mercredi 20 octobre 2021

Les illusions perdues de Xavier Giannoli

 


Adapter ce long roman de Balzac reste une gageure que Xavier Giannoli réussit parfaitement. 
En se concentrant sur la partie narrant la montée à Paris de Lucien de Rubempré ... heu Chardon, le réalisateur s'intéresse à ce portrait au vitriol des moeurs journalistiques sous la Restauration, lui donnant ainsi une résonance très contemporaine même si le contexte et l'art des fake news étaient bien différents ( avec une réplique qui fait tilt dans la salle autour d'un président banquier...). 
Rendre toute la saveur à ce chef d'oeuvre d'Honoré de Balzac, n'est pas chose aisée. Quand débute le film avec une voix off comme guide, le doute est permis car, c'est souvent le recours de certains cinéastes qui ne savent pas ou ont peur que leur mise en scène et leur scénario ne permettent pas aux spectateurs de bien comprendre ce qui se passe à l'écran. Mais très vite, l'ampleur de la mise en scène, la reconstitution de l'époque avec des décors, des costumes ultra soignés et surtout une pléiade de comédiens tous parfaits et ayant la chance d'avoir des dialogues plein de saveurs à jouer, font que les 2h30 passent en un clin d'oeil. Si le jeune couple vedette, a par moment les épaules un poil trop fragiles pour porter ce spectacle de haute volée sur la longueur, il est considérablement aidé par des grands seconds rôles de Gérad Depardieu à Jeanne Balibar, de Cécile de France ( aux regards absolument époustouflants) à Xavier Dolan ( totalement bluffant ). 
De facture classique ces "Illusions perdues" réussissent le triple pari de nous passionner autour d'une oeuvre classique, de se permettre, mine de rien, parfaitement raccord avec notre époque et d'être un bel objet de cinéma. Donc, allez-y, vous ne serez pas déçus ! 




mardi 19 octobre 2021

First Cow de Kelly Reichardt


La première vache du titre est celle arrivée en Orégon au tout début du 19ème siècle et qui sera traite clandestinement par deux jeunes migrants au sens commercial assez développé.
L'histoire est simple, le film l'est aussi mais faussement. De prime abord on peut être surpris par la mise en scène, très terrienne et au rythme des pas des deux protagonistes. On pourrait y trouver un vague ennui, tellement habitués que nous sommes aux plans de quatre secondes. Mais au fur et à mesure que l'histoire avance, le spectateur se prend d'empathie pour ces deux voleurs ( c'est en partie ce qu'ils sont mais pas que...) et commence à ressentir que cette histoire vieille de deux siècles nous parle d'aujourd'hui. Il y est question des fondements d'une nation, construite sur la migration, le mélange des ethnies et déjà l'esprit d'entreprise qui servira donc d'espoir mais aussi de désillusion pour beaucoup de ceux qui entreprennent qu'un préambule contemporain évoque et un final hautement émouvant porte soudain à des sommets que l'on ne voit pas vraiment venir. 
Kelly Reichardt est considérée à juste raison comme une immense réalisatrice et "First Cow" le prouve bel et bien par la finesse de sa mise en scène ( parfait contrepoint à l'imagerie hollywoodienne du western), sa radicalité à vouloir restituer cette histoire dans un format carré qui focalise sur les personnages ( même si l'on ressent énormément leur environnement). On peut être un peu refroidi par un départ assez lent, mais très vite vous sentirez toute la profondeur de ce film magnifique, qui s'adresse à ce que nous avons de plus précieux : notre possibilité de réfléchir loin des propos simplistes ou haineux. C'est cela la magie du grand cinéma. ( Et dire que présenté au festival de Deauville en 2020, le film est reparti bredouille,  lui  préférant une daube prétentieuse !). 



 

Wonder Landes d'Alexandre Labruffe

 


Pour son troisième roman, Alexandre Labruffe se dévoile nettement plus en narrant les épisodes familiaux qui ont fait suite à la disparition ( comprendre : il s'est envolé, volatilisé, sans donner l'ombre d'une nouvelle) de son frère. 

Ca démarre au quart de tour, plantant un décor mi fantaisiste mi psychologique ( un mélange assez détonnant) sur les traces d'un frère qualifié tour à tour de bipolaire, autiste, frappadingue, charmeur, baratineur ( donc menteur), mythomane et j'en pense. Beaucoup pour un seul homme mais  pourtant bien réel, tant les multiples faits et méfaits qui ont jalonné une vie ahurissante nous sont révélés sans ambage. Nous sommes embarqués dans une sorte de thriller baroque familial qui nous change franchement des  jérémiades habituelles autour de ce genre de récits prompts au verbiage larmoyant et noir. Ici, la situation n'est guère brillante, presque angoissante mais heureusement, Alexandre Labruffe sait y mettre de la légèreté, un poil de dérision grâce à son écriture précise et pleine de verve. En plus, en contre point au récit, il place des personnages secondaires hilarants comme sa copine coréenne et sa chamane feng shui ou un ami prêtre désabusé, le tout dans un décor de ferme landaise perdue au milieu des pins et bourrée d'objets anachroniques ( le merveilleux du titre ). 

Mais la vie, même dans un roman, devient chienne. Pendant que le frère, retrouvé, croupit dans la plus vieille prison de France ( à Angoulême), le père tombe malade et avance surement vers une mort inéluctable. Ce sera la deuxième partie du roman, moins souriante, lestée par un deuil à venir, et comme souvent dans ces moments là, propice à une certaine introspection un peu moins baroque, quasi écrite en vers libres, portée par une émotion certaine mais toujours teintée d'une pointe d'humour salvatrice. 

C'est donc un réel plaisir de retrouver les récits d'Alexandre Labruffe, toujours différent mais cependant toujours aussi talentueux, sachant nous faire pénétrer dans des univers rendus originaux par son regard assez unique et une plume habile. 

jeudi 14 octobre 2021

FIF85, Festival International du Film de La Roche sur Yon ( une journée au)


Heureusement la Vendée, dans le domaine culturel, ne se résume pas qu'au Puy du Fou. Ainsi, en octobre depuis 12 ans, se déroule un festival du film, qui se propose de présenter un instantané de la production actuelle mondiale. La programmation, éclectique, permet de découvrir des longs-métrages très souvent en avant-première française et ayant déjà été programmés dans certains grands festivals comme Locarno, Venise, Berlin ou Sundance. Le public, surtout local mais fervent et curieux, remplit avec allégresse les quatre salles du festival. On retrouve bien sûr des cohortes de lycéens ( ici, bien sages) mais aussi son contingent de retraités ( qui peut aller au ciné en semaine à 9h30 ou 14h ?) finalement plus mal élevés que la jeune génération ( portables qui s'allument en cours de film pour répondre à un sms, petits commentaires durant la projection voire ronflements). 
Ceci dit, on peut le dire , c'est vraiment une semaine de fête du cinéma à La Roche sur Yon ( qui s'embellit d'année en année) et pour tous les publics. Prenons la journée du mercredi 13. Pas moins de 21 films sont proposés à notre curiosité. Jour de congé scolaire oblige, on y trouve évidemment quelques films pour enfants ( qui pourront aussi aller admirer la jolie petite expo consacrée au réalisateur italien Lorenzo Mattotti) mais aussi, parmi toutes les avants-premières quelques reprises de classique ( ce jour là "John Mccabe" de Robert Altman ou "Harold et Maud" de Hal Hashby ( qui a fait exploser le nombre de téléchargements d'application de rencontre sur les portables de nos seniors ....Attention aux séances suivantes, ils risquent de s'allumer à tout bout de champ de peur de rater un possible contact). 
Le gros de la programmation fait la part belle à des films inconnus venus de toute la planète. Ce jour là, entre autre ( car on ne peut pas tout voir, on sélectionne un peu au pif suivant une brochure volontairement synthétique) on a pu pénétrer dans une sinistre prison italienne ( "Ariaferma" de Léonardo di Costanzo) au bord de la fermeture pour une sorte d'allégorie sur l'humanisme et l'amitié un peu mollassonne et improbable ou arpenter un forêt danoise à la suite d'un homme voulant éprouver sa condition d'humain ( "Wild Men " de Thomas Daneskov) dont la présentation parlait de masculinité, de virilité, et qui s'est avéré surtout être une sorte d'hommage pas désagréable au "Fargo" des frères Coen. Nous avons.... subi....non le mot est trop fort... admiré en se rasant un peu "Users" de Natalia Almada ( USA/Mexique) , sorte d'essai cinématographique aux longs plans magnifiques, mais au propos finalement très convenu autour des technologies et du monde de demain ( le tout accompagné par une sorte de musique atonale ...). On a pu aussi suivre les avatars d'un couple de publicitaires allemands dans leur maison de campagne Belge ( "Human Factors"  de Ronny Trocker), demi-thriller psychologique autour de l'incommunicabilité entre les êtres, pas d'une grande originalité mais pas déplaisant. 
Il y a une partie de la programmation qui est sûre de faire salle comble, ce sont les avant-premières de films français ( et comme souvent accompagnés de ou d'une partie de l'équipe, l'occasion de voir de la star attire le public !). Ce jour, Régis Roinsard présentait son adaptation ( on peut dire ratée malgré le couple de stars Efira/Duris) du roman à succès "En attendant Bojangles" et l'on pouvait voir par ailleurs, ce qui est une des pépites de ce festival, le formidable "Rien à foutre" du duo Julie Lecoustre et Emmanuel Marre où Adèle Exarchopoulos campe magnifiquement une jeune femme d'aujourd'hui en butte avec les apparences. 
Voilà, un festival c'est ça, mais aussi une foule d'autres films et, vraiment, même s'il n'a pas la renommée d'un Deauville ou d'un Dinard ( pour parler de ceux qui s'adressent aussi à madame ou monsieur Toutlemonde), le FIF85 est un moment formidable, vraiment sympathique, de bonne tenue et surtout pensé et destiné au public. Bravo ! 


