mercredi 23 septembre 2020

Eléonore de Amro Hamzawi


 Nora Hamzawi, après quelques apparitions remarquées dans "Doubles vies" d'Olivier Assayas ou" Alice et le maire" de Nicolas Pariser ( entre autres) , parvient en haut de l'affiche cette semaine dans cette "Eléonore" réalisée par son frère... Cette affaire de famille ne parvient pas, hélas, à faire passer sur grand écran  le personnage de trentenaire un peu énervée qu'elle incarne sur scène ou à la radio et à la télé dans ces chroniques hilarantes. 

La faute sans doute à un scénario vraiment peu inspiré qui fait de Nora Hamzawi une sorte de pauvre fille déprimée et gaffeuse, assez lourdingue et que l'actrice a beaucoup de mal à faire exister ( du moins sur la première moitié du film, cela s'arrange ensuite quand elle reprend du poil de la bête) et qui la jette dans des péripéties banales ou téléphonées dont on perçoit mal l'intérêt. La mise en scène de l'ensemble est au diapason du scénario, en roue libre et sans grande ambition, et l'ennui gagne vite le spectateur. Heureusement que des seconds rôles bien campés viennent donner un peu de peps à tout ça. Merci Dominique Reymond et Julia Faure, absolument parfaites et hilarantes dans leur duo mère/fille. 

Ce qui sur le papier s'annonçait comme une petite comédie sympatoche s'avère au final un ratage quasi complet. On est assez désolé pour Nora Hamzawi dont on peut espérer une rencontre avec un réalisateur qui saura mettre en valeur son talent.  




jeudi 17 septembre 2020

Les Roses Fauves de Carole Martinez

 


Parfois dans la vie d'un lecteur, on croise des livres qui ne sont pas pour vous, mais alors pas du tout ! Prenons donc le nouveau roman de Carole Martinez, dont j'avais adoré il y a quelques années " Le Domaine des Murmures", la lecture des ses "Roses Fauves", menée jusqu'au bout, m'a prodigieusement barbé. Le livre serait-il raté ? Trop magique ? Trop merveilleux pour un lecteur trop terre à terre? Sans doute un peu de tout cela.

Résumons l'histoire. La narratrice, l'auteur elle-même, cherche un endroit bien précis pour situer son futur roman.  En surfant sur le net, elle tombe en arrêt devant une carte postale représentant le village idéal. Sur cette photo, on aperçoit, une silhouette de femme que l'auteure imagine tout de suite boiteuse. N'écoutant que son instinct ( merci Airbnb!), elle loue un studio dans cet endroit et s'installe quelques mois pour écrire le roman. Hasard heureux ( comme dans les romans), elle devient amie avec la postière du village qui est boiteuse, en plus d'être célibataire, un poil revêche et vierge ( mais, ouf,  jolie quand même). Double chance pour l'auteure, cette postière a aussi des origines espagnoles et possède ( ô joie !)  dans sa grosse armoire bretonne des...coeurs cousus ! ( Pour les petits nouveaux, "Le coeur cousu" est le titre de son premier roman qui a ému des milliers de lectrices-teurs). Le roman se partagera dorénavant avec les écrits que contient un de ces coeurs, l'histoire d'amour que vivra la postière avec une star de cinéma en tournage dans le secteur et d'autres histoires locales qui remonteront du passé. 

Résumé ainsi, on pense à un roman à l'eau de rose sauf que nous sommes avec Carole Martinez, publiée chez Gallimard quand même, donc à mille lieues, niveau écriture, d'une Virginie Grimaldi. Les thématiques du roman sont nombreuses, allant de sujets à la mode comme la transmission, les gens de peu ( mais si beaux ), les traces du passé à des choses plus littéraires comme l'angoisse d'une auteure face à l'écriture d'un nouveau livre ou le rapport ambiguë des personnages avec sa créatrice. Mais parce que l'action se déroule en Bretagne et pour retrouver sans doute le pouffant du Kouign Amann, elle y rajoute, un peu de magie, un peu de merveilleux, un peu de poésie. 

