samedi 30 juin 2012

Daytripper de Fabio Moon et Gabriel Bà


Voila un album qui devrait connaître un joli succès, au moins critique. Il possède tous les atouts possibles et imaginables pour générer un bouche à oreille très positif.
Tout d'abord les éditions Vertigo nous livrent un très bel objet à la finition soignée. Et pour bien montrer que "Daytripper" n'est pas n'importe quoi, il y a une préface de Cyril Pedrosa (Portugal ) et une postface de Craig Thomson (Habibi), excusez du peu... On sent que la compagnie et la lecture seront bonnes.
Fabio Moon et Gabriel Bà, les deux auteurs brésiliens (une rareté en BD), nous proposent une réflexion sur la vie particulièrement originale et intéressante. Le héros de l'histoire est Bràs, fils d'un écrivain célèbre, qui travaille dans un journal à la rubrique chroniques nécrologiques. Lui aussi rêve de suivre les traces de son père dans l'écriture mais hésite à se lancer.
Au lieu de traiter cette histoire de façon linéaire, les auteurs ont choisi un montage très particulier à partir des rêves du héros qui, tous, se terminent par sa mort à différents âges de sa vie. Cela peut paraître déroutant (ça l'est au début) mais cela se révèle au final une formidable idée narrative qui crée une atmosphère fort réussie. L'éclairage de la personnalité des différents personnages se trouve ainsi densifiée au fil des pages, rendant la lecture de plus en plus attachante.  L'espace temps est complètement éclaté car nous prenons le héros à différents âges de sa vie mais jamais dans l'ordre chronologique.
Ouh là ! me direz-vous, encore un concept intello genre nouveau roman... Peut être, mais pas sûr car le coup de crayon des auteurs, leur imagination, les situations proposées, la qualité de la mise en page jouant magnifiquement avec les couleurs et les silences, font de l'ensemble une lecture exigeante certes mais vraiment stimulante.
Le seul bémol pour moi et qui est vraiment personnel, c'est le côté préchi-précha autour de l'idée que lorsque l'on accepte sa mort, on profite mieux de la vie. Bien qu'étant assez en accord avec cette philosophie (de bazar ?), elle prend ici un ton un peu dégoulinant de bons sentiments, dans un genre Paulo Coelho. Une tendance brésilienne sans doute, un peu trop sucrée pour moi.
Sinon, "Daytripper" est un album hautement recommandable qui fait figure de pépite dans le rayon BD de votre librairie préférée.

samedi 23 juin 2012

Adieu Berthe , l'enterrement de mémé de Bruno Podalydès


Les producteurs et distributeurs d'Adieu Berthe ont compris comment appâter au mieux les spectateurs toujours friands de comédies : appliquer la méthode US de tout lancement de film à priori formater pour faire gondoler le chaland. On cale dans la bande annonce toutes les bonnes scènes, les bons mots, sur un rythme soutenu. Puis, on expédie à la télé les principaux protagonistes de l'oeuvre, interrogés par des  présentateurs serviles mais hilares et surtout repasser jusqu'à plus soif le scène du cimetière, vous savez  celle où Valérie Lemercier éructe : "Pète un coup et sors ta bite !" et vous obtenez un modèle de promo aux petits oignons qui donne au film un air qu'il n'a pas forcément.
Car de comédie échevelée brillante et hilarante, "Adieu Berthe" n'est point. Les dialogues percutants apparaissent bien mais de manière assez homéopathique et l'on repassera pour la critique au vitriol des pompes funèbres.
Pour ma part, je parlerai d'une fantaisie un peu mollassonne autour d'un homme qui hésite entre quitter sa femme et vivre avec sa maîtresse et que le cadavre de sa grand-mère vient compliquer un peu plus l' existence. Valérie Lemercier s'énerve avec talent. Isabelle Candelier passe son temps à téléphoner entre deux longs tiroirs de pharmacie qu'elle n'oubliera pas de refermer. Denis Podalydès fait de la trottinette électrique avec maestria. Par moment ça fonctionne bien, les dialogues sont joliment enlevés. D'autres fois, l'ennui pointe derrière les tours de magie et la touche de poésie sensés donner un cachet cinéphile au tout. 
Nous suivons ici dans un objet dirigé par Bruno Podalydès qui, comme des ses précédents films prend le temps de la digression, donnant un côté foutraque sûrement sympathique et plaisant pour certains, mais très loin de la comédie endiablée promise par la bande annonce. Ce n'est pas mauvais, on peut même aimer cet univers finalement assez personnel, mais, comme "Le grand soir" il y a quinze jours, on est un peu étonné que ce film ait été (si l'on en croit la presse en général) le grand éclat de rire du festival de Cannes. Ce n'est pour moi qu'une petite comédie douce et un peu ratée, maquillée en grosse machine rigolote, dans le secret espoir d'engranger des entrées lors de la fête du cinéma.



