lundi 5 décembre 2022
L'emprise de Mylène Farmer
vendredi 21 janvier 2022
Un jour, je de Pierre de Maere
lundi 17 mai 2021
L'amour, hélas de Clio
Le troisième album de Clio peut être qualifié de gonflé. Imaginez, 10 chansons, qui, dès la première écoute s'engouffrent dans vos oreilles de façon évidente alors qu'il n'y ni Auto-Tune, ni slam, ni phrasé rap, ni production grandiose, grandiloquente, ni sons ciblés radio FM, aucun rythme chaloupé, aucune rythmique techno, disco, électro, juste quelques claviers simples. Rajoutons une voix limpide de fragilité, juste ( une qualité, plus proche de Jane Birkin que de Céline Dion, qui ne s'amuse pas à faire des effets et ne ferait donc retourner aucun membre de "The Voice" chantant des textes fluides, ni militants, ni parlant d'amoooouuuur avec des trémolos dans la voix mais juste d'une vie amoureuse faite de doutes, de séparation, de solitude, de petits chagrins, de petits bonheurs. Ouais, bof, me direz-vous, de la guimauve sans relief, on passe !! NON et NON, on ne passe pas, on se laisse attraper par la main, et l'oreille bien sûr, et on déguste ce qui est sans conteste l'album le plus culotté du moment à cause de ce minimalisme totalement assumé ( "Dans mes chansons , il n'y a jamais grand fond, que nos inclinations" chante-t-elle dans "L'amour, hélas" qui donne le titre à cet opus).
Minimaliste peut être, mais évidemment talentueux, car Clio, autrice, compositrice, interprète, confirme son grand talent de mélodiste. Elle n'a pas son pareil pour mettre en musique le spleen d'une jeune trentenaire ( "Ai-je perdu le Nord ?" ou "Elle voudrait" ) ou ses amours contrariées que ce soit à Prague, à Berlin ou ailleurs, proposés ici comme un voyage nostalgique mais jamais tragique ni triste, juste effleuré avec pudeur et une douce poétique touchante et rêveuse. La voix cristalline de Clio enveloppe ses compositions avec grâce et subtilité. Elle pourrait être cette copine un peu réservée, cette amie pudique à la contemplation créative. Et si vous avez quand même encore un doute, sachez juste que dans cet album figure un duo de la chanteuse avec ... Iggy Pop ! Clio voulait une voix grave avec l'accent anglais pour l'accompagner sur son titre "L'appartement". Son producteur a eu le culot d'envoyer une maquette à la star qui, bien que ne connaissant pas Clio, fut totalement séduit par la chanson ( inspirée d'un poème de Francis Carco et à la mélodie magnifique) et l'enregistra. Il a du goût Iggy et on peut espérer que cela mettre un coup d'éclairage sur cette chanteuse qui occupe une place bien particulière dans notre chanson hexagonale.
Clio accompagnera avec douceur notre époque trop portée sur le clinquant, les gros bras, les grosses machines, les grosses voix. Clio, c'est la caresse d'une chanson paisible pour rendre nos vies plus douces.
mardi 13 avril 2021
Printemps 2021, la chanson française nous invite à danser.
Alors que tous les lieux culturels restent fermés, que les endroits conviviaux comme les boîtes, les bals populaires, les soirées festives risquent de ne pas voir le jour avant longtemps encore, nos artistes lyriques français ne pensent qu'à une chose : danser, s'enlacer en musique, toucher des corps, bref revivre enfin.
Ces dernières semaines sont sortis divers titres avec des inspirations très diverses mais qui tournent tous autour d'une même obsession : DANSER !
En tête de ce billet, vous ne raterez pas la version live ( flash mob pas improvisé mais sacrément électrisant donné la semaine dernière à la gare de l'Est ) de "Danser encore" par HK. Ce groupe militant avait déjà fait un gros coup au début des années 2010 en créant l'hymne d'une multitude de manifs de cette époque, le fameux " On lâche rien". La crise actuelle a inspiré ce titre "Danser encore", hautement addictif, chaleureux, dansant, qui est en train de devenir viral et va de toutes les façons rythmer de façon entêtante et dansante toutes les manifs des intermittents en particulier mais de tous les autres également.
