samedi 8 mai 2021

Joe la pirate de Hubert et Virginie Augustin


 Joe la pirate, c'est Marion Barbara Carstairs, un riche anglaise devenue ensuite l'héritière de magnats du pétrole ( ses grand-parents vivant aux Etats-Unis). Ici en France, son nom ne dit rien à personne, et pourtant... quelle vie !

C'est le scénariste Hubert ( aujourd'hui hélas décédé et dont c'est sans doute le dernier scénario) qui jette un projecteur sur ce personnage haut en couleurs et qui nous offre ce qui est désormais la première biographie publiée en France. Biographie n'est pas exactement le mot, car, comme le dit la postface, plutôt une évocation créée librement à partir de faits véridiques. 
Ceux qui ont aimé "Peau d'homme" ( album précédent d'Hubert mis en dessins par Zanzim) ne seront pas dépaysés. "Joe la pirate"  continue d'explorer l'univers queer. Joe/Barbara est une femme, lesbienne affirmée et revendiquée dans une époque pas encore très ouverte sur l'homosexualité et qui s'est durant toute sa vie habillée la plupart du temps en homme. Evidemment, quand on est riche, on peut se permettre d'être originale et d'afficher une vie comme bon nous semble. Joe multipliera les conquêtes féminines, pas toujours avec l'employée du coin. A son tableau de chasse impressionnant on trouve autant la nièce d'Oscar Wilde que Marlène Dietrich. Ma sa vie ne résume pas qu'aux splendides créatures qu'elle a mis dans son lit. Sa fortune lui a permis ( entre autre) de devenir un pilote de hors bord de compétition mais aussi d'acheter et de régner sur une île des Bahamas. 
Véritable excentrique qui a dû pas mal décoiffer ses contemporains, Joe, sous le dessin très inspiré de Virginie Augustin, revit une seconde fois tellement le trait épouse l'énergie de son personnage. C'est un très beau noir et blanc, avec une petite inspiration nord américaine bienvenue (style Daniel Shelton l'auteur des strips Ben) qui épouse à merveille et l'époque et le côté un poil nostalgique de cette histoire. 
"Joe la Pirate", par sa maîtrise, la force d'un scénario imparable et l'extraordinaire vie de cette Barbara/Joe, risque de remporter le même succès que le fameux "Peau d'homme". Ce ne sera que justice !


 

vendredi 7 mai 2021

Discongraphie de Emmanuel Reuzé et Jorge Bernstein


 "Allumer le pneu, allumer le pneu

Et que ça schlingue sur la bretelle de l'A22

Allumer le pneu, allumer, le pneu

Et enfumer à moitié la ville d'Evreux. "

( extrait d'une parodie du groupe les Goguettes sur "Allumer le feu")

Cet album concept, ne parodie pas les chansons mais bien les pochettes de disque ( voire de CD)....le disque étant une chose noire que l'on a vendu sous une pochette en papier durant plus de deux décennies et qui, quand on le posait sur un appareil adéquat ( tourne-disques) faisait entendre la voix d'une chanteur ou d'une chanteuse voire de tout un groupe de musiciens. ( note à l'attention de la jeune génération branchée sur Diseur ou Potifaille et pas encore gagnée par l'utilisation d'une platine).  

On y trouvera la revisite totalement barrée d'une cinquantaine de pochettes avec un petit plus : l'avis du disquaire, personnage qui apparaît dans quelques planches tout aussi croquignolettes, véritable hommage à une profession en voie de disparition. Effet double détente garanti. Si l'oeil se précipite sur la page de gauche avec la photo du disque ( par exemple Indochien chante "L'avant terrier", avec photo ad hoc), il se pose ensuite sur le court texte du professionnel ( à droite) , avec style musical ( ici : Rock'n Dog) et classé dans "Fluide de wouf". Le texte est un festival de jeux de mots, de calembours  et autres jeux polysémiques. Pour Indochien, les auteurs signalent, entre autre,  que l'album ne manque pas de mordant. "Le chanteur ( un peu cabot) connu pour ses prestations à poil sur scène, aboie des textes plein de rage..." Etc, etc...

Voilà, vous êtes prévenus, ce n'est pas du tout sérieux, potache à l'extrême, mais follement drôle et quand même assez inventif. Jorge Bernstein ( au scénario ) a dû s'amuser comme un petit fou ( et nous aussi par ricochet) et l'on retrouve au dessin ( aux photos de pochettes ? ) Emmanuel Reuzé ( oui, celui qui dessine "Faut pas prendre les cons pour des gens"). Au final, un album ( quasi format CD) qui réjouira tous les amateurs de musique et surtout ceux qui ont envie de rire sans se prendre la tête . 




jeudi 6 mai 2021

La costumière de Patrick McGrath




 Sous cette très belle couverture, se cache une intrigue à base de costumière veuve d'un comédien décédé brutalement, de la doublure, non pas du manteau, mais du susdit comédien qui va consoler la veuve, de la fille de cette dernière qui va se retrouver à jouer une pièce avec la doublure qui n'en est plus une. Apparemment un vaudeville donc, ce qu'est ce roman quelque part, mais quand on sait que l'action se situe dans le  Londres de 1947 se relevant péniblement de la guerre et que rôde toujours un groupe de fascistes,  le ton n'est pas tout à fait à la gaudriole. 

Patrick McGrath préfère se plonger dans la psyché de ses trois personnages principaux ( la veuve, la fille et l'amant), explorer leurs comportements, leur hésitations, interrogations ou malaises plutôt que de jouer le maître du marivaudage. L'époque était sombre, aussi rude que l'hiver glacial pendant lequel se déroule cette histoire aux relents tragiques. 
Le milieu du théâtre et la création d'une pièce occupe une place de choix dans la narration, contant avec précision les rivalités, stress ou manigances des comédiens du plateau,  mais n'évitent pas quelques longueurs inutiles, notamment avec la restitution de répliques de la tragédie répétée,  sans doute en lien ... lointain et un peu redondant ... avec ce que vivent les personnages du roman. 
On s'attache beaucoup au trio principal dont l'évolution au fil des jours est subtilement décrite malgré l'infiltration assez peu convaincante de l'un d'eux dans un groupe de fachos....mais c'était sans doute la touche politique voulue par l'auteur... 
Autre petite particularité qui intrigue ( peut être agacera ), est, par moment, les apparitions de narrateurs omniscients dont on ne devinera, sans trop de précisions, qui ils sont vraiment... Ces " nous" qui tombent inopinément ralentissent la lecture, font froncer les sourcils et n'apportent au final strictement rien à l'histoire. 
Avis mitigé sur cette "Costumière", belle ambiance, personnages intéressants mais un ensemble qui a du mal à s'amalgamer car à trop vouloir faire son fier à bras littéraire en jouant sur trop de tableaux,  on finit par perdre un peu d'intérêt. 

lundi 3 mai 2021

The Disciple de Chaitanya Tamhane


 AAAaaaaaaaAAAA dzing dzing dzong dzing aaaaaAAAAAaAaAa, difficile de traduire par écrit ce que l'on entend durant les trois quart du temps dans ce film qui dure plus de deux heures. 

 AAAaaaaaaaAAAA dzing dzing dzong dzing aaaaaAAAAAaAaAa, c'est du râga, musique ancestrale indienne, évidemment empreinte de spiritualité et pas facilement écoutable par nos oreilles occidentales. Elle est coeur de ce film qui a obtenu le prix du scénario au dernier festival de Venise... 

Très loin de la brillance et des romances indiennes habituelles, "The Disciple" lorgne évidemment vers le cinéma d'auteur ( et de festival), avec un hommage appuyé au "Salon de musique" de Satyajit Ray. A défaut de ballets flamboyants et de romance entre une princesse et un beau jeune homme, nous avons droit à de nombreux concerts de râga. N'imaginez pas un stade en délire mais plutôt une salle polyvalente où 20 personnes écoutent religieusement ( avec un léger dodelinement de tête) un chanteur et trois musiciens accroupis. AAAaaaaaaaAAAA dzing dzing dzong dzing aaaaaAAAAAaAaAa, .... Un spectateur indien est peut être apte à saisir le manque de pratique vocale du héros qui bousille sa vie à essayer d'égaliser un maître de ces chants ( qui lui donne des leçons tel un gourou). Lui y croit, pense que cela viendra avec l'âge et passe son temps à s'exercer .... AAAaaaaaaaAAAA dzing dzing dzong dzing aaaaaAAAAAaAaAa. Peu de vie sociale, ni amoureuse , il est condamné à travailler son chant et à se masturber devant un écran noir ( censure locale je présume)AAAaaaaaaaAAAA aaaaaAAAAAaAaAa, ( il n'y a plus le dzing...c'est sans musique, les mains sont prises ailleurs). 

Au milieu de cette musique lancinante, on y trouve quand même une réflexion sur les dangers de l'ascétisme, de la dépossession de soi face à un art qui, lui, contrairement aux obsessions du héros pour les anciens, évolue inexorablement... Cependant, en plus des constants AAAaaaaaaaAAAA dzing dzing dzong dzing aaaaaAAAAAaAaAa, on peut être déstabilisé par une lenteur narrative qui frise parfois le concept arty ( images au ralenti du héros, la nuit, en moto, écoutant les préceptes d'une vieille chanteuse disparue). On pourra toutefois admirer au passage des plans magnifiques même si assez statiques et surtout un peu redondants par rapport à l'intrigue puisque surlignant le propos. 

