mercredi 28 juillet 2021

Kaamelott de Alexandre Astier

 


Quand on n'est pas fan de la série et qu'en plus on n'en a aperçu qu'une ou deux scènettes durant sa vie de téléspectateur,  comment reçoit-on le film ? La réponse fleure bon l'étonnement et un peu de circonspection devant cette production que l'on devine ambitieuse. 

Que voit-on à l'écran dans cette version décalée des chevaliers de la Table Ronde ? Une série de vignettes sensées être comiques ( et qui atteignent parfois leur but), parfois dramatiques mais qui ne fonctionnent pas du tout tant le mélange des deux, handicapé par une mise en scène et un montage en roue libre, n'arrive jamais à être prises comme telles. Alors, on laisse tomber l'histoire et ses très nombreux personnages jamais trop caractérisés ( Lancelot, qui est sensé être une affreux méchant, reste une sorte de fade bonhomme déguisé en lézard) et on se laisse entraîner par cette avalanche de sketches, diversement appréciés. On note des costumes hallucinants portés par une bande d'acteurs tous épatants ( mention à Guillaume Gallienne qui n'apparaît hélas qu'au début mais pas à Sting ( oui, le chanteur) qui ânonne quelques phrases apprises en phonétique), des dialogues bien écrits, des trucages numériques un peu trop voyants, des flash-backs étrangement ennuyeux.

Sans doute que les fans de la série seront contents de retrouver les personnages qu'ils ont adoré dans cette resucée pas très réussie, les autres, y verront une production originale, baroque, une camelote plus clinquante et aguichante que convaincante. 



mardi 27 juillet 2021

Old de M. Night Shyamalan


 Ne vous attendez pas à être terrassé par un twist final avec le nouveau Shyamalan, il n'y en pas ( ou alors,  vous n'avez jamais vu ou lu un quelconque roman ou film fantastique). Avec les années, il devient de plus en plus dur de surprendre le spectateur. 

Cependant, même si "Old" est loin d'être le meilleur film de l'auteur, on peut toutefois passer un moment plutôt divertissant. La situation de départ est originale : un groupe de touristes ayant acheté un séjour à prix très attrayant ( on devrait se méfier un peu plus des petits prix sur internet, ça cache toujours quelque chose) se retrouve enfermé sur une plage, certes paradisiaque, mais où ils vont s'apercevoir assez vite qu'ils vieillissent d'une année touts les demi-heures. Peur, paranoïa, folie, vont emplir les quelques instants qui leur reste à vivre... 

Nous sommes au cinéma, qui plus est dans une production étatsunienne et je rassure les fans de Gael Garcia Bernal, s'il vieillit bien à l'écran avec des ajouts de rides, sa barbe ne pousse pas, ses cheveux ne tombent ni ne blanchissent, continuant ainsi à le garder séduisant jusqu'au bout. Du fantastique OK, mais pas au prix à gâcher le sex-appeal d'une star ! On retrouve Vicky Krieps qui après "Bergman Island" semble aimer les atmosphères estivales mais continue à choisir des films qui ne la mettent pas en valeur ( difficile de trouver de bons rôles après " Phantom Thread"). Si "Old" arrive à ne pas ennuyer le spectateur, c'est uniquement parce que scénaristiquement le cahier des charges est au top : une rebondissement toutes les deux minutes. du coup, on peut ne pas se laisser aller à trouver les dialogues un peu lourdingues ou surlignant inutilement l'action ( Horreur, et si le spectateur ne comprenait pas ?), la musique redondante et un tantinet envahissante et la caméra multipliant les décadrages et les pirouettes sans doute pour bien spécifier que nous sommes dans un film fantastique. Comme le film hésite à être trop gore ( on n'est pas du tout dans "Titane"), lorgne aussi parfois vers la comédie ou le clin d'oeil grandguignolesque délirant ( la mort de Crystal), difficile de prendre tout ça au sérieux et d'être tout à fait ou horrifié ou impliqué. 





dimanche 25 juillet 2021

Onoda de Arthur Harari


 Un film français, en japonais, sur le dernier guerrier nippon, seul sur une île des Philippines et ayant cru jusqu'en 1974 que la deuxième guerre mondiale continuait, le tout sur 2h47,  ce n'est pas courant. Présenté en ouverture de la section "Un certain regard" à Cannes, on pourrait être tenté de caser ce long-métrage dans la case "film d'auteur rasoir", tant la longueur et le thème suppose un récit lent et contemplatif. Détrompez-vous, c'est une grand film d'aventures que nous propose Arthur Harari. 

Une fois l'histoire installée, et c'est peut être la partie qui manque un peu de nerf, ayant de mal à placer le récit dans le réel contexte historique seulement évoqué par des dialogues, le film démarre sans faiblir jusqu'à la fin. Sans rien dévoiler de l'histoire, au départ, le lieutenant Onoda, n'est pas seul car accompagné de quelques autres soldats. Et si vous vous figurez que l'île qu'on leur ordonne de défendre ressemble à celle de Robinson Crusoé, deuxième méprise, elle est grande, possède une population autochtone qui vit des ressources des plaines et des forêts de l'endroit.  Plein d'ingrédients pour donner de l'action à ses 10 000 nuits passées loin de tout et dans un état perpétuel de surveillance.  C'est donc une sorte de "survival" ....à l'américaine car on y sent toute l'influence de films étatsuniens, des westerns de John Ford ou  de Raoul Walsh mais aussi de la lumière de pas mal de films sur la guerre du Viêt-Nam. Pour accompagner les nombreux soubresauts de cette histoire, Arthur Harari déploie une mise en scène magnifique, d'une grande élégance, composant des scènes toutes plus parlantes les unes que les autres. Les acteurs sont au diapason, formidablement intenses. Les 2h47 passent très vite et se paient le luxe d'entrer en résonance avec notre époque où nous voyons sous nos yeux de spectateurs comment s'alimente la théorie du complot si à la mode ces derniers mois en 2021. 

Donc, pour résumer, "Onoda" est un film français ambitieux, très réussi, qui plaira à tout amateur de grand film d'aventures et qui, en ne sombrant jamais dans la facilité, passionnera aussi un spectateur plus exigeant. On dirait qu'Arthur Harari a trouvé la formule magique pour rallier tous les suffrages. 




jeudi 22 juillet 2021

Un jour ce sera vide de Hugo Linderberg


 Trois questions sur le prix Livre Inter 2021

Alors, il est comment cette année le prix du Livre Inter ? 

Vous avez peut être souvenir de prix du Livre Inter un peu déroutants ( "Supplément à la vie de Barbara Loden de Nathalie Léger" en 2012) ou vite oubliés car assez quelconques ( "Sombres dimanches" de Alice Zeniter en 2013) et depuis vous regardez ce prix avec un oeil critique pensant que les auditeurs/lecteurs de la radio française la plus écoutée ne sont en fait que d'abominables bobos intellos. Pourtant ces dernières années, la pioche des jurés fut vraiment très bonne avec Emmanuelle Bayamack-Tam  en 2019 et Anne Pauly  en 2020. Cette année, et dans un genre encore très différent, reconnaissons que  le choix est encore très bon et que ce serait étonnant, si vous n'êtes pas des fans absolus de la soupe Grimaldi ou Valognes, que vous soyez déçus. 

Franchement, les méduses en couverture, quelle horreur ! Ça ne parle vraiment que de méduses ? 

Si le roman débute effectivement par un garçon de 10 ans jouant avec une méduse échouée sur une plage normande, et si cet animal marin, repoussant pour beaucoup, occupe une fonction importante dans la rencontre du narrateur avec un autre garçon de son âge, leur présence en couverture n'est due qu'à leur grâce ondulante, quelque part la symbolique marine de l'état d'âme du petit garçon qui livre ses sentiments piquants de naïveté et d'interrogations torturées. 

Encore un roman où l'on ne va pas beaucoup rire ?

Effectivement, nous ne sommes pas chez Emmanuelle Bayamack-Tam dont le "Arcadie" nous a fait bien rire, mais "Un jour ce sera vide" ( avec un titre pareil, il n'y a aucune tromperie sur la marchandise) va plutôt nous plonger dans le monde de l'enfance, une enfance solitaire, d'un orphelin juif, élevé par sa grand-mère, et vivant chichement. On y trouvera magnifiquement écrit, et sans qu'une seconde on ne pense à l'adulte qui prend la plume mais bien à cet enfant torturé par la honte, le mal-être et le sentiment de faiblesse qui l'étreint. Cette plongée dans les pensées de ce jeune garçon nous fait revivre ce que tout un chacun à pu ressentir en lui dans ces années d'apprentissage de la vie, sans doute pas tout à la fois ( car le pauvre garçon cumule un peu), mais certainement cette façon que l'on a enfant d'exagérer le monde autour de soi, de le ressentir plus sombre, plus monstrueux, plus inquiétant qu'il ne l'est. C'est également un roman qui nous parle subtilement de genre, d'un petit garçon qui sent bien que les codes de la virilité lui échappent et aussi d'une amitié qui déjà frise la sensualité.  Ce roman possède la beauté de la tristesse des gens trop sensibles et ne laissera personne indifférent surtout si comme le narrateur, vous avez connu cet ennui si typique de cette période que résume cette simple phrase : " Devant moi s'étalent les rares jouets avec lesquels je tente parfois de faire avancer le temps." 



dimanche 18 juillet 2021

Cannes confidentiel de Xavier Monnier


 

L'éditeur Robert Laffont a fait enfiler à l'essai de Xavier Monnier une couverture aguicheuse, un peu comme les tenues des starlettes ou égéries de marques de cosmétiques défilant sur le tapis rouge cannois. En sous titrant "Sexe, drogue et cinéma", il habille le livre de façon trompeuse car si l'on parle bien de cinéma ( dans le sens très large du terme), il est au final peu question de drogue et de sexe ( quelques vagues évocations de ci, de là ). Les amateurs de croustillant en seront pour leur frais et il est bon de rappeler la maxime qui entoure le plus grand festival de cinéma au monde et que rares sont ceux qui en dérogent : "Ce qui se passe à Cannes reste à Cannes". Donc, les bruits de couloir, les anecdotes sur nos stars, les fêtes supposées orgiaques, ne font pas partie du programme. 

