultime moquerie avec cette diva tout droit sortie d'un bar à putes de Bar le Duc ? Comme je suis basique, j'ai tranché : c'est raté et risible, mais d'un rire jaune qui voit ainsi un metteur en scène que l'on avait tant aimé, s'embourber dans une pensum d'un autre âge. Décidément Cannes n'était pas , pour le moment, une grande édition !


vendredi 11 septembre 2015

Life d'Anton Corbijn



Dennis Stock est un photographe qui traîne autant son mal être suite de divorcé solitaire que son envie de devenir une pointure de sa profession. Il fait bien quelques piges pour quelques magazines célèbres dont Life mais rien qui puisse lui apporter un once de consécration. C'est au hasard d'une de ces nombreuses soirées hollywoodiennes qu'il croise un jeune acteur dont la première apparition au cinéma semble prometteuse. Dans quelques semaines sortira "A l'est d'Eden" mais déjà Jack Warner flaire que ce jeune et fougueux étalon pourrait bien devenir un vrai pur sang. Pour le moment, la bombe Dean n'a pas encore explosé et les deux hommes se rapprochent. Le premier perçoit en l'acteur une future star dont il désire immortaliser très vite le non conformisme et révéler une vérité que le star system étouffera bien vite. Le second sent sa vie lui échapper, la gloire attendue cogne à sa porte mais pressent que ce sera une prison. De rencontres en rendez-vous ratés, petit à petit les deux hommes vont apprendre à se connaître, s'apprécier et finiront par réaliser un reportage devenu mythique au fin fond de l'Indiana.
Cela aurait pu être un biopic de l'un ou de l'autre, mais le film se contente de rentrer dans leurs légendes respectives par le biais de cette brève rencontre. C'est filmé calmement, de façon lisse et linéaire, sans aucun rebondissement, avec une photo magnifique mais jamais pesante et une caméra toujours au bon endroit, fouillant les âmes des deux personnages et c'est cette alchimie magique qui donne au film toute sa profondeur, permettant au spectateur se glisser dans les nombreuses pistes proposées. Cette apparence glacée (et pas parce que cela se passe en hiver) cache évidemment sous la glace, un feu qui se révèle passionnant. Bien sûr, on peut être amusé par ce petit jeu autour des deux jeunes acteurs starisés jeunes (Dean/Pattinson) mais aussi l'envie qu'a le film de montrer d'un doigt léger la fin de l'époque du cinéma glamour, machine à faire rêver qui va être balayée par l'entrée d'une jeunesse américaine dans un conformisme plus rock'n roll. Mais c'est surtout l'histoire pudique de la rencontre de deux hommes qu'un passé presque similaire attire. Ils s'accordent, se respectent, se comprennent. Se séduisent ? Oui, sans doute aussi, même si le film ne le suggère que légèrement mais laissant cette part à l'appréciation du spectateur. Cela donne au film son mystère et sa puissance, de nombreuses scènes pouvant effectivement être vues comme un désir refoulé chez Stock.
"Life" peut également être lu comme le récit de la prémonition de James Dean quant à son destin tragique, celui d'une étoile filante qui défiera la mort jusqu'à la trouver trop vite, évitant ainsi une vie fabriquée de toute pièce qui lui aurait sans doute été insupportable.
Avec ses nombreuses pistes ouvertes à la sensibilité du spectateur, ce nouveau film d'Anton Corbijn est une pure merveille, maîtrisée, et plus complexe que son aspect propret peut le laisser supposer. Robert Pattinson incarne le photographe Dennis Stock, personnage principal du film mais joué avec discrétion. Quant à Dane DeHaan à qui revient la redoutable d'être James Dean à l'écran, alors qu'il ne lui ressemble pas du tout physiquement, il parvient à le faire vivre avec fureur, avec talent et risque lui aussi de devenir un des prochains géants du cinéma. Et deux raisons supplémentaires d'aller toutes affaires cessantes découvrir ce film !