Je ne sais pas si vous aurez le courage de chercher dans l'arborescence de Netflix ce long-métrage, assurément totalement à contre emploi sur la plateforme ( mais on le trouve aussi sur MUBI en ce moment), ni même l'envie de découvrir le râga ( AAAaaaaaaaAAAA dzing dzing dzong dzing aaaaaAAAAAaAaAa,  je rappelle) mais un petit voyage en Inde, ça peut dépayser....



dimanche 2 mai 2021

La maison de Bretagne de Marie Sizun


 

Une vieille maison de famille, un retour dans cette dernière, des souvenirs qui resurgissent, des faits nouveaux qui viennent donner une autre facette à des anciens aujourd'hui disparus, c'est le point de départ du dernier roman de Marie Sizun. Avouons-le, rien de bien emballant avec ce descriptif, cette plongée les poussières d'une histoire familiale a déjà été utilisé des milliers de fois en littérature. `
Cependant, c'est une spécialiste des histoires de tribus à secrets qui est à la plume et ça se sent. En faisant mine de placer au départ son récit dans le genre policier, Marie Sizun accroche le lecteur. Et si par la suite le cadavre découvert aura moins d'importance, on s'en passe aisément car nul besoin de ce ressort pour désormais tourner les pages, contre vents et marées, le lecteur se retrouve collé aux basques de l'héroïne qui n'a rien pour séduire ( l'autrice aime les défis!). Elle nous harponne avec une sorte de vieille fille approchant la cinquantaine, solitaire, sans guère de vie sociale, encore moins de vie amoureuse, pas toujours sympathique. Mais cette personne, à l'automne de sa vie, aussi grise que la mer de cette Bretagne endormie du mois de novembre vide de toute animation estivale, par la grâce d'une écriture fluide et inspirée, existe diablement et nous émeut autant qu'elle nous intrigue. On la suivra dans les méandres d'une mémoire qui remettra à jour des moments pas toujours glorieux et révélera une cellule familiale  à la toxicité inquiétante. 
"La maison de Bretagne" n'est pas qu'une plongée dans un passé assez traumatique mais aussi le récit d'un ciel gris breton qui sait utiliser la brise marine pour déchirer les nuages et laisser entrevoir quelques rayons lumineux, éclaircie autant météorologique que psychologique pour notre héroïne. Et même si le dernier quart du roman semble un poil convenu, on ne regrette pas une seconde cette promenade passionnante dans le Finistère. Un peu à la façon de romancières anglaises spécialisées dans le récit de dames entre deux âges célibataires (genre Anita Brookner aujourd'hui, hélas, un peu oubliée), Marie Sizun donne à son récit,  que certains pourrait ressentir comme suranné, un formidable élan à la fois doux et salé, à l'image de cette région de France aussi romanesque que belle.  

mercredi 28 avril 2021

Journal sexuel d'un garçon d'aujourd'hui ( 2ème partie) de Arthur Dreyfus

 


230 pages plus loin, qu'est-il arrivé à Arthur Dreyfus ? Grindr tourne à plein, les rencontres se sont succédées, nombreuses, pas toujours satisfaisantes, mais toujours décrites sans complaisance. D'ailleurs l'auteur s'interroge à un moment sur le côté exhibitionniste de son projet. Je peux le rassurer, il pose le regard exactement où il faut. En tant que lecteur, nous vivons bien une autre vie que la mienne sans que jamais nous ne soyons l'otage de ses désirs ou de ses fantasmes. Les descriptions de plans culs qui composent l'essentiel de l'ouvrage, très naturalistes, sont composées de façon très intelligente, mélangeant sociologie du quotidien, intérêt pour les personnes,  sentiments de l'auteur, et sexe bien sûr. Au fil des pages, les grosses queues, les fesses plus ou moins bien lavées, les fellations ou sodomies mécaniques deviennent des éléments d'une grande banalité, l'essentiel se trouvant ailleurs, dans quelques interstices plus personnels qui apparaissent au détour d'un geste, d'une phrase, d'une pensée, rendant l'ensemble soudain plus passionnant psychologiquement. 

Sinon, bien qu'il ait eu à un moment une baisse de la libido, les plans ont parfois pris une direction nouvelle. Il a essayé quelques rencontres avec de la drogue ( shit) qui l'ont plutôt porté au septième ciel sans qu'il ait eu envie de recommencer ( pour le moment). Il a aussi réalisé le fantasme de la prostitution en se faisant payer pour quelques plans ( et en acceptant des partenaires nettement plus âgés qu'à l'habitude), son corps devenant pour l'intello qu'il est comme une marchandise dont il doit assurer la qualité ( surtout de la prestation). Du coup son regard de narrateur se décale d'un cran, sa réflexion aussi et par conséquence, celle de son lecteur qui,  arrivé à ce stade du livre, se trouve maintenant vraiment impliqué. 

Sinon, ici ou là, on trouve quelques noms connus, par exemple une citation de Marc Lambron ( totalement anecdotique). Ce dernier, loin d'être un ingrat, s'est fendu il y a quelques jours dans la presse d'une critique enflammée et ampoulée comme à son habitude. Plus intéressant par contre ( parce que plus people ?), Arthur Dreyfus narre avec une grande honnêteté son rapport avec Edouard Louis dont le premier livre s'est trouvé en librairie avec un de ses précédents romans. Sans fard, avec un sentiment de honte compréhensible, il parle de la rivalité née à ce moment là entre les deux hommes qui se connaissent un peu mais aussi de la jalousie que le succès de librairie du grand blond médiatique a fait naître en lui. Si je peux rassurer Arthur Dreyfus, il n'a peut être pas les tirages d'Edouard Louis, mais, et ce journal en est la belle confirmation ( s'il en fallait une), niveau écriture, il n'y a pas photo, c'est bien lui qui a la plus grosse, la plus belle...prose. 

Si se plonger (prendre en main devrai-je dire) dans ce gros livre se révèle très agréable grâce au papier bible, les petites phrases énoncées après chaque plan cul, qui au départ donnaient comme une respiration, apparaissent au fil des pages parfois pénibles à cause de cette misogynie constante d'amis gays, très très gays, totalement égocentrés sur leur cul ou leur sexe. Quant à ceux qui pensent pénétrer dans l'intimité d'Arthur Dreyfus, la vraie, ils en seront pour leurs frais. Comme il le précise très bien, alors que naît une relation forte avec un dénommé Anis,  "L'intimité est un partage", et dès lors, plus rien ne sera écrit sur le sexe avec ce jeune homme, prouvant bien, que les plans culs le concernant, sont bien des actes physiques sans grande profondeur. 

Reste à savoir si par la suite, cette ligne d'écriture, peut être difficile à tenir dans un journal, continuera à être respectée...

( à suivre)

mardi 27 avril 2021

La sagesse de la pieuvre de Pipa Ehrlich et James Reed


 Un beau quarantenaire, cinéaste animalier vit au bord d'une magnifique plage de l'Afrique du Sud. Hélas pour lui, victime d'un burn out, il déprime sec. Attiré irrésistiblement vers la mer et dans un endroit moins balayé par les vagues, il plonge en apnée jusqu'au moment où il croise une pieuvre qui irrésistiblement l'attire. Avec régularité et en tant qu'amoureux des animaux, il va plonger tous les jours pour observer l'animal qui petit à petit va s'habituer à lui. Une relation intense va naître entre les deux êtres, quasi amoureuse. Elle durera un an ( durée de vie d'une pieuvre), soignera l'âme de notre cinéaste qui retrouvera goût à la vie. 

Oui ce documentaire est un mélo et aussi improbable que cela puisse paraître, l'illustration filmée d'une histoire vraie ( paraît-il). Avec force musique sirupeuse et alternance entre l'interview du cinéaste et les images de son histoire qu'il a filmé, le récit plein de petits rebondissements captive autant qu'il étonne. On se pose parfois la question de savoir comme en plongeant en apnée on peut suivre, par exemple, en continu,  le combat d'un requin avec une pieuvre... Mais tout est si bien ficelé, le cinéaste si émouvant avec ses sanglots dans la voix et ses yeux humides quand il évoque la fin de son amie que l'on veut bien se laisser aller à cette romance étonnante, superbement filmée et originale. C'est vrai, qu'en plus d'une ode à la diversité et à la préservation des espèces, on apprend plein de choses sur cet animal qui continue à avoir mauvaise réputation pour tous les lecteurs de Jules Vernes ( il y en a de moins en moins) et qui ici, prendra sans nul doute un shoot de célébrité et d'affection. 

Pour rappel, ce film sorti sur Netflix cet automne, vient d'obtenir l'Oscar du meilleur documentaire qui, à défaut d'être un réel gage de qualité, l'éclaire infiniment plus que n'importe quelle autre récompense. 



samedi 24 avril 2021

Latche, Mitterrand et la maison des secrets de Yves Harté et Jean-Pierre Tuquoi


Loin de moi, contrairement au monde de l'édition qui va profiter du quarantième anniversaire de l'arrivée au pouvoir de François Mitterrand en mai prochain pour inonder les librairies de récits divers et variés, loin de moi donc de céder à cette fièvre événementielle. Si je me suis jeté sur ce "Latche, Mitterrand et la maison des secrets", n'étant ni mitterrandolâtre, ni passionné à ce point d'histoire ou de politique, la raison s'avère toute personnelle : Je suis né et ai passé mon enfance et mon adolescence à Latche ( prononcer "Latieu," en mouillant le "ieu")... ou plus exactement dans la commune qui abrite cette bergerie devenue mythique au fil des années. Souvent, il m'est arrivé de passer, de m'arrêter devant ce lieu célèbre, lors de balades à vélo ( le but étant avec les copains de faire le tour du lac ). Parfois, il m'arrivait de croiser celui qui n'était alors que le premier secrétaire du Parti Socialiste, toujours à la maison de la presse du village. Je voyais beaucoup plus son épouse Danielle qui se ravitaillait à la supérette où je travaillais l'été et dont les employés saisonniers que nous étions ne se battaient guère pour lui déposer ses courses dans sa Méhari, étant l'une des seules clientes de ce type à ne jamais donner de pourboires. Donc, plonger dans cet ouvrage, c'est retrouver l'odeur des Landes de mon enfance, ses pins qui pouvaient autant abriter le chant des cigales  que la grisaille de l'ennui en plein hiver comme, en plus des figures connus de tous, quelques autres, plus locales que je pouvais sans problème visualiser. 