Et donc, ça m'a paru bien bourratif ! C'est vrai, dans la vie , je n'aime pas la spécialité bretonne au beurre, et en plus je suis porté à m'émouvoir sur des récits qui restent dans une certaine réalité. Ici entre les rosiers qui poussent et fleurissent en une nuit, la star de cinéma exaltée qui tombe raide dingue de la postière ou les fantômes du passé qui resurgissent au fond des bois ( entre autre), j'ai été servi. Et comme je me suis beaucoup ennuyé à lire tout cela, j'ai pu gamberger un peu. L'autrice a du mal à écrire son nouveau roman  ( 5 ans nous séparent de son précédent) ? Celui-ci, partant un peu dans tous les sens, réutilisant quelques vieilles recettes à succès, se mettant en scène de façon peu sympathique ( jalousant même le personnage de la postière qu'elle abandonne comme une vieille chaussette vers la fin) n'en est-il pas la parfaite illustration ? Quelques idées sans doute, un style indéniable pour un résultat qui m'a paru poussif, pas franchement inspiré. 

Je sens bien que " Les Roses Fauves" n'est absolument pas fait pour moi. Je sais par ailleurs que beaucoup de lectrices adorent ...( des lecteurs aussi je pense) , mais trop de merveilleux et quand même beaucoup de guimauve et un soupçon de mignardises, m'ont coupé tout plaisir de lecture. Alors, ceux qui aiment tout cet arsenal poético/bienveillant trouveront leur bonheur... et c'est tant mieux. 

lundi 14 septembre 2020

La Daronne de Jean-Paul Salomé

 


Aller voir au cinéma l'adaptation d'un roman que l'on a beaucoup apprécié, réserve souvent de mauvaises surprises, la déception étant souvent au bout de la projection. Quand j'avais lu "La Daronne" d'Hannelore Cayre, jamais ne n'aurai imaginé que c'était un rôle pour Isabelle Huppert. Mais la magie et les envies des producteurs/réalisateurs/actrices sont vraiment impénétrables ( et l'imagination des spectateurs sans doute limitée), voici sur les écrans la frêle silhouette de l'actrice aux mille facettes endosser le statut de dealeuse futée tenant tête à de dangereux malfrats. Et le pire, est que ça fonctionne très bien! 

Si le passage du papier à l'écran gomme pas mal du mordant du texte initial et met en évidence des grosses ficelles que l'écriture parvenait à cacher ( comment le commissaire joué par Hippolyte Girardot peut-il ne pas reconnaître la voix de celle qui est aussi sa maîtresse? ), force est de constater que le plaisir du film vient de la comédienne principale qui arrive à imposer ses regards parfois éteints ( regardez les yeux d'Isabelle Huppert dans le film, fixes, perdus... ), son âge ( 67 ans, des enfants pas trop âgés, et toujours au boulot dans un commissariat), son aspect fragile comme une force. Elle est étonnante et bien meilleure que dans certaines comédies passées ( les improbables "Madame Hyde" ou "Tip Top"). Elle tient le film à elle toute seule ( même si l'on y croise quelques seconds rôles sympas) et c'est uniquement pour elle que cette daronne mérite d'être vu, l'ensemble ne sortant guère du flot des comédies policières qui feront les beaux soirs des programmes télés. On pourra comprendre que les fans du roman boudent le film et restent sur l'excellente impression de franche immoralité qui émaillait du texte original, qu'un cinéma français, visant un large public, a sérieusement lissé. 

dimanche 13 septembre 2020

Fille de Camille Laurens

 



Comment raconter le plaisir que l'on éprouve durant la lecture du nouveau roman de Camille Laurens ? Comment dire et redire que cette auteure s'adresse d'abord à notre esprit de la façon la plus belle, celle de raconter une histoire qui ne peut qu'apporter quelque chose à ses lecteurs ?  

Evidemment, on peut lire ici ou là, des critiques, certes excellentes, mais souvent parsemées de mots qui renvoient ce roman soit dans une énième autobiographie de femme, soit dans la catégorie des écrits féministes qui peuvent effrayer et faire lever les yeux au ciel de lassitude. Si  "Fille", par la narration de la vie d'une certaine Laurence Barraqué,  peut effectivement être perçue comme celle de Camille Laurens, en parcourant les pages, il s'agit bien d'un roman, en tous les cas il se lit comme tel ( même pour ses lecteurs assidus). Quant au terme " féministe", difficile de le récuser tant ici il imprègne chaque page, mais de la meilleure des façons, avec la douceur d'une déterminée qui sait parfaitement que rien ne vaut une bonne histoire pour faire passer un message. 