lundi 11 octobre 2021

Feu de Maria Pourchet



Si l'on se plonge dans "Feu" avec l'espoir d'y trouver une jolie histoire romanesque qui fera battre son  coeur à la suite d'une héroïne, d'un héros, avec lequel on va s'identifier et s'attendrir, on risque de rester en rade. L'enjeu de ce nouveau roman de Maria Pourchet, après le formidable "Les impatients", est évidemment ailleurs, sans doute revisiter un thème rebattu de la littérature : l'adultère. En gros une femme,Laure, quarantenaire, mariée, avec 2 enfants pas du même père, fait une fixette sur Clément, un cinquantenaire célibataire, aux revenus s'énonçant en Keuros car bossant dans la finance. Il n'est pas un tombeur loin de là mais se laisse faire et se lance sans réel entrain dans une relation sans passion nourrie de chambres d'hôtel louées à la va-vite et quelques sms laconiques. Elle par contre, fantasme complètement cette relation et s'investit corps et âme. Depuis "Madame Bovary", rien n'a donc changé...
Heu si, quelque chose a changé depuis Flaubert, en plus de la facilité de la rencontre, c'est la façon de raconter. Dans un style totalement personnel, qui, de prime abord peut surprendre, désorienter, faire relire une phrase ou deux pour bien saisir le sens ( mais dans lequel, au bout de trente pages, on se glisse sans difficulté), Maria Pourchet explose le thème par cette façon inimitable de mêler sans complexe le trivial avec les sentiments profonds, la réalité rude des pensées discordantes des deux protagonistes avec la vie domestique voire sociale de l'époque. C'est un feu d'artifice qui va crescendo contrairement à beaucoup de romans qui ont une bonne idée de départ et se délitent ensuite dans la banalité. Avec ses deux personnages pas vraiment sympathiques ( plus un chien) et bourrés de contradictions, le roman se révèle un révélateur ironique de nos comportements d'humains occidentaux à la recherche de sensations préformatées par tout ce qui nous inonde sur écran comme sur papier, donnant ainsi une image de l'amour bien plus franche que d'habitude.
Brillamment écrit dans un style qui peut surprendre, narrant comme rarement la rencontre de deux personnes, se moquant de faire plaisir au lecteur en lui offrant ce qu'il aime lire mais en le titillant de façon plus originale, "Feu" est un des bons romans de cette rentrée qui confirme le talent particulier de Maria Pourchet. 

 

jeudi 7 octobre 2021

Tralala de Jean-Marie et Arnaud Larrieu

 


L'affiche est belle ( Amalric, Balasko, Lavant, Mélanie Thierry, ...) pour cette comédie musicale ( chic !) sur laquelle de grands noms de la chanson française ( Daho, Cherhal, Dominique A, Katherine, ...) se sont penchés. Tout pour plaire aux amateurs de films musicaux. Le petit bémol pourrait être que c'est un film des frères Larrieu, à l'univers original mais surtout capables du pire ("Le voyage aux Pyrénées" ) comme du meilleur ( "Peindre ou faire l'amour"). Hélas, malgré ce casting en or, cette nouvelle production du tandem tendrait plutôt vers le pire. 
Le scénario a de faux airs des "Demoiselles de Rochefort" où les protagonistes ont des liens passés forcément romanesques. La ville de Lourdes, vidée pour cause de Covid, donne au film une identité plutôt originale avec quelques envolées de bonnes soeurs et jouant sur les décors blanc et bleu de tous les marchands du temple qui attendent le pèlerin. C'est un peu foutraque, mais cela a au moins le mérite de sortir des sentiers battus. 
Ce qui est moins original, c'est sans doute le héros, Mathieu Amalric, pour la énième fois en tombeur de ses dames ( même si ici il est un sdf,  malgré tout irrésistible, avec un très improbable pantalon en panne de velours bordeaux). Le reste de la distribution joue les utilités sans jamais tirer son épingle du jeu. Ils ne sont d'ailleurs pas aidés par les chansons qu'on leur a mis dans la bouche ( sans doute des fonds de tiroir ), toutes plus insignifiantes les unes que les autres. A ce petit jeu, Bertrand Belin ( évidemment) s'en tire le mieux et fait presque figure de révélation, sans toutefois que l'on ait une seconde envie de réécouter plus tard un de ses titres. Si Mélanie Thierry montre une certaine aisance dans le chant, que dire de la prestation vocale de Josiane Balasko qui finit aussi par déteindre sur son jeu de comédienne ? 
Cette inintéressante histoire dure 2 heures et on les sent passer ! Entre une mise en scène parfois proche d'un certain ( faux ? ) amateurisme, des dialogues lourdingues et peut être une vague ( mais très vague )  envie de dézinguer un genre très formaté, le spectacle n'est guère convaincant. Pas certain que ce "Tralala" réconcilie le grand public avec la comédie musicale toujours un peu mal aimée. 




mercredi 6 octobre 2021

Le kiosque d'Alexandra Pianelli


Et si en cette semaine de sortie tonitruante du dernier James Bond, vous choisissiez comme sortie ciné, l'exact contraire de la luxueuse franchise, c'est à dire, le film le moins coûteux qui puisse exister. "Le kiosque", qui joue donc la parfaite contre programmation, vous divertira et vous ravira très certainement mais d'une façon bien moins clinquante ( pas de millions de dollars à l'écran, juste de la menue monnaie en piécettes). La réalisatrice Alexandra Pianelli a tourné dans un espace de 6 m2 avec juste un Iphone et quelques bouts de cartons un documentaire vraiment épatant. Les prises de vue se sont déroulées dans  le 16ème arrondissement ( mais sans Léa Seydoux qui pourrait bien habiter le secteur ou le 8ème, le 5ème à la rigueur), seul détail qui fait luxe, si tant est qu'un kiosque à journaux entre dans cette catégorie. 
Malgré le manque d'explosions, d'agents secrets sexys, "Le kiosque" parvient toutefois à nous scotcher sur notre siège, nous intéresser et nous émouvoir. Pas besoin de faire son courageux aux quatre coins du monde pour maintenir un spectateur éveillé, de la débrouille façon bricolo/bricolette, un oeil bienveillant filmant toute cette humanité passant devant ou dans un kiosque parisien suffisent pour offrir un film qui marque et dont on se souviendra. 
Ce remarquable portrait d'un lieu et d'objets de consommation qui disparaissent petit à petit est autant un témoignage sensible, drôle et émouvant ( il y a une scène absolument incroyable d'humanité dans ce film, sûrement une des plus émouvantes vu depuis longtemps....mais je n'en dis pas plus ) qu'une petite prouesse  fabriquée avec deux/trois bouts de ficelles, un oeil d'artiste et du talent. 
James Bond peut attendre ( il restera très longtemps à l'affiche) mais "Le Kiosque" non. Pour être surpris et ému, c'est bien le film qu'il faut voir cette semaine !



dimanche 3 octobre 2021

Les enfants de Cadillac de François Noudelmann



Il y a des romans ( mais ici est-ce vraiment un roman ? ) qui vous transportent par l'évidence et la clarté du récit. Pour ce premier roman ( puisque c'est noté ainsi sous le titre), François Noudelmann divise son ouvrage en trois parties distinctes. La première sera consacrée à son grand-père Chaïm, juif ayant fui la Lituanie à la veille de la première guerre mondiale et qui, pour s'intégrer à jamais dans le pays qui l'accueille, devient un de ses soldats, un poilu puisque c'est la France sa terre d'asile. La deuxième sera le récit de son père qui aura fait le même voyage dans l'autre sens ( et retour) ballotté par les aléas de l'histoire et plus précisément par la deuxième guerre mondiale. La troisième tournera autour du narrateur fils et petit-fils des précédents, qui s'interrogera autant sur ses racines, son identité de français, de juif dans un monde où l'histoire a la fâcheuse tendance à se répéter. 