Mais pour un lecteur plus lambda, cet essai centré sur cette maison acquise au départ pour y loger avec Anne Pingeot, arrivera-t-il à être passionnant? La réponse est largement oui, car l'habileté des deux auteurs parvient à transformer l'ensemble en un digest de la vie de François Mitterrand, ne négligeant ni l'aspect politique, ni la partie intime. Forts d'un vrai recul, 25 ans ont passé depuis sa disparition, les auteurs parviennent à mêler petite et grande histoire pour livrer une sorte de biographie qui se lit comme un roman. Le personnage principal possède tout ce qui fait les bons livres, le mystère, le goût du secret, une rouerie toute florentine, la passion du pouvoir, mais aussi la modernité avec ses deux foyers ( un trouple avec son épouse dont l'amant de cette dernière avait une chambre dans tous les lieux où ils vivaient). Le livre n'est jamais avare d'anecdotes, toutes plus ou moins connues, mais qui apportent un éclairage pertinent, façonnant un portrait tout en nuances et en aspérités, jamais hagiographique ni complaisant, mais à l'objectivité assez bienveillante. 

S'il fallait ne lire qu'un ouvrage sur la vie de notre ex président, histoire de se remettre à jour, ce "Latche, ..." qu'on ne lâche pas facilement est fait pour vous. Dans un décor de vacances, avec des personnages hauts en couleur et aux vies proches parfois d'une sitcom inspirée, vous vous direz que la vraie vie est souvent bien meilleure que bien des romans.  

jeudi 22 avril 2021

Ceux qui sont restés là-bas de Jeanne Truong


 Voici un roman dont le sujet sera de toutes les façons inattaquable : la libération des camps au Cambodge au moment de la chute des Khmers rouges. Epoque trouble, profondément mortifère pour des milliers de civils où, quelque soit l'endroit, ils seront le plus souvent enfermés, massacrés. Bien peu seront sauvés par la Croix Rouge. Le roman de Jeanne raconte le difficile périple du narrateur, un petit garçon de 7 ans que la mort de son père et de sa soeur ont rendu muet et de sa mère, femme dévastée pat les atrocités qu'elle a enduré dans les camps initiés par l'infâme Pol Pot. Ces deux là vont tenter de survivre dans un univers de jungle et de guérilla incertaine , où le passage d'une frontière ( celle de la Thaïlande) ne sera pas signe de non violence. 

Visiblement inspiré d'un récit familial, le roman a le mérite de rappeler combien l'humain peut en deux temps trois mouvements se déshumaniser et sombrer dans la plus pure folie meurtrière, le tout sous l'influence d'une seule personne.  Il montre aussi, qu'après cette atrocité, un semblant de vie conforme à quelques aspirations heureuses est bien difficile à retrouver tant les stigmates et les réflexes de défense ou de destruction ne cicatrisent pas. On s'attache évidemment à ce petit garçon qui ne connaît du monde que sa part la plus sombre et qui a du mal à prendre le bonheur quand par hasard il se présente. On suit son rude parcours dans deux pays où les dangers les plus grands ne sont pas les tigres ou les serpents venimeux mais bien les hommes. Cependant, malgré le sujet fort, on pourra trouver que l'autrice , avec ses phrases courtes, a du mal à créer un vrai univers dans toutes les parties relatant le parcours aventureux des protagonistes, étant nettement plus à l'aise et plus émouvante dans tout ce qui est psychologie des personnages. 
Ces restrictions mises à part, le roman reste attachant et nécessaire, pour que jamais on n'oublie ces atrocités et que jamais elles ne puissent se reproduire, même si, hélas, les hommes de bonne volonté semblent se raréfier un peu plus chaque jour... 

mardi 20 avril 2021

The Nightingale de Jennifer Kent


 Sortir un film directement en VOD, n'est pas chose facile, passant directement dans la case série B voire Z pour bon nombre de spectateurs. Pandémie oblige, ce repli vers une projection uniquement domestique sacrifie bon nombre de films remarqués dans des festivals. Ce fut le cas pour, notamment, The Nest de Sean Durkin ( grand prix à Deauville) ou Possessor de Brandon Cronenberg ( Grand prix à Gérardmer), et même si ces deux là n'étaient guère des chefs d'oeuvre, attendre une future sortie en salle au milieu d'une quantité incroyable de films plus alléchants, auraient de toutes les manières fait connaître le goût de l'échec cuisant. 

Pour "The Nightingale", on met en avant une affiche un peu trompeuse, laissant présager un film un poil épique, à grand spectacle, avec des combats peut être guerriers ( nous en sommes loin) puis on essaie d'appâter le chaland en mettant en avant la réception un peu houleuse qu'il a reçu lors de différents festivals ( insultes à Venise, spectateurs de  Sidney ou Sundance, sortant avant la fin, épouvantés par la violence de l'histoire). C'est de bonne guerre, pas forcément faux pour la violence, mais ce n'est pas Salo de Pasolini non plus. 
En fait, Jennifer Kent joue sur plusieurs tableaux. Son film, sur toile de fond historique, englobe des thématiques actuelles comme le féminisme ou le racisme,  tout en y glissant pour le spectateur exigeant une réflexion sur la violence. 
Clare, l'héroïne, cumule les malchances dans ce 19ème australien. Venue d'Irlande pour purger une peine ( que l'on ne connaîtra pas, mais avec les moeurs de l'époque, on l'imagine assez bénigne), en plus d'être femme, ou parce qu'elle est femme, sera l'esclave sexuelle d'un officier de l'armée qui la viole régulièrement. L'affaire tourne mal, et après un énième viol, l'officier tuera le mari qu'elle s'est finalement trouvée ainsi que l'enfant fruit de leur union. Clare n'aura plus qu'une seule soif : venger ces morts. Le film prend toutefois ce genre ( rape and revenge ) assez codifié à revers. En adjoignant à l'héroïne pour traverser une Tasmanie peu amène un autre paria de cette société australienne, un aborigène, le film rajoute une dimension anticolonialiste très forte. Filmé simplement, faisant de cette forêt tasmanienne un autre vrai personnage, "The Nightingale" déroule ses péripéties avec force et talent. Réaliste jusqu'au naturalisme de certaines scènes assez violentes mais jamais voyeuses, juste dérangeantes ( et peut être plus pour certains spectateurs masculins car filmées par une femme et toujours du point de vue de l'héroïne), le film méritait bien son prix spécial du jury de Venise ( en 2018). On appréciera la force symbolique qui balaie ces 2h16, cette lente progression des personnages qui voient leurs différences les rapprocher et en faire une véritable bombe politique. 
Si tous les films de revanche avaient cette ampleur et ce regard, il est certain que le cinéma aurait une autre portée. Comme le déclare Martin Scorcese, avec justesse, "The Nightingale"  ne laissera personne indifférent. Alors, pour une fois, on peut penser que la VOD permet quand même de sauver quelques oeuvres... 



dimanche 18 avril 2021

Curiosity de Sophie Divry


 Petit ouvrage et petit bijou pour qui est amateur de nouvelles, puisque "Curiosity" en accueille deux au sein de ses pages. 

La première nous pose sur la planète Mars et nous suivons les dernières pensées d'un rover ( engin fabriqué et expédié par l'homme pour explorer la planète rouge). Sans doute trop câblé par l'homme ( qu'il prend pour Dieu), le rover pense beaucoup, souffre de sa solitude et du manque de contacts. Le texte, gentiment anthropomorphique, écrit dans un style allègre allie avec souplesse connaissances scientifiques et psychologie robotique. La quatrième de couverture essaie de tirer tout cela vers quelque chose de plus intello, genre interrogation profonde sur la solitude de notre humanité, qui est bien présente en sous texte, mais qui n'apparaît pas non plus aussi fortement dans ce qui n'est qu'un joli moment de lecture dépaysant. 

L'autre nouvelle, inspirée de "La superficine" de Sigismund Krzyzanowski( inconnue au bataillon mais publié chez Verdier), nous parle, entre autre, de confinement et de démarchage téléphonique. Le sujet est donc relativement nouveau ( avant une possible déferlante romanesque ou autobiographique dans les prochains mois) et met en scène Josiane, septuagénaire vivant dans un petit studio, Ernest son chat,  "son lapin" ( un vibromasseur) et l'Agrandirox sorte de produit en pastille qui peut doubler voire tripler l'espace de votre logement. Très attrayant sur le papier en cette période de vie recluse dans un petit espace, le produit miracle, sensé offrir une sacrée ouverture,  se révélera sacrément plus compliqué à gérer. Très agréable à lire, on ne pourra reprocher à cette nouvelle qu'une fin abrupte, laissant en jachère la possibilité d'aller bien au-delà...

Ce petit ouvrage pas encombrant, comblera sans problème un moment d'attente. Sophie Divry s'y avère pétillante et accrocheuse, posture idéale quand on écrit des nouvelles. 


vendredi 16 avril 2021

Fluide de Joseph Safieddine, Thomas Cadène et Benjamin Adam

 


Fluide, mot à la mode s'il en est, ( notamment avec "genderfluid", n'est peut être pas le terme idéal pour qualifier cette BD qui peut laisser son lecteur dans un état glacial. 