Par contre, vous y trouverez un historique détaillé du festival depuis sa création avortée en 1939, avec tous les ressorts politico-diplomatiques ( la fameuse concurrence avec le festival de Venise), jusqu'aux luttes intérieures de pouvoir qui circulent au sein de l'AFFIF ( Association Française du Festival International du Film)  grande organisatrice de ce rendez-vous professionnel incontournable dont Pierre Lescure ( président) et Thierry Frémaux ( Délégué Général) sont les figures de proue. Vous saurez tout sur le financement de l'événement, les arrivées des sponsors et leur importance en terme d'image mais surtout de rentrées de deniers. 

Vous entrerez aussi de plain-pied dans le système sophistiqué de coterie qui sévit au sein de ce conglomérat de professionnels et que les membres ( journalistes et professionnels) manipulent avec une attention soutenue. En gros toutes les jolies embrassades, les beaux sourires face à nos deux grands ordonnateurs du cinéma mondial lors d'une montée des marches ou conférence de presse camouflent un état de servitude énorme. Vous saurez tout sur le rôle de certains distributeurs, producteurs ou argentiers tout comme, MeToo oblige, sur l'affaire Weinstein maintenant qu'il est mis au banc de la société. 

L'enquête apparaît bien menée mais on sent bien que le journaliste a eu du mal à obtenir des interviews pour nourrir son livre tant les gens du métier craignent pour leur place au sein de ce système bien huilé et dont être écarté serait ressenti comme une réelle descente aux enfers. Malgré tout, cet essai passionnera ceux qui aiment voir la réalité des choses sous un autre angle, éclairé par son passé ici longuement raconté autant que par son présent dont seulement un pan de voile est soulevé. 

jeudi 15 juillet 2021

Titane de Julia Ducournau


 Titre à double sens,  "Titane" n'est pas seulement la plaque de titane greffée dans le cerveau d'Alexia après une accident de la route, mais aussi le féminin de "titan", qui la déclare héroïne hors norme dans un temps( futur?) où les regards, et donc les comportements, sur le genre auront changé. 

Après le choc "Grave", Julia Ducournau devait, pour son deuxième film, frapper fort et surtout confirmer l'attente qu'elle avait créée. La présentation en sélection officielle à Cannes lui apporte un sacré coup de projo, une presse partagée et donc un buzz qui devrait lui assurer un bon petit succès. La vision de "Titane" laisse toutefois un petit goût de film moins abouti que son précédent, sans doute dû à un trop plein d'ambitions. 

Aucun doute sur la mise en scène qui confirme un réel univers, avec une mise en images impressionnante, une bande son au diapason, une direction d'acteurs au cordeau, un travail énorme sur les éclairages, tantôt froids et métalliques, tantôt adoucis par des roses ou des mauves, mais souvent crépusculairement modernes. Aucun doute non plus sur l'envie de la réalisatrice de donner son sentiment sur le féminisme, le genre, l'amour, les corps, la déshumanisation d'une société envahie de machine ( ici surtout des voitures), le film regorge de plans signifiants et d'un sous-texte extrêmement dense qui permet à tout un chacun d'y puiser de quoi réfléchir, fantasmer, éructer, ressentir. Le petit hiatus vient justement de ce trop plein que le scénario ne peut endiguer sans quelques facilités ou ficelles qui nuisent à rendre son propos vraiment enthousiasmant ( sans rien dévoiler, les scènes de bandage, entre autres, sont un peu dures à avaler). Heureusement, cela est en partie compensé par les directions originales que prend souvent le récit ( notamment les deux scènes avec danses), par l'interprétation étonnante et qui plus est quasi muette d' Agathe Rousselle et surtout par cette rage de la réalisatrice à empoigner un sujet qui explose le cinéma de genre dans lequel on veut trop facilement la ranger. 

D'ailleurs, passé une première demi-heure assez violente faut le reconnaître, histoire sans doute de rester dans l'imagerie film gore, mais mâtinée d'un mix référentiel mêlant John Carpenter ( "Christine"), David Cronenberg ("Crash") et Quentin Tarantino ( " Kill Bill"), le film prend une tonalité vraiment différente, plus psychologique tout en gardant quand même un climat de violence latent. C'est là que se déploie toute cette charge politique autour des corps, de leur image et de leur devenir avec une conclusion qui renvoie   évidemment à un chef d'oeuvre du genre ( que je ne citerai pas pour ne rien divulgacher, mais oeuvre d'un roman d'abord et surtout d'un réalisateur aujourd'hui fort controversé) dans une version, une vision  bien plus (im)pertinente voire dérangeante.   Et c'est cette fin qui finit par faire basculer le film dans ce qu'il a de fort et d'original. 

Peut être moins bien troussé que "Grave" mais dans une même logique et intelligence quant à la vision qu'elle veut donner des hommes et des femmes et de leurs corps, Julia Ducournau, dans une surenchère de motifs confirme qu'elle est une grande réalisatrice. Nul doute que "Titane" dérangera, agacera, bouleversera et fera débat. C'est tant mieux,  c'est ainsi que vivra le cinéma !

PS ( du 17 juillet 2021) : "Titane" vient d'obtenir la palme d'or à Cannes et ce n'est que justice. Le jury couronne une cinéaste qui déroule une pensée affirmée et un cinéma pensé, habité. Sa proposition , sans doute la plus radicale de ce festival ( avec celle de Apichatpong Weerasethakul, mais déjà palmé) mérite amplement cette récompense même si, comme le soulignait la réalisatrice très émue, son film n'est sans doute pas parfait. On peut considérer son film, malgré une imagerie inspirée du cinéma gore et une mise en scène détonante,  comme un manifeste imparable pour une plus grande fluidité entre genres humains. Un seul mot : BRAVO ! ( et ravi pour elle). 



mardi 13 juillet 2021

Bergman Island de Mia Hansen-Love


 "Bergman Island" est l'archétype du film qui va engendrer des critiques formidables, du genre de celles qui encensent des détails d'un film pour mieux cacher la vacuité du propos et qui, si vous vous risquez à foncer dans une salle qui le projette, vous laissera le goût amer de la déception. 

Mais pourquoi cet engouement pour un film à l'intérêt dramatique tellement diffus qu'un plan de moulin suédois devient presque passionnant ? Il faut chercher sans doute dans la biographie de la réalisatrice qui semble transposer un peu de sa vie personnelle avec un réalisateur ( le très surestimé mais adoré des critiques Olivier Assayas) dans le récit de ce couple de cinéastes allant chercher l'inspiration à Faro, l'île où Ingmar Bergman vécut et tourna nombre des ses films. En gros, les gens de cinéma parlent aux gens de cinéma... 

Au départ, on peut penser que le fait que notre couple de héros dorme dans le lit qui servit au tournage de "Scènes de la vie conjugale", film" qui fit divorcer des millions de gens" , allait nous entraîner dans une sorte de resucée bergmanienne version 2021. Rassurez-vous pas du tout. Ces deux là, cherchent l'inspiration dans cet été suédois joliment filmé. Ils ne s'engueuleront pas, ils feront du vélo, iront à la plage, visiteront leur lieu de vacances, échangeront deux trois phrases ordinaires, ne s'écouteront pas beaucoup, s'ennuieront sans doute un peu ( mais moins que le spectateur qui commence à les trouver bien fades voire antipathiques). On cherche à deviner quelques non-dits qui donneraient un peu d'attrait à ce couple, mais c'est tellement diffus et banal que l'on s'intéresse soudain beaucoup plus au design des bicyclettes appuyées contre le mur de leur maison qu'à leur travail même si, elle, rame à trouver quelques idées. Et puis soudain, au bout d'une heure le film s'emballe ...heu... disons qu'il y a une autre histoire, celle du film qu'essaie d'écrire celle dont nous voyons l'histoire à l'écran. Chouette, apparaissent Mia Wasikowska et Anders Danielsen Lie... hélas dans une histoire tout aussi gnangnan et fade, laissant douter du talent de scénariste de la cinéaste ( celle du film...mais comme elle peut être la réalisatrice elle-même...). Seul avantage de la deuxième histoire, les deux jeunes et beaux acteurs sont parfois dénudés, ça met un peu de sel dans cette histoire d'amour contrariée totalement inintéressante. Bien sûr, plus tard, on apprendra que c'est aussi celle sans doute de l'héroïne scénariste ( woaw, c'est vachement original, on ne l'avait pas vu venir !). Et comble du talent au cinéma, nous aurons même droit à une mise en abyme dans la mise en abyme qui nous laisse totalement ...de marbre, tellement on n'en a vraiment plus rien à faire de ces atermoiements de pseudos intellos. On peut y voir un vague récit d'émancipation des deux héroïnes, mais cela a été mille fois mieux raconté
ailleurs... 