S'il n'est pas question de danse à proprement parlé dans le nouveau titre de Clara Luciani "Le reste", le clip ultra vitaminé qui accompagne cette sortie est un véritable clin d'oeil à Jacques Demy. Soudain, cette chanson pop, peut être pas en course pour rivaliser avec la fameuse " La grenade", donne envie de bouger, de danser sous le soleil...( et accroche assurément par cette façon franche d'évoquer le cul d'un amour passé).
mardi 2 mars 2021
Coup de blues dans la chanson française
Ca avait débuté il y a un an avec l'arrivée du COVID. Lou and the Yakusa sortait son titre "Dilemne" et son refrain entêtant :
Seule, seule, seule
Si je pouvais je vivrai seule
Loin des problèmes et des dilemmes , na nananana
Il faut croire que cette arrivée triomphale sur la scène de la chanson française a inspiré, non pas un mouvement musical, mais une thématique plus souterraine qui, amplifié par les différents confinements, resurgit dans les nouveautés de ce début d'année. Le manque de lien social, le repli sur soi-même, les couples qui explosent, la dépression qui gagne du terrain figurent dans beaucoup de chansons de ce début d'année.
Commençons par la nouvelle la plus triste : Thérapie Taxi, c'est fini...ils se séparent ( le confinement ? ) et vont vraisemblablement entamer une carrière solo. Pour marquer cette rupture, un titre, en partance pour être un des tubes du moment ( générique de l'émission "Quotidien" depuis des semaines) : "Eté 90", moins trash que les précédentes compositions du groupe, annonce cependant clairement la couleur et figure dans un EP au titre tout aussi explicite : "Rupture 2 merde". Seuls...enfin séparés, ils poursuivront leur route...
samedi 7 novembre 2020
Les chanteuses ont juste un prénom
dimanche 1 novembre 2020
Quoi de neuf dans la chanson française en octobre 2020 ?
Après un premier confinement, et avant un second, octobre fut le mois idéal foisonnant pour les artistes français sortant de nouvelles créations à foison. Voici, un mix subjectif de quelques titres qui ont attiré mon oreille.
La jeune pousse du mois : Baptiste Ventadour
21 ans, corrézien, après avoir chanté dans les rues, commence à pointer le bout de son nez dans la chanson française, avec en bandoulière un combat écolo. "Que reste-t-il?" , un premier titre remarqué avait posé sa voix un brin rocailleuse de chanteur folk. Cet automne, très inspiré par la saison, il nous propose un titre au thème singulier ( et dans la lignée musicale du précédent) : la tombée d'une feuille d'automne ! Nous sommes loin des chansonnettes d'amour ! ( le clip est à venir)
La chanson "Meetoo" du mois : "T'es belle" par Coeur de Pirate
Retour remarqué pour Coeur de Pirate aux dernières années musicales un peu hésitantes. Après avoir déclaré avoir subi des violences sexuelles, voici une version chantée du conditionnement féminin, titre simple et réussi dont on n'arrive pas à déterminer si c'est dans la lignée d'Angèle ou so c'est le contraire...
Le coup de coeur du mois : Clio
vendredi 3 avril 2020
Bled de Charles-Baptiste
Alors, comment dire, ... ce n'est pas un vrai coup de foudre pour la production lyrique de ce trentenaire, mais indubitablement, il y a un bon mélodiste derrière ce nom et l'ensemble de son oeuvre, ne laisse pas indifférent. Revenons en arrière...
En 2012, Charles- Baptiste apparaît avec un premier EP et un premier clip sobre au titre accrocheur : "Piquez-moi avant".
Et puis, malgré un certain succès critique ( les Inrocks aiment !), Charles-Baptiste échappe quelques années au radar et on va le retrouver en 2017. Au placard le foulard et le costume, le voici plus sexy, jean et chemise largement ouverte sur un torse offert aux caresses d'une jeune femme pour le clip " Selfie". Le titre fait référence à un vieux tube de Magali Noël ( écrit par Boris Vian) et peut être aussi à Jeanne Mas. Mais juste avant le déferlement Meetoo, les paroles un peu brutes ( même fredonnées sur des nappes douces de synthé) ne sont plus trop dans l'air du temps, et ce n'est pas encore cette année ( référence à un de ces premiers promettant un succès prochain du chanteur) qu'aura lieu le décollage vers la gloire.