Et quel message ! Simone de Beauvoir avait jeté un pavé dans la mare en clamant : "On ne naît pas femme, on le devient.". Camille Laurens va plus loin, renvoyant pour toujours la phrase célèbre dans un passé encore trop marqué par le patriarcat. Son livre pourrait se résumer par : " On naît fille et la société fait tout pour qu'on le reste." On le savait déjà bien sûr. Certains pensent encore que cela concerne surtout des pays moins évolués où on peut tuer des filles à la naissance ou les exciser ou les marier de force ou les voiler ( anagramme de violer) de la tête au pied, que chez nous, pays occidentaux riches,  les femmes sont libres... Que nenni ! En racontant la vie de cette Laurence depuis l'enfance jusqu'à l'arrivée de sa fille à l'âge adulte, Camille Laurens, fait le grand inventaire de la vie de toutes les femmes piégées avant la naissance, en premier lieu par le vocabulaire, la grammaire, les mots. Par la suite s'ajouteront les regards d'une société évidemment patriarcale et dont les traditions, la religion, les règles sociétales, les enferment dans un rôle de subalternes, voire de moins que rien. 

J'en devine certains ( certaines aussi ! ) lever les yeux au ciel, en soupirant un " On a déjà lu ça 100 fois !". Non, jamais de cette façon. Il faut lire la ( grande) première partie, consacrée à l'enfance, racontée un peu comme un petit Nicolas au féminin, avec une drôlerie ultra mordante, diablement efficace, qui s'avère une sorte de réquisitoire imparable. Il faut continuer avec les pages beaucoup plus âpres sur la vie d'adulte, jamais excluantes pour les hommes même si profitant d'un système à leur faveur se concluant avec une petite touche finale d'espoir. 

Lire "Fille", c'est prendre un grand bol d'intelligence romanesque mais aussi sociologique. S'il y avait une vraie volonté de faire évoluer les choses ( et donc de commencer à changer un peu le monde), Jean-Michel  Blanquer, actuel ministre de l'Education Nationale devrait offrir ce roman à tous ses enseignants pour qu'ils se rendent compte du pouvoir qu'ils ont de bousculer les choses, rien qu'en changeant un tant soit peu et leur regard et surtout leur vocabulaire qui enferme pour toujours une moitié de l'humanité dans l'infériorité ( oui, toujours chez nous!). Et si les parents s'y mettent...

Il est rassurant de voir que "Fille" se trouve en très bonne place dans la liste des meilleures ventes de cette rentrée littéraire ( moins bien placé que le, quand même macho, "Yoga" ) et je ne peux que vous encourager à amplifier ce succès. Vous ne regretterez pas de lire un des romans majeurs de cette rentrée qui occasionnera des débats bien plus passionnants que de savoir si le yoga est bon pour sa psyché. 

 


samedi 12 septembre 2020

Palmarès du festival du film américain de Deauville 2020


 Le grand gagnant de cette édition est donc le deuxième film de Sean Durkin : "The Nest", grand prix, prix de la critique, prix de la révélation.  Précédé par la réputation de son premier film "Martha, Marcy, May, Marlène" sorti en 2012 en France et devenu culte au fil du temps, on peut penser que le regard fut  bienveillant pour ce long-métrage pourtant pas bien original. Servi par un couple d'acteurs parfaits ( Jude Law et Carrie Coon), le film ne décolle pas énormément, empruntant un chemin balisé et sans surprise. Filmé sobrement et dans des couleurs sombres, on le regarde avec un ennui distingué. Est-ce que le fait qu'il soit bientôt distribué en France ( contrairement à la plupart de ceux en compétition) par le groupe M6 a joué en sa faveur ? 

Sinon, le jury mené par Vanessa Paradis a primé d'autres film et sans conteste, ceux qui le méritaient quand même un peu dans cette sélection pas bien affriolante. Kelly Reichardt avec "First Cow", ne pouvait repartir bredouille tant son cinéma, certes minimaliste, touche de façon essentielle en abordant les grands sujets par la petite histoire ( ici le mythe américain revisité avec un suspens pâtissier à base de beignets). Sabrina Doyle avec "Lorelei" prouve que l'on peut filmer l'Amérique profonde tout en y injectant une vraie histoire et filmer le tout avec un regard un poil plus original que ses nombreux confrères en compétition cette semaine sur un thème sensiblement identique. 