Que retenir de cette résidence estivale de deux cinéastes ? Que sans doute le film a été produit par l'office de tourisme de Faro, qui nous montre l'île sous toutes les coutures, avec, faut le reconnaître de très beaux plans, dont certains faisant référence à Bergman (inévitable) et avec une montée en puissance se finissant par le saint du saint, la bibliothèque du maître ! Le ministère du tourisme suédois a dû y mettre aussi quelques couronnes puisque nous avons droit à tout ce qui fait la belle image du pays : les saunas, Abba, ...ne manquent que les boulettes Ikéa et un scénario moins nombriliste conçu pour n'intéresser que les amis ( sans fort nombreux ) de la cinéaste. 





lundi 12 juillet 2021

Je préfère les génies aux abrutis de Anémone et Laurent Brémond


 Ce livre posthume, signé par l'actrice ( et Laurent Brémont devenu son biographe par le hasard d'une rencontre dans un village du Poitou) n'est pas réellement une biographie, ni un livre de souvenirs mais un concentré des deux auxquels viennent se rajouter les émotions de l'auteur et les pensées militantes de la comédienne. 

Sur les pas de Laurent Brémont, nous rencontrons Anémone alors qu'elle a mis sa carrière en stand by, isolée dans sa campagne et sentant, sans se l'avouer, que la maladie ( un cancer du poumon) est en train de la grignoter. Une amitié naîtra avec l'objectif pour l'actrice de livrer face caméra ses souvenirs qui donneront sans doute un futur documentaire mais d'ors et déjà ce livre. On y trouvera donc le récit de cette amitié, les derniers jours de l'actrice mais aussi un résumé des séances des confidences filmées. 

Simplement écrit, le livre démarre gentiment, récit d'une amitié en construction puis des débuts d'Anémone où comment une amitié avec une bande de copains lycéens parisiens( dont le fils de Marguerite Duras) traînant dans les bons endroits l'ont conduit très vite à tourner le premier film plus qu'expérimental de Philippe Garrel à 17 ans. La suite, on la connaît moins. Le livre reste très, trop  pudique tellement cette partie  aurait mérité un plus grand développement, tellement Anémone avait déjà une très forte personnalité et a mené sa vie comme elle l'entendait, librement, follement, acceptant peu de liens et surtout de compromissions. Quand, dans les années 80, elle est rattrapée par le succès,  celui-ci ne durera que peu de temps, en gros de 1981( "Viens chez moi, j'habite chez une copine") à 1987 ("Le grand chemin"), car elle enverra très vite balader cette notoriété trop encombrante, la liant au milieu cinématographique qu'elle juge bourré de vulgarité et de gens aussi méprisants qu'inintéressants. 

Toute sa carrière sera rapidement survolée. Ne comptez pas trouver des anecdotes, des potins, ce n'est ni l'envie de l'auteur, ni d'Anémone qui préfère en dire plus sur ses convictions écologiques et anti libérales. Et soudain le livre prend une petite ampleur qu'il n"avait pas, rendant la comédienne diablement attachante, dont le sans compromission la place soudain dans une posture courageuse et diablement éclairante. Une femme libre, défendant de vraies valeurs et qui a mis en pratique ses pensées, envoyant balader strass, paillettes et argent pour une vie plus simple. Et quand arrivent ses derniers moments et ces rendez-vous manqués des deux amis, une émotion gagne le lecteur, ce qui, il faut l'avouer arrive rarement dans les biographies des gens célèbres. 

Ces confidences autour d'une actrice populaire , écrites simplement, donnent envie d'en savoir un peu plus sur cette comédienne qui fut, dès 1968 une femme de caractère libre, très libre et engagée. On a hâte de voir le documentaire qui devrait voir le jour bientôt. 

samedi 10 juillet 2021

Benedetta de Paul Verhoeven


 Et l'esprit saint...heu non, l'esprit Netflix est tombé sur le cinéma ! "Benedetta" en est la preuve bien réelle, ses producteurs ont trouvé l'équation idéale pour arracher les spectateurs de devant leurs téléviseurs, un film distrayant mais avec plus de violence, de sexe voire de transgression que ne le permettent les séries des plateformes de streaming toujours un peu timorées quand il s'agit de heurter un public à visée internationale. 

Le spectacle proposé par Paul Verhoeven, bien plus réussi que le très surestimé "Elle", a intégré les codes des récits actuels : un rebondissement toutes les cinq minutes car le spectateur risque de s'ennuyer et, pour  donner un cachet moins planplan qu'à la télé pimenter régulièrement de scènes de sexe où l'on ne cache rien ou d'un truc bien violent ou gore, genre torture, jet de sang, sadisme... 

Tout le reste n'est qu'un habillage de cinéma, avec un 17ème siècle italien qui ressemble plus à une sorte de Moyen-âge vite reconstitué sur une seule et même place ( donc avec tous les clichés cinéma, les baladins, les marchands de fruits,...) et des personnages principaux aux allures très contemporaines. La nonne Efira, avec ses mèches blondes toutes droits sorties d'un grand coiffeur, une gestuelle ou un franc-parler très actuels, font que déjà, on se détache du pensum intello historique et que ce film n'est qu'une fiction faite pour plaire. On adorera aussi les belles chemises de nuit en lin , avec une longue ouverture sur l'avant qui sont portées à même le corps par toutes ces nonnes décidément très libres ( bien plus qu'aujourd'hui!). 

Le petit plus de "Benedetta" est sans doute le fait que ce soit Paul Verhoeven qui soit au scénario et derrière la caméra. On peut y trouver donc ce qui fait son charme vaguement sulfureux : oser les sujets à scandale. En s'octroyant toute la bimbeloterie de la chrétienté, tous les faux-semblants, les duperies des religieux, en les montrant sous un jour plutôt caustique, le réalisateur ne choquera pas pourtant grand monde tellement tout cela a déjà été maintes fois montré à l'écran. Et ce n'est pas la fameuse statuette de la vierge transformée en godemichet qui mettra les foules catholiques en colère, elles en ont vu d'autres ...  On se distraira plutôt de la façon dont il malaxe toute cette imagerie religieuse, transformant Jésus en une sorte de super-héros ( moments comiques du film) , les nonces et autres dirigeants en de sacrés jouisseurs ou d'infâmes commerçants. Là encore ce n'est pas nouveau, mais grâce à de savoureux dialogues et d'excellents comédiens, on se laisse séduire. On peut par contre être un peu plus agacé par le côté monomaniaque de Paul Verhoeven dont on vante le côté féministe car présentant des femmes fortes libres de leurs désirs, ne peut s'empêcher de les dénuder toutes, assez complaisamment, de Virginie Efira à Guilaine Londez, seule Charlotte Rampling y échappe et évidemment tous les hommes du film ( alors que Lambert Wilson a une scène qui aurait pu tout à fait justifier qu'il puisse lui aussi exhiber son anatomie). 

"Benedetta",  film survendu par une promo qui frise le délire mystique ( "Faut qu'on l'amortisse, coco, les films en costume avec des stars ça coûte bonbon!"), n'est au final qu'un (bon) film distrayant, bien fichu scénaristiquement, mais qui n'atteint aucun des sommets cinématographiques promis. Le miracle dans ce bric à brac religio/sexy est que les acteurs s'en tirent à merveille, Virginie Efira en tête ... malgré les excès et les anachronismes. 



vendredi 9 juillet 2021

Pietà de Daniel Cole


 Un bandeau posé très utilement sur la couverture du nouveau roman de Daniel Cole nous rappelle combien "Ragdoll" était un bon thriller ... ( suivi de deux autres, complétant ce qui est devenu une trilogie). Avec "Pietà" , voici un nouveau personnage, le sergent Benjamin Chambers confronté à un premier meurtre aussi macabre qu'original mais qui marque un net manque d'inspiration de l'auteur. 

Reconnaissons à Daniel Cole de l'imagination pour appâter le lecteur en mettant en scène un sérial killer perpétrant des crimes hallucinants. Ici, un amateur d'art reconstituant avec ses cadavres des sculptures célèbres ( Le penseur de Rodin, La Pietà de Michel Ange, la Vénus de Milo, ...). Seulement, un "bon" crime original ( comme dans "Ragdoll") ne fait pas un bon roman, loin de là. Dans la première partie, hormis ces découvertes macabres, rien ne fonctionne vraiment. L'auteur peine à créer une atmosphère prenante, les personnages principaux sont mal esquissés, n'ont guère de caractère et échangent des propos d'une banalité confondante. Heureusement,  ce n'est qu'une ouverture puisque l'intrigue principale se déroulera 7 ans plus tard. 

L'arrivée de la tatouée Marshall, dans la deuxième partie relance un peu l'intérêt du roman, qui, hélas va vite patauger malgré la reprise des crimes artistiques d'un tueur dont on connaît très vite l'identité. Le roman hésite constamment entre le récit à suspens des crimes prévus à l'avance et l'idée de les empêcher, (ce qui avait fait le sel de son premier opus) mais en cherchant vaguement à s'en détacher, et le polar à énigme ( le pourquoi cette obsession sculpturale). Du coup, en y rajoutant une pincée du classique tueur caméléon qui se déguise et donc change d'apparence constamment, l'intrigue brinquebale sans jamais prendre une réelle direction, toujours accompagnée par les dialogues plats des enquêteurs peu empathiques faute de caractère. On s'y ennuie ferme, et plus on approche de la fin, plus l'intérêt tombe. 