mardi 19 juin 2012

Contes et décomptes d'Etienne Lécroart


Quand on fouine chez un bon libraire BD (un bon libraire est celui qui conseille bien sûr, qui sait dénicher la pépite au fond d'un carton de nouveautés mais qui possède aussi un rayon de productions plus confidentielles), on trouve quelquefois des albums tout à fait étonnants. La dernière production d'Etienne Lecroart en fait partie (comme ses précédentes d'ailleurs).
Etienne Lecroart est l'un des 9 membres ( avec Lewis Trondheim, Jochen Gerner,...) de l'Oubapo , ouvroir de BD potentielles. A l'image de l'Oulipo de Raymond Queneau, ils créent de la bande dessinée en se donnant des contraintes.  
"Contes et décomptes" qui vient de paraître à L'Association, est le nouvel opus de l'un de ses membres le plus fervent. Etienne Lecroart c'est, cette fois-ci, obligé à associer bande dessinée et mathématiques avec neuf exercices répondant à des noms aussi étranges que les normes demandées. Ainsi les éodermdromes qui, en plaçant 5 cases de BD autour d'un chemin littéraire fléché, permet une variation assez infernale de la narration tout en dévoilant ici, un sens politico philosophique assez savoureux. ( regardez l'extrait ci-dessous, vous comprendrez peut être mieux, sinon, achetez l'album...)

Les autres exercices sont tout aussi ludiques et originaux. Certains sont carrément drôles et réussis : la théorie de l'inclusion chère aux mathématiques modernes des années 70 (rappelez-vous, les patates !). En Bd version Oubapo cela donne la case de droite qui raconte un épisode de la vie du mathématicien Boole, celle de droite, une aventure de Buffalo Bill et une partie commune aux deux cases qui forme une troisième histoire. Je ne sais pas si vous comprenez mais c'est assez jubilatoire pour l'oeil et l'esprit.
Tous ces exercices n'ont pas, à mon avis, la même saveur et ne provoquent pas la même admiration. Il y en a un que je n'ai pas vraiment compris (trop matheux pour moi sans doute).
Cependant, il y a dans cet album 6 pages qui sont pour moi un vrai chef d'oeuvre. Intitulées "Compter sur toi", elles allient complètement forme et fond d'une manière absolument bouleversante.
L'auteur se donne comme exercice d'évoquer une personne aimée, disparue à cinquante ans. Pour l'évoquer, il dispose de 50 cases. La première aura 50 traits et 50 mots, la suivante 49 traits et 49 mots et ainsi de suite jusqu'à la dernière qui aura un seul mot et un seul trait (et même une cinquante et unième, vide).
C'est tout simplement magnifique et magistral. Rien que pour ces six planches, cet album doit faire partie de la bibliothèque de tout amateur de BD ou de mathématiques ou de littérature. 
Au bout du compte cela fait beaucoup de monde et je compte sur eux pour que "Contes et décomptes" enjolivent les comptes de L'Association en devenant une BD qui compte (et qui conte aussi).