Heureusement qu'un autre jury ( celui de la révélation, présidé par Rebecca Zlotowski) a eu la pertinence de primer pour sa mise en scène, l'impeccable " The Assistant"  premier film de la très prometteuse Kitty Green, sans doute le long-métrage le plus maîtrisé et le plus prenant de la semaine.  

Un mot sur le prix du public pour le gentil  "Uncle Franck"  jolie bluette sur le coming out un peu forcé d'un universitaire auprès de sa famille ( vivant comme de bien entendu au fin fond d'un état bien craignos). Assez banal mais agréable à regarder, il a fait l'unanimité et c'est plutôt sympa à savoir même si l'on n'atteint pas des sommets de cinéphilie. 




jeudi 10 septembre 2020

Festival 2020 du film américain de Deauville ( 3)

 

Les jours se suivent au festival du film américain de Deauville et ...se ressemblent. Nos bienveillants membres du jury ont beau répandre la bonne parole lors d’interviews dans la presse locale ou sur les télés régionales  ( une autre vision de l’Amérique...bla-bla-bla...un cinéma hors des sentiers battus...bla-bla-bla... quelle fraîcheur que le cinéma indépendant US...bla-bla-bla...on dirait des politiques récitant leurs éléments de langage), les festivaliers ressentent bien le formatage et le manque d’originalité de cette sélection, sans doute assez représentative de l’état de la création états-unienne. 

En gros, un film indépendant relate une histoire avec forcément un adolescent, souvent au fin fond d’un état bien bouseux, en situation précaire ( parents souvent endettés, alcoolos voire pire, ...morts aussi ou partis on ne sait où) et le tout filmé en hiver. Bien sûr, on peut trouver, dans les marges quelques variantes. Dans «Lorelei », premier film de Sabrina Doyle, les ados sont en seconds rôles mais la mère se débat pour trouver du boulot comme son ex amant de retour de prison. Et même si celui-ci semble plus intéressant que beaucoup vus ici, il n’échappe pas â un certain conformisme. 

« The Violent Hart » de Kerem Sanga , filme une belle blonde  étudiante ( la variante est qu’elle est issue d’un milieu relativement aisé) qui tombe amoureuse d’un mécanicien noir. Ah... se dit-on ...finira-t-on par coller à une certaine actualité récente ? Que nenni, le film préfère prendre la voie du thriller avec  une dernière partie aux multiples rebondissements qui donnent à l’ensemble la forme d’un gros mélo too much.

Toujours une adolescente dans le premier film de Jessie Bart « Sophie Jones », la variante ici vient que c’est filmé en été et qu’elle essaie de faire le deuil de sa mère. Là aussi, rien d’original ni dans le traitement ni dans le fond. On roule en voiture, on drague, on va dans des fêtes, donc le spectateur s’ennuie un peu. 

Au passage, une petite remarque sur le puritanisme américain, toujours en vigueur, même dans le cinéma indépendant où l’on sent bien que le corps est tabou pas les armes. Les héroïnes font toutes l’amour en soutien-gorge et les gars en boxer ( so sexy!) . Ouf, nous sommes sauvés, la décence  demeure dans le pays où l’on produit le plus de films pornos. 

Les espoirs des festivaliers se sont tournés jeudi après-midi vers une production americano-canado-anglaise « The Nest » de Sean Durkin. Pas d’ados ( ou très peu), tourné en Grande Bretagne, les acteurs nus pour faire l’amour et Jude Law en vedette... Hélas, cette chronique de la chute d’un trader a sombré dans le convenu et le déjà vu ( en mieux). 

Alors que la compétition touche à sa fin, on se demande ce que Vanessa Paradis et son jury vont tirer de tout ça. Certes, demain seront projetés les deux derniers longs-métrages de la compétition, une histoire d’ado ( encore) qui entretient une relation tarifée avec un homme marié, « Shiva Baby » premier film de Emma Seligman qui semble mordant sur le papier et le très attendu et précédé de très bons échos « Kajillionnaire » de Miranda July ( sortie le 30 septembre sur les écrans) . Espérons qu’ils enflammeront les planches qui ont vraiment, cette année,  manqué de peps cinématographique.



mercredi 9 septembre 2020

Festival 2020 du film américain de Deauville (2)

 



Une fois la cohue du week end passée, le festival continue en une version plus adaptée à son public de rentiers retraités. Sur les écrans, on a l’impression que les organisateurs réservent la grosse artillerie pour le deuxième week end à venir. Du coup, pas de films labellisés Cannes et une sélection en demi-teinte qui n’a pas vraiment enthousiasmé le public.