"Pietà" est une grosse déception. Mal ficelé, en panne d'imagination ( sauf pour les crimes) mais surtout écrit à l'arrache, pas certain que le succès soit au rendez-vous ...peut être pour qui n'aurait jamais lu Daniel Cole, ni de polars? 

mercredi 7 juillet 2021

Annette de Léos Carax


 5 questions que l'on peut se poser avant d'aller voir "Annette". 

"Annette" est-il le très grand film annoncé partout? 

Incontestablement OUI. C'est un maelström continu qui raconte autant de l'amour du cinéma que porte en lui Léos Carax que de sa formidable énergie créatrice qui irriguent ces 2h20 d'un spectacle ambitieux. La beauté des images, la puissance de la mise en scène font oublier un scénario assez quelconque , basique ( comme dans beaucoup de livrets d'opéra) : Ils sont stars, s'aiment, font un enfant puis vient la séparation flirtant avec la mort. Mais cette trame est transcendée par une poésie visuelle portée à son paroxysme et qu'accompagnent deux acteurs parfaits. 

Mais "Annette" est une comédie musicale et moi les comédies musicales...

Non, ce n'est pas une comédie musicale à proprement parler. Même si la plupart des dialogues sont chantés ( mais souvent assez courts et avec des chansons aux paroles très répétitives), cela ne ressemble en rien à du Jacques Demy sauf pour le soin apporté au visuel ici en version assez sombre. Ce n'est pas non plus niais comme "Lalaland" car la mort rôde partout et l'on ne trouve pas de passages dansés non plus ( ou à la marge des déplacements vaguement chorégraphiés). Le terme le plus adéquat pour décrire le film serait "opéra pop", la musique des Sparks ( et ses sonorités un peu datées) y invite assurément, sachant qu'il est aussi beaucoup question d'opéra classique dans cette histoire. 

"Annette" n'est-il pas un film intello, à message et/ou pour cinéphile ? 

Pas de souci de ce côté là, le film mélange évidemment Eros et Thanatos, mais sans que cela soit rende le film obscur. Sa thématique principale surfe sur le monde du spectacle et l'emprise qu'il créé sur les êtres ( artistes comme spectateurs) jusqu'à ses limites mais nous ne sommes quand même pas chez Guy Debord. Les cinéphiles sur 2h20 y trouveront forcément des références avec, entre autre, de multiples références à la mort idiote dans le Batman de Christopher Nolan ...Avouez que ce cela s'adresse quand même à un grand public. Pour les cinéphiles purs et durs, on trouvera le plein des figures habituelles du réalisateur ( la moto qui roule dans la nuit, le vert, ...) ou d'autres nichées au fil des scènes ( les pommes, l'angiome d'Adam Driver qui grandit, ...) pour gloser entre fans mais qui n'encombrent jamais le récit. 

Y'a-t-il d'autres choses à connaître avant de se décider à aller voir "Annette"

Calmons tout de suite la frénésie des adorateurs d'une certaine chanteuse belge, Angèle n'apparaît que furtivement dans une scène collective de femmes en colère et chante deux lignes de couplets... Pas de quoi entraîner une ruée de fans au cinéma ni de lui demander ( comme sur les marches de Cannes où elle faisait partie de l'équipe du film) comment c'était de tourner avec Léos Carax... ( qui apparaît lui-même dans le film, comme les Sparks d'ailleurs. Petit détail supplémentaire, si vous êtes de ceux qui se lèvent dès qu'apparaît le premier nom du générique de fin, patientez, le film se conclut un peu plus loin et d'une jolie manière ...

Mais pourquoi aller voir un film au scénario banal, à la musique pas hyper emballante et au message mainstream ? 

Tout simplement, malgré un livret banal ( c'est une sorte d'opéra rappelons-le), il y a un génie de réalisateur à la mise en scène, qui dès les premières minutes vous emporte dans un univers de cinéma comme cela arrive rarement, jouant de tous les codes, de tous les rêves, de tous les fantasmes. La caméra virevolte, ouvre des espaces inattendus, capte l'indicible comme le merveilleux, joue de tous les genres pour mieux nous surprendre, nous faire frémir, nous émerveiller. Cela peut paraître pompeux, pompier, c'est juste magique, imaginatif, sensible, accrocheur, jouissif. Du pur, du grand cinéma de divertissement ...pour peu que l'on se laisse aller à la magie et à la poésie d'un cinéaste vraiment inspiré. 





mardi 6 juillet 2021

Teddy de Ludovic et Zoran Boukherma


 Oui "Teddy" est un film de genre avec loup- garou et donc sang et spectateurs un rien coincés sur leurs sièges. Mais "Teddy", bien plus qu'un petit film d'horreur, s'affiche comme un formidable concentré non pas de tomate ( qui gicle de temps en temps) mais de talent. 

La scène inaugurale, simple, naturaliste, avec un joli déplacement de caméra et son jet ( de concentré de tomate) final, place tout de suite le film dans une catégorie "roi de la bricole", mais un roi qui a le sens du cadre, de la direction d'acteurs. Avec trois bouts de ficelle, un ongle, un long poil, un scénario bien écrit, des acteurs bien choisis et bien dirigés, "Teddy" arrive à convaincre même un non amateur du genre ( par contre les fanas d'horreur risquent de le trouver pas si horrifique que ça car au final trop décalé ). 

"Teddy", avec son jeune héros un peu brut de pomme, joue sur plusieurs tableaux et donc permet une lecture multiple. Les cinéphiles y verront un petit hommage au cinéma de Bruno Dumont. Anthony Bajon ( excellent) et la paire de flics, mais aussi cette façon de filmer la province, rappellent "P'tit quinquin". Les amateurs de social pourront y voir une lecture biaisée mais bien réelle sur les clivages sociaux d'une société à la dérive, les différences de classe comme le handicap qui séparent les humains pour mieux les dominer, sans oublier la charge symbolique du personnage de Teddy, loup blessé parmi les siens. Et le spectateur lambda, verra un film sympa, bourré d'humour, jouant parfaitement le hors cadre pour faire ( un peu) peur, attirant l'oeil avec des cadrages biscornus mais jamais gratuits et finissant même par émouvoir ( avec un final porté par Ludovic Torrent absolument magistral). 

"Teddy", malgré le discours un peu sombre, laisse l'agréable impression que de jeunes talents bousculent enfin un cinéma français souvent planplan, savent épater le spectateur par leur créativité, leur sens de la bricole et une écriture plus complexe qu'il n'y paraît. On imagine bien ces deux frères comme de futurs grands réalisateurs... C'est tout le mal qu'on leur souhaite ! Foncez voir "Teddy" tant qu'il est à l'affiche. 




lundi 5 juillet 2021

De l'or pour les chiens de Anna Cazenave Cambet


 C'est le film de tous les contrastes. Tout en gardant un rythme très art et essai ( qui prend donc le temps) avec peu de dialogues, " De l'or pour les chiens" surprend toutefois en faisant cohabiter dans un énième récit d'initiation adolescente  sexualité crue et vie monastique. Attention, nous ne sommes pas dans " La nonne perverse" ou autre joyeuseté vaguement scandaleuse, ici ces deux thèmes se succèdent et permettent à l'héroïne de progresser dans son cheminement pour le moins erratique. 

Esther, 17 ans, un physique de fille que les garçons ne regardent pas forcément mais qu'ils vont aller trouver en fin de soirée, histoire de s'alléger d'un trop plein de fluide, s'amourache malgré une certaine froideur de l'un d'eux. ( Scène d'ouverture du couple faisant l'amour dans une dune, plan fixe des deux corps nus en mouvement, à la bonne distance, assez frontal pour ne rien cacher, assez éloigné pour que ça reste cinématographiquement beau). Evidemment quand on est une taiseuse et qu'aux yeux du jeune gars juste un coup, l'histoire est mal emmanchée. Esther va s'en apercevoir bien vite, ajoutant un coup de plus en sa désillusion en la nature humaine ( famille assez dysfonctionnelle). Et c'est dans un univers où l'on ne parle pas ou très peu (le couvent), que cette jeune fille qui a du mal avec la communication orale, va obtenir des réponses à des questions qu'elle ne se posait pas ( notamment sur sa sexualité et l'image de la femme). C'est  la rencontre de ces deux espaces très antinomiques ( les plages des landes en été, un couvent) qui prend le spectateur à rebrousse-poil. On suit Esther tour à tour boudeuse, enfantine, jolie ou ingrate, incarnée par Tallulah Cassavetti qui enflamme l'écran mais qui, lorsque les dialogues se font plus longs ou dépassent la petite phrase, montre encore ses limites de comédienne. 
Au final, un film qui joue deux musiques assez différentes pour montrer l'ambigüité de la vie et comment celles-ci peuvent parfois se rencontrer pour donner un élan nouveau à une femme en devenir ainsi que de permettre à une jeune réalisatrice possédant un joli regard et un petit univers bien à elle de pointer le bout de son nez dans le cinéma français. Un premier film à découvrir... 



lundi 28 juin 2021

Ibrahim de Samir Guesmi


  Grand triomphateur du dernier festival du film francophone d'Angoulême ( grand prix, prix de la mise en scène, de la meilleure musique et du scénario(!)) ainsi que du festival Premiers Plans d'Angers ( c'est un premier film), autant dire que Samir Guesmi, excellent acteur, déchaîne un indéniable courant de sympathie dans le métier. "Ibrahim" sort sur les écrans avec une excellente rumeur. 

