vendredi 25 novembre 2022

Sous l'eau de Catherine Steadman


La couverture appâte d'emblée avec ce million de lecteurs conquis .... Déjà ce sont des lecteurs pas des livres vendus... Si chaque livre vendu est lu deux fois ça ne fait plus que 500 000 ventes. Si l'on compte les lecteurs de bibliothèque, si chaque livre sort en moyenne 15 fois ( pour un polar c'est un bon score), cela fait 70 000 ventes.... Donc niveau succès commercial, cela est donc très relatif et surtout, on ne voit pas bien comment cela peut se calculer. Parler chiffres permet de reculer le moment de donner un avis sur ce polar qui ne restera pas dans les annales. 
"Sous l'eau" peut se vanter d'avoir un bon premier chapitre. Une femme est en train de creuser une tombe pour y ensevelir son mari. Bonne accroche, écrite avec une pointe d'humour noir plutôt agréable. On sent que l'on va se régaler... sauf que l'on déchante dès le chapitre suivant. Est-ce bien Catherine Steadman qui a écrit ces pages de démarrage ? Fini ce petit humour, place à un récit banal avec héros bling-bling ( même si le trader de mari se retrouve au chômage), en voyage de noces à Bora-Bora. A nous ( enfin...à eux plutôt) la belle vie dans les hôtels de luxe, l'amour au champagne et le soleil sur le lagon. A nous l'agacement aussi car Erin et Mark se révèlent têtes à claques tout en s'enfonçant dans une très improbable histoire de diamants et d'argent trouvés lors d'une plongée. A partir de là tout par en sucette pour le couple mais pour le lecteur aussi. Les rebondissements difficilement crédibles succèdent à d'autres chapitres sur la vie professionnelle d'Erin ayant pour seul but de lui donner une vague épaisseur mais qui globalement ne servent à rien. Plus on avance, plus on trouve cela ridicule et même puant tant ils sont cupides. Si l'on ne fourre pas le roman dans une boîte à livres avant la fin, on découvrira un dénouement encore plus raté et mal écrit que le reste ( oui c'est possible). 
C'est certain que je ne vais pas augmenter le compteur des lecteurs conquis, ni conseiller ce roman bien mal ficelé, superficiel et enfilant les clichés comme son héroïne les dollars dans une banque Suisse. 


 

jeudi 24 novembre 2022

Le menu de Mark Mylod


"Le menu" tente de rassembler les amateurs de "Top chef", ceux de "Game of Thrones" ( Mark Mylod le réalisateur vient de cette série), ceux qui aiment les films un poil horrifiques et, pourquoi pas, visons large, les romans d'Agatha Christie puisque le point de départ ressemble pas mal aux " Dix petits nègres" ...mais il faut dire désormais " Ils étaient dix". 
Nous avons donc 10 convives qui ont payé une somme folle pour un repas avec le plus grand chef du monde ( dixit les critiques gastronomiques ). Ils sont coincés toute une soirée sur une île et doivent déguster le meilleur repas de leur vie. 
Dès les premières scènes nous sommes intrigués... Le terrain connu quant à l'histoire mais on sent bien qu'il y a comme un os. Le grand chef a une tête à revisiter la purée pour en faire quelque chose de sublime mais aussi à la mixer avec des tessons de bouteilles finement pilés. Le film n'a pas le fumet pour activer les pupilles des cinéphiles, car, derrière la caméra,on ne trouve pas un grand réalisateur juste un bon faiseur. On se retrouve donc devant un  divertissement assez efficace, plein de rebondissements.  Si  Ralph Fiennes est parfaitement inquiétant en grand chef et la jeune héroïne vraiment battante et gonflée, les autres convives n'échappent pas à des rôles plus stéréotypés. Les âmes sensibles, dans cet univers où traînent autant du caviar qu'une panoplie complète de couteaux bien aiguisés, doivent savoir que l'on avance petit à petit vers des moments plus hards sans jamais verser dans le gore. 
Les amateurs de gastronomie peuvent s'attendre à ne pas être caressés dans le sens du poil, car le film épingle malicieusement tous ces amateurs de grands plats onéreux, ceux capables de trouver une trace de kumquat dans un gratin de truffes. D'ailleurs la morale au bout d'une heure quarante est simple : rien ne vaut un vrai et bon cheeseburger ! Autant dire qu'au pays de la bonne bouffe, cela risque de ne pas bien fonctionner .... sauf chez ceux qui ne dînent pas dans les étoilés, eux, et ils sont nombreux,  prendront un  plaisir certain à ce film malin et efficace. 
PS : Petite anecdote. J'ai vu "Le Menu", distribué par Disney, en avant-première dans un festival. C'est la première fois que j'ai assisté à une projection sous la surveillance de vigiles, qui nous ont obligés à éteindre nos smartphones, qui nous ont surveillés durant toute la projection, pointant de leur petit laser les malheureux qui osaient regarder l'heure sur leur portable, de peur que nous ne soyons d'affreux pirates!