dimanche 17 juin 2012

Journal de France de Claudine Nougaret et Raymond Depardon


Ma seule réserve pour ce film se portera sur le titre. Il aurait du s'appeler "L'oeil de Depardon" ou 'Le regard de Raymond" mais pas "Journal de France" même si cela concerne quelques plans de ce film mosaïque tout à fait passionnant.
Bien sûr, il y est un peu question de la France que Raymond Depardon sillonne au volant de sa camionnette/camping-car dans le but de photographier des bouts de village sans voiture ni passant, clichés en forme de réflexion nostalgique. Mais le vrai sujet est ailleurs.
Ce documentaire est à la fois le portrait plein de tendresse du grand reporter et une petite rétrospective de son travail à partir des chutes (ou non) de tous ses films ou reportages. Je l'avoue, j'en ai pris plein les yeux !
Les images de Mr Depardon, qu'elles soient en noir en blanc, granuleuses, filmées sur le vif, sont à chaque fois l'oeuvre d'un oeil expert qui saisit admirablement la beauté d'un lieu, même le plus banal, la force de l'instant présent quand il filme les événements dramatiques ou politiques, l'humanité dans son expression la plus vraie quand il se pose en observateur de ses contemporains.
Et quand la caméra nous montre le Raymond Depardon d'aujourd'hui, son regard bleu, intense, illumine l'écran et nous fait comprendre que celui-ci est unique.
Ce film est une leçon de vie. Quelle trajectoire ! De la guerre civile au Vénézuela, filmée au milieu des balles, aux prises de vue à l'ancienne dans les petites bourgades françaises désertes d'aujourd'hui, il nous est décrit un cheminement intérieur qui, au fil du temps, se réduit à l'essentiel : l'épure.
C'est le parcours d'un grand artiste auquel ce documentaire nous convie. Il ne faut pas le rater !


jeudi 14 juin 2012

Les aventures extraordinaires de Lio de Mark Tatulli


(Non, il ne s'agit d'une version B D de la vie de la créatrice de "Banana split"!)

Sous titré malicieusement " Le bonheur est un céphalopode visqueux", ce recueil de strips est un régal. Sacrée meilleure B D de presse en 2009 aux USA, "Les aventures extraordinaires de Lio" emportent le lecteur dans un univers tout à fait étonnant.
La situation de départ est simple. Un papa (célibataire ? divorcé ? veuf ? gay ? asexué ? bref seul) et son petit garçon , Lio (sans maman donc), vivent dans une petite maison très middle class. jusque là rien d'original sauf que c'est l'imaginaire du petit garçon qui va déclencher des gags tous plus affûtés les uns que les autres. Et quel imaginaire ! Lio a dans sa tête tout ce que l'univers horrifique, onirique, merveilleux d'un enfant passionné d'étrange et de fantastique peut posséder : pieuvres, robots, extra-terrestres, monstres, serpents, insectes géants, sorcières, fantômes, momies, guillotines, vampires, ... Ils sont là, présents, partout, sous son lit, dans son jardin, à l'école, au parc, ... tous réunis pour nous faire mourir de peur rire. Lio, lointain cousin d'outre Atlantique de notre Kid Paddle, s'amuse comme un fou avec ses copains effrayants.




Avec tout ce bric à brac monstrueux, Mark Tatulli se moque de nos travers, de nos croyances, de nos frayeurs avec une bonhommie joyeuse. Cela peut être grinçant parfois, un tout petit peu méchant (juste ce qu'il faut) et surtout, pas du tout effrayant. Pour les fans de BD, on notera çà et là des clins d'oeil aux anciens du strip comme Calvin et Hobbes, Charlie Brown ou Garfield ou alors à des héros connus comme ci-dessous...




En règle générale sans texte, tous ces strips, au dessin finement abouti et plus fignolé que d'ordinaire, véhiculent un humour qui parfois résiste à une première lecture rapide. Mark Tatulli a un humour assez particulier qui, au départ, peut surprendre mais qui, au final, emporte l'adhésion car il arrive à inventer un monde vraiment original et totalement inédit : un cocktail savoureux d'enfance et d'humour noir.