Le film nous plonge dans le quotidien âpre d'un père écailler dans une brasserie qui rêve de passer serveur quand il pourra enfin se payer le dentier adéquat pour pouvoir sourire à la clientèle. Il vit seul avec son fils un adolescent en lycée professionnel qui n'est pas à l'abri de quelques mauvaises rencontres.... Dans sa première partie, le film décrit bien les rapports distants entre ces deux taiseux, deux générations qui se confrontent. Le père veut se fondre dans la masse, le fils lui se cherche et tel un insecte attiré par la lumière ( l'argent et tout ce qui brille) va se cogner à la vie en accumulant les coups foireux que le père devra réparer. Peu de dialogues dans le film, juste une caméra qui capte parfaitement un Paris proche du périph et le parcours initiatique de cet adolescent buté, pas très malin et qui a se démène comme il peut avec son envie de grandir et de prouver quelque chose à son père. Nous sommes pas loin du cinéma de Philippe Faucon, un réalisme social d'où émerge une certaine douceur envers ses personnages. 

"Ibrahim" vise juste, filme calmement et sobrement mais, patatras, dans le dernier tiers, se dilue dans une amourette et un rebondissement des plus improbables, cassant la belle dynamique du début. On sent bien la difficulté à finir cette histoire et l'option choisie laisse de marbre voire pantois. Dommage pour ce dernier tiers raté qui éclipse un peu trop l'intérêt ressenti au début. On retiendra un joli regard de cinéaste, une attention douce portée à des personnages pas du tout caricaturaux. C'est déjà pas mal....mais tous ces prix? Est-ce bien raisonnable ? 



dimanche 27 juin 2021

Indes Galantes de Philippe Béziat


 Après son fameux court-métrage 'Indes galantes" sur le tube de Jean-Philippe Rameau "Les sauvages" tiré de l'opéra du même nom, Clément Cogitore se voit proposer par l'Opéra Bastille de mettre en scène la totalité de l'oeuvre ( 3h50). 


Indes galantes de Clément Cogitore ( 2017)

Le documentaire autour de cette création unique qu'en a tiré Philippe Béziat est bien plus qu'un making off, mais bien un film à part entière, formidable concentré politique autour d'une prise de la Bastille culturelle qui a pu échapper aux néophytes de l'art lyrique ou du grand public en général. 
Petit rappel des faits : 
En 2017, suite à son court-métrage, Clément Cogitore, artiste contemporain et cinéaste, commence son travail d'adaptation des "Indes Galantes", la replaçant à notre époque et en intégrant dans sa mise en scène 30 danseurs de hip hop, de Krump, bref de danses dites urbaines ( en gros, pour le bourgeois, de banlieue...). Deux ans de travail pour arriver en septembre/octobre 2019 à 15 représentations qui vont enthousiasmer le public,  diviser la critique et donner une vraie gifle de modernité à l'opéra, genre où il y règne plus de puristes traditionnels que dans n'importe quel milieu conservateur.  
Le film de Philippe Béziat nous raconte cette aventure autant humaine qu'artistique par le biais du regard des danseurs. Et ce regard est celui d'hommes et de femmes qui pénètrent dans un univers qui leur était fermé à double tour. A-t-on déjà vu des danseurs de rue ( de banlieue, de couleurs ) fouler la scène d'une institution telle que l'Opéra Bastille et de se mêler  aux chanteurs lyriques et au choeur? Ils l'investissent avec rigueur, confiance envers le metteur en scène et la chorégraphe Bintou Dembélé qui met en évidence leur immense talent. Et la greffe prend, le choeur se mélange aux danseurs, aux musiciens  et aux chanteurs pour aboutir au final à un spectacle totalement moderne, nouveau, fascinant. Les danseurs ne sont pas dupes. Ils savent bien que les puristes ne laisseront pas l'opéra se laisser envahir . "On a mis le pied dans la porte de l'ascenseur, pas certain qu'elle s'ouvrira " dit très justement un danseur. Le film est monté comme un opéra avec différents mouvements, des plus lents, des plus forts et se termine en une tempête enthousiasmante, très émouvante et symbolique, poings levés. Une sorte de prise de la Bastille contemporaine, dont on espère que l'aura révolutionnaire, qui n'est pas immédiat, infusera profondément. 
"Indes Galantes", véritable plaidoyer pour la modernité et surtout la beauté de la diversité et de tous les mélanges, emporte le spectateur par de multiples entrées autant documentaires (sur le montage d'un opéra et de toute l'énorme machinerie tant humaine que technique qu'elle met en branle) qu'artistiques ( on y danse, chante et joue beaucoup de musique) qu'émotionnelles (le propos infiniment humaniste et progressiste touche au plus profond). Un grand film !





samedi 26 juin 2021

La Bourse du commerce / Pinault Collection/ouverture


 La Bourse du Commerce, nouveau lieu d'exposition du mécène et collectionneur François Pinault, est l'endroit à Paris qu'il faut avoir vu ! Quelques minutes avant l'ouverture du lieu ( 11h cela permet de bruncher et de s'apprêter sans se presser), la file s'allonge autour du bâtiment circulaire du 1er arrondissement de Paris, mélange hétéroclite de dames des beaux quartiers, teintées, lustrées avec juste ce qu'il faut de décontraction et de sophistication et de touristes harnachés de sacs à dos et chaussés de grosses pompes sportives colorées. 

Nous sommes accueillis par la fresque colorée de Martial Raysse dont la contemplation en profondeur nous permet de saisir que cette humanité à l'apparence festive cache bien tous les maux de notre époque. Le peintre s'est représenté dans un coin du tableau, grimaçant, donnant son sentiment sur ce monde qui danse devant le vide (ou sur ce qui peut attendre le visiteur sur la suite de l'exposition ? ). 

Martial Raysse , Ici Plage, comme ici-bas, ( détail) 2012

Nous nous dirigeons ensuite vers le coeur du bâtiment et pénétrons dans un couloir circulaire où d'anciennes vitrines à carcasse bois du lieu retrouvent vocation à présenter ... les oeuvres de Bertrand Lavier qui essaient d'interpeler le visiteur sur des objets communs  présentés ou accolés de façon hybride ou décalée. Comme la perplexité fait partie de la visite de toute exposition d'art contemporain, il semble évident que cette série de 24 propositions suscite un intérêt où se mélangent ricanement, étonnement, indifférence et parfois questionnement... 


Bertrand Lavier 

Soyons franc, on ne s'attarde pas tout de suite sur ces oeuvres mais on se dirige d'un pas pressé vers le coeur du musée, le grand espace circulaire qui permet d'admirer la coupole de verre ( blanc), l'ancienne fresque très figurative dédiée au commerce, la rénovation de Tadao  Ando toute de béton brut  ( gare à celui qui ne perçoit pas la poésie du béton brut et son aspect ludique dans un tel lieu) et... l'oeuvre monumentale sensée s'imposer ou tout du moins créer un premier choc aux visiteurs. L'artiste Suisse Urs Fischer nous propose une installation de différents éléments en cire, programmés à se consumer au fil des jours. Au centre, se dresse une reproduction de lL'enlèvement des Sabines de Giambologna , et autour on trouve 7 sièges et un portrait en pied d'un monsieur bien habillé ( en fait un ami de l'artiste, Rudolf Stingel). C'est curieux, pas spécialement spectaculaire. Seuls les différents concepts évoqués, impermanence, fuite du temps, désastre destructif ou création réduite à l'anéantissement inévitable attisent la réflexion. 


Urs Fischer( détail) Rudolf Stingel ...En fond les panneaux de béton avec petits trous de Tadao Ando

Mais le gros de l'exposition se trouve au premier étage ( et au sous-sol pour des installations plus...hermétiques mais qui font appel à nos sens ...Pierre Huyghe  et ses brumes lumineuses et un polyptique acoustique de Tarek Atoui). Que dire des oeuvres qui nous sont présentées? Outre le fait qu'elles soit pour la très grande majorité figuratives, il se dégage d'elles un écho de notre monde actuel et de tous les mouvements sociaux ou politiques qui le traverse. On sent un parfait équilibre entre artistes, quel que soit le genre mais aussi la couleur. D'ailleurs, et ce n'est pas anodin, de nombreux tableaux représentent des hommes ou des femmes de couleur, donnant enfin le sentiment d'une humanité multiple et vibrante. Selon sa propre sensibilité, on sera plus ou moins impressionné ou ému par ce qui nous est proposé, entre autre par :

Les grandes toiles vraiment spectaculaires de Rudolf Stingel ( celui croisé en cire à l'étage du dessous)

Rudolf Stingel Untitled( Paula) 2012 ( oui c'est une peinture!)

les portraits faussement attendrissant de Claire Tabouret, 

Claire Tabouret, Self-portrait at the Table, 2020

les toiles inquiétantes voire mystérieuses de Miriam Cahn,


Miriam Cahn, o.t. 2014

ou les adolescents d'Antonio Obà, véritable ode au naturel et à la nature, 

Antonio Obà, Sesta, 2019
Le parcours vous fera bien sûr croiser d'autres artistes connus ou pas,  des photographies de la célébrissime Cindy Sherman ou des oeuvres de Martin Kippenberger ou Marlène Dumas ainsi que de jeunes artistes ici mis en lumière. 
Le bâtiment mérite bien évidemment le coup d'oeil mais au final, ce sont bien les oeuvres exposées, qui par leur diversité mais aussi par cette envie politique de décrire le monde d'aujourd'hui, rendent cette visite particulièrement intéressante et vivifiante. François Pinault milliardaire militant ? Oui, quelque part c'est un peu vrai, en tous les cas il en donne l'image, même si c'est dans un univers où l'argent l'emporte toujours au final... 

samedi 19 juin 2021

Gabrielle Chanel , manifeste de la mode


 Une foule essentiellement féminine, gentiment rangée sur le trottoir devant le palais Galliera, patiente pour pénétrer dans l'exposition dédiée à Gabrielle Chanel. Les hommes sont rares contrairement aux sacs griffés de la fameuse marque que l'on a sortis du dressing afin d'être totalement raccord avec le lieu. On repère également des ballerines deux couleurs tout aussi en harmonie et quelques deux C entrecroisés ornant des oreilles. 