Pourtant cela démarre pas mal, moderne, actuel. un couple trentenaire, branchouille, lui dans la BD, elle dans le cinéma. Ils sont heureux mais la partie féminine du couple a envie d'autre chose et l'exprime. Cet autre chose est pour l'héroïne, l'envie d'une aventure avec une femme. Lui le prend mal, ne comprend pas cette envie même si on lui propose de son côté de tester d'autres désirs, d'autres corps. Mais femme ne varie pas et laisse notre mâle avec son questionnement teinté d'une certaine jalousie. Et ce n'est pas son collègue de BD, célibataire endurci, ne faisant rien sexuellement de sa liberté qui va le réconforter. Cependant, cette remise en cause du couple, pour eux ne peut être que fictionnelle ( quels machos, quelle vue d'esprit courte pour des jeunes d'aujourd'hui !)et va donc les inspirer dans leur travail en la transposant à leur héros dessiné William...

Si les premières planches accrochent le lecteur, la suite, cette mise en abyme d'une mise en abyme qui sera un peu plus tard reremise en abyme ( ça fait beaucoup au final) manque sérieusement de fluidité à la lecture et d'intérêt. Si on y ajoute un personnage principal assez obtus, pas du tout open, rivé aux conventions conventions sociales du couple et qui peut être ne progressera qu'après un final lorgnant sur "Eyes Wide Shut".  Rêve? Fiction?  Réalité ? Retour à la bonne vieille norme ? On ne sait trop...

On reste donc sur notre faim, même si on peut apprécier le travail graphique de l'ensemble et une bonne idée de départ, hélas ensevelie sous un méli-mélo foutraque, presque fantastique, comme si les auteurs avaient eu peur d'affronter frontalement la fluidité dans les rapports de couple.  

mercredi 14 avril 2021

Leur âme au diable de Marin Ledun


Un camion d'ammoniac volé du côté du Havre ne fera guère parler de lui. Si on ajoute quelques cadavres supplémentaires, victimes accidentelles d'une opération qui tourne mal, l'affaire se révèle plus complexe mais ne fera pas long feu dans l'actualité. Il faut l'entêtement du ( pour le moment) lieutenant Nora pour que ce fait divers devienne au fil des années un scandale européen. 
L'ammoniac est l'un des multiples composants d'une cigarette ( qui contiennent en plus de la nicotine et du goudron une liste d'additifs impressionnante). Après s'être attaqué à la violence managériale au sein d'une entreprise de phoning( "Les visages écrasés"), Marin Ledun s'attaque avec cet épais roman à l'industrie du tabac et plus particulièrement au lobbying infernal auquel se sont livrées ces multinationales durant les années où la cigarette commençait à faire figure, en apparence, d'ennemi mortel numéro un dans les luttes de prévention contre le cancer et les maladies cardiovasculaires. Le sujet est vaste, bien plus complexe qu'il n'y paraît, mêlant commerce, politique,  agriculture et ...gros sous. 
Sur ce thème, l'auteur invente ( enfin, on espère) une histoire avec des protagonistes qui se divisent en deux camps : les policiers, teigneux, très, très opiniâtres et les méchants, bien plus nombreux et bien sûr sans scrupules, qu'ils soient lobbyistes, à la tête d'un réseau d'escorts, organisateurs de réseau de contrebande, tueur voire députés divers.... Impressionnant ce que l'argent du tabac peut engendrer comme saloperies en plus d'empoisonner les consommateurs ! Les  personnages sont un peu brossés à gros traits, sans trop de nuance et manquent un peu de caractère mais la première partie du roman, nerveuse, sèche, plante bien l'intrigue et  accroche le lecteur. La deuxième par contre, sans doute plus complexe, plus internationale, traîne un peu et manque de rythme, sans doute parce que l'histoire se déroulant des deux côtés de la barrière, le lecteur a toujours deux ou trois coups d'avance sur ces pauvres enquêteurs. 
Au final, malgré ces quelques bémols, le roman en impose par l'ampleur de sa thématique, par cette description au scalpel du lobbyisme que l'on transpose inévitablement à d'autres secteurs d'activités. La description de ce fléau libéral laisse le lecteur groggy. On peut donc dire que le roman réussit son coup et mérite toute attention du lecteur de polar social et politique. 

mardi 13 avril 2021

Printemps 2021, la chanson française nous invite à danser.

 

"Danser encore" HK

Alors que tous les lieux culturels restent fermés,  que les endroits conviviaux comme les boîtes, les bals populaires, les soirées festives risquent de ne pas voir le jour avant longtemps encore, nos artistes lyriques français ne pensent qu'à une chose : danser, s'enlacer en musique, toucher des corps, bref revivre enfin. 

Ces dernières semaines sont sortis divers titres avec des inspirations très diverses mais qui tournent tous autour d'une même obsession : DANSER ! 

En tête de ce billet, vous ne raterez pas la version live ( flash mob pas improvisé mais sacrément électrisant donné la semaine dernière à la gare de l'Est ) de "Danser encore" par HK. Ce groupe militant avait déjà fait un gros coup au début des années 2010 en créant l'hymne d'une multitude de manifs de cette époque, le fameux " On lâche rien". La crise actuelle a inspiré  ce titre "Danser encore", hautement addictif, chaleureux, dansant, qui est en train de devenir viral et va de toutes les façons rythmer de façon entêtante et dansante toutes les manifs des intermittents en particulier mais de tous les autres également. 

S'il n'est pas question de danse à proprement parlé dans le nouveau titre de Clara Luciani "Le reste", le clip ultra vitaminé qui accompagne cette sortie est un véritable clin d'oeil à Jacques Demy. Soudain, cette chanson pop, peut être pas en course pour rivaliser avec la fameuse " La grenade", donne envie de bouger, de danser sous le soleil...( et accroche assurément par cette façon franche d'évoquer le cul d'un amour passé). 

Le reste Clara Luciani

Plus sombre, mais à la pop dansante, le désormais écrivain/chanteur Joseph d'Anvers, dans son dernier album "Doppelgänger", nous propose ce titre " Comme ils dansent" , évocation nocturne, teintée de nostalgie, d'heures passées sur des dancefloors au milieu de néons multicolores. Une certaine solitude nimbe ce titre. On dansait peut être avant, mais n'était-ce finalement pas pour nous étourdir, tout oublier ? 

Comme ils dansent Joseph d'Anvers

Plus simple, plus résolument porté vers la gaieté, le nouveau titre de Tim Dup " Juste pour te plaire" est une invitation à la danse. Le rythme chaloupé ( un peu comme dans "Mourir vieux") engage à bouger son corps à l'instar du chanteur, qui dans le clip, n'hésite pas à quitter le piano derrière lequel on le voit beaucoup, à tomber la chemise et à danser, danser, tout le temps, partout, ...

Juste pour te plaire Tim Dup

Pour terminer, je suis tombé sur le titre d'une inconnue ( pour le moment) Carla de Coignac. Son titre "Danse", évoque un difficile lâcher prise et bien sûr met tout en oeuvre pour que l'on bouge sans complexe. En fouillant sur le net, j'ai eu la surprise de trouver ( déjà) une jolie reprise du dernier titre de Clara Luciani ( mentionné plus haut). Si son passage à "La nouvelle star" ou sa participation sur 5 titres dans le dernier album de Louane, signale qu'elle a  déjà un pied dans le métier, il semblerait qu'elle ait tapé dans l'oreille ( dans l'oeil?) de Benjamin Biolay qui l'a invitée dans une émission dont il était le programmateur. Elle a 22 ans, elle sort donc ces jours-ci son premier titre... A suivre avec attention. 

Danse Carla de Coignac


Le reste ( de Clara Luciani) Carla de Coignac

lundi 12 avril 2021

Transitions de Elodie Durand


 Le sujet de la transition, celle du passage d'un sexe à l'autre, éclate un peu partout autour de nous. Ceux qui pourraient lever les yeux au ciel, agacés de tout le tapage fait autour de ce thème depuis quelques années, devraient toutefois ne pas hésiter une seconde à se plonger dans le récit concocté par Elodie Durand car elle fait magnifiquement le point sur la question. 

L'histoire d'Alex qui nous est contée via le regard de sa mère, décale juste ce qu'il faut notre regard et nous interroge d'emblée : Que ferions si notre fille, notre fils décidait d'un passage d'un sexe à l'autre ? L'histoire d'Anne Marbot, même si le nom a été changé, demeure bien réelle et ses questionnements, son cheminement, de la stupeur à l'incompréhension, de la colère à la peur, puis à la lente acceptation pourraient bien être le notre, si par hasard cela nous arrivait ( oui, cela n'arrive pas qu'aux autres!). 
Dans ce parcours singulier, au fil des mois, Elodie Durand va poser son trait simple, chaleureux et redoutablement empathique sur un déroulé qui va suivre les pensée de la mère d'Alex ( mais aussi de son compagnon et de ses frères et soeurs) et mêler habilement le pédagogique ( vous ne vous mélangerez plus avec les termes " cisgenre",  "non binaire", "genderfluid", "trans(genre)", ...), l'historique ( la fluidité des genres selon les époques ou les contrées), le scientifique et le psychologique. Et comme nous sommes en compagnie d'une auteure de talent, de beaux dessins ( souvent en pleine page)  décrivent à merveille les tourments intérieurs des personnages, donnant à l'ensemble un côté artistique particulièrement touchant. 
L'histoire, encore compliquée pour nos cerveaux cloisonnés par des siècles de binarité stricte , s'affiche ici avec une simplicité parfaite et parvient à toucher le lecteur. Le coup de grâce étant donné par Alex , celui que l'on regarde évoluer, qui clôt le roman avec un beau texte aussi simple qu'émouvant. 
"Transitions" risque de devenir un classique dans son genre ( non genré justement) et ce ne sera que justice tellement l'ensemble parvient à être juste, universel, sur un sujet encore très sensible. 







jeudi 8 avril 2021

Possessor de Brandon Cronenberg


 Alors que les salles sont fermées et pariant sur l'appétit de nouveautés des spectateurs, les distributeurs et producteurs jaugent ce qui traîne sur leurs étagères et lancent sur les plateformes de streaming des films pas vraiment réussis, dont la sortie en salle risque de faire flop mais possédant un petit potentiel commercial voire médiatique pour faire parler de lui et ainsi remplir les pages cultures bien maigres des médias. La semaine dernière, "Madame Claude" avec la performance de Karole Rocher et son sujet sulfureux a bénéficié de cette rampe de lancement. Cette semaine voici donc "Possessor" dont le seul nom de Cronenberg suffit à emballer toute la critique cinématographique  ravie d'avoir quelque chose à vanter. 