On pourrait penser à lire ce résumé que nous sommes dans un livre de souvenirs plus que dans un roman, même si, comme c'est le cas dans ces "enfants de Cadillac", la vie apparaît bien plus romanesque que tout ce qui pourrait sortir de la tête d'un auteur inspiré. Par la grâce d'une écriture limpide, la force de ces destins particuliers mais surtout par l'évident recul autant philosophique, sociologique qu'historique dont est capable l'auteur, le texte nous emporte autant dans le vent de l'Histoire et d'histoires singulières que dans un cheminement intellectuel des plus stimulants.  Tout en nous passionnant pour le sort de son grand-père mort de faim dans un asile psychiatrique en 1941 ( comme plus de 45 000 autres patients dits fous de cette époque) ou de la rencontre de son père avec l'inhumanité en général mais aussi en particulier ( celle que des hommes plus que persécutés mettent en place à l'intérieur de camps pour assouvir leur pouvoir sur encore plus persécutés qu'eux) , c'est une profonde et très accessible réflexion qui nous attend au détour de pages percutantes, pertinentes, s'interrogeant, entre autre,  avec un réel recul, sur ce qui compose notre identité, nos possibilités de nous intégrer dans des groupes sociaux comme religieux. 

Oubliez la polémique vaine qui entoure ce roman ( et qui sans doute le fera disparaître à tort des listes des prix de l'automne) et partez à la rencontre de ces "enfants de Cadillac", lecture passionnante et vivifiante pour l'esprit, magnifiquement écrite et qui résonnera longtemps en vous. Sans conteste un des très bons livres de cette rentrée. 

samedi 2 octobre 2021

Alice Guy de Catel et Bocquet

 


Alice Guy fut la première réalisatrice de cinéma  au monde. Une fois que l'on a dit ça, avec un peu de fierté parce que française mais aussi beaucoup de remords car longtemps oubliée par les historiens de cinéma, on n'a pas dit grand chose sur la vie de cette pionnière du 7ème art. Heureusement, le duo Catel et Bocquet, avec leur talent habituel, remettent magnifiquement en lumière cette femme qui a su s'imposer dans un univers uniquement masculin. 

On le sait la femme, même encore de nos jours dans certains esprits arriérés, ne peut pas s'intéresser à la technique. Imaginez-vous à la fin du 19ème siècle, alors que des inventeurs comme Thomas Edison ou les frères Lumière tutoient l'Olympe de la célébrité, la hardiesse qu'il a fallu à une jeune femme pour parvenir  à s'insérer dans cet univers essentiellement masculin, y imposer, autant ses idées marketing pour attirer les foules dans les premières salles de projections publiques que cinématographiques pour tourner des courts-métrages ( le premier en 1896 !) ? Tout cela et bien plus ( car elle traversera l'Atlantique et connaîtra aussi une petite carrière d'abord à New-York puis à Los Angeles ) nous est raconté avec brio dans ce roman graphique impeccable. On y retrouve la rigueur d'un scénario bourré d'anecdotes et le dessin très ligne claire de Catel Muller dont la formidable lisibilité permet une lecture agréable y compris pour les lecteurs pas vraiment bédéphiles. Et comme ce roman graphique est complétée par un supplément de près de 70 pages de documents biographiques, on peut dire qu'il apparaît désormais comme un ouvrage de référence sur Alice Guy mais aussi de toute cette époque foisonnante des pionniers du cinéma. 

Encore une fois, après Joséphine Baker, Olympe de Gouges et Kiki de Montparnasse, Catel et Bocquet réussissent à nous emporter dans un récit aussi documenté que sympathiquement militant. 

vendredi 1 octobre 2021

La porte du voyage sans retour de David Diop

 


Après les prix et le succès de "Frère d'âme", on attendait avec impatience le nouveau roman de David Diop. Le défi est de taille, la tâche a dû se révéler ardue. 
Le titre est fort, faisant allusion à l'île de Gorée une des nombreuses place forte du commerce des esclaves et bien dans la lignée des thèmes de l'auteur. Il y sera question d'esclavage bien sûr, mais plutôt en second plan, le texte se concentrant sur le récit d'un naturaliste français, que le temps a effacé des mémoires, Michel Adanson. Nous sommes au mitan du 18ème siècle et c'est en presque aventurier qu'il débarque au Sénégal pour y étudier la flore dans le but de publier une grande encyclopédie. Il est jeune, à peine une petite vingtaine d'années, âge où l'on peut s'enflammer très vite. Ce sera le cas lorsqu'il entendra une histoire racontant l'évasion d'une jeune femme promise à l'esclavage et jamais retrouvée. Il part à sa recherche avec fougue et, sans réseaux sociaux ni échange virtuel, en tombe petit à petit amoureux...
C'est donc à une sorte de roman d'aventures que nous convie David Diop, mâtiné d'une once de passion et enveloppé dans une belle  écriture, discret hommage aux écrivains du 18ème. On y trouvera de très belles pages sur le racisme ainsi que la biographie romancée de ce naturaliste. C'est agréable à lire mais pas totalement emballant. Le texte est une sorte de récit gigogne.  La fille du naturaliste, lors d'un déménagement, tout en étant séduite par un jeune et fringant architecte, trouve le journal de son père qui lui est adressé ( c'est le récit principal d'aventures et de cet amour impossible d'un blanc avec une noire) et qui l'amènera ensuite à se confronter à quelques méfaits de la politique coloniale. Le roman est évidemment un beau plaidoyer antiraciste, éclairé par le recul de l'histoire mais peine un peu à décrire cette passion impossible et dont une construction pas vraiment convaincante amoindrit le côté romanesque. 
Roman plein de belles intentions et de belles pages, "La porte du voyage sans retour" reste cependant un peu en dessous de son précédent mais pour qui aime les récits d'aventures à la David Livingstone, le plaisir de lecture sera évident avec, en prime, une belle réflexion sur les ravages de l'esclavage et de la colonisation. 

mardi 28 septembre 2021

La Voix d'Aida de Jasmila Zbanic


Donner envie d'aller voir un film sur le massacre de Srebenica reste une rude tâche tellement le public peut avoir envie de se changer les idées. Et pourtant, malgré ce thème guère réjouissant, on ressort de la salle un peu bousculé, ému et sans aucun doute bien plus vigilant sur ce qui se passe autour de nous, sentiments qui nous font sentir vivants et habitants d'un monde où le pire peut hélas arriver partout. "La voix d'Aida" nous rappelle qu'à 1800 km de Paris ( quasi rien de nos jours), en 1995, l'envie d'exterminer en masse un peuple a germé dans le cerveau d'un autre peuple. 
Sans revenir sur les causes multiples de ce conflit, le film nous plonge dans les quelques heures qui ont précédé ce massacre, en suivant une professeure d'anglais bosniaque, réquisitionnée par l'ONU pour servir de traductrice pour l'armée de casques bleus issue des Pays-Bas. C'est en choisissant l'histoire particulière de cette femme que Jasmila Zbanic nous fait pénétrer dans la grande Histoire tout en soulignant l'impuissance des forces de l'ONU, l'abandon de toutes les politiques internationales face à ce que tout le monde pressent voire sait. Et c'est bien parce que nous suivons tous les rebondissements qui jalonnent le parcours de cette femme à vouloir sauver son mari et ses deux fils d'une mort certaine, que le film fonctionne à plein. Il est en cela aidé par une mise en scène sèche, à l'os, nerveuse, intense qui, avec peu de moyens ( et pas de mal de pressions diverses car c'est une production en partie bosniaque) reconstitue ce camp où des milliers d'innocents attendent un sort qu'ils devinent funeste ( pour rappel plus de 8300 hommes et adolescents ont été abattus). La violence physique reste hors champ mais l'émotion nous cloue sur notre siège, la réalisatrice captant intensément ses multiples regards d'impuissance et de crainte autant que l'énergie du désespoir de son héroïne ( formidable Jasna Duricic).
Multi primé à juste titre dans de nombreux festivals ( et souvent prix du public, signe de qualité), "  La Voix d'Aida" est l'un des films qui vous retournera le plus cette rentrée, alliant histoire contemporaine et suspens avec un réel talent. Du cinéma fort, intelligent et indispensable. 