L'exposition du musée de la mode se consacre uniquement au travail désormais légendaire de Gabrielle Chanel dite Coco, pas de celui de son successeur Karl et encore moins de la vie privée de la redoutable papesse de la mode. Divisée en deux parties bien distinctes, une à chaque étage, correspondant aux deux époques de la maison de couture, nous sommes accueillis dans un couloir sombre où sont exposés les premiers modèles de la créatrice. Nous avançons à petit pas car il y a foule dans un espace étroit... Il faut dire que les modèles présentés, datant pour les premiers des années 1910, attirent l'oeil par leur modernité et, si l'on scrute bien, par l'étonnante complexité de découpes cherchant à gommer au maximum poitrine et ventre de la cliente. Apparaît ainsi un vrai travail de réflexion autour du vêtement, de son usage et de la ligne qu'il doit donner. Comme il y une foule avançant à la queue leu leu, on a grandement le temps et de regarder correctement robes et manteaux ainsi que d'entendre les souvenirs persos des visiteurs rappelant  une tante qui s'habillait en Chanel ou un grenier dans lequel on a retrouvé des tailleurs ayant appartenu à la grand-mère. On déplorera toutefois un éclairage, sans doute conçu pour mettre en valeur ce qu'il expose, qui projette systématiquement l'ombre du visiteur sur les cartels, obligeant  ceux qui les lisent à une étrange contorsion pas toujours gracieuse. Les modèles présentés, nombreux, variés, faussement simples ou simplement luxueux de par les tissus, broderies ou découpes, sont autant une plongée dans le temps que la représentation parfaite de celle qui a contribué à libérer le corps des femmes ( riches). On y rencontre la fameuse petite robe noire (1926) mais aussi le fameux numéro 5 créé en 1921. La guerre arrive, la maison Chanel ferme ses portes et nous, public de l'exposition, descendons d'un étage pour admirer la deuxième partie de la vie de cette déjà prestigieuse marque qui, à cause de quelques fréquentations hasardeuses de sa créatrice durant la guerre, ne rouvrira qu'en 1953. 

C'est la période où va naître le fameux tailleur Chanel en tweed. C'est d'ailleurs l'élément le plus important du sous-sol dans lequel on se trouve, le modèle nous est présenté sous toutes les variations possibles, jusqu'à plus soif. D'ailleurs, le public s'attarde moins, lassé par cette répétition d'un vêtement qui finit par être daté, vieillot et dadame. On commence à sentir que Mlle Chanel se faisait vieille, n'était plus tout à fait de son temps... Il n'y a qu'à voir les quelques modèles de la collection de 1968, robes sages de débutantes  qui montrent combien la désormais assez acariâtre Gabrielle Chanel, ne sentait plus rien de son époque et restait accrochée à de vieilles valeurs. Si le tailleur reste iconique, cette deuxième vie de la maison Chanel reste moins (im)pertinente que la précédente, seules peut être les robes portées par Delphine Seyrig dans le film d'Alain Resnais " L'année dernière à Marienbad" procurent un moment d'émotion sans doute dû plus à la magie du cinéma et de la comédienne que par la création de la couturière. 

Les passionnés de la maison, les fans de couture trouveront sans doute du plaisir à visiter quelques décennies de la création de cette maison célèbre ( remagnifiée depuis par Karl Lagerfeld et Virginie Viard). On pourra aussi y voir l'éclat d'une jeunesse créatrice et la lente retombée dans un conformisme vieillot. Ainsi va la mode et ses créateurs, même chez Chanel... 




vendredi 18 juin 2021

Seize printemps de Suzanne Lindon


 Prenons deux adolescentes de 15 ans ( presque ) au hasard : Suzanne Lindon ( Paris) et Suzanne Londin ( Saubusse ...dans les Landes). Toutes les deux éprouvent le même mal de vivre, l'impression de ne pas être bien dans leur époque ou avec les gens de leur âge. La première, fille de comédiens célèbres et adulés, va coucher son spleen dans l'écriture d'un scénario. La deuxième, fille d'infirmiers, va découvrir une petite passion dans la lecture et chasser l'ennui en dévorant tout ce qui lui tombe sous la main. Une fois leur bac réussi brillamment, l'une, via le lycée Henri-IV ( Paris) et l'autre via le lycée de Borda ( Dax),  vont mettre à profit cette adolescence pour monter un projet qui lui tient à coeur, histoire de se sentir exister. Suzanne Lindon va trouver une productrice pour tourner son premier film à 20 ans, obtenir 200 000 euros, engager des comédiens Dominique Besnehard, deux de la Comédie Française), obtenu un soutien de la maison Chanel et vogue la galère. De son côté Suzanne Londin décide de mettre sa passion de la lecture en vidéo en donnant son avis sur ces lectures via Youtube et en intégrant une classe prépa littéraire à Bordeaux. 

Une pandémie plus tard, le film de Suzanne Lindon obtient un label Cannes, finit par sortir sur les écrans avec la promo inhérente dans les médias qui comptent ( beau passage chez "Quotidien" émission produite par Laurent Bon également coproducteur du film) et sa réalisatrice devient célèbre en une semaine.  La petite chaîne Youtube de Suzanne Londin, trop éloignée du traitement de la production littéraire mainstream, réunit autour de 450 vues par vidéo, pas assez pour être une influenceuse. Cependant, son travail en classe prépa lui a permis de réussir le concours d'entrée à l'Ecole Normale Supérieure. Question : qui est, sera, la plus heureuse? 

La réponse peut apparaître évidente. Face à une fille de stars, sacrée star elle même ( ça va très vite de nos jours)  et devenue depuis égérie de la marque Céline,  une normalienne qui planche quotidiennement sur les écrits de tous les grands écrivains, il n'y a sans doute pas photo... ou plutôt si, car en y regardant de plus près, un mot peut les réunir et faire la différence : exposé. Suzanne Londin fait des exposés ( des mémoires) et est notée par son prof  ne s'exposant qu'à quelques commentaires que l'on peut prendre pour formateurs. Suzanne Lindon, son exposé est un film.... donné au jugement des pros mais aussi des spectateurs. Si les pros peuvent se montrer bienveillants pour cette première oeuvre, dont le qualificatif de " fragile" cache pudiquement un film pas terrible, beaucoup ont quand même souligné l'inanité de l'ensemble, les spectateurs, eux, risquent de se montrer plus impitoyables devant le spectacle proposé ( on aime à notre époque casser du fils/fille de). Le baptême du feu a commencé pour Suzanne Lindon avec un haro des féministes suite à des déclarations sur France Inter, mais je pense que le pire reste à venir.... quand son "Seize printemps" aura été vu. Franchement, on peut se poser des questions en voyant la chose : histoire au bord de l'insignifiance, situations improbables, dialogues même pas niais juste d'une platitude extrême. Le film reprend des codes de "Diabolo menthe" ici, diabolo grenadine et une jolie chanson, Vincent Delerm remplaçant Yves Simon à la composition.  Suzanne Lindon joue aussi avec son image, rappelle celle de Charlotte Gainsbourg dans L'effrontée" mais évite le côté narcissique avec un gracieux mélange d'apparente timidité et de fragilité ainsi que toute ambigüité quant au côté relation trouble entre une adolescente et un homme presque quarantenaire. On reste quand même pantois devant cette chose plus qu'anodine, même si on peut sauver la scène de danse à la terrasse du bar, joli moment gracieux ( repris en intégralité sur Youtube) mais qui ne justifie pas le label Cannes 2020 trop généreusement attribué  (Thierry Frémaux est remercié dans le générique). 

Franchement, une fois que le film aura été vu, je ne pense pas que le sort de Suzanne Lindon soit enviable, star peut être, des euros par milliers aussi mais au prix de moqueries, de méchancetés, de critiques pas aimables sur son film raté et pas prometteur pour deux sous. Il vaut mieux alors mille fois l'anonymat de Suzanne Londin ou alors, ces personnes de part leur milieu d'origine sont blindées et d'une nature quasi inhumaine. 



mercredi 16 juin 2021

Au coeur des abstractions, Marie Raymond et ses amis de Victor Vanoosten / Musée de Tessé Le Mans


 Désormais Paris et ses grandes expositions ( souvent hors de prix) peuvent trembler sur leurs cimaises, la province...heu les régions... jouent désormais dans la cour des grands et proposent en plus des sujets bien moins conventionnels ou attendus. C'est le cas en ce moment, dans beaucoup de musées comme  à Lyon avec la rétrospective Flandrin ou depuis quelques jours au musée de Tessé du Mans avec une exposition de haute volée autour de l'abstraction. 

Le sujet peut apparaître ardu, voire réducteur ou un peu clivant, surtout qu'il s'adosse à un nom pas vraiment connu de la peinture : Marie Raymond. Pourtant, quand on parcourt les 7 salles de cette exposition, on ne peut en ressortir qu'avec un sentiment d'avoir appris, (re)découvert des artistes et surtout plongé dans un univers pictural vibrant et désormais plus proche ( même pour ceux qui sont allergiques à l'art abstrait) parce que nous avons rencontré les plus grands talents de l'art abstrait ( Soulages, Schneider, Hartung, De Staël, Poliakoff, Klein, Arman, Tinguely, ....).