Pour calmer d'emblée le jeu, le Cronenberg en question n'est pas David, mais son fils Brandon, dont on promeut le deuxième film (10 ans après un "Antiviral" bien plat). Avec un thème lorgnant sur le "eXistenZ" paternel et employant son actrice Jennifer Jason Leigh dans un second rôle, le film permet  de faire des rapprochements artistiques sans doute très vendeurs mais qui ne tiennent pas la comparaison quand on visionne l'oeuvre. En gros vous avez un scénario à la Luc Besson, donc tenant sur une feuille A4 dialogues compris, de la violence assez hard, du sexe à l'américaine qui veut faire cru mais qui sombre dans la banalité aseptisée et, pour la touche soi-disant perso, des images déformées. Comme l'ensemble a du mal à faire la durée minimale d'un film de long-métrage, la moitié des scènes passent au ralenti. Alors, on peut y voir un style personnel, de l'inventivité mais quand on s'ennuie passablement devant ce cocktail d'images floues ou sanglantes qui essaient de faire leurs intéressantes en essayant de surjouer un côté psy dont on se contrefout car les personnages n'ont aucune existence ou épaisseur, on se prend à espérer que Cronenberg junior arrête le cinéma. 

Il convient de signaler que le grand prix du festival du festival du film  fantastique de Gérardmer 2021 est allé à "Possessor".... on n'ose imaginer le reste de la sélection de ce festival. 




lundi 5 avril 2021

Skeleton Coast de Laurent Whale


 Si l'on en croit la quatrième de couverture "Skeleton Coast" est " un thriller nerveux sur fond de scandale écologique". L'accroche, on ne peut plus commerciale, acoquine "thriller" à "nerveux" pour une intensité supposée et "scandale écologique" pour la note à tendance politico/humaniste bien de notre époque. Il n'y a pas tromperie sur la marchandise, sauf peut être sur le terme "thriller" qui a été préféré à celui de "roman d'aventure" pourtant correspondant mieux, fleurant peut être trop un parfum ancien, une époque où Bob Morane rivalisait avec OSS 117 sur les tables des libraires. 
Pourtant, " Skeleton Coast" est bien un roman d'aventure échevelé dont il emprunte tous les codes ( sauf la touche érotique ). L'histoire est simple comme bonjour, Richard Grangier, cinquantenaire, vit en Afrique pour retrouver sa fille, médecin humanitaire et tenter de la ramener en France. Y parviendra-t-il ? ( Ceux qui pensent que oui, n'auront pas entièrement raison). En 119 courts chapitres ( et une introduction, un prologue et un épilogue) le lecteur retrouve le plaisir et de l'aventure et du roman feuilleton. dont le roman emprunte avec aisance les codes pour donner envie de lire la suite. A la fin de chaque chapitre il y a soit un rebondissement, soit un élément nouveau soit le héros placé dans une situation délicate, impossible, inextricable, risquant la mort. La toile de fond, est ici une Afrique contemporaine, celle du Sud ( Namibie, Angola, Zambie)  avec ses factions de mercenaires divers, de militaires et de politiques corrompus, tous attirés ou protégeant des intérêts autant locaux, nationaux ou internationaux. Peu importe qui défend quoi, qui aide qui, le lecteur se focalise sur le héros, courageux quinquagénaire, et le suit haletant jusqu'au bout. Il y a parfois quelques petites baisses de régime mais il faut bien souffler un peu, surtout quand on traverse, le plus souvent à pied ou dans des véhicules n'empruntant pas les pistes, des contrées arides ou de la jungle mais toujours peuplées d'ennemis. 
Pour les amateurs du genre et comme roman d'aventures "Skeleton Coast" remplit tout à fait son rôle de tourne-page. Jamais il ne se prend pour autre chose que ce qu'il est, ne cherche que le plaisir de celui qui s'y plonge et c'est bien agréable. 

dimanche 4 avril 2021

Kérozène de Adeline Dieudonné


 On attendait le retour d'Adeline Dieudonné avec impatience tant l'excellente impression de son premier roman "La vraie vie"  et l'univers si singulier qu'elle y déployait attendait confirmation avec une nouvelle publication. Voici donc "Kérozène" son deuxième roman... heu... pas tout à fait quand même. 

Si l'on traîne un peu sur le net, on trouve des articles célébrant l'ouvrage en le qualifiant d'OLNI ( Objet Littéraire Non Identifié) façon marketing de dire que ce n'est ni tout à fait un roman, ni tout à fait un recueil de nouvelles. Mais alors qu'est-ce donc ? Un livre, qui par son originalité de forme défie les codes existant ? Que nenni ! Quand on se plonge dedans, on s'aperçoit assez vite qu'Adeline Dieudonné avait dans ses tiroirs quelques nouvelles pas trop mal fichues et a eu l'idée de les recoudre ensemble pour en faire un genre de récit choral un peu artificiel, dont on devine hélas les coutures trop apparentes. Si l'idée de raconter le destin de tous les personnages présents dans une station service d'autoroute à un instant T peut faire son effet, il se bute quand même aux limites de ce patchwork littéraire un peu trop fabriqué. ( De part l'autoroute, on pense inévitablement à l'excellent roman "Aires" de Marcus Malte paru l'an passé et qui, lui, était un vrai roman choral). 

Cependant, malgré cette réserve, chaque histoire donne une idée de l'imagination de l'auteure, très à son aise à mêler avec entrain situations trashs, personnages au bord de l'abîme, animaux et violences diverses. Avec une écriture simple, quelque chose de proche des  Grimaldi, Valognes et autre Martin-Lugand  mais comme si ces dernières avaient des idées originales, fumaient la moquette et avaient envie de secouer leurs lecteurs pour les sortir de leur cocon trop douillet, "Kérozène" fait passer un agréable moment. On reste toutefois un peu sur sa faim, l'entreprise, un peu disparate, laissant comme un goût d'inachevé ( ou de bassement commercial). On attendra donc un troisième opus vraiment romanesque pour juger pleinement de la virtuosité d'Adeline Dieudonné qui, ici, fait toutefois preuve d'un regard singulier et d'une fantaisie toujours aussi mordante. 

samedi 3 avril 2021

Madame Claude de Sylvie Verheyde


 Contrairement à l'affiche ci-dessus, "Madame Claude" n'est pas à proprement parlé un film Netflix mais une production destinée à une sortie en salle, victime du Covid et vendue à la chaîne de streaming histoire de mettre du beurre dans les épinards de producteurs désormais aux abois. 

Si le film est sans conteste bien plus original dans sa forme que les productions habituelles de la multinationale, "Madame Claude" n'est pas pour autant un film réussi, les producteurs, pas fous, se séparant d'abord des longs-métrages aux carrières incertaines. 

L'ambition du film est visible : faire le biopic d'une personnalité célèbre et controversée des années 60/70, faire oublier le kitsch d'une précédente version ( celle de Just Jaeckin le réalisateur du non moins célèbre "Emmanuelle") et accessoirement y mettre également une pointe de notre époque en évoquant le patriarcat  qui s'impose sur le corps des femmes. 

Autant dire que tout cela fait beaucoup pour un seul film. L'histoire de Fernande Grudet, le vrai nom de Madame Claude, intimement liée dans la première partie de sa vie autant avec le Paris politique que du showbiz, n'est finalement que survolée. Une voix off, quelques répliques vite envoyées et quelques scénettes rapides essayent de brosser l'époque, le coaching des jeunes femmes et la vie intérieure de la proxénète de luxe. Un peu de sexe, un peu de psychologie, un peu de RG, un peu de pègre, la récit a du mal en prendre. Nous sommes souvent en gros plan sur les visages pour pallier à un manque évident de moyens dans la reconstitution d'époque. On ressent plus que l'on ne comprend les enjeux de tout ce petit monde. Les acteurs font ce qu'ils peuvent avec ce qu'on leur donne.  Benjamin Biolay ( en commissaire de police), Philippe Rebbot ( en grand bourgeois) semblent des erreurs de casting, Garance Marillier ( en préférée de madame Claude) agace plus qu'elle ne convainc avec un rôle sensé donner un cachet contemporain mais aussi plus empathique à l'ensemble. Seule Karole Rocher surnage là-dedans, butée, froide, rongée par des démons dont par ailleurs on se contrefiche un peu. 