 Je ne résiste pas au plaisir de mettre cette magnifique photo de Dennis Stock dont on voit le moment où elle a été prise dans le film...


mardi 8 septembre 2015

The lesson de Kristina Grozeva et Petar Vatchanov


Nadia, prof, raide, à l'allure rigide essaie de défendre un élève de s'être fait voler fait voler de l'argent dans sa salle de classe. L'enseignante va tout faire pour trouver le coupable et l'argent. Mais les leçons de morale, les possibilités de rendre de façon anonyme ne fonctionnent pas. Nadia en est peinée, son honnêteté viscérale est mise à rude épreuve. De retour chez elle, la journée grise tourne au noir. Son mari, peu scrupuleux, a utilisé l'argent destiné à payer le crédit de la maison pour l'achat d'une pièce de moteur pour son camping-car. Du coup les huissiers sont mis sur le coup, le couple a trois jours pour rembourser. Le camping car s'avérant invendable, Nadia n'a plus que son courage et sa détermination pour réunir la somme demandée.
Ce film est une rareté, non pas parce qu'il vient d'un pays dont on voit peu la production (la Bulgarie) mais parce qu'il y a des mois que je n'avais pas vu un film avec un tel suspens. Bien plus fort que de nombreuses productions plus riches, plus commerciales, "The lesson", fait avec des bouts de ficelle, tient en haleine les spectateurs, faisant même hurler la salle lors de certains rebondissements alors que rien de sanguinolent ne se passe, juste les péripéties toutes simples d'un scénario qui fonctionne à plein régime, le manque d'argent étant un sujet parlant pour beaucoup de monde.
Seulement, il ne suffit de belles idées scénaristiques, il faut en plus d'une mise en scène inspirée, un propos et une toile de fond intéressante. Ici, il y a tout, une caméra présente qui filme au plus près son héroïne pour mieux nous mettre en empathie avec elle et surtout le portrait culotté d'une Bulgarie qui s'essaye à l'économie de marché, avec ses nombreux petits escrocs, ses usuriers mafieux et une population prise à la gorge qui est prête à balancer aux orties le fond d'honnêteté qui reste. Dans ce monde où les valeurs ne sont plus que celle de l'argent et de la vitrine consumériste, Nadia, telle une abeille emprisonnée dans une bouteille, se heurte constamment à cette réalité, emportant le spectateur dans cette course poursuite haletante où s'emmêlent le vice et la vertu. Parviendra -t-elle à trouver une issue, à se défaire de ce camping car en panne qui bouche l'entrée de sa maison, le véhicule devenant ici le symbole des désirs libéraux de cette société post communiste ?
The lesson, est une fable vraiment réussie qui arrive à tenir un propos universel. Jouant sur un suspens intégral et ne se privant pas de donner un vrai point de vue sans être une seconde didactique, le film est sans conteste la meilleure surprise de cette rentrée un peu pâlichonne, offrant aux spectateurs la certitude de passer un moment à la fois passionnant et intelligent !