En compétition lundi et mardi, 3 films de femmes cinéastes sur 4 montrent combien la parité est bien respectée ici à Deauville, preuve que le cinéma indépendant US semble s’ouvrir se féminiser un petit peu. Les thèmes récurrents qui font dire à tout le monde que ce festival donne une autre vision des États Unis sont bien présents, avec des thèmes tournant autour de la misère sociale au fin fond de quelques états peu mis en avant par les gros studios ( mais peut on parler de mise en avant par le cinéma indépendant quand on voit un peuple vivant au pied d’usines polluantes dans des maisons miteuses et sombrant dans la drogue ou l’alcool ? ).

«  Holler » , premier film de Nicole Riegel n’échappe pas à cette catégorie où deux jeunes précaires du sud de l’Ohio travaillent chez un ferrailleur pas très net pour pouvoir envoyer l’un des deux à l’université. Le propos est louable, la réalisation rappelle les frères Dardenne ou Ken Loach mais l’ensemble  pâtit d’un scénario pas bien original qui donne une impression de déjà vu ...en mieux. 

D’autres ados, du sud des États Unis nous attendaient dans « Giants Boeing Lonely » de Grear Patterson ( également premier film). Lycéens un peu désœuvrés, riches ou pauvres, ils vivent des situations plus ou moins compliquées au sein de leur famille. Ils flirtent, jouent au base ball et préparent le bal de fin d’année. Rien de bien nouveau ici aussi quant au thème qu’une réalisation naviguant entre des scènes façon arty et des plans imitation Instagram essaie de transcender sans y parvenir réellement. 

Pour nous changer un peu les idées nous avons eu une comédie d´Eleanor Coppola ( la femme de Francis Ford! ) «  Love is Love is Love » mettant en scène des gens de sa génération ( et de sa condition), c’est à dire des seniors pétés de thunes. Ce film à sketches ( Bon ok, il y avait aussi des histoires avec des gens un peu plus jeunes) a fait frémir d’aise les brushing impeccables d’une partie du public qui s’est bien retrouvée dans cet humour d’un autre âge, ultra convenu et sans l’ombre d’un second degré. 

Pour pimenter ces deux jours, nous avons quand même pu admirer la nouvelle œuvre de la quasi cultissime Kelly Reichardt «  First Cow ». Pas d’ados, ni de seniors au fin fond de l’Oregon ( le ciné indépendant adoré les fins fonds des états), juste deux hommes qui veulent s’en sortir. Nous sommes en 1820 et beaucoup d’espoirs peuvent naître à cette époque. Le film raconte comment en volant le lait d’une vache pour fabriquer des gâteaux, on peut monter un petit commerce florissant. Lent et contemplatif, le film revisite la plupart des mythes de la société américaine en lorgnant bien sûr sur aujourd’hui. Exigeant, peut être un peu trop minimaliste et abusant de plans «  au travers de...portes, fenêtres, branchages,...) , le film finit par emporter le morceau mais n’a pas électrisé le public si j’en juge par les trois personnes à côté de moi qui ont préféré la sieste de bon matin ( c’était la séance de 10h30!). 

Sinon Deauville, c’est aussi d’autres films de l’industrie du cinéma américain, plus studio. Ont été projetés, notamment,  le premier long-métrage de l’acteur John Leguizamo «  Critical Thinking » ( des ados perdus ( encore!), un prof formidable qui les sort de leur condition en les faisant jouer aux échecs. Classique, plein de bons sentiments le film se démarque par des parties d’échec filmées de façon rapide et rythmée) ou «  Bad Education » de Cory Finley avec Hugh Jackman ( classique film sur une histoire de fonds détournés dans une école publique américaine, scandale révélé par le journal des lycéens ( un peu moins désœuvrés ceux-ci)  ou encore un thriller avec des ados  ( aller, en chœur : désœuvrés et au fin fond du ... Kentucky) «  Don’t Tell a Soul » de Alex Mac Aulay, dont les rebondissements en chaîne finissent par rendre l’ensemble assez improbable. 