 

Tout s'est bien passé de François Ozon


Sans doute loin de rejoindre la liste des meilleurs films du réalisateur, "Tout s'est bien passé" peine à convaincre tant on sent les différents paramètres, souvent divergents, qui ont dû entrer sa fabrication.
Tout d'abord, c'est l'adaptation d'un roman éponyme absolument formidable d'Emmanuèle Bernheim par ailleurs amie et co scénariste de certains films de François Ozon. Entre amitié, envie de respecter le souvenir de l'auteure et complice aujourd'hui décédée et trahison obligatoire de l'adaptation, auxquels s'ajoutent cette envie de faire tourner toutes les grandes actrices du cinéma français ( cette fois-ci enfin Sophie Marceau avant Isabelle Adjani pour le prochain ...mais quand Virginie Efira ? ) et le désir de proposer un sujet de société fort ( choisir sa mort ) sans tomber dans un pathos absolu, force est de constater que le résultat donne un film hybride pas tout à fait convaincant. 
Evacuons tout de suite l'adaptation qui ne rend jamais ni la sécheresse et le rythme fou du roman, ni l'émotion qu'il suscitait pour regarder l'objet filmique. Nous avons tout d'abord le face à face  de deux comédiens, parfaits dans l'interprétation qu'on leur demande. On retrouve avec grand plaisir Sophie Marceau, quasiment de tous les plans et suivie amoureusement  par la caméra, magnifiquement belle qu'elle pleure, prenne des antidépresseurs ou fasse de la boxe et toujours au bord des larmes, ravalant ses émotions auprès de ce père aussi charmeur que sombrement égoïste qu'André Dussollier porte vers la comédie. Le décalage aurait pu jouer mais ici ne fonctionne pas très bien, le suicide assisté voulu par le père passe pour un caprice. Le comique et la tristesse finissent par annuler toute l'émotion du film qui finit par devenir un pseudo drame ( très) bourgeois consensuel, n'exploitant que peu les thèmes forts subrepticement évoqués. Les seconds rôles peinent à exister ( mais pourquoi avoir fait apparaître la mère, absente du roman, Charlotte Rampling avait besoin d'argent?), voire laissent perplexes ( Grégory Gadebois en gigolo ) ou repoussent un peu plus l'émotion ( Daniel Mesguisch en maître Kiejman...oui, on a l'avocat ad hoc à son milieu). 
S'il n'y avait pas Sophie Marceau ( et Géraldine Pailhas...notez au passage le petit hommage  à Claude Pinoteau qui a fait débuter ces deux comédiennes) pour illuminer ce film, "Tout s"est bien passé" ne mériterait qu'un intérêt discret. Le meilleur conseil que l'on puisse donner c'est de (re)lire le roman. 



jeudi 23 septembre 2021

La troisième guerre de Giovanni Aloi


 Faire un film sur ces hommes que nous voyons déambuler dans nos villes engoncés dans une tenue qui rappelle quelque cuirasse d'antiques guerriers ( revisitée du seyant motif camouflage ... étrange pour un environnement fait de béton et de boutiques bariolées) relève de la gageure, surtout pour un premier film. Giovanni Aloi a eu la bonne idée d'axer son film sur le point de vue de l'un de ces hommes des forces sentinelles, une jeune recrue ( Anthony Bajon) fraîchement débarquée de sa campagne natale puis du centre d'instruction. Cela aurait pu être intéressant, mais le scénario s'empêtre dans plusieurs directions jamais creusées, trop survolées ou clichés ( le final en film d'action peu inspiré). 

La démarche des trois acteurs principaux, lourdement habillés, déambulant tels des robots qui ne risquent pas de courser le moindre terroriste ( mais bon, ils ont des mitraillettes), donne le rythme du film. Assez lent, peu palpitant car visant surtout à nous montrer le peu d'intérêt dramatique que recèle ces longues marches sur les trottoirs, cette troisième guerre reste plus psychologique qu'aventureuse. Pour donner un peu de peps à tout cela, l'histoire s'intéresse aussi à la vie de caserne de ces hommes et n'évite hélas pas les personnages secondaires un peu clichés. Et à trop montrer ces jeunes adultes jonglant avec tous les travers de l'époque ( petit deal, inculture crasse, amateurs de fake news, ...), le film finit par être un poil ambigüe, ce qui pourrait lui donner un certain relief sauf que l'impression que tout cela reste plus maladroit que  volontaire s'insinue très vite. On essaie, en vain, de se passionner pour les acteurs ... qui font le job ...mais caparaçonnés dans leur tenue et dans un scénario et des dialogues réduits au minimum, ils n'ont guère de possibilités de jeu.  

Si pour un premier film, le thème choisi est original, le résultat reste quand même assez décevant et peu passionnant, comme sans doute de déambuler dans Paris toute une journée en slalomant en les papys promenant leur chien et les hommes au foyer traînant leur charrette de course. 







vendredi 17 septembre 2021

La fille qu'on appelle de Tanguy Viel


Si on le lit le nouveau roman de Tanguy Viel pour son histoire se déroulant dans un milieu provincial de bord de mer, on sera évidemment déçu. Laura, pour avoir un logement dans la ville où elle revient, rencontre le maire de la ville sur la recommandation de son père qui est par ailleurs le chauffeur personnel de l'édile. Le presque cinquantenaire, devant une belle jeune femme, n'hésite pas à jouer de son pouvoir pour obtenir quelques faveurs sexuelles. Que va-t-il se passer lorsque le père, ancien boxeur, l'apprendra ? On peut imaginer la conclusion sans trop de peine. 
Cependant, l'intérêt de ce roman est ailleurs, dans la narration qu'en fait Tanguy Viel. Tout d'abord il se met dans la tête et l'esprit de la jeune Laura, ce qui en période Meetoo est assez gonflé surtout dans une histoire de domination masculine.  Ce sera donc la voix de l'abusée qui nous entraînera dans les méandres d'une situation bien plus complexe qu'il n'y paraît, explorant cette zone grise qu'est le consentement. Dans un style impeccable, dense, le texte ausculte avec une précision chirurgicale comment l'emprise se met en place et tisse sa toile en se nourrissant bien sûr de la pression  ordinaire d'un homme de pouvoir mais aussi d'histoires plus anciennes dont les liens pas toujours visibles viennent s'insinuer silencieusement entre tous les protagonistes de cette histoire. 
Le texte, implacable, fait oublier les ressorts quelque peu ordinaires de l'intrigue, disséquant chaque fait et pensée avec une remarquable acuité. Et c'est donc pour cette remarquable analyse de l'emprise d'un mâle dominant sur une jeune femme qui emporte le lecteur.... à condition qu'il n'attende pas un récit façon thriller ou mélodrame. 

jeudi 16 septembre 2021

L'Affaire collective d'Alexander Nanau


 Il y a des films qui prennent le spectateur aux tripes pour lui faire ressentir ce qu'il peut avoir de meilleur en lui, lui ouvrir les yeux, le faire réfléchir en lui montrant et le pire et la lumière possible qui peut parfois vaincre l'abjection. L'Affaire collective est l'un de ceux-là. 

Ce documentaire roumain revient sur un fait divers local, l'incendie d'une boîte de nuit à Bucarest qui fit beaucoup de victimes. Ce qui retient toutefois l'attention d'une équipe de journaliste, c'est le nombreux de blessés morts à l'hôpital alors que leurs blessures auraient dû guérir sans problème. On suit l'enquête de terrain d'une équipe de presse ( pourtant spécialisée dans le sport) qui, en Roumanie, se révèle autrement plus dangereuse que chez nous. Si découvrir que le milieu hospitalier est totalement corrompu n'étonnera personne, le porter à la connaissance de tous, au grand jour, demeure un acte citoyen nettement plus courageux qui,  s'il entraîne quelques démissions, génère aussi des disparitions humaines plus inquiétantes. 

Le film serait au final un habituel plaidoyer pour une presse courageuse et nécessaire, s'il ne se doublait d'une deuxième partie plus politique avec l'arrivée au poste de ministère de la santé d'un jeune technocrate revenu d'Autriche et bien décidé à nettoyer le système roumain de la santé. Là aussi courage et détermination sont de mise. On peut s'étonner que les caméras soient autorisées à le suivre dans tous ses déplacements et réunions ministérielles, mais l'on retiendra au final que parfois, avec opiniâtreté ( et forcément hardiesse), un politique peut donner un bon coup de pied dans cette fourmilière. 

On ressort du film, à la fois terrifié par le degré de corruption qui gangrène ( entre autre) la Roumanie, inquiet que ce système, pur produit d'un capitalisme qui valorise surtout l'égoïsme, donc l'appât du gain, ne déboule complètement dans notre système hospitalier français, mais avec l'envie de résister puisque l'on sait que l'on peut encore compter sur quelques hommes de bonne volonté, parfois chez les journalistes et parfois chez les politiques. Tout n'est pas totalement perdu. 

L'Affaire collective aussi passionnant que véridique, semble être cette semaine le film à ne pas rater, surtout en ces temps de future élection où les discours les plus démagogiques et minables fleurissent partout ....comme en Roumanie. 




mercredi 15 septembre 2021

L'origine du monde de Laurent Lafitte



 

 Le point de départ du film frise l'absurde. Un homme dont le coeur s'est arrêté de battre continue de vivre. Seulement, selon une gourou, s'il ne prend pas en photo le sexe de sa mère d'ici 48 h, il meurt. Le petit bourgeois interprété par Laurent Lafitte, accompagné de son meilleur ami un peu benêt ( Vincent Macaigne) et de sa femme forcément un poil autoritaire ( Karin Viard) va donc déployer des trésors d'énergie pour arriver à ses fins auprès d'une mère ( Hélène Vincent) avec qui il entretient pourtant des rapports très distants. 

C'est une  évidence que le film va pas mal voler au dessous de la ceinture et va même s'y complaire jusqu'à l'absurde. Selon son humeur, on y verra une comédie française qui n'hésite pas à sombrer dans une vulgarité crasse ( et qui l'assume) ou bien un véritable dynamitage d'une petite bourgeoisie qui entre complexe d'Oedipe et mal être existentiel vole en éclat. 