dimanche 6 septembre 2015

Cemetery of splendour d'Apichatpong Weerasethakul


Se rendre dans un cinéma projetant la dernière oeuvre du cinéaste thaïlandais Apichatpong Weerasethakul demande en amont une certaine préparation mentale. Heureusement la presse française s'en est largement chargé cette semaine. Passons très vite sur le très mercantile mais sûrement subjectif "plus grand cinéaste au monde" des Inrocks, et imprégnons-nous plutôt des termes rabâchés dans les articles énamourés de Télérama, "béatitude émerveillée, monde onirique, labyrinthe mental " ou de l'obs, " mysticisme hypnotique, conception bouddhique ", autant de termes qui feront fuir les groupies de Jean Reno.
Il faudra donc ouvrir son esprit ( ses chakras ? ) et essayer de se laisser porter par les images et les dialogues du film. Je dis bien "essayer" car "Cemetery of splendor" n'est pas évident à appréhender, la lenteur et les longs plans fixes peuvent conduire très vite à une certaine léthargie le plus appliqué des spectateurs. Les esprits matheux, les amateurs de clips, les fanas d'action, les gourmands d'histoires bien carrées, passez votre chemin sauf si vous êtes curieux et désireux de soutenir le cinéma de création. Par contre, les adeptes du yoga, de la méditation transcendantale seront à la fête, le bonheur est à portée de regard.
Zut, vous êtes comme moi, à la fois trop cartésien et aimant découvrir un cinéma hors des normes ? Que faire ? Prenez un bon café, respirez bien profondément et aimantez votre regard sur l'écran, l'aventure n'est peut être pas loin.
Il me faut l'avouer, mon emballement a été plutôt de l'ordre d'un chat découvrant dans sa gamelle une portion de petits pois à la place de ses croquettes habituelles. Je ne criais pas au génie en sortant de la salle, même si cela aurait réveillé mon voisin, qui, sans doute totalement hypnotisé, a dormi comme un bébé dès le premier quart d'heure. Et il a eu raison, car, c'est expliqué dans le film, notre métabolisme est ralenti quand on dort et ainsi on vit plus longtemps ! Chanceux spectateur !
Je n'ai pas dormi mais je suis sorti un peu circonspect.  Je n'ai pas réussi à me laisser pénétrer par ces images où je percevais bien qu'elles cachaient de sublimes pensées et évocations fantomatiques, ni par ces dialogues étranges qui optaient un certain non sens propre aux rêves. Je n'ai pas su décrypter ces plans de bulldozers soulevant de la terre, symbolisant (dixit Api.... c'est plus court qu'Apitchatpong) à la fois le futur et l'excavation possible de squelettes, donc du passé mais qui auraient tout aussi bien pu être une symbolisation du combat dévastateur mené contre la terre thaïlandaise par les politiques locaux. Les nombreux plans de ventilateurs et de petites turbines m'ont bien renvoyé aux éléments naturels si importants dans la sagesse asiatique, mais que penser de cette sorte de protozoaire dans un ciel nuageux ? Et de cet homme qui défèque longuement dans la forêt ? Et de cet énorme coeur en caoutchouc que l'on extrait de la rivière ? Autant d'images qui passent, originales ou fantastiques, portes pour un monde plus souterrain dont je n'ai pas trouvé l'entrée ou peut être pas réellement cherché, sans doute trop occupé à essayer d'ouvrir les yeux et l'esprit, essayant en vain de me laisser envahir par cette poésie rêveuse  (Non, pas contre le sommeil, je connais l'esprit perfide de quelques un(e)s, même si tous les personnages masculins du film y sont plongés).
Si le film n'a pas réellement fonctionné sur moi, force m'est de reconnaître que j'ai rarement ressenti autant de douceur au cinéma. Pas de cette douceur fabriquée avec des couleurs pastels et une histoire mièvre, mais quelque chose de plus profond, de vrai. Apitchatpong Weerasethakul pose un regard tellement doux sur l'existence, sur les rapports humains, mélange d'empathie, de spiritualité et de sensualité qu'il parvient à la rendre palpable chaque seconde. J'ai été heureux de me dire que dans un monde de brutes, il existe encore des hommes et des femmes qui arrivent à donner aux autres, en toute honnêteté, ce sentiment de quiétude et de bien être au milieu d'un paysage assez délabré. Même si cela passe par un film pas facile d'accès, c'est quand même, pour moi, une excellente nouvelle.


samedi 5 septembre 2015

Premier matin de Fleur Oury


Au moment de la rentrée des classes, parents mais aussi enseignants cherchent toujours des albums, souvent un peu utilitaires, pour illustrer, commenter ou mettre en perspective ce moment toujours un peu anxiogène. "Premier matin", premier album de Fleur Oury, rejoint la cohorte déjà bien pourvue des albums fait pour rassurer en surfant sur la vague presque envahissante dans la production actuelle du genre rétro. C'est marrant d'ailleurs comme la jeune génération d'auteurs/illustrateurs semble s'inspirer d'album qui ont bercé la génération de leurs grands-parents.
Au premier coup d'oeil et à ma première lecture, j'y ai trouvé réuni tout ce que je n'aime pas dans un album jeunesse : la mièvrerie, la joliesse du décor, les bons sentiments qui dégoulinent et cet air godiche que pouvaient avoir les illustrations des textes de nos livres de lecture scolaire de mon enfance. L'effet nostalgie ne joue pas chez moi. Et puis, en le reprenant, j'ai apprécié finalement ce dessin au crayon feutre très soigné, précis et plein de relief, ce décor fleuri très gai qui donne à l'environnement de ce couple d'ours ( sur lequel on peut projeter n'importe quelle image parentale) une richesse insoupçonnée. Je me suis finalement laissé prendre par cette rassurante histoire parlant bien aux petits que les parents vont traîner à l'école, lieu encore mystérieux dont la présence quasi quotidienne dans les conversations de son entourage immédiat devient le cadre de tous les fantasmes possibles. L'album valorise cet endroit dédié à la sociabilité et à l'instruction mais n'occulte heureusement pas les immenses possibilités de savoir et de partage qu'offrent les extérieurs de l'école. On a vraiment envie de sauter parmi les fleurettes, s'éclabousser dans la rivière ou jouer à faire des traces dans la boue, activités tout aussi formatrices que la peinture, le dessin ou ...la lecture...
 La lecture, voilà le seul point, l'unique phrase que je ne peux pas laisser passer : "Et puis tu apprendras à lire !"!!! Il va bien falloir qu'un jour les auteurs ou les éditeurs arrêtent de parler de lecture à l'école dans un album pour les petits qui découvrent l'univers scolaire. Certes le jeune enfant va faire à la maternelle des tonnes d'activités qui vont l'amener très progressivement vers l'apprentissage de la lecture mais, normalement, il n'apprendra pas à lire... Arrêtez de lui bourrer le mou (et aux parents aussi ), il va être déçu ! Laissez lui le temps de jouer et de faire des tonnes d'expériences, il n'est pas encore mûr pour çà (ou alors surdoué, mais est-ce vraiment une chance ? ). Quitte à faire un album pédagogique autant rester dans la vérité.
Maintenant que j'ai évacué mon énervement, il reste à déguster ce joli et tendre album qui saura sans faillir, dédramatiser ce moment si important dans la vie d'un enfant et de ses géniteurs. Et si les parents sont amateurs de look vintage (c'est tendance), tout le monde va adorer. Cet album, à partir de trois ans, est édité chez "Les fourmis rouges".