Le festival continue ... la compétition aussi... Je file ...Ce matin encore un ado et son copain taciturne... Décidemment... le cinéma US s’inquiète pour sa jeunesse... Rien que lui ? Espérons que non ! 



mardi 8 septembre 2020

Le goût de la viande de Gildas Guyot




La première question que l’on se pose bien avant de refermer « Le goût de la viande » : En quoi est-ce un polar? Peut-on classer dans ce genre la vie d’un rescapé de la guerre 14/18, que l’on prend au moment où il ressort d’un tas de cadavres pourrissants jusqu’à sa mort, âgé et ayant gardé intact son goût pour la viande ? Entre temps se sera déroulée une vie de gueule cassée qui  dissimule un traumatisme bien compréhensible après quelques années dans les tranchées, doublé d’une obsession pour la pourriture et les rats après en avoir manger pour survivre. Pas de crime, pas de suspens apparent, encore moins d’enquête, rien qui évoque de près ou de loin un polar. Bien sûr, si on cherche bien, on pourrait raccrocher ce roman à ces thrillers qui s’ingénient à accumuler les détails ( ou les tueurs) plus que sadiques car « Le goût de la viande » recèle des passages qui peuvent soulever le cœur de lecteurs délicats. Mais est-ce suffisant ? Non. Mais si on est attentif à l’histoire, on trouve bien, sous-jacent, un suspens existentiel : Quand la mort v8iendra-t-elle délivrer ce pauvre homme de cette vie difficile ? 

Une chose est cependant certaine, le roman verse dans un noir très noir. Le propos est sans concession, totalement dénué de douceur et les quelques coups de chance dans la vie du personnage l’amèneront toujours à s’enfoncer encore plus profond dans le malheur. 

Accompagné d’une superbe écriture, nous plongeons dans les tréfonds d’un homme tourmenté par son passé de soldat, portrait universel et sans filtre de millions d’hommes étant revenus d’un conflit guerrier et dont le silence cache tant bien que mal un traumatisme intérieur. Ce voyage est loin d’être facile tant la noirceur et les obsessions du personnage peuvent dérouter et, accessoirement, questionner sur le fait d’écrire de telles horreurs qu’il est possible de percevoir comme un peu gratuites. 

Ce roman noir, difficilement classable, maîtrisé de bout en bout, ne laisse pas indifférent et peut déranger. Âmes sensibles s’abstenir. 


 

dimanche 6 septembre 2020

Festival du cinéma américain de Deauville 2020




Au delà du tapis rouge, des quelques vedettes ( françaises) qui le foulent, de Vanessa, petite silhouette noire masquée de noir se glissant dans la salle en tant que présidente de jury, que se passe-t-il sur les écrans de Deauville ? 

Les films de la sélection vus jusqu’à présent, forment un panel de thèmes assez attendus de la part d’un cinéma américain indépendant. De l’intégration d’une famille coréenne au fin fond de l’Arkansas ( « Minari » de Lee Isaac Chung , bien apprécié des festivaliers) en passant par la dure réalité dans le monde du travail d’une employée de bureau ( « The Assistant » de Ketty Green, joli premier film à la très réussie atmosphère sombre qui a un peu déstabilisé les spectateurs sans doute trop habitués à plus d’action et moins de nuances) ou l’homosexualité masculine dans le mélo un peu trop attendu mais qui a ému le public «  Uncle Franck » de Allan Ball ( mais à la belle prestation de la jeune actrice Sophia Lillis ), la sélection se révèle éclectique et intéressante. 

Mais Deauville cette année, c’est aussi l’occasion de présenter des films labellisés « Cannes » et privés du cirque habituel. Nous avons commencé par voir des films dits de genre. Un français,  «  Teddy » de Ludovic et Zoran Boukherma avec des loups-garous ( pas encore vu) et le très attendu « Péninsula » de Yeon Sang Ho, la suite du « Dernier train pour Busan », où l’on retrouve les hordes de zombies, cette fois ci débarquées du train et confinés dans une Corée d’apocalypse. Le film, n’impressionne plus et se cantonne à jouer sur une routine de blockbuster qui ne surprendra personne et dont les zombies sont plus risibles qu’effrayants. 