La réalisatrice déclare un peu partout que madame Claude a tout du personnage scorcésien... Sans doute... On sent que la mise en scène s'essaye à l'énergie du maître hollywoodien mais comme le scénario ( et le manque de dollars) ne brille pas beaucoup, ce n'est pas encore cette fois-ci que l'on aura droit à un bon film autour de cette figure sulfureuse et vraisemblablement fascinante. 



jeudi 1 avril 2021

Combats et métamorphoses d'une femme d' Edouard Louis

 

Après avoir brossé et réhabilité ( de façon lourdingue) son père, Edouard Louis met sous  les feux de son projecteur, sa mère dans un court texte sobrement intitulé : « Combats et métamorphoses d’une femme ». Évidemment, le rouleau compresseur médiatique s’emballe, saluant avec des cris d’extase cette nouvelle parution dont le mélange féminisme/confession permet de déployer sans fin tout une glose bien de notre époque : faire reluire le tout venant. 

Posons-nous quelques minutes et imaginons une seconde que ce récit soit signé ... Jean-Paul Duglandier. Quel(le) critique daignerait écrire une ligne sur ce portrait banal ? Sans doute une jeune blogueuse, ravie d’avoir reçu de la part des éditions du Seuil le volume, se fendrait d’une critique enflammée ( dans le secret espoir de recevoir d’autres livres gratos), enthousiasmée par le parcours de cette mère partie du fin fond d’un logement social du nord de la France et qui finit par fumer une clope avec Catherine Deneuve. 

Mais cette mignonne bluette est signée Edouard Louis, nouvelle égérie  prouvant la non consanguinité du milieu littéraire et intellectuel français. Et ça change tout. L’homme, au parcours évidemment notable, est une personnalité intéressante, passionnante et formidablement électrisante lorsque l’on lit ou écoute ses interviews. Cependant, ses écrits laissent plus que songeurs et ce nouvel opus n’emballera pas plus le vrai amateur de littérature que celui d’essai sociologique. 

Le texte est donc le récit du parcours de la mère de l’auteur, issue d’un milieu plus que modeste, privée d’études car mariée jeune à un homme violent et alcoolique avec qui elle aura deux enfants avant ses 20 ans mais qui au final arrivera à  se sortir de cette misère pour atteindre une nouvelle vie plus conforme à ses rêves de jeune fille. L’auteur revisite donc sa famille déjà présentée sous un jour peu flatteur dans son premier texte ( «  En finir avec Eddy Bellegueule »). Il a vieilli et sa maturité lui permet de donner un autre éclairage à ses géniteurs. C’est humain, normal, banal. Hésitant entre roman et essai, s’adressant tour à tour à sa mère, au lecteur ou à lui-même, Edouard Louis essaie de rendre la chose vaguement passionnante  voire sociologique en abordant cette double peine qu'est être femme et pauvre. Hélas pour lui, il est loin d’être le premier à écrire sur ce sujet, la figure maternelle d’un milieu social défavorisé et sur la honte ressentie par un élément de la fratrie qui réussit. Face à lui se dresse Annie Ernaux ( et beaucoup d’autres) et les comparer n’est pas du tout à son avantage. L’écriture est plate, les décors à peine brossés n’arrivent pas à faire exister réellement les personnages qui ne  sont caractérisés que par quelques petites anecdotes jamais vraiment exploitées ( l'auteur parle de suggérées... ). Le texte essaie de se glisser dans un mouvement féministe, sans doute bienvenu à notre époque, mais qui lui aussi reste assez superficiel. Certes, cette mère est attachante au final, car, c’est seule qu’elle arrive à se sortir de son quotidien sordide. On peut être touché par ce revirement filial, qui passe de la honte à l’admiration mais pas plus que moultes récits publiés depuis des décennies. 

Si on devait chercher et donc trouver quelque chose d’original dans ce court texte, ce serait qu’Edouard Louis théorise gentiment la notion de « mère de » car, c’est bien grâce au parcours  flamboyant de son fils que cette femme a pu se métamorphoser en s’aidant de l’appel d’air ainsi généré malgré l’ingratitude et la honte. C'est mieux que rien mais de là à déclencher ce torrent médiatique de louanges, on peut rester perplexe ou simplement passer pour un vieux rabat-joie en pensant que notre époque à les écrivains qu'elle mérite. 

dimanche 28 mars 2021

Pour une heure oubliée de Frédéric Perrot


 Emile, après avoir absorbé une vodka Get 27, se réveille une heure après avec le cadavre d'une femme à ses pieds. Jamais il n'aurait dû ingurgiter ce verre ( alors qu'il n'aime que la Suze) car il contenait du GHB. Incapable de se rappeler de ce qu'il a bien pu faire durant cette heure, il sera jugé et emprisonné durant 13 ans. Il a une quarantaine d'années quand il sort de prison et se met en ménage avec Jeanne à qui il ne dit rien de son passé. Mais, une journaliste va venir fourrer son nez et sa curiosité dans la vie de notre Emile..

Evidemment, le sympathique Emile n'est pas coupable, sinon, il n'y aurait pas de roman. Le but sera que la vérité se révèle enfin. Et donc, derrière cette couverture au parfum nostalgique, se cache un polar... ou presque, parce que, visiblement,  l'auteur avait une deuxième intention, celle de dresser le portrait psychologique de son personnage sur une vingtaine d'années. Une construction en chapitres alternant entre passé, présent et futur ( futur qui sera en fait un présent dans le dernier chapitre du livre...) essaiera de donner une certaine profondeur à l'ensemble, jouant de psychologie ( assez banalement) dans la première moitié puis tâtant un peu plus du suspens par la suite. 

L'histoire a de quoi accrocher ( tout du moins au début), mais cette valse hésitation entre polar et psychologie a un peu de mal à s'amalgamer véritablement, surtout qu'elle se pare d'éléments un peu difficiles à avaler ( le passé tu, le manque de curiosité de l'épouse à l'heure d'internet, ...) qu'une écriture plus serrée et percutante aurait pu masquer. Les rebondissements vont dans un dernier quart s'accumuler, jusqu'à la dernière page... Ca frise le too much, surtout que dans un souci de bien faire, l'auteur apporte des détails qui accentuent le côté improbable ( on m'expliquera, entre autre, comment un livre récent couvert de poussière peut être lu sans que celle-ci ne s'enlève) et rendent le final, que l'on voyait un peu venir, pas réellement convaincant. 

L'avantage sans doute de se plonger dans "Pour une heure oubliée" sera de lire un polar soft, légèrement psychologique ( façon téléfilm) qui ne remuera pas les tripes. Pourquoi pas ?  Mais des lecteurs sagaces pourront être hérissés par le manque de crédibilité de cette affaire et par ce rythme un peu mollasson qui rend ce premier roman un peu trop confortable pour être totalement passionnant. Point original : on a envie, après lecture, de boire une Suze avec des glaçons !

vendredi 26 mars 2021

Les danseurs de l'aube de Marie Charrel


 Le risque pour un roman qui raconte deux histoires bien distinctes mais avec quelques résonances, est d'être déséquilibré si l'une d'elle s'avère moins passionnante que l'autre. Malgré le rythme des guitares et la maestria des personnages tous danseurs de flamenco, c'est ce qui arrive dans "Les danseurs de l'aube" . Difficile de donner du lustre aux personnages actuels du roman, même héros symboliques et involontaires d'un mouvement altermondialiste, face aux danseurs des années 30, ballotés dans la fureur de la montée du nazisme dans toute l'Europe de l'Est. Les premiers sont totalement fictionnels, les deux autres ayant réellement existé. Comme souvent, la réalité, même romancée, l'emporte sur la fiction. On ne peut rien contre les tourbillons d'une histoire terrible comme le ghetto de Varsovie, la Shoah et la montée et l'avénement du nazisme. 

Le roman alterne donc les deux histoires, qui se font écho malgré les époques. En plus de l'art de la danse gitano/espagnole, de la situation toujours délicate des roms, parias de populations racistes, un autre point relie ces histoires : le travestissement, voire la fluidité des genres dans laquelle les personnages se meuvent. Et là, sur ce sujet très ancré dans les débats d'aujourd'hui, le roman glisse de façon très, trop pudique. On pourrait penser que c'est une façon d'avoir intégré ces faits en les présentant de façon banale, mais on ressent plutôt une sorte de gêne de la part de l'auteure ( de peur de faire fuir les lecteurs ?), très hésitante à aborder de front ce pan de son récit ( surtout avec le personnage de Luka, dont les interrogations sur son son identité sexuelle, voire corporelle, sont balayées en deux pirouettes).

Si le roman se lit facilement et n'est pas désagréable, surtout qu'il rappelle avec vigueur et raison des faits que l'on a peut être oublié ( ce vent toujours persistant de racismes divers en Europe de l'Est envers certains groupes de populations mais aussi que pas mal d'Allemands avaient résisté durant la deuxième guerre mondiale), on peut le trouver un peu trop léger quant à la profondeur des personnages, plus symbolisés par quelques clichés narratifs ( ils dansent merveilleusement bien, ils sont beaux, ils font preuve d'un courage à toute épreuve) que par la réelle ambigüité qu'ils dégagent et qui ici n'est jamais exploitée. 

samedi 20 mars 2021

Mon frère, ce zéro de Colin Thibert


 Divertissant. Voilà le mot exact qui peut définir ce roman. Et de nos jours, dans ces temps troublés, ce n'est pas un vain mot. Comme il serait malvenu de trop en dire, disons que l'effet papillon est ici porté à une sorte de paroxysme ou comment Jean-Jacques, vague écolo et petit vendeur de miel sur les marchés locaux, parce que bêtement tombé amoureux d'une jeunesse dans un village gardois pittoresque mais perdu,  peut entraîner le passage d'importants capitaux suisses sur des comptes en banque. 