Après quelques duos ( assez réussis) avec divers artistes un peu undergrounds, le revoici cette année avec un deuxième album ( sortie annoncée le 17 avril) et surtout un nouveau clip " Bled". La maturité semble là, la barbe apparaît, il a changé de lunettes mais toujours avec monture XXL. Le titre, à la belle mélodie planante accroche par sa singularité , ... Alors, en route vers la reconnaissance ? Allez savoir...mais on peut quand le lui souhaiter !
lundi 9 décembre 2019
Merry Queermas
samedi 23 mars 2019
Quoi de neuf dans la chanson française ?
lundi 9 avril 2018
Sainte Victoire de Clara Luciani
C'est le printemps ! On l'espère chaud...sur beaucoup de plans et voilà que depuis vendredi explose déjà une première grenade... pas dans la rue mais dans nos oreilles.
Déjà un peu repérée depuis un an avec la sortie d'un EP ( " Monstre d'amour") , Clara Luciani publie donc un premier album dont le titre " La grenade", mis en avant depuis un mois, lui permet d'attirer l'attention. Ce n'est pas tous les jours qu'une jeune chanteuse sort un titre féministe au refrain entêtant. Du coup, portée par l'affaire Weinstein, la voilà propulsée chanteuse à texte et militante... ce qui pourrait être pire comme étiquette. Or, à l'écoute des onze titres, le portrait doit être plus nuancé.
Clara Luciani, tisse un autoportrait sensible et inspiré d'une jeune femme d'aujourd'hui, battante certes, car la vie et une passion passée mais dévorante l'ont rendu plus forte, mais aussi pleine d'interrogations. Dans cette veine, on retiendra surtout l'excellentissime " Drôle d'époque" ( " J'ai pas l'étoffe, pas les épaules , pour être une femme de mon époque...") qui marque une rupture à la mi-temps de son album ( mais aussi un miroir féminin à la chanson " Kid" d'Eddy de Pretto). Les six titres précédents, tous merveilleusement produits, de la reprise quasi disco du " The bay" de Metronomy au très rythmique " Comme toi" accrochent l'oreille avec bonheur mais préparent surtout à l'arrivée des derniers morceaux tous plus parfaits les uns que les autres. " Monstre d'amour" , "La dernière fois" "Dors" et " Sainte Victoire" , concluant magistralement cet album qui apparaît soudain comme une perle comme en a pas entendu depuis longtemps ... enfin depuis Juliette Armanet.
Donc, ce printemps sera celui de Clara Luciani, de sa silhouette longiligne dont la guitare électrique n'est nullement un accessoire de mode mais surtout de sa voix qui fait élégamment les montagnes russes dans des mélodies parfaites et dont on retiendra son inimitable timbre qui place du grave dans des aigus. Dès ce premier album, elle se positionne comme une évidence, un talent que l'on adopte immédiatement. Si l'on veut jouer au jeu des références, elle serait la fille secrète qu'auraient eu ensemble Françoise Hardy et Etienne Daho, sauf que leur progéniture aurait su garder le meilleur de ces deux aînés et en tirer un style totalement personnel. C'est ça le talent ! " Sainte Victoire" en est la parfaite illustration !
lundi 2 avril 2018
Quoi de neuf au mois d'avril dans la chanson française ?
Comment ne pas relier ce clip et cet album à celui d'Alain Chamfort qui sortira deux semaines plus tard ? Autre longue tige mais en version masculine, autre chanteur qui accepte sa vieillesse mais qui continue à chanter, Alain Chamfort nous propose un clip, "Exister", qui prend un peu les mêmes codes que celui de Françoise Hardy ( les images de sa jeunesse, même si ici elles servent aussi à nous montrer son changement physique au fil des ans)) et nous parle aussi de sa disparition prochaine. Il est difficile de ne pas être touché par la clairvoyance mais surtout le côté gonflé de ces deux artistes d'évoquer leur future mort et c'est avec grand intérêt que nous écouterons ces albums qui s'annoncent comme de troublants bilans.
mardi 27 mars 2018
Marx Attack de Soviet Suprem
L'écoute du deuxième album du groupe Soviet Suprem, à l'univers russe prégnant me fait songer qu'il y a bien longtemps que la musique traditionnelle russe ( je parle de son pendant folklorique par de Rachmaninov) n'a pas infusé dans la chanson française. Il faut remonter à la fin des années 60 pour retrouver un mouvement musical un peu disparate mais à succès, où Ivan Rebroff hantait les shows de l'ORTF, Rika Zarï faisait danser le casatchok à la France entière et où Mary Hopkin ("Those where the days", "le temps des fleurs " en français ) et Marie Laforêt ( "Ivan, Boris et moi" ) triomphaient avec des tubes d'inspirations russo-tziganes. Certes, il y eut en 1993 la présence ( assez discrète et guère folklorique) des choeurs de l'armée rouge sur l'album "Rouge" de Fredericks, Goldman et Jones, mais depuis pas grand chose à se mettre dans l'oreille pour nous faire danser accroupis avec une chapka sur la tête.