Pour moi, c'est une vraie découverte et pour être aller traîner sur des sites américains, j'ai pu constater que la série allait en se bonifiant, se tournant de plus en plus soit vers un univers plus poétique (comme le strip ci-dessus) soit vers des gags plus critiques sur la société actuelle comme ici :

Diffusées depuis maintenant 6 ans dans plus de trois cents journaux de par le monde, "Les aventures de Lio" essaient de se trouver un public en France. Espérons que les éditions Hors collection vendront beaucoup de ce premier tome, car j'attends les suivant avec envie !



mardi 12 juin 2012

80 jours de Jon Garano et José Mari Goenaga


"80 jours " est un film espagnol mais tourné, produit et interprété en basque, langue que l'on a pas souvent l'occasion d'entendre au cinéma. Le thème principal, lui aussi assez singulier de ce long métrage, est la découverte d'un sentiment amoureux longtemps refoulé entre les deux héroïnes, Axun ( oui, c'est un prénom féminin basque !) et Maïté. Quand vous saurez que les deux femmes ont une bonne soixantaine toutes les deux, vous comprendrez vite que nous sommes ici dans un univers rarement exploré sur grand écran : la découverte d'un sentiment homosexuel entre deux dames plus que mûres qui se retrouvent par hasard alors qu'elles avaient été amies cinquante ans plus tôt.
Le film prend son temps pour nous décrire l'évolution de cet amour qui n'arrive pas à s'exprimer pleinement. La réalisation se partage entre naturalisme (les scènes entre Axun et son mari, homme bourru et simple, cultivant son jardin et attendant patiemment la mort) et une esthétique de téléfilm pour les rapports entre les deux femmes. Malgré quelques ficelles scénaristiques qui peuvent accentuer cette impression télévisuelle, le film reste quand même le magnifique portrait d'une génération corsetée par les tabous sociaux ou moraux et une description pleine de finesse sur les ravages du temps.
Les deux comédiennes sont absolument formidables. Elles portent avec ferveur et talent le film sur leurs épaules pourtant voutées par la vie. Itziar Aizpuru, en vieille dame timorée et engluée dans un quotidien fastidieux, réussit formidablement à nous faire ressentir le combat intérieur qu'elle vit, entre désir de vivre pleinement cet amour renaissant et sentiment de honte et de devoir. Mariasun Pagoaga, dont c'est la première apparition à l'écran, en lesbienne assumée, rayonne littéralement. Mix de Jane Fonda et de Françoise Giroud, elle bouscule avec humour et tendresse son amie d'enfance retrouvée et impressionne dans son rôle de dame mature et déterminée.
Ce film, à cause ou grâce à ses héroïnes vieillissantes et au thème malheureusement peu vendeur, est le jolie surprise de ce mois de juin. Primé de multiples fois dans de nombreux festivals, "80 jours" saura séduire ceux qui aiment les histoires simples et racontées avec pudeur et sensibilité.


Une bande annonce qui ne donne nullement l'atmosphère réelle du film.


dimanche 10 juin 2012

Les vers de terre mangent des cacahuètes d'Elisa Géhin


Très fan des albums d'Elisa Géhin, c'est avec plaisir que je me suis plongé dans sa nouvelle parution chez Thierry Magnier : "Les vers de terre mangent des cacahuètes".
Sous la forme d'un conte vaguement scientifique mais absurde, vous découvrirez pourquoi les vers de terre mangent des cailloux. La démonstration ici relève très vite du délire et arrivera même à faire sourire le plus pointilleux des zoologues.
C'est avant tout le plaisir du jeu et de la narration qui priment dans cet album plutôt que la vérité scientifique. Au départ, les vers de terre mangent des cacahuètes, qui sont mangés par des oiseaux qui eux mêmes sont croqués par les chats qui... Chuuut, je n'en raconte pas plus...
Cet album grand format au dessin stylisé est un délice pour les yeux. Jouant avec art des grandes doubles pages et utilisant une palette de quelques couleurs un peu pastels, Elisa Géhin nous charme encore une fois en nous proposant son univers doux et inventif. Le texte, malicieux, est un régal pour la lecture à haute voix, permettant de jouer sur les répétitions et donc de plonger plus facilement dans un joli voyage en absurdie.
Même si les plus jeunes décrochent un peu devant ce méli-mélo d'oiseaux, de chats, de vers de terre et de cacahuètes, ils prennent un grand plaisir à se noyer dans ces mots et à promener leurs doigts et leur regard curieux sur les illustrations. Les plus grands, vers 5/6 ans, apprécient déjà cet humour décalé autour de cette drôle de chaîne alimentaire.
Encore un joli album à mettre au profit de cet auteur dont je viens de m'apercevoir que les albums précédents, petits joyaux pleins de fraîcheur autour des contes (Cachons-nous dans les bois, Mère-grand que fais-tu, ...) édités chez Milan en 2009, ne sont plus disponibles ! Mais que fait la police l'éditeur ? 