Avec une certaine jubilation, malgré un départ légèrement poussif parce que ressenti un peu banal, le roman va très vite, au fur et à mesure des pages,  s'emballer dans une succession endiablée d'événements. Et comme une boule de neige lancée du haut d'une montagne, l'histoire grossit, grossit pour notre plus grand plaisir avec ce délicieux suspens qui consiste à savoir comment l'auteur va bien pouvoir se tirer des situations totalement abracadabrantesques qui'l a créé. Et comme il retombe de façon tout à fait crédible sur ses pieds ( en seulement deux pages !), le lecteur n'est nullement déçu. 
Lecture facile mais bien écrite, piquante et drôle, vraiment bien menée, "Mon frère, ce zéro" procure une vraie détente et peut donc être qualifié, bien mieux qu'au début de cette chronique de roman TRES divertissant. Ce fait assez rare dans l'univers formaté et calculé actuel d'une littérature dite facile ( ou feelgood) mérite d'être amplement signalé .  

jeudi 18 mars 2021

Cherry de Joe et Anthony Russo


 Si vous êtes un fan absolu de Tom Holland ( Spiderman) et tenez absolument à le découvrir dans un vrai rôle dramatique ( pas de souci, il fait le job), si vous n'avez jamais vu un film américain traitant du retour d'un GI après de rudes combats ( seconde guerre mondiale, Viêt-Nam, Irak, Afghanistan et donc que vous n'avez jamais jeté un oeil sur Le retour, Voyage au bout de l'enfer, Né un 4 juillet, Brothers, ...) , alors Cherry ( traduction  puceau ) est pour vous ...à priori.... il faut vraiment être puceau de ce cinéma là pour être emballé par cette énième resucée d'une histoire vue et revue ( en mieux ) depuis des décennies. 

Le scénario ne brille pas par son originalité. Deux jeunes personnes ( un garçon et une fille) s'aiment. Suite à un malentendu, lui s'engage dans l'armée, combat en Irak, en revient traumatisé et sombre dans la drogue entraînant la fiancée en même temps. Difficile de faire plus basique et encore plus à réussir à sortir du lot de ce que l'on peut quasi appeler un genre à part entière dans le cinéma US. Le traitement opéré par les réalisateurs relève plus d'un alignement d'idées mollassonnes n'apportant pas grand chose à l'histoire. On a droit à un découpage en chapitres, c'est chic et ça fait littéraire, mais, en y ajoutant une voix off, on perçoit le manque de véritable point de vue, la mise en scène se contentant d'illustrer le propos. L'action avance sans surprise réelle et ce n'est que vers la fin, avec la plongée dans l'héroïne (celle avec seringue !) que l'on ressent un intérêt un peu plus soutenu, surtout que le film n'arrête pas de balancer entre drame, love story toxique et humour ( appliqué à quelques hold-up d'ailleurs plus qu'improbables). Ces hésitations narratives, pas convaincantes, arrivent malgré tout à sortir le film du banal sans creuser toutefois le réel potentiel psychologique des deux héros. 

Voilà encore un film qui ne va pas plaider pour prendre un abonnement sur un serveur VOD ( ici AppleTV ), ces productions "maison" n'offrent rien de vraiment emballant sinon à fournir du contenu. 




mardi 16 mars 2021

Journal sexuel d'un garçon d'aujourd'hui de Arthur Dreyfus ( 1ère partie)


 Et voilà, 10% de cet imposant pavé de lus, soit 232 pages ( sur 2304) et donc une première série d'impressions. 

Tout d'abord, première originalité, le journal n'est pas daté. Si on connaît un peu les différents travaux de l'auteur ( livres, mais aussi, radio, cinéma, photographie, chanson), tout se déroule à notre époque dans les années 2010 ( 2015 pour ce début puisqu'est évoqué le roman d'Alice Zeniter "Juste avant l'oubli"  ). 

Il s'agit bien d'un journal sexuel mais pas que...ou presque. Arthur Dreyfus, proche ou juste trentenaire, vit avec Bord Cadre, un garçon peut être musicien. Mais notre auteur aime rencontrer d'autres garçons plus jeunes que lui, majeurs (ou pas loin) et si possible fluets, minces. Pour cela, il utilise l'application Grindr ( le Tinder version gay) mais d'autres aussi. Il en rencontre beaucoup, enfin me semble-t-il, puisque parfois les plans culs se succèdent dans une journée. Niveau sexe, Arthur aime tout, les basiques ( branle, fellation, anulingus, sodomie) mais ne rechigne pas à de l'ondinologie, des plans à plusieurs voire au fist, seules les caresses sur ses tétons semblent ne lui procurer aucun plaisir. Il rêve aussi d'être dominé car se sent plus passif qu'actif. ( Si certains termes vous échappent, n'hésitez pas, soit à vous plonger dans le pavé d'Arthur qui est un véritable catalogue, précis, documenté de la vie gay, ou sinon allez sur le net). 

Le journal se présente toujours comme suit : un plan cul raconté de façon factuelle, réaliste,. Le lieu est décrit, en n'omettant jamais de tracer un portrait rapide et social du ( des) partenaire(s) toujours nommés par un surnom.  Puis suivent des remarques glanées ici ou là, venant le plus souvent de proches gays ( eux aussi apparaissant sous la forme d'un surnom) ou de sa mère, son analyste aussi,  également des phrases lues sur l'appli Grindr, mais aussi de grands noms ( souvent gay mais pas que ....Barthes, Foucault, Kafka, Cicéron, ...), de courtes pensées personnelles. Parfois apparaît un poème...

Après 230 pages de ce régime, disons, qu'une petite pause s'impose. Sans que ce soit réellement répétitif, la plume et le regard d'Arthur Dreyfus évitent les redites même si ces plans culs se déroulent quand même, souvent, de la même façon. Ce qui peut se révéler intéressant dans ces récits sexuel, c'est d'interpréter entre les lignes les désirs, le questionnement de l'auteur face à cette addiction. Oui, il aime multiplier les rencontres, parfois très rapides, mais au-delà du sexe, ce qui finalement l'intéresse le plus, ce sont les mots ( on n'est pas écrivain pour rien). Au delà du physique, de la taille d'un sexe ( important chez lui), on sent à la lecture que les meilleurs coups sont ceux où il y a eu un vrai dialogue entre les partenaires et surtout s'il est tombé sur quelqu'un de cultivé. Il a besoin de cette fraternité intellectuelle pour avoir plus de plaisir. Mais rares sont les moments qui le font grimper au plafond. Combien de mecs pas nets, imbus, timorés, simplets, crades, indifférents, absents, mécaniques avant de tomber sur une personne qui ne soit pas juste un sexe? Pour le moment deux tout au plus.... Que cherche-t-il finalement? Jusqu'où cette addiction le conduira-t-il ? Ce sont les éléments qui peuvent tenir en éveil un lecteur lambda, pour qui cette sexualité, narrée au plus précis ( bruit, merde sur les préservatifs, culs pas lavés, lavements, ...) , peut toutefois lasser, au pire révulser. 

Mais il s'agit d'un journal, d'une vie, exposée côté sexe, sans que finalement se soit réellement impudique. On ne sait pas grand chose ( pour le moment) de l'auteur, de ce qui fait sa personnalité ( le terreau de l'enfance, ses lectures, son travail, ...), même si ce qu'il écrit, il n'oserait pas le dire à son analyste (dixit). On sait comment il baise, mais reste quand même pudique sur plein d'autres choses. On a bien sûr l'impression du gay qui parle aux gays, certes un gay qui a une plume, du style, ce qui fait qu'un hétéro, un asexuel, un trans, peut tout à fait trouver de l'intérêt dans ce qui demeure un gros morceau qui risque d'avoir du mal à passer sur toute la longueur. D'où une lecture morcelée...

Peuvent venir des questions aussi ...Est-ce de l'exhibitionnisme? De l'autosatisfaction ? Du mercantilisme ? De la littérature ? Un peu trop tôt pour le dire. Je trouve l'initiative gonflée, documentaire, sociologiquement intéressante et sans doute honnête. Beaucoup seront ou choqués ou agacés par ce journal. L'époque redevient prude et si certains sont dérangés, c'est sans doute que cela atteint un point sensible. C'est bien d'être bousculé plutôt que de se vautrer dans de la feelgood littérature ( une pornographie cérébrale ). 

lundi 15 mars 2021

Vivons décomplexés de Germain Huby


 Depuis le succès des albums de Fabcaro, il semble que chaque éditeur se met en tête de publier des albums qui jouent avec l'absurde. Et c'est tant mieux, car en cette époque trouble, nous avons besoin de rire. 

Même si on pense à Fabcaro ou à Emmanuel Reuzé ( "Faut pas prendre les cons pour des gens"), Germain Huby, plasticien, vidéaste et dorénavant auteur BD, trace sa route de façon personnelle. Il met en scène, dans un univers que l'on sent très urbain, un éventail de personnages pour qui la vie de tous les jours ne connaît pas de problèmes matériels, juste quelques soucis existentiels passés ici comme il se doit, à un drôle de crible. On y retrouvera tout ce qui fait le sel de nos vies de tous les jours, les problèmes d'argent, de bricolage, de couple, d'allergies, d'enfants, de paroles sexistes ou de harcèlement. Je me demande si un seul des grands sujets actuels n'est pas présent dans ces 56 pages ( peut être la méditation... et c'est bien dommage). Avec un humour un peu grinçant, Germain Huby tord nos raisonnements, joue avec notre langage de bobos pour brosser une société assurément déboussolée. C'est très drôle, décapant à souhait et redoutablement intelligent. Les illustrations, entre ligne claire et réalisme, accompagnent parfaitement cet univers dans lequel il fait très bon prendre un bon bol d'humour caustique. "Vivons décomplexés" est un nouveau petit régal humoristique et d'un auteur humoristique que l'on aura plaisir à suivre. 





dimanche 14 mars 2021

Humeur noire de Anne -Marie Garat




 Il est des livres qui vous procurent grand moment de lecture parce qu’ils vous éclairent par leur force, leur intelligence, leur saine colère, par leur pouvoir de mettre en perspective notre vie personnelle ou celle de nos sociétés dont nous sommes les porteurs quasi inconscients de tout un passé rarement reluisant. «  Humeur noire » est un de ceux-là. 

