mercredi 11 octobre 2017

La science du cœur de Pierre Lapointe



On n'écoute jamais assez ce qui nous vient de chez nos cousins canadiens. Depuis quelques années nous arrivent des artistes franchement intéressants (  non pas Véronique Dicaire ou Garou mais plutôt Klô Pelgag, Ariane Moffatt, ...) et en chef de file Pierre Lapointe qui se pose depuis quelques temps comme un digne successeur de Gilles Vigneault ou Félix Leclerc, en version nettement plus contemporaine. On l'avait laissé en 2014 avec son album "Paris tristesse" une compil acoustique au piano de ses meilleures chansons, revisitant de manière sobre son répertoire qui prenait soudain une tonalité encore plus pertinente.
Et voilà que nous arrive "La science du cœur", album à la maturité évidente ( et on nous dit qu'il s'agit d'un premier d'une série de trois !). La première écoute donne l'impression que du passé, il a fait table rase. Finis les textes denses, les orchestrations lorgnant vers une pop/rock échevelée, bienvenus les mots limpides, l'acoustique simple et généreuse. Et franchement, sans renoncer à l'exigence et tout en gardant son univers, cet allègement dans la production donne un résultat d'une grande beauté. Les 11 morceaux de l'album serpentent en caressant nos oreilles. Les cordes et le piano enveloppent parfaitement des textes évidents et d'une grande subtilité. Bien sûr, Pierre Lapointe chante l'amour, la solitude, la séparation, l'insomnie, l'absence comme bon nombre de ses confrères sauf que cette fois-ci, en 2017, il assume complètement ses amours homosexuelles et vous savez quoi ? Ca coule normalement, comme une évidence, et il touche tout le monde car, les émois sentimentaux, quels qu'ils soient, sont bien tous les mêmes, surtout chantés dans leur réelle banalité. Alors du premier morceau "La science du cœur" dernier pont avec un passé de paroles alambiquées ( "La science du cœur est un objet d'abstraction propulsée") mais magnifique ouverture, jusqu'au dernier, le sublime et simplissime "Une lettre" ( sans doute un futur classique de la chanson francophone) , c'est une succession de titres tous plus finement ciselés les uns que les autres. Justesse et chaleur de la voix, arrangements soyeux ou voluptueux ou plus malicieusement rythmiques ( "Alphabet"), discrets clins d'œil à quelques artistes adorés ( Lou Reed dans "Sais-tu vraiment qui tu es ", Trenet dans "Un coeur", ...), textes inspirés et accessibles font que ce nouvel opus de Pierre Lapointe ne peut, ne doit pas passer inaperçu.
Et si "la science du cœur" devenait enfin l'album de la consécration de Pierre Lapointe ici en France ? ( les canadiens, eux, n'ont pas attendu pour en faire leur grand chanteur adulé).


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