La meilleure façon de recevoir ce film est de se laisser aller face à cette mécanique hyper bien huilée ( issue du théâtre dont c'est une adaptation ) car porté par quatre comédiens au sommet de leur art. Leur verve et leur culot sont remarquablement bien mis en valeur par le réalisateur Laurent Lafitte. Ce n'est pas léger léger, mais qu'est-ce que c'est drôle !  La mise en scène essaye de mettre un peu perfidie ici ou là, dans des détails du décor ou des dialogues évitant ainsi, en regardant bien dans les coins, à  "L'origine du monde" de n'être qu'un film (dé)culotté et salace mais bien une comédie vraiment drôle plus finaude qu'il n'y paraît. 



mardi 14 septembre 2021

Boîte Noire de Yann Goslan



Efficace est le mot qui peut qualifier ce nouveau thriller de Yann Goslan. Et il en faut de l'ingéniosité, du talent et de l'efficacité pour arriver à passionner durant presque deux heures avec, en gros, beaucoup de scènes devant un écran d'ordinateur qui affiche les bandes sonores qu'étudie le personnage principal, lecteur spécialisé dans le décryptage des boîtes noires après un crash d'avion. 
Le réalisateur est bien aidé par un scénario joliment ficelé qui va crescendo et par un acteur principal, Pierre Niney, parfait comme d'habitude, qui endosse avec brio le rôle d'un analyste un peu rigoureux au bord de la paranoïa. 
Sans rien révéler de l'histoire, on peut toutefois dire que l'on pourrait renâcler à grimper dans un avion lors d'un prochain voyage, tant le film met l'accent sur les possibles arrangements de l'industrie aéronautique pour mettre coûte que coûte un avion sur le marché avant les concurrents ( et donc se moquer un peu de la sécurité des passagers ). Mais restons calmes toutefois, cela relève plus d'un tricotage scénaristique que d'un discours vaguement politique ou dénonciateur façon cinéma US. "Boîte Noire" c'est avant tout taillé pour le divertissement et le suspens. En cela, il remplit parfaitement son office, mettant même de l'action dans les scènes où Niney avec des lunettes premier prix ausculte comme un forcené son écran. La caméra tournoie, se déplace pour donner du mouvement et parvient à instiller une énergie formidable. 

Bien mené, bien joué, bien écrit, vous pouvez embarquer pour cette "Boîte Noire" en toute sérénité, même si cette dernière ne résistera pas longtemps à cette histoire réellement efficace qui ne se crashe jamais. 



dimanche 12 septembre 2021

Serre moi fort de Mathieu Amalric


 "Ça semble être l'histoire d'une femme qui s'en va." nous raconte le pitch officiel du film. 

Ça semble être à l'écran un peu plus compliqué que cela et c'est sans doute ce qui fait tout l'intérêt de ce huitième film de Mathieu Amalric, se laisser porter par une narration éclatée, mélangeant allègrement passé, présent fantasmé ou réel, futur rêvé ou peut être réel, jusqu'à ce qu'à la fin on recolle les morceaux.
Ça semble être un film personnel porté autant par une interprète parfaite ( Vicky Krieps dont c'est vraiment  l'année de tous les rôles) que par un bande musicale intense dominée par le piano ( mais aussi par JJ Cale ). 
Ça semble être un film dont il ne faut pas dire grand chose pour en garder toute la surprise mais qui peut, c'est certain, décontenancer un public habitué aux histoires linéaires et bien prémâchées. 
Ça semble être un film où la marque Maïzena a enfin pu faire un placement de produit (im)pertinent puisque idéale pour colorer ses cheveux en gris afin d'imiter Martha Argerich. 
Ça semble être un film dont le maître mot est " déséquilibre" tant la narration, avec sa succession de scènes courtes et sèches qui ne trouvent leur point d'équilibre que très tard est en parfaite adéquation avec son héroïne dont la vie et l'esprit avancent de façon vacillante. 
Ça semble être un film franchement original qui risque d'emporter l'adhésion pour peu que l'on se prenne au jeu de sa poésie et de sa fantaisie mais qui peut vous plonger dans un profond ennui ( avec sommeil et possibles ronflements comme deux/trois spectateurs l'autre après-midi. 
Ça semble être après "Barbara", une nouvelle réussite de Mathieu Amalric qui sait mettre en valeur des comédiennes talentueuses et sensibles. 




vendredi 10 septembre 2021

Animal Social Club de Hervé Bourhis


 Se moquer du milieu du cinéma, cible facile mais ô combien propice à la satire, n'est pas un sujet original. En racontant la production d'un film, Hervé Bourhis aborde le sujet par une porte détournée. Nous suivons un couple mal assorti, tous deux scénariste,  forcément branchés mais dont on peut douter du talent. Mais la qualité importe pourvu que l'on trouve par n'importe quel moyen du flouze pour produire un film évidemment présenté comme bankable. Ils démarchent différents guichets provinciaux ( les conseils régionaux aiment à apparaître aux génériques des films), flattent du vieux réalisateur mythique, essaient de cajoler de la vieille actrice comme du youtubeur ou de la jeune chanteuse à succès. 

Rien de franchement original dans cette histoire que l'on suit toutefois sans déplaisir. Le trait sec et nerveux accentue la caricature et l'on se prend au jeu à essayer de trouver les sources d'inspiration ( Godard ? Deneuve ? Pomme ? ...). La dernière partie voit apparaître un élément scénaristique qui semble destiné à perdurer et que l'on commence à retrouver un peu partout : l'épidémie ( de Covid ou autre), ici, permettant un final plutôt cocasse, virant presque vers le fantastique. 

"Animal Social Club" permet de passer un agréable petit moment sans que jamais on se dise que l'on tient là le pamphlet ultime sur le cinéma. Mais tel qu'il est , il peut plaire...




jeudi 9 septembre 2021

Supernova de Harry Macqueen


 Que les amateurs d'astronomie ne s'agitent pas trop, il ne sera question d'étoiles dans ce film que d'un point de vue symbolique voire poétique ( lorsqu'elles meurent elles deviennent qui brillent encore plus avant de s'éteindre assez vite). Un plan de ciel étoilé ouvre et conclue le film... 

Entre ces deux images, une histoire de couple dont l'un des deux est atteint d'Alzheimer  ( jamais nommé dans le film). Tusker n'en est qu'au début mais refuse la déchéance et veut se donner la mort avant cette lente marche qui le conduira vers un néant qu'il refuse et qui verra sa moitié tant aimée se transformer en garde-malade. Le couple entreprend un petit road-movie dans une Grande-Bretagne automnale à bord, pépères, d'un camping-car. 

Avec un sujet pareil c'est certain, on ne rigole pas, mais on ne pleure pas non plus, tant le film reste sur une ligne narrative qui ne verse jamais dans le pathos, ce dont on lui est reconnaissant. Nous sommes dans l'émotion douce et un tantinet mièvre, une sorte de mélo qui n'accentue jamais les effets sensés nous émouvoir. Il est aidé ( ?) en cela par une mise en scène assez plate, sans grande inventivité, qui lisse pas mal le propos. Le couple n'échappe pas aux clichés, vit dans l'aisance ( lui est auteur reconnu et lui pianiste/concertiste) et s'aime d'un amour vrai et intense sans aucune ombre au tableau. Ils ont une famille formidable, des amis tout aussi sympathiques. Tout pour être heureux sauf donc cette satané maladie qui rompt cette harmonie.  

Le seul intérêt du film reste le duo d'acteurs, sobre, juste et capable d'émouvoir une colonie de militants du mariage pour tous ( si elle s'égare dans une salle de cinéma projetant le film ce qui peut apparaître comme plus qu'improbable). Sinon, pour amateur de mélo soft...



mercredi 8 septembre 2021

La définition du bonheur de Catherine Cusset


 Chez Catherine Cusset, il y a deux veines, la merveilleuse ("Vie et mort de Davis Hockney" pour ne citer que le dernier) et celle plus insipide ( "Indigo"). Manque de chance pour cette rentrée, sa nouvelle parution se range hélas dans la deuxième veine. 

Derrière ce titre très dans le vent ( du commerce), propre à attirer tout ce public en recherche de bien être, et de quelconque félicité, que se cache-t-il réellement ? Certainement pas une définition du bonheur. Dans ce récit entrecroisé de deux femmes, on a un peu l'impression que Catherine Cusset essaie de dresser une sorte d'état de la femme à travers le parcours de Clarisse et d'Eve, deux françaises qui n'ont ( à priori) rien en commun. Leur vie assez banale au demeurant ( même si l'une d'elle vivra aux USA) sera alternativement racontée de l'adolescence jusqu'à la soixantaine. Les deux tiers du livre nous offrent un condensé assez cliché de la condition de femme qui peut se résumer ainsi : à l'adolescence on vit dans la crainte de l'agression ou du viol. La vingtaine c'est l'âge des voyages, des rencontres. A la trentaine on se case, on fait des enfants, on bosse ( et pas qu'à la maison). A quarante ans on découvre l'adultère ( le conjoint  aussi ), à cinquante ans on attrape un cancer du sein et quand arrive la soixantaine, on dresse un bilan en se retournant ( déjà) sur le passé. Même si l'une des héroïnes sort parfois de ce chemin bien formaté, le récit reste somme toute banal. Le problème du livre, est que Catherine Cusset, pourtant souvent habile écrivaine, ne fait rien de cette banalité, n'arrive jamais à la transcender et à la tirer vers quelque chose de littérairement passionnant ( comme ce printemps Claire Lombardo avec l'excellent "Tout le bonheur du monde" chez Rivages). Et quand arrive enfin le rebondissement que l'on devine depuis le début, l'intérêt n'est guère plus titillé surtout que soudain l'histoire s'embringue dans un cocktail covid/femmes battues qui fleure franchement le concept marketing ( merci Karina Hocine, la nouvelle prêtresse littéraire de chez Gallimard ? ). 