jeudi 7 juin 2012

Le grand soir de Benoît Delépine et Gustave Kervern


Oyez auditeurs de Radio France et lecteurs de magazines et de journaux bien-pensants, écoutez la parole divine de nos journalistes et critiques, foncez au cinéma, "Le grand soir est arrivé" ! C'est LE film de l'année !
Vous voulez de la conscience politique ? De l'anarchie ? Du cinéma décapant ? Allez admirer le duo d'acteurs qui a pulvérisé le protocole ouaté et feutré du dernier festival de Cannes, ils vont maintenant allumer leur dynamite dans les salles. On vous le dit, c'est le grand soir et LE chef d'oeuvre absolu qu'il ne faut rater sous aucun prétexte !
Bon, on se calme un peu. Ca, c'était le message subliminal qu'essayaient de nous faire passer quelques télés,  les chaînes Radio France, partenaires du film (en même temps, elles ramaient pour nous fourguer le dernier auto-portrait plein de suffisance de BHL).
A trop promettre, les médias vont finir par perdre toute leur crédibilité (si ce n'est déjà fait) et torpiller bel et bien le film, parce que, finalement, après projection, j'attends toujours le grand soir...
L'idée sur le papier devait être enthousiasmante. Un duo de frères, interprété par Benoît Poelvoorde en punk à chien et Albert Dupontel en employé borderline, c'est tentant. Vous leur collez Areski et Brigitte Fontaine comme parents et on se gondole déjà. Mais si en plus, on les fait errer dans une zone commerciale minable en leur faisant proférer des sentences sur la consommation, la malbouffe, la vie de merde, on sent le film qui va déranger le bourgeois lecteur du Fig Mag (qui n'ira pas voir le film) et on applaudit par avance des deux mains.
Hélas, au sortit de la salle, la déception est grande. Si le duo d'acteurs principaux est crédible et même attachant, si les idées sont généreuses, si les concepts développés plus graves que franchement drôles sont effectivement présents pour sensibiliser le public au mal être de notre société, le film est assez raté, la faute à une mise en scène inexistante.
Nous assistons à une succession de scénettes. Chacune repose sur une idée sympa mais, filmée platement, souvent en plan fixe et un peu trop longuement. Le spectateur s'enfonce bien vite dans un ennui profond. Ce n'est pas l'apparition de quelques stars qui électrise tout ça. Depardieu en diseur de bonne aventure à bonnet péruvien est grotesque, Brigitte Fontaine fait du Brigitte Fontaine mais sous Lexomil, Areski ne dit rien mais épluche des pommes de terre et Yolande Moreau passe si vite qu'on n'a pas le temps de la reconnaître. L'histoire avance par à-coups, sans prendre le temps de nourrir en profondeur ses personnages. Et puis arrive la fin du film, un peu poétique mais pleine de désillusion. On nous avait promis le grand soir tout le film, on finissait par y croire, du moins l'espérer. Et puis non ! Le sentiment d'impuissance face au libéralisme l'emporte, nos illusions et celles des personnages restent en rade sur le parking de carrefour.
 Delépine et Kervern  n'accouchent que d'un film poussif, mal fichu et finalement désespérant : le monde est moche et le restera pour la plupart. Ce n'est pas "Le grand soir" qui va nous donner la moindre lueur d'espoir ni même un moment de bon cinéma.