Nicolas de Staël  ( 1952) ( première fois exposé en France !)


D'autres moins connus qui sont ici remis judicieusement en avant ( van Velde, Sophie Warburg, dite Nicolaas Warb, ...) et donc Marie Raymond. 

Nicolaas Warb ( Sophie Warburg, dite ) Voyage imprévu ( 1954) 

Mais qui est Marie Raymond ? En plus d'être une artiste tombée très, trop vite dans l'oubli, peut être parce que femme, elle fut aussi la mère d'Yves Klein, celle qui, au sortir de la guerre, tenait un salon autour de l'art pictural (à la mode Verdurin? )  très couru des peintres de l'avant-garde de l'époque ( dont on retrouve les tableaux de pas mal de participants dans l'exposition) mais également une critique d'art reconnue surtout dans l'abstraction. Ce qui est mis en avant ici, en plus de son caractère de défricheuse de talents, c'est donc sa peinture, abstraite bien évidemment, mais joyeuse, libre, colorée ou utilisant une palette de couleurs pastels et d'où se dégage une certaine douceur. Un très bel accrochage auprès de ses amis artistes supporte parfaitement le voisinage et démontre que cet oubli dans lequel elle est tombée, demeure particulièrement injuste. 

Marie Raymond Composition ( 1949) 



Marie Raymond Sans titre ( 1948) côtoyant Gérard Schneider Opus 488 ( 1951)

Si durant votre été, quand vous verrez sur l'autoroute la bretelle de sortie "LE MANS", prenez-la et foncez voir, outre sa vieille ville, cette superbe exposition offerte ( oui, offerte car gratuite!) par le musée de Tessé et sa formidable équipe ( je suis sans connivence, je ne les connais pas, je ne fais qu'admirer leur travail. ) Hélas, la ville, qui pourtant rêve d'être ville culturelle, ne fait qu'une communication minable autour de cet événement qui est pourtant l'une des plus intéressantes expositions de l'été en France. Et même si l'art abstrait ne vous parle pas, un conseil, entrez, et laissez-vous porter par l'ambiance créée par tous ces tableaux soigneusement choisis, faites comme si vous écoutez un morceau de musique, promenez votre regard dans ces lignes, ces couleurs, ces toiles superbes, lisez les cartels qui vous guideront sans vous assommer et c'est certain, vous en ressortirez grandis ! 

Un magnifique catalogue accompagne cette exposition, véritable petit précis de l'art abstrait ( pour les non-initiés). 

lundi 14 juin 2021

Mortelle dédicace de Elly Griffiths


 "Mortelle dédicace" s'adresse en premier lieu à tous les amateurs de polars anglais à l'ancienne, façon Agatha Christie bien sûr, mais également ceux qui aiment se mettre dans les pas de vieilles dames curieuses jouant aux détectives, le tout dans quelque charmante province du Royaume-Uni comme, ici,  la région de Brighton  ( mais également pour un autre exotisme l'Ecosse).  
Comme nous sommes en 2021, le polar ici proposé s'est quand même modernisé par rapport aux classiques du temps de Miss Marple. D'ailleurs cette dernière est désormais un homme, huitantenaire encore très vert et ouvertement homosexuel. Il n'est pas seul car il compose un trio assez croquignolet avec une ardente trentenaire  ukrainienne bisexuelle et un jeune bistrotier ancien moine défroqué. Ces trois là sont intrigués par le décès de leur amie, certes quatre-vingt-dix ans au compteur mais dont la mort subite leur laisse des doutes. Ils vont être aidés par une lieutenante de police, d'origine Sikh mais aussi lesbienne. D'ors et déjà, on s'aperçoit que le polar à l'anglaise classique est dépoussiérée un maximum, tout du moins au niveau des personnages.... parce que l'intrigue, c'est quand même une autre histoire. 
Il faudra passer outre un point de départ un tiré par les cheveux : Une aide ménagère, la belle ukrainienne donc, va trouver la police sur de possibles soupçons, très vagues et se retrouve quand même écoutée par la police. Heureusement, par la suite, de multiples rebondissements vont resserrer l'intrigue et nous embarquer dans une enquête où tout est soft et bien gentil où les morts s'accumulent sans violence.  Parfois l'intrigue semble se relâcher un peu, prenant le chemin de la comédie comme le trio improbable y invite, l'auteure essayant de lui donner un peu de peps sans toutefois arriver à quelque chose de franchement drôle ou d'inénarrable. Les pages se tournent gentiment, les situations se complexifient et obligent à un dénouement quelque peu tordu. 
"Mortelle dédicace", en plus d'être un petit polar soft très agréable, est aussi un joli petit hommage aux auteurs "vintages" du polar anglais et ravira sans nul doute tous les amateurs nostalgiques du genre. 

dimanche 13 juin 2021

Nomadland de Chloé Zhao


 Ne faisons pas la fine bouche, "Nomadland" avec 3 oscars majeurs, est, cette année, un bon film. On y trouve tout ce qui plaît aux membres de l'académie, c'est à dire une performance d'acteur-trice ( ici Frances McDormand effectivement parfaite dans son rôle et, pour une fois pour un film ou acteur-trice oscarisé-e sans en rajouter dans la composition) et un sujet fort, prêt à émouvoir le spectateur. 

Produit par la filiale "films d'auteurs" de l'ex Fox rachetée depuis par Disney, nous sommes quand même face à un produit bien hollywoodien. Nous avons aux commandes, la très douée et sensible Chloé Zhao  filmant avec une vraie chaleur ce road movie à bord d'un van ( assez miteux) d'une femme qui traverse les USA et se pose là où il y a de l'emploi ( toujours saisonnier ). A l'écran naît, au fil des séquences,  une vraie empathie, autant avec Fern, l'héroïne principale déterminée mais toujours un peu secrète qu'avec les autres "nomades" rencontrés au fil des mois. Mêlés à une nature très présente, au milieu de paysages à l'âpreté évidente et renvoyant aux vies décrites par le film, les compagnons de fortune ( d'infortune?) croisés, sont portraitisés avec tact et douceur. Le spectateur, malgré l'inconfort de la situation, se sent emporté par une vague de sympathie pour tous ces gens à la recherche d'une possible liberté dans un monde pourtant bien rude. Chloé Zhao a intégré parfaitement la texture des films d'auteurs marquants, sachant filmer les petits détails signifiants avec le talent de couper  la scène juste au moment où l'on pourrait penser que ça commence à faire long. Du coup, même si le temps file doucement à l'écran, sans grandes péripéties, on ne s'ennuie jamais. 

Cependant, malgré la belle mise en scène inspirée et la douce bienveillance qui se dégage du film, on se prend à penser que tout cela est bien joli mais que le film reste seulement en surface des choses et n'est jamais critique ( ou alors à peine suggéré aux détours de quelques scènes) quant au système qui met ces précaires sur la route. Certes, ils peuvent avoir froid, se sentir seuls, mais pas de violence dans les rapports, pas de rejet ( ou si peu), bosser chez Amazon c'est quasi cool... Malgré le sujet, nous ne sommes pas chez Ken Loach, loin s'en faut. 

"Nomadland" restera comme le joli film d'une cinéaste inspirée, qui a l'oeil, le savoir-faire, la compassion chevillée à sa caméra, mettant en avant des rejetés du système mais sans presque aucune dimension. politique. Du cinéma agréable mais manquant un peu d'épices...

mercredi 9 juin 2021

Le discours de Laurent Tirard


 Maintenant que la jauge des cinémas est à 65 %, commencent à sortir les comédies françaises à potentiel, c'est à dire celles qui ont des visées un peu plus importantes tant au niveau du nombre de spectateurs à faire venir que du contenu, sensément plus qualitatif que celui des comédies lambdas qui fleurissent habituellement toutes les semaines. Avant "L'origine du monde", " OSS 117" ou "Aline", voici donc, tiré du roman à succès de Fabcaro ( Fabcaro ! Quoi?!!? tu n'as pas lu Fabcaro ?!? ) " Le discours". 

Disons-le tout net, c'est une adaptation, et comme très souvent, le livre reste gagnant. Cependant, force est de reconnaître, que malgré tout, à l'écran, cela peut faire son effet parce que sortant du chemin totalement habituel des comédies peu inspirées proposées. Si le procédé n'a rien d'original ( l'illustration à l'écran des pensées du héros), l'effet ne fonctionne pas si mal ici durant une heure et demie, surtout grâce au véritable one man show de Benjamin Lavernhe tout à tour drôle, irritant, touchant, sarcastique, pleutre, fragile, ... A lui tout seul, il rend le film rythmé et supportable. Par contre, si ses partenaires ne déméritent pas, force est de constater que leurs personnages sont assez monolithiques et manquent un peu de nuances, ce que l'écran ( ou la mise en scène) amplifie, contrairement au roman qui arrivait à gommer le côté clicheton de cette famille. 