On ferme la dernière page en ayant la désagréable impression d'avoir passé beaucoup de temps avec un livre qui ne vaut pas tripette tant la banalité, autant du style que de l'inspiration,  saute au yeux. Un roman que l'on oubliera vite... 

mardi 7 septembre 2021

Les fruits tombent des arbres de Florent Oiseau


Avec un titre qui pourrait le placer inconsidérément  auprès des oeuvrettes ( le mot pourtant est un peu trop fort)  d'une Virginie Grimaldi ou d'une Aurélie Valognes, "Les fruits tombent des arbres " se révèle autrement plus intéressant voire beaucoup plus littéraire ( ce n'est pas difficile me direz-vous) que beaucoup de romans paraissant cette rentrée ( et encensés par une critique qui a du faire ses classes dans une école de pub). 

Il n'y a pas que le titre qui lui donne un air de feel good littérature, il y a aussi le contenu. Mais là où d'autres vous consternent, la lecture du quatrième roman de Florent Oiseau vous laisse le sentiment d'avoir passé un moment extrêmement agréable en compagnie d'un jeune écrivain drôle, profond malgré des allures légères et surtout qui sait écrire. 

L'idéal est de ne pas raconter grand chose de ce roman qui suit les pas d'un quarantenaire divorcé, sans trop de libido, qui déambule dans un Paris d'aujourd'hui ( décrit très finement) à la recherche de ces hasards absurdes ou minuscules qui font le sel de la vie pour qui sait regarder et écouter. Et sous la plume aussi délicate qu'inspirée, ce petit périple aux allures d'inutile, devient une odyssée personnelle, véritable miroir de nos existences urbaines malmenées. On a tous quelque chose de ce Pierre, on admire la tendresse avec laquelle il aborde les choses toujours avec une grande philosophie teintée d'ironie, d'humour et de dérision. Sous la plume d'autres auteurs s'essayant à ce genre assez prisé en ce moment de cette littérature de l'ordinaire mais "qui fait du bien", cela s'enfonce dans le gnangan, le forcé, l'écoeurant à cause d'un trop plein de guimauve, de clichés. Chez Florent Oiseau, véritable funambule littéraire, nous sommes sur un fil, prêt à basculer à chaque seconde dans les travers décrits plus haut, mais jamais, il ne dévie de sa trajectoire, ne tombant jamais de son fil narratif, tenu jusqu'au bout avec un talent rare. Ca ressemble à un roman léger  mais très vite le goût diffère et ça devient un roman réussi, habile, quasi jubilatoire, qu'on l'a envie de partager, de faire déguster comme une friandise délicieuse qui ne pourra qu'ensoleiller nos vies parfois un peu moroses. 

Pas encore sous les radars des critiques harnachés ( acharnés ?)  à promouvoir  toujours les mêmes plumes répétitives et pas toujours talentueuses ou passionnantes, sortez des sentiers battus et cueillez ces "fruits qui tombent des arbres", véritable roman goûteux de cet automne. 


 

dimanche 5 septembre 2021

Mamers en mars 2021


 Alors que certains prennent un bol d'air iodé et franchement mondain tout en foulant un tapis rouge à la suite de Johnny Depp et avec l'espoir que la sélection annuelle de films américains soit meilleure que l'an passé, d'autres, en région ( comme on dit poliment dans notre capitale), jouissent des vraies joies du bon cinéma populaire et exigeant. Ils ont passé le week-end dans un de ces multiples festivals que des cinéphiles organisent avec passion et, notamment,  ces trois derniers jours à Mamers, petite sous-préfecture du nord de la Sarthe. Il s'agit de "Mamers en mars "( mais en septembre à cause du covid ) qui fête cette année sa 31ème édition. Cette longévité marque des signes de qualité autant que de confiance de la part des professionnels. 

Un temps estival, n'a empêché nullement les spectateurs de venir relativement nombreux découvrir une sélection attrayante et finement choisie. Mention toute particulière, à la sélection de courts métrages, aussi intéressante qu'éclectique, balayant beaucoup de genres et de thèmes actuels. Le jury a du avoir du mal à les départager. Leur prix est allé au plus cinématographique mais aussi le plus exigeant de cette sélection, "Noshtna Smyana" ( "Night Shift") du duo belgo bulgare  Yordan Petkov/ Eddy Schwartz avec une mention pour le très rafraîchissant "Candice à la fac" de François Labarthe, parodie très réussie des sitcoms AB productions des années 90. Le public, lui, a craqué pour le très réussi " Charon" de Yannick Karcher, film bluffant sur la fin de vie et sur le plus consensuel mais très maîtrisé "12h20" de Gabriel Kaluszynski. 

Dans la catégorie longs-métrages européens, le choix était évident ( prix du jury et du public), tant le nouveau film de Jasmila Zbanic ( après "Sarajevo, mon amour " il y a 15 ans) " La voix d'Aïda" survolait la compétition ou quand l'histoire d'une famille presque lambda côtoie la grande et permet à une réalisatrice inspirée de faire oeuvre de mémoire ( le génocide de Srebenica), le tout avec une actrice formidable ( Jasna Djuricic) et un sens de la mise en scène aussi spectaculaire que prenant. Ne le ratez pas, il sort en salle le 22 septembre prochain. 


L'autre sensation de ce festival, fut sans doute aussi, dans un genre vraiment différent, "Music Hole" de Gaëtan Liekens et David Mutzenmacher, comédie ultra déjantée au scénario bluffant et à la mise en scène délirante qui se plaît à nous faire découvrir une brochettes d'acteurs tous plus formidables les uns que les autres. Hélas, malgré un coup de main de Luc Besson pour la distribution ( il a été comme nous séduit par cet ovni ), le film n'a pas encore de date de sortie en France ( mais est visible en Belgique depuis 4 semaines). ( le jury lui a donné une mention spéciale). ( la bande annonce qui suit, ne reflète que très peu l'esprit fou et la mécanique de précision très maîtrisée du film)



On peut par contre être un peu plus sceptique quant au coup de coeur accordé au film finnois " Games People Play" de Jenni Toivoniemi, certes formidablement joué, mais ne dérogeant pas d'un certain cinéma scandinave, mélange de Lars Von Trier et de Thomas Vinterberg, caméra à l'épaule et réunion entre amis qui tourne mal, sans parvenir à être un tant soit peu original ou vraiment pertinent. On notera un prix d'interprétation pour l'acteur allemand Lars Eildinger ( vu chez Assayas ou chez Alice Winocour) , histoire de mentionner "Les Leçons Persanes"  qui a laissé tout le monde en larmes après plus deux heures de projection, même si l'autre premier rôle du film, Nahuel Perez Biscayart, le méritait tout autant. Cette coproduction européenne sortira début 2O22. 


Le reste de la sélection,  de bonne facture, n'arrivait pas à la hauteur de ces trois films là, aux sujets forts et ultra bien scénarisés. Et c'est là que l'on se rend compte, que les petits festivals, grâce à leurs équipes dynamiques et passionnés ( et jeunes pour l'équipe de Mamers) peuvent offrir aux spectateurs une programmation exigeante et cinéphile, et ainsi continuer à faire brûler le désir de découvertes dans leur région, donnant ainsi une  formidable image du cinéma en ayant qu'un seul objectif: travailler pour le public avant tout. Pour la formidable équipe de Mamers, qui allie accueil et professionnalisme, c'est mission doublement accomplie et c'est avec grand plaisir que l'on s'y rendra à nouveau l'an prochain ...et en Mars ( les 25/26/27 mars 2022).


jeudi 2 septembre 2021

Une histoire d'amour et de désir de Leyla Bouzid


 Dès les premières images du générique, l'oeil est attiré. Une caméra remonte doucement sur une surface vitrée avec quelque chose derrière que l'on ne devine pas au premier abord. Puis on comprend qu'il s'agit d'un corps nu prenant une douche. Fille ? Garçon ? Garçon, dont le corps sensualisé amoureusement par la caméra nous sera révélé s'essuyant... Puis, le film démarre par des scènes d'un jeune homme quittant son domicile vraisemblablement en banlieue populaire pour se rendre à la fac. C'est son premier jour et la fac est la Sorbonne. En quelques scènes quasi muettes, la réalisatrice plante le décor et dresse un portrait précis d'Ahmed, le désormais sorbonnard. C'est fluide, quasi magistral. On se dit qu'on tient là un sacré film ou tout du moins une sacrée réalisatrice. 