mardi 5 juin 2012

Mon ballon de Mario Ramos



Vous donnez à un bon auteur d'albums pour enfants une forêt, un chaperon rouge, des animaux de la savane et un loup, il vous concocte une histoire que vous lirez tous les soirs pendant des mois.
C'est ce qui vous arrivera si vous vous procurez "Mon ballon" de Mario Ramos qui vient de paraître chez Pastel. Après une première lecture aux enfants, c'est sûr ils vous diront : "Tu la relis !?", parce que eux ne s'y trompent pas. Tout est réussi ici, l'histoire, le texte et les illustrations.
Habitué à jouer avec les personnages de contes qui se promènent dans la forêt ( C'est moi le plus fort, le code de la route, ...), Mario Ramos arrive encore une fois à nous surprendre et à nous faire rire.
En partance encore une fois chez sa grand-mère, un petit chaperon rouge naïf, pourvue d'un joli petit ballon rouge,  chantonnant innocemment "promenons-nous dans les bois...", est chaque fois interrompue par le passage d'un animal incongru lui même ayant un comportement singulier.
C'est drôle, vif, décalé. Le texte joue habilement avec les codes connus des enfants et permet une lecture des plus expressives surtout si vous aimez donner de la voix (ici fortement conseillé pour un plaisir maximum). La chute, effrayante juste ce qu'il faut, mais surtout hilarante et pas trop explicative est un modèle de réussite. Les illustrations sont au diapason, simples et rafraîchissantes, accompagnant parfaitement cette histoire qui, je l'espère, deviendra un incontournable dans les écoles maternelles du pays.
Alors, ne résistez pas, allez dans les bois avec le petit chaperon rouge et son ballon, vous ne regretterez pas votre promenade. Ah! N'oubliez pas de rapporter un bouquet de fleurs à Mr Ramos pour le remercier de nous offrir de tels albums.




lundi 4 juin 2012

Flirt de Damien



Appâter par une critique de Télérama, j'ai téléchargé (légalement) le premier album d'un dénommé Damien et intitulé "Flirt".
Drôle de disque tout de même. La pochette nous présente une photo surexposée façon arty du chanteur baisant gracieusement une main féminine. Impossible d'apercevoir le minois de la future idole. Aucune adulation de fans énamouré(e)s ne semble au programme de la maison de disque.
La première écoute de l'oeuvre m'a un peu intrigué. La voix, fragile, pas vraiment assurée, à la limite de la dissonance retient tout de suite l'attention. C'est assez particulier, agaçant au premier abord. A chaque début de chanson, on se dit que ce n'est pas terrible et puis finalement, on tend l'oreille et on se laisse bercer par la mélodie un peu étrange, pas immédiatement accrocheuse mais qui finit par nous emmener ailleurs. Cela est surement dû aux arrangements subtils genre bossa ou slow, très tendres, qui mine de rien, enveloppent parfaitement le timbre si particulier de Damien. Par moment cela fait songer à certains titres de Georges Moustaki dans sa période brésilienne.
Après plusieurs écoutes, la sensation reste la même. Aucune chanson ne rentre vraiment dans l'oreille, aucune ne viendra s'accrocher, entêtante, pour vous envahir la tête toute la journée. Non, chaque fois, c'est d'abord une impression de banalité qui prévaut puis, au final, l'agréable sensation d'un univers de douceur et de volupté.
Avec des paroles contant l'approche amoureuse, le flirt, la conquête, personne ne criera à l'originalité et avec une voix à se faire éliminer dès le premier tout de la Nouvelle Star, l'ensemble reste singulier dans le paysage de la chanson française.
Vous pouvez écouter, ça passe ou ça casse.
Pour moi ça passe et c'est idéal pour accompagner plaisamment une soirée d'été au bord de l'eau.



dimanche 3 juin 2012

Madagascar 3, bons baisers d'Europe de Eric Darnell, Tom McGrath et Conrad Vernon