Et arrivent donc les Soviet Suprem ... Si on trouve bien dans leur musique des sonorités d'accordéons tziganes, on ne peut pas dire que ce soit le point saillant de leur musique. Comment définir ce groupe ? Disons que c'est le croisement de deux énergumènes...russophiles ? ...russophobes ? .... humoristes c'est certain, amateurs de jeux de mots qui seraient tombés dans une marmite composée d'un mélange improbable de rap, d'électro, de Kraftwerk et de Laroche-Valmont... ces deux derniers sont cités, voire repris dans ce nouvel opus. Et ça donne ça :
dimanche 4 mars 2018
Quoi de neuf au mois de mars dans la chanson française ?
Evidemment, je ne peux que commencer par la bombe de ces derniers mois, Eddy de Pretto. Il avait ébouriffé par son franc chanté la variété hexagonale avec "Kid" et "Fête de trop" ( sur un premier EP ) mais avec la sortie hier d'un album de quinze titres, il s'impose sans problème comme une personnalité sur laquelle on va devoir compter dorénavant. "Ego", nettement mieux produit que les deux titres cités précédemment, impose ce jeune artiste et entre désormais dans la grande famille des grands chanteurs français.
Le 9 mars, un premier album ( "Possible") d'un dénommé Chaton devrait faire quelques vagues. En dehors de tout formatage physique, un peu plus âgé que les nouveaux venus actuels et après avoir travaillé pour Jennifer, Yannick Noah ou Natasha Saint Pierre, il nous propose un album électro reggae, à la voix auto tunée qui peut énerver, mais une chose est certaine son titre "Poésie" reste dans la tête une fois entendu.
Et pour terminer, voici le clip le plus insolite du moment, proposé par Alice Lewis dont l'album "Imposture" est sorti il y a un peu plus d'un mois. Voix proche de Mylène Farmer, arrangements électro pop actuels, je ne suis pas certain que le titre "Cabriolet" sorte vraiment du lot, ni qu'il soit aussi original ou décalé que les images ci-dessous... mais c'est une curiosité...
samedi 3 février 2018
Quoi de neuf dans la chanson française ? (1)
Après ce premier clip, rigolo et gentil comme la chanson "Seul sur son tandem" extrait du premier EP de Voyou " On s'emmène avec toi", vous aurez compris qu'il ne sera pas question des nouveautés discographiques d'Adamo ou de Louane, mais bien de signaler quelques nouveautés un poil plus marginales qui m'auront tapé dans l'oreille ou dans l'œil ( comme ici pour le clip). Voyou, dont on peut penser que sa pop rafraîchissante démarre sous un bon label ( celui de Fishbach), paraît parti pour rencontrer un certain intérêt car sur les cinq titres de son EP, deux semblent taillés pour le succès ( "La légende urbaine" est à découvrir aussi).
Dans un style voisin ( tout du moins pour le titre ci-dessous), peut être plus électropop, le groupe Général Elektriks ne débute pas mais nous propose un joli clip animé sur un titre aux allures minimales mais pas désagréable " Au tir à la carabine" extrait de leur quatrième album ( je crois) "Carry No Ghosts".
Je profite d'être au milieu de ma chronique pour glisser innocemment la sortie du premier album du groupe parisien Thérapie Taxi "Hit Sale", qui contient bien évidemment le titre "Salop(e)" qui avait connu l'an dernier un petit buzz sur You tube. Cela vous avez échappé ? Alors le voici. On notera la jolie voix de la chanteuse qui accompagne bien le doux refrain... Le couplet est un peu plus hard ... et fait passer Giédré pour une chanteuse pour enfants. Attention aux oreilles chastes !
mercredi 11 octobre 2017
La science du cœur de Pierre Lapointe
On n'écoute jamais assez ce qui nous vient de chez nos cousins canadiens. Depuis quelques années nous arrivent des artistes franchement intéressants ( non pas Véronique Dicaire ou Garou mais plutôt Klô Pelgag, Ariane Moffatt, ...) et en chef de file Pierre Lapointe qui se pose depuis quelques temps comme un digne successeur de Gilles Vigneault ou Félix Leclerc, en version nettement plus contemporaine. On l'avait laissé en 2014 avec son album "Paris tristesse" une compil acoustique au piano de ses meilleures chansons, revisitant de manière sobre son répertoire qui prenait soudain une tonalité encore plus pertinente.