jeudi 3 septembre 2015

La petite barbare d'Astrid Manfredi



La petite barbare est une jeune fille qui n'est pas naît au bon endroit, c'est à dire dans une banlieue glauque de la région parisienne. Père chômeur affalé sur un canapé avec une bière et mère ramant entre un petit boulot, son fainéant de mari et son ingrate fille qui juge déjà la situation avec recul et surtout dégoût. Très vite, elle sentira que son physique avantageux va lui permettre de boire facilement du champagne et se payer de belles fringues (de marque bien sûr !). Acoquinée avec un dealer puis à deux brutes épaisses, elle zonera dans les boîtes parisiennes où elle attirera de riches naïfs pour leur soutirer du fric en échange de quelques services sexuels honteusement tarifés. Tout cela la ménera à attirer un jeune bourgeois qui sera longuement torturé et qu'elle regardera mourir à petit feu sous les sévices de ses copains, puis en prison où ses charmes sauront lui obtenir une remise de peine ...
J'avoue, ce roman m'a agacé. L'idée de mettre le lecteur dans la tête de cette conne barbare, en partageant de l'intérieur pensées et avis est louable en soi, pas originale, mais pertinente pour décrire les mécanismes de la violence d'une certaine jeunesse laissée pour compte. Qu'elle banalise son acte en le notant comme un truc sans grande importance est glaçant mais possible dans un esprit assez rudimentaire. Qu'elle soit obnubilée par tout ce qui brille, qui claque et qui fait des bulles (de champagne), pourquoi pas, dans une société de consommation libérale, il n'est pas étonnant que les esprits faibles sacrifient à n'importe quel prix l'être au paraître, c'est fait pour ça ! Que son esprit soit dans son cul ou ses seins, qu'elle mouille au moindre mec susceptible de lui donner du fric, est triste en soi mais elle semble y prendre goût car c'est finalement le seul (maigre)  pouvoir qu'elle détient ...et tant qu'il y aura des abrutis pour y plonger dedans... Mais ce qui fait que cela n'a pas du tout fonctionné chez moi, c'est l'écriture ! J'ai constamment eu l'impression de lire un (mauvais) roman  pour adolescents, un de ceux où un adulte pense faire son fortiche en parlant (ou écrivant) comme un loubard, un enfant, un immigré, un vieux, ici une barbare donc.... C'est casse-gueule, pas souvent réussi et, malheureusement Astrid Manfredi, malgré une certaine gouaille, passe à côté, car elle utilise le truc qui commence à sérieusement dater et que l'on retrouve dans une cohorte de livres bâtis sur le même parti-pris : l'héroïne est peut être pauvre (ici en plus elle est dyslexique grave) MAIS, elle a (barrez les idées inutiles) un QI exceptionnel, un voisin, ami mentor qui la sort du ruisseau, un QE (Quotient Emotionnel)  démesuré, ou, et c'est le cas ici, elle aime la lecture et la poésie (ben oui, la dyslexie chez une vraie conne ça se guérit, même en banlieue quand on sèche l'école, les fellations ça sert à quoi ? Hein ? ). Du coup ça permet à l'auteur de lui faire dire des trucs du genre :" Contempler cette étendue qui nous rappelle qu'il ne faut pas déconner, qu'on n'est rien que des microbes vaniteux agrippés à tout ce qui finira par crever." Ok, c'est sans doute bien vu car elle lit "L'amant " de Marguerite Duras et récite du Boris Vian, la jeune fille, entre une gorgée de Veuve Cliquot, une boule de chit et une pipe sur un vieux riche.
Le problème c'est que l'on a déjà lu cette prose là cent fois. En 2015, on peut avoir une certaine verve caustique, un don d'observation pertinent de notre société qui bat de l'aile, ce n'est pas pour autant que son roman tient la route, surtout quand on veut nous vendre une héroïne cynique et pas du tout sympathique. J'ai eu du mal à croire que sa toute petite rédemption venait de son amour de la littérature. C'est penser que la culture rend les gens meilleurs ... J'aimerai bien voyez-vous, mais je suis sûr qu'Hitler était cultivé et lisait beaucoup. C'est donner à la lecture un beau rôle à une époque où, même dans une classe de prépa littéraire, certains élèves ont du mal à ouvrir un bouquin, alors imaginez quand on est une barbare, dyslexique, avec un QI de moule même pas marinière et un QE en dessous de sa dernière note en lecture en CM  (0,5 d'après Mme Duglantier sa maîtresse de l'époque) et uniquement intéressée par s'asperger de n° 5 en roulant dans une BMW volée.... Du coup, le propos qui se voulait percutant, peut être polémique, s'en trouve considérablement affaibli.
C'est bien tenté, mais, pour moi, c'est raté ! Cependant, il faut quand même le noter, il y a quelque chose dans l'écriture qui donne à penser que cet essai n'est pas inutile et que ce brin de plume, mieux utilisé, peut donner quelque chose d'intéressant. 