Cette sélection cannoise, toujours présentée par un Thierry Frémaux disert et passionné, nous a réservé deux surprises. Une mauvaise, avec le plus que bourratif et improbable «  Last Words » de Jonathan Nossiter ( également dans la compétition à Deauville). Tiré d’une nouvelle de Santiago Amigorena, le film s’essaie durant plus de deux heures à mêler fin du monde et cinéma. Dans d’improbables décors de notre planète dévastée, des acteurs s’agitent, dévoilant leurs bourses ( Nick Nolte!), tombant enceinte ( Charlotte Rampling!!!!) ou prenant des airs vaguement inspirés pour débiter des dialogues fumeux se voulant philosophiques ( et même écologiques), le tout dans un hommage au cinéma allant de Buster Keaton à «  L’année dernière à Marienbad ». L’ennui fut grand et pas mal de  sièges ont claqué ( en fait non, à Deauville ils sont en velours épais, amortissant le bruit de ceux qui ont déserté la salle). On peut penser que seules ses allusions à notre Covid lui ont ouvert les portes des sélections... 

L’autre surprise, bonne, est venue du film français « A good Man » de Marie Castille Mention-Schaar dont il est nécessaire de taire l’histoire pour mieux être surpris lorsqu’il sortira. Disons qu’à l’issue de la projection, il a été longuement acclamé et surtout, on est resté totalement bluffés par l’interprétation de Noémie Merlant, absolument incroyable, offrant une performance comme on en voit rarement, prouvant encore une fois que nous tenons là une actrice d’exception. 

Malgré une organisation moyennement sympathique, sans doute la peur que Deauville devienne un cluster ( mais que font les maisons Chanel et Vuitton, fort présentes sur le dos des festivaliers mais pas sur les masques ?) , le festival reste pour le public  un beau moment de cinéma éclectique et percutant. Pourvu que ça dure ! 

jeudi 3 septembre 2020

Le fumoir de Marius Jauffret

 


Honnêtement, c'est avec une certaine circonspection que j'ai ouvert " Le fumoir" , pas vraiment persuadé qu'un récit supplémentaire sur les hôpitaux psy soit nécessaire, surtout signé par un fils de ...qui fleure le copinage parisien et éditorial. ( Marius Jauffret est bien le fils de Régis). 

Accompagné d'une écriture blanche, façon impersonnelle à l'image des murs d'un établissement psychiatrique, nous suivons le parcours de Marius,  jeune adulte, d'une soirée passée dans un bar à s'alcooliser jusqu'à la mise en route de ce livre qui narre longuement son passage au centre médico psychiatrique Varenne. 

Jusqu'ici me direz-vous, rien de nouveau sous le soleil, de tels récits sont publiés régulièrement depuis des décennies. Et pourtant, il faut l'avouer, mine de rien, au fil des pages, sans jamais en rajouter ni trop tirer la couverture à lui, Marius Jauffret finit par attirer toute notre attention. Très vite on oublie le fils de... qu'il est ( on ne saura rien de son connu de père, à peine nommé sur trois ou quatre lignes). On plonge dans un lieu franchement inhumain, sordide, qui ne semble avoir guère évolué depuis un siècle si ce n'est par un hall d'entrée pseudo moderne agrémenté de quelques plantes vertes. 

Au fil de son expérience, le sens profond du livre nous éclate au visage. Oui, chaque année en France, on "hospitalise" 100 000  personnes sans leur consentement, envoyées le plus souvent par un médecin des urgences via un employeur, un proche, un voisin,...). Une fois à l'intérieur d'un de ces hôpitaux, si on n'a pas de famille, on en sort moins facilement que d'un quartier de haute sécurité. En ce moment, dans notre pays, il y a plus d'internés que de prisonniers... Combien n'ont rien à faire là sinon plonger encore plus profond? Combien pourront-ils sortir des griffes des médecins psychiatres, véritables despotes de cet univers qui n'a de médical que le nom ? 

Marius Jauffret, sans sensiblerie, sans esbroufe et finalement grâce à cette écriture blanche, parvient à toucher son lecteur et  finit par emporter le morceau. Exit, le fils de... et bonjour à un document dont l'authenticité convainc mieux qu'un long discours touffu. Joli premier livre témoignage. 



Liv Maria de Julia Kerninon


C'est PRESQUE avec dévotion ( titre de l'opus précédent, ne croyez pas que je sois tombé dans la béatitude) que je me suis précipité pour acheter le nouveau roman  de Julia Kerninon, tellement son troisième roman m'avait impressionné. 

C'est énormément déçu que j'ai refermé "Liv Maria". Me voilà délivré de toute dévotion, tant cette nouvelle parution  m'a paru peu inspiré. 