Et voilà que nous arrive "La science du cœur", album à la maturité évidente ( et on nous dit qu'il s'agit d'un premier d'une série de trois !). La première écoute donne l'impression que du passé, il a fait table rase. Finis les textes denses, les orchestrations lorgnant vers une pop/rock échevelée, bienvenus les mots limpides, l'acoustique simple et généreuse. Et franchement, sans renoncer à l'exigence et tout en gardant son univers, cet allègement dans la production donne un résultat d'une grande beauté. Les 11 morceaux de l'album serpentent en caressant nos oreilles. Les cordes et le piano enveloppent parfaitement des textes évidents et d'une grande subtilité. Bien sûr, Pierre Lapointe chante l'amour, la solitude, la séparation, l'insomnie, l'absence comme bon nombre de ses confrères sauf que cette fois-ci, en 2017, il assume complètement ses amours homosexuelles et vous savez quoi ? Ca coule normalement, comme une évidence, et il touche tout le monde car, les émois sentimentaux, quels qu'ils soient, sont bien tous les mêmes, surtout chantés dans leur réelle banalité. Alors du premier morceau "La science du cœur" dernier pont avec un passé de paroles alambiquées ( "La science du cœur est un objet d'abstraction propulsée") mais magnifique ouverture, jusqu'au dernier, le sublime et simplissime "Une lettre" ( sans doute un futur classique de la chanson francophone) , c'est une succession de titres tous plus finement ciselés les uns que les autres. Justesse et chaleur de la voix, arrangements soyeux ou voluptueux ou plus malicieusement rythmiques ( "Alphabet"), discrets clins d'œil à quelques artistes adorés ( Lou Reed dans "Sais-tu vraiment qui tu es ", Trenet dans "Un coeur", ...), textes inspirés et accessibles font que ce nouvel opus de Pierre Lapointe ne peut, ne doit pas passer inaperçu.
Et si "la science du cœur" devenait enfin l'album de la consécration de Pierre Lapointe ici en France ? ( les canadiens, eux, n'ont pas attendu pour en faire leur grand chanteur adulé).
lundi 17 avril 2017
Petite amie de Juliette Armanet
J'ai testé pour vous le premier album de la nouvelle princesse de la chanson française, la fort médiatisée Juliette Armanet.
Nouvelle coqueluche des médias qui font l'opinion, elle a eu droit à un long article élogieux dans les Inrocks, a été la cible des douceâtres questions évaporées d'Augustin Trapenard ( en voie de druckérisation) sur Inter, obtenu trois 3 F (seulement ) chez Télérama et même emballé Le Figaro ( moins branchouille quand même).
Alors, en amateur de chanson francophone, je n'allais pas passer à côté de l'événement. Je connaissais vaguement la dame, car, elle chantonne avec Julien Doré dans un duo sur son dernier album, signe d'une déjà bonne pénétration du milieu de la variété chic.
Dès le premier morceau, le déjà petit tube " L'amour en solitaire", la voix haut perchée, pas loin de rappeler celle de Véronique Sanson sans le vibrato, les subtils arrangements classieux et la présence en premier plan du piano nous renvoient plus de quarante ans en arrière, dans ces années 70 où William Sheller, Michel Berger, Gérard Manset, Christophe, imprimaient une trace indélébile dans la chanson française. On sent leur influence dans tout l'album de Juliette Armanet ( et même dans "Sous la pluie" un clin d'oeil à Danielle Licari et Saint Preux ...mais qui s'en souvient ?) Et je dois l'avouer, c'est loin, très loin d'être désagréable, de retrouver une variété classieuse qui caresse l'oreille dans le sens du poil. Certes on n'est pas étonné, c'est même confortable comme un bon vieux fauteuil et ce ne sont pas les quelques accords discos, signe d'un léger décalage moderne qui gâchent le plaisir. Les mélodies sont impeccables, imparables, les chansons piano/voix ont une vraie grâce ( "Alexandre"), les slows chaloupent agréablement ( " A la folie" ), l'album coule magnifiquement. Plus on avance et plus on se dit à l'écoute de chaque titre que ça rappelle quelque chose, comme un air de déjà entendu, sensation confirmée avec le très beau dernier titre "L'accident", morceau lent au piano dont quelques accords rappellent énormément "Mi-maître, mi-esclave " de Véronique Sanson.