Tout part d’une visite d’Anne-Marie Garat au musée d’Aquitaine de Bordeaux, sa ville natale dont elle garde des souvenirs que l’on peut qualifier de mitigés. Dans la partie que consacre le musée  à la traite négrière, elle tombe en arrêt devant un cartel aux termes pour le moins équivoques, totalement édulcorés quant au passé négrier de la ville. Elle entre donc dans une colère noire ( on peut y voir un jeu de mot évoquant des combats anciens mais également actuels) et tente de faire changer la formulation de cet écriteau. Lettre au directeur du musée d’Aquitaine, tribune avec des amis écrivains dans «  Le Monde », rien n’y fait. Difficile de secouer un édile de cette ville qualifiée longtemps de « belle endormie » et dont le livre nous démontrera qu’elle n’est toujours pas réveillée malgré l’image véhiculée par l’ancien maire Alain Juppé. 

Partant de ce petit fait qui peut paraître anecdotique, Anne-Marie Garat va en profiter pour revenir sur le passé négrier de la ville mais élargira son point de vue à tout ce secteur économique des 17ème, 18 ème, commerce  humain d’esclaves, véritable génocide orchestré au profit de quelques états et dont le colonialisme qui en découla courut jusqu’à il y a peu. Elle rappelle les cages à nègres dans les bateaux contenant ceux que l’on avait chassé comme un quelconque gibier sur leur terre natale, réduits au rang de bête à dresser. Elle raconte surtout, grâce à des faits précis et nombreux, l’amnésie collective, générale qui a été soigneusement orchestrée,  lissée dans tous les  livres d’histoire et dans toute la muséographie. Elle démontre que nous sommes tous issus aussi de cette histoire là, que nos esprits ont été formés à cet oubli mais aussi à une image déformée de nos frères humains aux peaux plus sombres. 

De fil en aiguille, elle va aussi nous parler de son enfance bordelaise, modeste, dans une impasse ouvrière éloignée du riche centre ville et de ces premières années où l’on découvre la vie, les lieux qui nous entourent, qui imprègnent profondément et à jamais notre intimité et notre rapport au monde. Parce que c’est une écrivaine, Anne-Marie Garat évoquera aussi les mots, le vocabulaire,  qui continuent à maintenir enfoncée une partie de l’humanité tout comme elle abordera des problématiques plus actuelles jusqu’à la mort de George Floyd. 

Elle parlera bien entendu beaucoup, beaucoup, de Bordeaux, trop peut être pour ceux qui ne connaissent pas la ville et qui pourront être un peu noyés dans cette avalanche de noms de rues, de quartiers et de personnalités locales, mais rien de rédhibitoire tant nous sommes emportés par le texte aussi vivifiant que passionné de cet essai original et salutaire. On referme le livre avec le bonheur d’avoir rencontrer une pensée lucide, forte, une pensée qui nous éclaire, qui nous enrichit. 

Merci à BABELIO pour cette découverte. 

samedi 13 mars 2021

Cérémonie des César 2021

 


On nous promettait une cérémonie exceptionnelle, celle du renouveau. On nous vantait une soirée des César d'anthologie, écrite par Blanche Gardin et Laurent Lafitte. On allait voir ce que l'on allait voir, surtout après " l'épouvantable soirée de l'an passé". ( Ceci dit, l'an dernier, il y avait de l'orage dans l'air et la fougue de Florence Foresti, donc ce fut une soirée plus intéressante qu'à l'accoutumée). Ben, on a vu et ce fut quand même pathétique. 

Marina Foïs a fait ce qu'elle a pu ( avec ce qu'on lui avait écrit) avec énergie. Elle a eu droit à quelques tirades bien senties ( surtout au début) mais sur la longueur, l'humour pipi/caca/prout peut franchement lasser, surtout sur presque 4 heures de spectacle. On retiendra de ces intermèdes ou petits sketches entre acteurs distribuant la breloque, l'habituelle ambiance surjouée ( mal jouée? ) et pour le meilleur, juste une Jeanne Balibar impériale et la nudité revendicatrice de Corine Masiero ( et ce jeu de mot inscrit dans son dos "Rend nous l'art, Jean"). On préférera oublier la bande du Splendid, totalement ringarde de vanité et de platitude, l'ahurissant dialogue dont a hérité Nathalie Baye ou la blague de Vincent Dedienne ( que j'aime beaucoup au demeurant) sur Hitler. On pourra toutefois trouver qu'un effort avait été fait quant à l'habillage de l'ensemble ( un orchestre jouant des musiques de film, des clips d'hommage ou de présentation plutôt réussis).  Cependant, on n'a pas réussi à gommer, ce long enchaînement de remises de prix ( difficile à éviter j'en conviens) ni cette suffisance du monde du cinéma, habillé de grands couturiers, bijouté par des joaillers prestigieux qui s'embrassait, s'étreignait comme du bon pain, au mépris de tout geste barrière et qui a aucun moment ne sentait le possible ridicule de la situation même s'il réclamaient pour moins chanceux qu'eux et certes s'engageait contre la cynique politique actuelle et n'a eu aucune parole désobligeante envers Canal + et son patron Bolloré , grand argentier du cinéma mais aussi par ailleurs pourvoyeur de populisme et d'idées rances hautement critiquables. 

Quant aux récompenses, elles furent à l'image de la soirée : surjouées et décevantes. L'année cinématographique fut bien sûr sérieusement rognée par ce fichu Covid  mais "Adieu les cons" , malgré le peu de concurrence, ne méritait pas tous ces honneurs, le film n'étant pas, et de loin, le meilleur du réalisateur, juste une petite comédie agréable mais un peu bancale. Le film d'Emmanuel Mouret ( gentillet mais pas un chef d'oeuvre non plus) a au moins permis à Emilie Dequenne de remporter un César, mérité, car c'est elle a hérité du rôle le mieux écrit et le plus intéressant. Comme d'habitude, François Ozon est reparti bredouille ( mais là aussi, il n'était pas à son meilleur). Rien à dire pour les récompenses vraiment justifiées pour " Adolescentes" et "Antoinette dans les Cévennes". Quant à la relève, les choix se sont portées sur des jeunes pousses qui ont fait parler d'eux ( même si l'un d'eux a 40 ans, ce qui permet de donner beaucoup d'espoir). A noter, le César du premier film est allé au classique mais joli "Deux", ( défendu ici) qui a surgi étonnamment dans cette sélection ( et dans celle pour les Oscars) alors que sa sortie est passée quasiment inaperçue. Les nouveaux Césars ouvriraient-ils donc les yeux et verraient -ils ainsi autre chose que ce qui pétille dans la presse intello ou qui brille parce rapporte beaucoup d'argent? C'est plutôt une bonne nouvelle. Cependant, pour renouveler leur cérémonie, on repassera... 


vendredi 12 mars 2021

Les amants d'Hérouville de Yann Le Quellec et Romain Ronzeau


 

Michel Magne n'est sans doute pas le plus connu des musiciens français. Mais de la fin des années 50 jusqu'à la fin des années 70 se fut une personnalité qui compta beaucoup, autant pour ses talents de compositeur que comme génie d'une vie de fête et de musiques. 

Sa vie fut un roman et cet album est à la fois un magnifique hommage à cet homme au destin incroyable et un témoignage nostalgique et émouvant sur toute une époque. Durant cette lecture, vous y croiserez Elton John, les Bee Gees, Grateful Dead, David Bowie, Johnny Halliday ( entre autres) car Michel Magne possédait un studio d'enregistrement dans la campagne proche de Paris où furent enregistrés les albums phares de cette époque. Dans une ambiance aussi joyeuse que festive, accompagnés de repas gastronomiques et des meilleurs vins, les stars de la pop de l'époque s'y sont pressés car ce lieu fut unique au monde ...comme son propriétaire. 

Aussi extraordinaire et fantasque que fut Michel Magne, raconter son histoire n'est pas forcément simple. L'intelligence de ce roman graphique est prendre son parcours à partir du moment où il rencontre sa future deuxième épouse, qui correspond à la naissance de son studio d'enregistrement, sommet d'une carrière on ne peut plus éclectique. Dans d'habiles flash-backs, le dessin se mêle aux photos personnelles, articles de journaux rendant l'ensemble encore plus intense, vivant. La documentation est exceptionnelle, dense, mais jamais elle ne prend le pas sur l'histoire, qui nous montre avec brio ce que fut la folie d'après 68 (dans le milieu de la musique en particulier). Les dessins de Romain Ronzeau sont un joyeux mélange de style, quelque chose entre Cabu et Bastien Vivès et apportent une vraie fraîcheur à l'ensemble tout en suggérant brillamment la lente descente aux enfers de son personnage principal. 

On peut avoir un à priori négatif pour se plonger dans ce roman graphique, la vie d'un musicien barré n'attirant peut être que des passionnés. Mais la réelle performance des auteurs est justement de nous faire pénétrer dans la vie vraiment extraordinaire de cet artiste, dans son univers et de nous passionner, nous étonner et nous émouvoir ( oui, la fin est très émouvante). Le pari est grandement réussi !





Joe la pirate de Hubert et Virginie Augustin

 Joe la pirate, c'est Marion Barbara Carstairs, un riche anglaise devenue ensuite l'héritière de magnats du pétrole ( ses grand-pare...