Mais que suis-je allé faire dans une telle galère ? 
Il y avait quelques temps que je n'avais pas vu un film d'animation et c'est sans préjugé que je me suis assis pour assister à la projection de "Madagascar 3".
N'ayant visionné aucun des précédents opus de la série, j'en connaissais tout de même les différents personnages, ceux-ci ayant orné les emballages de moultes produits sucrés destinés à assouvir la fièvre consommatrice de nos enfants.
Lunettes 3D sur le nez, le film déroule son histoire simplette, pour ne pas dire simpliste, des 4 animaux de la série confrontés au désir de revenir dans leur zoo New-yorkais. Pour cela, ils rejoignent Monaco où sont installés leurs amis pingouins bricoleurs. Mais là, ils rencontrent madame Dubois, une horrible flic qui ne rêve que d'une chose : ajouter une tête de lion empaillée à sa collection. Réfugiés dans un cirque en perdition, elle les poursuivra jusqu'à New-York, terme d'un happy-end obligatoire.
Qu'y-a-t-il à sauver dans ce film ?
L'animation est bonne forcément mais au service de pas grand chose. Ne surnage que le personnage de la méchante, fort réussie. La voix française de Marianne James transpire du plaisir évident qu'elle a eu à la doubler.
Sinon tout est navrant. Les gags sont ratés et déjà vus mille fois, les dialogues plats ou bourrés de clichés : arrivés en France, les héros veulent mettre au travail des singes et on leur répond : "Impossible, ici en  France, on ne travaille que deux semaines par an à cause des RTT." Quand ils veulent faire dans l'humour haut de gamme, on entend un lémurien amoureux transi d'une ourse mal embouchée dire : "Je ne suis qu'un coussin péteur sur lequel tu t'assoies et où tu lâches tes flatulences émotionnelles." Le jeune public n'a pas ri...
Le problème majeur du film est la 3D. Ici, tout le film a été conçu pour mettre en avant cette technique et le spectateur assiste à un déferlement hystérique de scènes où les héros sont constamment catapultés dans le vide, en l'air, rejaillissant vers nous en hurlant pour mieux s'élancer, tout aussi hurlants, dans l'autre sens, le tout dans une débauche de couleurs criardes. En plus d'être fatigant pour les yeux, ça fini par devenir tout simplement rasoir.
Dès qu'une scène calme apparaît, on sait très vite que nous avons trente secondes de répit devant nous avant que ne surgisse une chose déjantée déclenchant une énième course poursuite où tous les personnages sont transformés en balles rebondissantes.
Je sais bien que je n'ai peut être plus l'âge d'apprécier ce genre de produit, mais la salle, pourtant bourrée d'un public beaucoup plus jeune, n'a guère ri aux prouesses des animaux. Les enfants présents ont été pris au piège d'une machinerie commerciale parfaitement huilée et c'est, le cerveau anesthésié par les effets 3D et hypnotisé par le montage clipesque gavé de couleurs pétantes, qu'il a cru voir un film (bon ?), alors que nous ne sommes qu'en présence d'un produit fait pour entendre le doux bruit du tiroir caisse aux oreilles de producteurs avides. On est très loin de la réussite d'un Shrek 2 ou d'un Toy Story 3, films à box office certes mais avec une exigence artistique évidente.
Ce ne sont pas les bandes annonces qui précédaient ce film qui vont me réconcilier avec l'animation 3D. Si j'en crois ce que j'ai vu, héros hyperactifs encore et toujours projetés dans le vide, les yeux exorbités, les dialogues réduits à de simples cris, la tendance de cet été sur les écrans sera : paye ton ticket, soit ébloui par la technique mais surtout, évite de me demander une vraie histoire.
En conséquence, je range mes lunettes 3D et je m'en vais revoir "Mon voisin Totoro", cela me reposera un peu...