mercredi 2 septembre 2015

La vanité de Lionel Baier



Un vieil architecte victime d'une maladie incurable se rend dans un vieux motel qu'il a construit avec son épouse dans les années 60 pour y mourir de façon assistée. Esperanza, l'assistante de l'association, digne et professionnelle, assiste le futur mort  mais le témoin obligatoire prévu manque à l'appel. Heureusement, un prostitué officiant dans la chambre voisine pourra,entre deux passes, le remplacer au pied levé...
Pfff vous entends-je soupirer, encore un film bien glauque qui ne va pas nous remonter le moral ! Détrompez-vous  ! Le cinéaste suisse actuel le plus prolifique évite soigneusement de tomber dans le sinistre. Le regard qu'il porte sur cette histoire un brin décalée, peut s'enorgueillir de distiller une très agréable philosophie de vie ainsi qu'un humour tendre et complice. Sans tomber dans la pochade lourdingue, son film singulier, original dans un paysage formaté, accroche l'oeil et l'esprit.
Ce vieil homme, formidablement interprété par Patrick Lapp, dont on pense que ce qui lui reste à vivre ne sera qu'une suite terne de gestes techniques et déterminés, verra ses derniers moments troublés par l'intrusion de la vie, cette coquine qui met du désir, du plaisir, de la curiosité et de l'inattendu n'importe quand. Thanatos et éros feront un drôle de mélange, amenant notre candidat au trépas dans des zones insoupçonnées, celles d'une liberté que l'on n'osait s'accorder jusque là. On retrouve donc un thème déjà développé par Lionel Baier ( revoir "Les grandes ondes" , son précédent long-métrage), mais cette fois-ci intégré dans un projet plus esthétiquement pensé. Et c'est peut être ici que le bât blesse un petit peu. Alors que le dévoilement progressif de chacun des protagonistes permet à l'intrigue de constamment rebondir, changer de direction, la mise en scène, coincée par un décor de studio à la fois pictural et triste, apparaît comme pesante et empreinte d'une grande théâtralité. La liberté (d'aimer, de mourir, de vivre ) qui bouillonne dans la tête des personnages se cogne au cadre d'une caméra un peu raide et à un décor très, trop soigneusement pensé. Cet effet pas complètement envahissant et signifiant sans doute plein de choses ( une métaphore de notre monde ? ) donne quand même un petit côté empesé à la chose. Il reste cependant, le plaisir de voir de bons acteurs jouant sur un partition drôle et tendre, avec son lot de gags décalés dans un univers presque absurde. C'est au final plaisant et divertissant mais pas totalement convaincant. A vouloir créer du sens sur tout et partout, le film perd un peu de fluidité mais réserve quand même de très jolis moments de comédie, de rêve ou de réflexion, et rien que pour cela il serait dommage de faire l'impasse.


Joe la pirate de Hubert et Virginie Augustin

 Joe la pirate, c'est Marion Barbara Carstairs, un riche anglaise devenue ensuite l'héritière de magnats du pétrole ( ses grand-pare...