On ne sera pas déçu par la suite. Si le pitch du film est simple, basique  (Ahmed finira-t-il à faire l'amour avec Farah, jeune tunisienne fraîchement débarquée à Paris et qui suit les mêmes cours que lui ?), le développement de cette histoire simple, prendra, grâce à un scénario de dentellière et à un vrai parti-pris de réalisation, une tonalité d'une épatante intelligence. 

Loin, très loin, des films sur le dépucelage d'ados ou des clichés de maghrébins vivant en banlieue, le deuxième long-métrage de Leyla Bouzid, mêle avec brio et surtout une grande subtilité, tout un panel de thématiques actuelles ( la liberté des filles, la machisme des garçons, la vie dans les quartiers sensibles,  le fossé social au sein d'une université d'élite) sans que ce soit ni appuyé , ni démonstratif, ni démagogique. La caméra filme avec douceur et sensualité les visages, la peau, les regards de ses deux jeunes interprètes ( Sami Outalbali et Zbeida Belhajamor tous les deux formidables ) dont le désir s'affiche sans complexe chez la fille et avec une grande timidité chez le garçon qui se trouve bouleversé par ses sentiments, par la liberté inhabituelle des filles et par sa vie qui s'éloigne des codes habituels . Au passage, on y apprend beaucoup de choses sur la littérature érotique arabe ( et sur une culture beaucoup plus ouverte sur le désir et le plaisir dans les siècles passés), sujet de l'un des cours que suivent les deux jeunes gens sous la houlette d'une professeur aussi érudite que pragmatique ( formidable Aurélia Petit).  Bien sûr ces mots, cette poésie ouvertement sensuelle joueront un rôle sur les sentiments des deux protagonistes tout comme sur la réalisation qui viendra magnifier ces premiers émois. 

Sélectionné pour la clôture de la semaine de la critique à Cannes en juillet dernier, "Une histoire d'amour et de désir" confirme l'immense talent da réalisatrice Leyla Bouzid, révèle ses deux jeunes acteurs et offre aux spectateurs, une très beau film qui prend le temps de s'intéresser à ses personnages, à leur vie, à leurs sentiments, le tout nimbé dans une sensualité à fleur de peau. Magnifique !



mercredi 1 septembre 2021

Corto Maltese /Océan Noir de Martin Quenehen, Bastien Vives d'après l'oeuvre d'Hugo Pratt


 Son créateur, Hugo Pratt, n'était pas contre, son éditeur historique l'a fait ! Corto Maltese revient dans de nouvelles aventures, avec au crayon ( tablette graphique ?) le très talentueux Bastien Vivès. Ca sent la machine à cash espérant un flot d'acheteurs chez les nostalgiques du célèbre pirate.... et chez les fans du dessinateur. 

Si au niveau dessin, le choix s'avère judicieux tant le trait original, noir et blanc de Bastien Vivès paraît le parfait compromis entre respect et modernité ( sans compter qu'en plus d'être déjà dans l'écurie Casterman, l'auteur,  est, semble-t-il, un fan absolu du marin voyageur), on peut penser que le récit d'aventures s'éloigne énormément de son univers habituel, plus psychologique. C'est sans doute pour cela qu'un scénariste se soit chargé de cette histoire. 

Le résultat, pour moi pas vraiment fan de Corto Maltese découvert à 10 ans dans Pif Gadget en 1969 ( et alors plutôt décontenancé par ce style radicalement différent face à Pifou ou Placid et Muzo) mais admirateur des albums de Bastien Vivès, reste mitigé. Le récit d'aventures et d'actions, rapide, avec un héros qui se retrouve toutes les 10 pages en grand danger et qui s'en sort toujours avec des facilités de scénario inhérentes au genre, sans grande psychologie évidemment, ne m'emballe guère ( même en essayant de redevenir l'enfant que je ne suis plus). L'histoire mêlant quête d'un objet mythique inaccessible ( ici une tête en or péruvienne), services secrets divers ( Japonais et américains), retrouvailles avec quelques figures récurrentes de la série ( Raspoutine), voyage évidemment et cet humour froid distillé par le héros toujours un peu mystérieux plaira sans nul doute aux fans du héros qui ne seront bousculés que par l'époque puisque dorénavant, sans prendre une ride, Corto vit au début du 20 ème siècle. Le dessin de Bastien Vivès, plus détaillé que d'habitude, fait parfaitement le job et donne une jolie ambiance à l'ensemble. Cependant, 50 ans plus tard, on ne lit plus de la BD de la même façon ( surtout si l'on se réfère aux précédents albums solos du dessinateur). "Océan Noir" plonge plus dans l'action facile.... On peut aimer ou trouver cela un peu daté. Reste le dessin de maître Vivès... C'est toujours un plaisir visuel...




samedi 28 août 2021

La terre des hommes de Naël Malandrin


 Pour arriver à avoir un bon film, il faut avoir un brelan composé d'un bon scénario, de bons comédiens et d'un bon réalisateur.  Pour son deuxième film, Naël Malandrin, possède ce brelan et prouve qu'il est désormais un metteur en scène ( et scénariste) sur lequel il va falloir compter. 

Sur un sujet et un arrière-plan social casse-gueules, à savoir, le viol d'une jeune agricultrice qui se bat pour sauver la ferme de son père, on pouvait s'attendre à quelques clichés. Sauf que quand on est un auteur, on sait que le plus intéressant n'est pas l'évidence, ni la facilité, mais bien bien l'exploration d'un monde empli de zones grises. Le film saisit parfaitement toutes les ambigüités d'une histoire d'hommes dans lequel se glisse une jeune femme, qui va se confronter à une réalité où la fragilité d'un instant va tout faire basculer, mêlant intime et vie publique, intérêts et politique locale. "La terre des hommes"  avance comme un thriller sans jamais tomber dans le simplisme, ni le manichéen. 

Pour mettre encore plus en évidence ce discours très subtil, Naël Malandrin a su trouver une comédienne à la hauteur de cet enjeu : la plus que talentueuse Diane Rouxel. Déjà très remarquée dans quelques films de haute tenue ( "Les garçons sauvages" ou "Marche ou crève"), elle confirme ici son exceptionnelle présence et son interprétation exceptionnelle, où une caméra, souvent dans de longs travellings nerveux, ne quittant quasiment jamais son visage, permet de faire ressentir comme rarement tous les tourments de cette jeune femme. Cette comédienne est capable de tout et surtout du meilleur ( comme à chaque fois). 

Le film se regarde comme un très subtil thriller psychologique, sans l'ombre d'un temps mort et avec une intelligence scénaristique exemplaire. S'il y a un film à ne pas rater cette semaine, c'est bien celui-là.

PS : quand on regarde les génériques jusqu'au bout, on lit de petits détails qui parfois nous interpellent. Ainsi, si la production remercie à juste titre la maison Aigle ( les agriculteurs sont en bottes) on y lit aussi Agnès B. Serait-ce pour le tshirt kaki déformé que porte durant tout le film Diane Rouxel ? Si c'est le cas, bravo, il semble sorti de chez Kiabi en solde....  ( Plus certainement un mécénat de la dame très portée sur l'artistique....mais allez savoir ... ) 



jeudi 26 août 2021

France de Bruno Dumont


 Difficile de sortir totalement emballé du dernier film de Bruno Dumont. Le réalisateur, comme souvent, prend le spectateur à rebrousse-poil, en présentant un film étrangement construit, filmé, pas sympathique. La  promo se fait autour du thème du journalisme trash façon Cnews, mais ce n'est pas forcément ce qui est le mieux exploité dans le film, la vision cynique qui s'en dégage ne fleure pas beaucoup la finesse ( peut être parce qu'à l'aune de nos télévisions). Accompagnée d'une conseillère sans morale ( Blanche Gardin, en roue libre, et exactement comme dans ses spectacles comme si elle ne pouvait pas jouer autre chose), France de Meurs, ( Léa Seydoux de tous les plans, ( mal) habillée en Vuitton,  est la reine des médias grâce à sa façon de se mettre en scène autant sur un plateau télé que dans des reportages sur des zones de guerre façonnés selon une image bien précise. La démonstration s'éternise, voire se répète, le tout filmé avec un manque de moyen évident. Les zones de guerre semblent tournées dans quelques ruines du sud de la France, le plateau télé fait pauvret et Léa Seydoux peinant à être vraiment crédible en animatrice  achève de rendre cette partie pas vraiment passionnante. 

Ce qui peut retenir l'attention, serait plutôt le cheminement de cette héroïne franchement antipathique qui, en plus de souffrant de cette célébrité qui force aux soirées ennuyeuses parmi les riches de ce monde et aux sourires face à des portables friands de selfies, prend son pseudo professionnalisme en pleine figure et commence à mal le vivre. On oubliera vite l'histoire du jeune homme renversé ( et l'effarante maison de ses parents au chômage ....où l'on se dit que les gens de cinéma n'ont aucune idée des logements de la France d'en bas) et on regardera donc ( beaucoup, beaucoup) pleurer Léa Seydoux, partant vers une sorte de chemin de croix médiatique ( thématique chère à Bruno Dumont). On se demande si le réalisateur va arriver à faire l'acrobate de génie et finir par nous la rendre sympathique. Sans révéler la fin, la morale ( pas certain que ce soit le terme approprié) du film restera désespérante et donne ainsi une certaine allure à l'ensemble.  Pour l'anecdote, on trouvera comme d'habitude quelques tronches originales, une musique composée par Christophe juste avant sa mort ( un peu grandiloquente), Benjamin Biolay qui essaie de jouer encore une fois un mari potiche mais surtout une façon très originale de filmer les personnages dans une voiture, plans surprenants jusqu'à un accident monté comme un film publicitaire. 