Mais ne boudons pas notre plaisir, si l'on veut passer un moment agréable, " Le discours " fera parfaitement l'affaire. Ni chef d'oeuvre, ni film honteux, cette comédie atteindra son objectif de divertir sans prise de tête... mais sans laisser non plus de grands souvenirs. 




mardi 8 juin 2021

Malamute de Jean-Paul Didierlaurent


 Dans la famille des romans populaires boudés par les critiques mais adorés du public, "Malamute" , si on le compare à quelque datcha ou autres possibles, passe sans problème pour un pur chef d'oeuvre de la littérature (attention, seulement si on le compare avec les oeuvrettes, et encore le mot est trop fort,  de Mmes Martin-Lugand ou Grimaldi). Jean-Paul Didierlaurent a pour lui plus d'atouts que ses consoeurs pour arriver à créer un roman qui se tient, non pas parce qu'il est un mâle, mais parce que tout simplement il écrit des phrases un peu plus complexes, donnant ainsi plus d'épaisseur à ses histoires et de la profondeur à ses personnages. Dans son dernier ouvrage, il plante joliment le décor dans des Vosges où vont se croiser quelques personnages simples, assez sympathiques mais ayant quelques revanches à prendre sur la vie ou des secrets à cacher. Sur ce dernier thème, nous ne sommes pas dans l'originalité, les secrets de famille ou autres choses tues étant quand même un des ressorts principaux du roman en général. Mais comme le récit est bien mené, on se laisse facilement embarquer, faisant fi de quelques ficelles ou d'une recette qui pourrait être un tant soit peu pudding car beaucoup de thèmes sont abordés ( je n'ai pas dit développés) comme le féminisme, l'écologie, le réchauffement climatique, les foules crédules, la peur du loup, les migrants, le racisme qui va avec et j'en passe. 

Mais Jean-Paul Didierlaurent demeure un habile conteur qui sait accrocher les lecteurs. Il fait donc feu de tout bois, passant avec aisance du drame au romantisme, flirtant aussi avec le fantastique et arrive à éviter quelques clichés inhérents à ce genre de textes ( sauf étrangement, quelques remarques assez dépassées sur la façon de s'exprimer du prêtre africain du village). Alors pour un moment de lecture facile, confortable et sans prétention, "Malamute" est un bon choix, bien meilleur que ces quelques titres cités plus haut, désolants de nullité,  qui caracolent hélas en tête des ventes. 

lundi 7 juin 2021

Les Séminaristes d'Ivan Ostrochovsky


 Malgré un titre fleurant le film hagiographique pour la promotion du catholicisme, "Les séminaristes" vise autre chose, sans doute une rappel historique sur ce que furent les rapports entre l'église catholique et le parti communiste en Tchécoslovaquie, mais pas que...

Le film se déroule dans le début des années 80. Chaque chose est bien à sa place, mais le joug communiste tardant à plier, les résistances augmentent et une église clandestine visant une spiritualité dite plus authentique naît. L'affrontement entre les deux idéologies obligera beaucoup à se positionner. 

Malgré ce contexte sous haute tension, le film ne noiera pas le spectateur d'informations sur l'époque, préférant s'intéresser, d'abord, au conflit intérieur des personnages qui se trouvent confrontés à un choix qui les verra choisir peut être le mauvais côté de l'histoire. Quelque soit ce vers quoi on penche, les actes ne sont pas anodins, brouillant les esprits mais aussi les corps. Cependant, cet aspect là n'est pas, dans le film, ce qui est le plus passionnant car traité, il faut bien le reconnaître, de façon assez symbolique peut être un peu trop abstraite. Le réalisateur avec son choix d'une image ultra travaillée, magnifiquement éclairée, hommage à un certain expressionnisme, espère donner du sens, de la profondeur et même faire naître du suspens ou de la peur vers la fin. Pas certain qu'il y arrive totalement, trop emporté par les hauteurs de plafonds de l'école de théologie qui sert de cadre à l'intrigue et les envolées de soutane de tous ces futurs prêtres, filmées souvent en plongée ( comme si un quelconque dieu observait tout cela? ). 

Le film reste un bel essai magnifique à l'oeil ( qui osera faire un film en noir et blanc dont on trouvera l'image quelconque? ), un peu trop théorique sans doute pour susciter de l'émotion autre que visuelle. 





vendredi 4 juin 2021

Suzanna Andler de Benoît Jacquot


 Benoît Jacquot filmant une pièce de Marguerite Duras que cette dernière n'aimait pas beaucoup, avouez qu'il y a mieux pour avoir des envies de prendre un ticket de cinéma. "Suzanna Andler" ne fait que confirmer que durant cette période de remplissage à seulement 35% de la capacité des salles, les distributeurs nous refourguent vraiment tous leurs rossignols, films bancals, impossibles à vendre à Netflix ou simplement ratés. 

Inutile de le cacher, ce trio de boulevard, la mari ( dont on parle mais que l'on ne voit jamais) , la femme et l'amant n'a rien d'original et cette version de la chère Marguerite n'arrange rien. Nous avons droit à un verbiage bourgeois assez insipide.... Il me trompe, je décide de le tromper... Je t'aime oui mais m'aimes-tu ? Oui je mens, tu mens toi ? Ment-il pour je mente ? Mens-je pour mieux t'aimer ? Tu m'aimes mais ne mens-tu pas ? Mentir est-ce tromper ? Tromper est-ce mentir ? Je le trompe, je mens, mais je me trompe en me mentant à moi même, donc à toi, donc à lui... Il est certain qu'à ce régime là, on peut être très vite lassé par cette logorrhée et ces problèmes d'oisifs dont on n'a rien à faire.  On s'aperçoit dès les premiers plans que le costumier fou à encore frappé ! Nous sommes censément dans les années 60 et Charlotte Gainsbourg ( jouant une bourgeoise dans la quarantaine) apparaît en robe mini, bottes à hauts talons ( à la découpe originale très 2020) et manteau de fourrure long en ocelot, le tout signé Anthony Vaccarello pour Saint Laurent, mais qui à l'écran fait plus penser à du Jennyfer en solde ( dernière démarque). On rit de la dégaine et on en profite car ce sera la seule occasion durant une heure trente. Après,  nous avons donc un face à face de Charlotte avec Niels Schneider... Ils sont amants ... et pourtant on n'envisage pas une seconde qu'ils aient envie de faire quelques galipettes ensemble, il sont tous les deux une pub vivante pour réduire la natalité ou faire la promotion de l'asexualité. 

Donc, force est de constater que ce film soporifique est à éviter sans l'ombre d'un doute ? Pas tout à fait... Il y a une sorte de miracle dans cette adaptation tournée en moins d'une semaine, c'est Charlotte Gainsbourg ! Bien qu'attifée de la pire manière, malgré des dialogues aussi surannés qu'abscons, elle arrive à ne pas être ridicule, mais surtout à s'emparer du texte de Duras sans jamais copier de précédentes actrices célèbres ( Seyrig ou Moreau, à la diction faussement emphatique). Et comme la caméra de Benoît Jacquot la filme avec un amour certain, aidé par un éclairage subtil, il se passe une chose assez rare à l'écran, la comédienne fait oublier et partenaire mollasson et théâtralité oiseuse, pour briller calmement et s'imposer avec un talent infini. On ne voit, n'entend qu'elle.... mais est-ce suffisant ? 

Le film sera à classer dans les curiosités qui peuvent être vues malgré leur caractère soporifique  grâce à la performance de son actrice principale. Avant on disait d'un bon acteur qu'il pourrait lire l'annuaire sans ennuyer, et si Charlotte Gainsbourg avait relevé le défi avec Duras ? 




jeudi 3 juin 2021

Petite maman de Céline Sciamma


 Je l'avoue, je suis fan du cinéma de Céline Sciamma. C'est donc avec envie que je me suis rué vers la première salle projetant son dernier film ( qui plus est accompagné par une critique aux anges, on n'est pas, selon l'Obs, la femme la plus puissante du cinéma pour rien ). Dès les premières trente secondes, j'ai compris que le film m'échappait, n'était pas pour moi.... Jamais par la suite, je n'ai réussi à entrer dans cette histoire et les 1h12 ont duré, au bas mot, 2h !

Le film débute par un plan sur le visage d'une vieille dame assez coquette. Elle semble réfléchir et soudain dit "Alexandrie". La caméra élargit le cadre et nous voyons que la dame fait des mots fléchés et qu'une petite fille écrit les lettres dans les cases. Sitôt le mot écrit, la petite fille se lève et dit sèchement "Au revoir". On comprendra par la suite qu'il sera questions d'adieux (ratés?) à une grand-mère décédée, et d'au revoir à une mère fuyant sa famille pour cause de chagrin. Mais la sécheresse, l'improbabilité de ce court moment, qui sonne faux, a sabré d'emblée l'envie de m'intéresser à cette histoire. Rien par la suite n'a pu regagner mon intérêt entre scènes vaguement étirées, mais sans doute hyper signifiantes, de petite fille jouant dans la forêt, maison quasi vide dans laquelle les personnages échangent des propos assez factuels et une mise en scène très froide malgré quelques percées de soleil ici ou là. Certes on voit bien que l'on a affaire à une histoire de deuil, d'enfance, de fraternité féminine où un imaginaire consolateur et éclairant contrecarre un univers ou l'on tait beaucoup de choses. Mais rien n'y a fait, il y a dans cet essai cinématographique une conceptualité un peu trop radicale qui peut empêcher d'être touché. 

Cinéma de sensation sans doute, personnel peut être, délicat mais à la mise en images frisant plutôt la platitude, "Petite maman" a sans doute des atouts que l'on peut avoir du mal à identifier. Un point positif : la déception permet beaucoup de discussions à la sortie de la salle....signe qu'il ne laisse pas indifférent. C'est déjà ça !




Kaamelott de Alexandre Astier

  Quand on n'est pas fan de la série et qu'en plus on n'en a aperçu qu'une ou deux scènettes durant sa vie de téléspectateur...