samedi 2 juin 2012

Scène de plage de Charles Gancel


Avec sa couverture estivale et vaguement aguicheuse, "Scène de plage" ressemble à un petit roman idéal à lire sur son lieu de villégiature cet été. De la légèreté, de l'humour, pas trop de pages, un petit format, le cocktail littéraire est prêt à être servi à un lecteur qui n'a pas envie d'essayer Saint Augustin sur sa serviette et qui trouve Musso trop imposant pour lire au soleil.
Le narrateur est un quarantenaire qui passe ses vacances en Corse pour de raisons politico/sociales farfelues. Attention, le héros est un mâle d'une espèce poussiéreuse. Employé que l'on devine subalterne d'un quelconque ministère, il est pointilleux, maniaque et porte invariablement la raie sur le côté. On devine un polo boutonné jusqu'au cou pour mieux être raccord avec des chaussures de sport portées avec des chaussettes blanches et un bermuda informe en acrylique. Derrière cette allure ringarde se cache un grand séducteur. Il adore les jeunes filles qui d'ailleurs le lui rendent bien. Vanessa Paradis n' a-t-elle pas chanté "Joé le taxi" en pensant à lui ?
Quoiqu'il en soit, c'est en célibataire qu'il pose son parasol sur une plage du Cap Corse, coincé entre trois jeunes gens pourvus d'une grosse radio tonitruante, d'un couple de culturistes gays en string et d'une famille lambda traînant une jeune fille aux formes affriolantes. Notre héros consacrera sa journée à mater la créature, persuadé de la séduire d'autant qu'il possède une arme fatale : un paquet de Paille d'or de chez Lu !
Ecrit dans un style un peu ampoulé à l'image du narrateur, "Scène plage" remplit son contrat de faire rire ou sourire grâce à une construction parfaite et à un sens de la dérision très réussi. Seulement ce livre ressemble plus à une longue nouvelle, hélas vite lue, qu'à un vrai roman. La mythomanie du narrateur est certes réjouissante pour le lecteur mais tout cela ne va guère plus loin. C' est, pour moi, le premier chapitre d'un roman comique de plus grande ampleur. J'aurais aimé qu'avec un personnage aussi réussi, mytho et érotomane, on m'embarque dans des aventures réjouissantes et pourquoi pas burlesques.
Tel qu'il est , "Scène de plage" ressemble à un bon texte destiné à un concours intitulé "Ecrivez la suite...". Proposez-le par exemple à des auteurs britanniques comme le Tom Sharp de " Wilt" ou le Joseph Connolly des "Vacances anglaises" et vous obtiendrez sans nul doute un vrai bon gros roman comique... comme l'aurait sans doute fait , chez le même éditeur, J M Erre, qui est à ce jour LE romancier comique français incontournable.
Mais comme la tendance chez les éditeurs semble être aux textes courts, celui-ci reste tout à fait fréquentable et égayera agréablement la pause digestive d'un après-midi d'été.

vendredi 1 juin 2012

Je n'ai pas fini de regarder le monde de David Thomas


Ce livre est comme une coupe de friandises remplies de bonbons acidulés plus appétissants les uns que les autres. Composé d'une multitudes petits textes allant de quelques lignes à maximum cinq pages, "Je n'ai pas fini de regarder le monde" se propose de nous faire rencontrer des hommes, des femmes que la vie déroute ou agace. Tous sont pris à ce moment précis où un petit caillou se met dans leur chaussure, un événement se met en travers d'un chemin déjà un peu difficile ou un agacement fait monter la moutarde à un nez qui en a pourtant vu d'autres. Cela peut aller du taureau furieux qui se pose sur vos vêtements alors que vous faites trempette dans une rivière jusqu'au milliardaire qui fuit le monde pour vivre seul de pêche et de cueillette dans une cabane.
Ces petits moments pourraient faire penser aux gorgées de bière d'un Delerm sauf que Davis Thomas a envoyé la douceur se faire voir ailleurs pour la remplacer par une cruauté assez grinçante qui n'exclut pour autant pas une vraie tendresse pour ses personnages.
Dans toute cette myriade de nouvelles, un thème est souvent abordé : l'ennui du couple. Je ne sais s'il y a une part autobiographique mais, à force de répétition, cette usure dans le duo amoureux devient tellement prégnante que je me suis dit qu'il doit bien y avoir un peu de réel dans tout ça.... Et d'imaginer avec les éléments glanés dans son dernier livre,  cet auteur, broyant du noir après une énième rupture , se jetant sur Attractive World (le site de rencontres pour personnes exigeantes) et lancer, telle une bouteille à la mer, l'annonce suivante :
" Homme encore jeune de corps et d'esprit, fumeur, passionné de littérature mais aussi de pêche à la ligne, mal à l'aise avec les conventions sociales, tenté par le naturisme cherche jolie femme aimant jouer les fiancées mais par forcément les épouses, pour échanges corporels et intellectuels par intermittence mais pas plus, même si affinités. "
Si cette annonce vous séduit, découvrez d'abord son livre avant rencontre mais surtout, si vous le rapprochement se fait, laissez David Thomas regarder encore le monde, qu'il puisse longtemps nous donner de ses nouvelles de sa plume précise et attachante.


Les illusions perdues de Xavier Giannoli

  Adapter ce long roman de Balzac reste une gageure que Xavier Giannoli réussit parfaitement.  En se concentrant sur la partie narrant la mo...