"France", même si pas vraiment convaincant, peut être un poil trop long, mérite cependant le coup d'oeil, sans doute parce jouant sur tellement de tableaux, parfois contradictoires ou too much, qu'il finit par être original... façon nanar improbable. 


 

dimanche 22 août 2021

Les fantasmes de David et Stéphane Foenkinos


 On ressort du film la tête vide. Vide, non pas parce que l'on a tout oublié de sa vie de tous les jours, mais vide car aucun neurone ( peut être deux quand même) n'a fonctionné durant l'heure quarante que dure cette succession de sketches tous bâtis sur le même modèle. On a vu des images, des acteurs bouger, cachetonner pitoyablement. Et sinon rien, le néant. Des idées d'une platitude même pas étonnante, pas de mise en scène, des comédiens peu inspirés ( sauf peut être Céline Sallette qui arrive à être bien alors qu'un Nicolas Bedos nullissime lui donne la réplique ...et Karin Viard qui peut offrir un semblant de rythme même quand il n'y en a pas dans le scénario). Sinon, y'a rien. C'est sensé parler de fantasmes .... il y en a ....mais même dans les années 70 on les aurait trouvés sans intérêt. C'est jamais mordant, jamais grinçant, et surtout jamais sexy car finalement puritain à l'extrême. C'est filmé à la truelle et surtout pour pouvoir passer bientôt à 21 h à la télévision. Du coup pas la peine de se déplacer , mais pas la peine non plus de penser le  regarder quand il passera sur le petit écran. 



samedi 21 août 2021

Drive my car de Ryusuke Hamaguchi


 "Drive my car" , tiré d'une nouvelle d'une cinquantaine de pages d'Haruki Murakami, a obtenu le prix du scénario au dernier festival de Cannes, sans doute pour avoir réussi à transformer ce court récit en film de 3 heures. 

Pourtant, en regardant le film, on peut se poser la question quant à l'attribution de cette récompense, celui de la mise en scène lui serait allé comme un gant, tant le film en impose par son impeccable et magnifique mise en espace mais pas pour son scénario, manquant de rythme et virant parfois à une certaine redondance. 

De la matière, il y en a, ce n'est pas uniquement une question de rapprochement entre le metteur en scène héros du film et sa conductrice, loin de là. Yosuke Kafuku s'il doit accepter de se laisser conduire, se débat avec un certain nombre de problèmes personnels, qui vont du deuil à faire et de sa fille et de sa femme, doublé d'un certain sentiment de jalousie voire de vengeance. Cela occupe bien la première moitié du film, la conductrice n'étant qu'une présence... Et comme le scénario développe d'autres pistes très annexes, rigolotes sur le papier ( et moins à l'écran) comme les histoires inventées par l'épouse lorsqu'elle atteint l'orgasme, longuement, très longuement évoquées par deux fois, le film traîne un peu la patte. 

Et puis, il y a "Oncle Vania" de Tchekhov... mis en scène dans un théâtre à Hiroshima ( visez le clin d'oeil subtil... ville au passé mortel et donc elle aussi dans la résilience...). Cela pourrait être totalement anecdotique, sauf que l'on bouffe du Tchekhov jusqu'à plus soif. On entend les répliques diffusées par l'autoradio de la jolie Saab rouge, qui roule quand même beaucoup à l'écran, passe longuement des tunnels ( peut être en référence à ces longs tunnels tchekhoviens), sillonne tout aussi longuement des autoroutes. Et comme si cela ne suffisait pas, on assiste à la lecture de la pièce par les comédiens ( avec pour seule originalité, de taille sans doute, mais assez anecdotique au demeurant, une actrice sourde jouant en langue des signes)  ainsi qu'aux répétitions ... puis à la représentation. Evidemment, les répliques font références à l'état d'âme des protagonistes, un peu elliptiquement au début, puis plus franchement, puis de façon plus insistante, pour finir par agacer complètement. 

Et c'est ainsi, que l'on sent vraiment passer les trois heures. Le film, est magnifiquement filmé c'est une évidence. La caméra est là où il faut, restant à bonne distance des personnages, attrapant le moindre regard, geste, la plus petite émotion. Mais pourquoi noyer ce récit qui aurait pu être bien plus prenant dans ce pseudo intellectualisme de bazar ( Tchekhov, c'est vachement chic et imparable et couplé avec la lenteur de longs plans contemplatifs, la jouissance n'est pas loin) ? Remonté, en version light, avec une heure de moins et en renvoyant ce bon vieil Anton dans sa cerisaie, le film gagnerait certainement en émotion. "Drive my car" reste toutefois un film à voir, car il y a vrai cinéma qui se déploie là-dedans, sans pour autant convaincre complètement, peut être jouant un peu trop sur le côté film de festival un poil rasoir... 



vendredi 20 août 2021

La rivière de Peter Heller


 Deux gentils gars, bien américains ( propres sur eux, sportifs et...armés), réalisent un de leur rêve en descendant dans le Nord du continent américain la rivière Maskwa ( pour les néophytes, on se fait déposer en hydravion  très loin dans le grand Nord et l'on redescend tout cela durant trois semaines en ne rencontrant quasi personne à part quelques caribous, avec de la chance des ours, quelques rapides bien sûr voire des chutes vertigineuses). Ils sont entraînés, habitués à naviguer  tous les deux. Cette descente n'est pas leur premier périple. 

Le roman débute bucoliquement, lentement, au gré de leur navigation, sereine et disciplinée. On sent que l'auteur manie le canoë avec virtuosité car aucun geste technique ne nous sera épargné. Parfois, on a l'impression de lire un développement littéraire du Vieux Campeur sur le matériel nécessaire à une expédition en rivière en mode survie. Bien sûr entre deux descriptions de matériel de pêche ou de technique pour attraper du poisson, l'intrigue se noue petit à petit.  Les rares rencontres humaines qu'ils font mettent la puce à l'oreille et justifient d'avoir eu la bonne idée d'avoir embarqué des flingues. On se dit très vite que l'on va avoir droit à une resucée de "Délivrance", ce qui ne manque pas d'arriver. Pour couronner le tout, et pour quand même redonner du contemporain ( aux allures faussement écologiques) à  cette histoire, un gigantesque incendie ravage le secteur... 

Même si le canoë file dans quelques rapides, le lecteur, lui, sautille d'un moment de tension à une description un peu répétitive de pêche à la mouche, qui casse le rythme de l'aventure. A vouloir marier, le récit d'aventure, à l'intrigue psychologique sur l'amitié de ces deux jeunes hommes, au suspens et à la catastrophe naturelle, Peter Heller, n'arrive à être convaincant nulle part ( surtout avec une fin en accéléré et un dernier chapitre larmoyant un peu facile). Il reste cependant que l'on va jusqu'au bout de l'aventure, malgré les grosses ficelles et les thèmes trop facilement escamotés.


mercredi 18 août 2021

Bac Nord de Cédric Jimenez


 

Marseille, ses flics ripoux ( mais jusqu'à quel point et pourquoi ?), ses trafics de drogue et ses quartiers Nord de sinistre réputation. Avec cette toile de fond, Cedric Jimenez signe un film d'action ultra testostéroné  qui ne peut laisser indifférent. 

Le film, tiré de faits réels ( non jugés au moment du tournage) semble prendre parti pour ces flics ayant franchi la ligne blanche qui les sépare des voyous, ce qui, en ces temps de suspicion extrême envers notre police, le rend, pour certains,  peu fréquentable. Le jugement au printemps dernier, semble donner en grande partie raison au postulat du scénario... 

Mais ce qui rend "Bac Nord" très recommandable, c'est que c'est du vrai, du bon cinéma d'action. En jouant autant l'étiquette politique que polar, le film nous scotche au siège. Frénétique, rapide, réaliste, il avance comme un vrai film d'action à l'américaine. Le trio d'acteurs , très mâles, très machos, prend évidemment toute la place ( Adèle Exarchopoulos joue les utilités) mais au service d'une histoire qui démontre combien notre société est malade de partout. Le film avance, de plus en plus frénétique, la tension monte pour se terminer par une scène hallucinante d'attaque dans les cités de Marseille et qui met au tapis, par KO cinématographique, un film quasi sur le même thème, très ( trop) célébré, "Les misérables". Ici, nous avons du vrai cinéma, filmé avec une intensité comme rarement vu chez un réalisateur français et qui, en plus, ose ne pas faire l'impasse sur un sujet de société. 




Les illusions perdues de Xavier Giannoli

  Adapter ce long roman de Balzac reste une gageure que Xavier Giannoli réussit parfaitement.  En se concentrant sur la partie narrant la mo...