Juliette Armanet nous offre un premier album dont l'écoute et la réécoute sont un réel plaisir. Tout est propre, hyper bien léché, et un formidable hommage aux aînés que l'on a tant aimés. Peut être manque-t-il un léger lâcher prise, une pointe de vraie originalité qui ferait que la chanteuse pourrait, en plus de sa belle voix et de sa capacité à aligner des mélodies imparables, imposer un univers bien personnel.
mercredi 22 mars 2017
Je suis partie de Paris Combo
"Je suis partie", le premier extrait d'un album dont la sortie est prévu de 12 mai prochain, vous rentre dans la tête dès la première écoute. Après un départ façon jazz/pop lent, le refrain explose de bonne humeur. Cette invitation au voyage, au départ, à la découverte nous donne des fourmis dans les jambes, des envies d'ailleurs. Et même si votre destination n'est encore qu'un vague projet lointain, nul doute que cette chanson entraînante vous fera patienter. Il suffit de brancher la sono, démarrer par un slow langoureux puis s'éclater et se déhancher. "Je suis partie" nous donne des envies de danser, de partager à deux, à trois ou plus, sur ce formidable moment de swing jazzy. Pour moi, le tube de ce printemps ! Et... vivement l'album !
jeudi 22 décembre 2016
Nos vedettes de Jules et le vilain orchestra
Attention, prêts à plonger dans la vraie, la revendiquée variété française ? Avant d'enfiler votre casque ( pour l'écoute) et pousser le canapé du salon ( oui, c'est dansant) regardez donc la pochette de ce mini album. Ce n'est pas le premier de ce monsieur qui, après avoir œuvré auprès de noms aussi prestigieux que Catherine Ringer, Jacques Higelin ou les Ogres de Barback, a entamé voici quelques temps déjà une carrière solo et nous propose régulièrement quelques albums dont ce dernier, de 7 titres.
Donc, si on observe la pochette, on aperçoit un mec branché, dans une posture "Regardez-moi , je suis encore bogosse, j'assure en humour et en coolitude ". Le nom, suivi de "vilain orchestra" donne à penser que cela bouge pas mal dans, peut être, dans un genre orchestre du Splendid, que l'on peut compter sur lui pour mettre de l'ambiance, dans un créneau que je pressens entre Patrick Sébastien et Kendji Girac....
L'album a un concept ( oui !oui !) : sept chansons, sept portraits de femmes, toutes différentes ( sans doute pour mieux rendre hommage à leur diversité). Ca peut donner envie, même si l'on craint le pire.
L'écoute du premier titre, "T'es chiante" ( tout un programme) emporte tout de suite dans un univers de clichés et de misogynie, heureusement contrebalancé par une chute plus humoristique. La voix est bien posée, une guitare pour le rythme, ça balance et des chœurs font " waou waou"... C'est de la variété, de la vraie. La suite nous présentera une vieille dame en couple, une célibataire qui ne trouve pas de prince, une candidate FN, une fille de gauche catho, une joggeuse, ... tout ça emballé pour faire bouger et sourire.
Ca pourrait ressembler au croisement improbable de Vincent Delerm pour les paroles avec ....Louise Attaque pour le rythme , mais nous sommes plus proche de Cookie Dingler associé à Philippe Lavil ( dont Jules à un peu la dégaine). Peut être qu'avec un soupçon d'accordéon, on aurait pu verser dans le créneau "Nouvelle Chanson Française" ( concept qui commence à dater), mais non, l'ensemble me fait soudain penser, que dans le rayon variétoche, Jules pourrait se poser en digne successeur de Didier Barbelivien. Il en possède la voix, l'écriture facile et le sens de la mélodie que l'on retient facilement. Ce n'est pas ma tasse de thé, mais avouez, comme avenir, on peut trouver pire non ? ( Je parle de boulot et de droit d'auteur).