Nous sommes pourtant en terrain connu, déjà labouré par l'autrice: un destin de femme. Mais autant la précédente fois, c'était fouillé, charpenté par une réalité que magnifiait une écriture au cordeau, que cette fois-ci, tout va très vite. Liv Maria saute de son île bretonne à Berlin. Elle a eu à peine le temps d'apprendre toutes les positions du Kamasutra avec un iralndais que la voilà déjà au Chili créant des espaces hôteliers, puis dans le commerce des chevaux tout en continuant à mettre à profit ses connaissances sexuelles avec tous les gringos qui passent. Puis elle se cogne à un routard irlandais. Bingo ! La voilà enceinte et mère de famille en Irlande! Quelle vie ! Mais ce n'est plus un roman mais un vague résumé de roman. Tout rebondit avec une telle facilité que l'on n'y croit pas une seconde ( et je ne parle pas du coeur du livre, le fameux mystère qu'elle cache, aussi crédible que la possibilité que les bateleurs littéraires de la télé et la radio aient lu les livres dont ils parlent). 

Le pire peut être, c'est que l'autrice a abandonné son style si perlé, pour nous offrir une sorte de tout-venant banal, parsemé ici ou là d'images sensément poétiques parfois risibles ( " Elle avait plongé la tête la première dans l'eau fraîche du coeur de Flynn") ou de notations littéraires lourdement pédagogiques,  sans doute pratique pour avoir une petite idée sur Faulkner ou Beckett, mais totalement déplacées dans le contexte de ce petit roman sauf pour impressionner quelques blogueurs (euses) ignares. Jamais je ne suis parvenu à m'imaginer Liv Maria. Avec une psychologie de cacahuète et un vague remord sur son passé berlinois, on ne peut pas dire qu'elle soit foncièrement passionnante.Elle a beau virevolter sur le globe, paraître libre, Liv Maria ne reste que l'ébauche d'un personnage dont le roman reste à écrire ( mais en enlevant les tonnes de facilités). 

mercredi 2 septembre 2020

Enorme de Sophie Letourneur


 Qui a dit que le cinéma français n'était bon à fabriquer que des comédies formatées, banales et sans grand intérêt ? Heu...moi entre autre... Et puis voilà, après "Effacer l"historique" la semaine dernière, une deuxième preuve que les cinéastes français bougent encore et ne sont pas tous à la botte de producteurs frileux et visant l'audience télé. 

"Enorme" se révèle totalement surprenant, même si une habile bande annonce laisse présager le contraire. On connaît le pitch de l'histoire : un mari ( formidable Jonathan Cohen aussi agaçant qu'attachant) réussit à mettre enceinte son épouse grande concertiste qui n'a aucune envie d'avoir un enfant. La situation de départ, fait bien comédie, mais Sophie Letourneur a décidé de dézinguer le genre en poussant les situations jusqu'à l'absurde comme rarement dans le cinéma français mais aussi en mettant en place un dispositif très particulier, mêlant documentaire et fiction. A l'écran, même si l'on voit parfois  les coutures de ce mélange, tout fonctionne parfaitement. La réalité croise la comédie, le tout donnant un côté réaliste étonnant. 

Côté comique, nous versons plutôt dans le grinçant et même si la partie "énorme", lorsque le personnage de Marina Foïs double soudain de volume, rappelle le cinéma de frères Farelly, le spectateur est quand même pris à rebrousse poil, riant jaune devant cet homme s'accaparant entièrement du corps de sa femme ( après avoir déjà totalement pris son esprit ). Ce sont ces situations diablement inconfortables qui font le sel du film. Hélas, et ce sera le petit bémol, la fin de l'histoire, penche soudain dans une bien pensance imprévisible. Certes, la très réussie longue scène de l'accouchement nous y amène doucement, mais tomber dans une sorte de béatitude ma(pa)ternelle surprend un peu ( dans le mauvais sens). Est-ce une pression des producteurs qui voulaient une fin ( presque) heureuse ou tout du moins empreinte de joliesse nataliste, alors que franchement, on s'attendait à un vrai grand coup de pied final ? On n'en saura rien  ( je pense) et l'on rentrera chez soi, heureux toutefois d'avoir vu un film original, pas totalement réussi, mais dont l'originalité mérite amplement le détour. 




Kaamelott de Alexandre Astier

  Quand on n'est pas fan de la série et qu'en plus on n'en a aperçu qu'une ou deux scènettes durant sa vie de téléspectateur...