 


 

mardi 22 novembre 2022

Saint Omer d'Alice Diop


Représentant la France aux Oscars, doublement primé à la dernière Mostra, couronné du prix Jean Vigo, "Saint Omer" ne peut que, voire doit, susciter l'unanimité. Pourtant, en sortant de la projection, quelques interrogations peuvent  s'emparer du spectateur autour de son propos mais aussi de sa narration.  
Rien à redire sur les thèmes abordé, des questionnements sur la maternité à la justice qui depuis la nuit des  temps ne traite pas les femmes à égalité, ils sont universels et toujours d'une brûlante actualité. L'affiche n'est pas trompeuse, c'est bien un film de prétoire auquel on assiste. Nous suivrons une jeune femme qui assiste à un jugement. Figure assez silencieuse, elle semble n'être là que pour permettre à la caméra de sortir du tribunal et nous aérer un peu. Ses interrogations sur son futur de mère ( "Et si j'étais comme elle ( l'accusée) ?", légitimes, ne sont guère convaincantes tant elles semblent platement plaquées en regard de la partie essentielle du film, le jugement de cette mère infanticide. 
Alice Diop ne cherche pas à révolutionner le genre du cinéma judiciaire. Elle semble vouloir rester  réaliste tant les premières scènes, quasi documentaires, nous plongent dans le réel d'une audience de la cour d'assises. Mais ce qui l'intéresse la réalisatrice, c'est de faire passer des messages et a la ferme intention d'être entendue.
Le premier, liquidé dans une première scène impeccable, impose une femme noire que nous découvrons prof de fac, faisant un cours sur l'épuration en France à la fin de la seconde guerre mondiale et notamment sur les femmes tondues. S'amorce ensuite un deuxième message, celui que la justice réserve aux femmes en général mais qui ne sera qu'en filigrane durant tout le film lequel va plutôt  s'intéresser essentiellement  à une mère infanticide et à essayer de comprendre comment une femme peut en arriver à cette extrémité ( quelle soit noire n'a quasi aucune importance). 
Sous le regard de la prof de fac de la première scène présente dans le tribunal ( avec comme fil introducteur la peur que, parce qu'enceinte, elle pourrait devenir mauvaise mère, voire infanticide), nous suivrons le procès de Laurence, jeune femme noire qui a tué son enfant de 15 mois. C'est apparemment le thème central du film, une recherche introspective sur ce crime atroce. Et c'est sans doute ici que le film ne tient pas tout à fait ses promesses. Alors que le début du procès se rapprochait du documentaire tant la mise en place s'avérait précise, bien vite, la réalisatrice prend un chemin beaucoup plus cinématographique, place des effets, opère des raccourcis ou permet des échanges assez éloignés de la vraie procédure judiciaire. Le film devient un poil manichéen, voire mélo dans le final larmoyant. Etrangement, nous n'entendrons que peu les témoins de cette sordide affaire, quasiment pas l'avocat général, nous resterons sur les interrogations très empathiques de la présidente et sur les ( très belles) envolées de l'avocate de la défense mais aux conclusions un peu simplistes. Pour une réflexion forte sur l'infanticide, on devra repasser et pour le verdict aussi car on n'en saura rien. Par contre pour imposer un chemin  lacrymal, Alice Diop n'hésite pas à en rajouter, filmant des visages inconnus en larmes après les paroles de défense,  indiquant bien au spectateur, que c'est là qu'il faut pleurer sinon, il va passer pour un coeur sec... 
Si le fond du film laisse un peu perplexe ( tout ça pour juste ça?!) , force est de reconnaître que le film a de la gueule ( du moins dans la partie prétoire, parce que les interrogations prétextes de la prof de fac sont quand même sans grand intérêt). Avec de longs plans fixes, formidablement cadrés et surtout trois comédiennes exceptionnelles, Guslagie Malanda, Valérie Dréville et Aurélia Petit, l'intensité est bien là et justifie sans doute tous ces honneurs et arrivent à occulter un propos finalement bien conventionnel. 








 

lundi 21 novembre 2022

Hyperréalisme, ceci n'est pas un corps


 

La représentation du corps humain sculpté a connu des évolutions, des modes, des périodes productives et d'autres moins. Depuis la fin des années 80 ( en gros), des artistes ont pensé cette forme de sculpture de façon totalement réaliste. Aidés par l'arrivée de nouveaux matériaux, jouant sur un effet miroir, de double, ces oeuvres interrogent le public par leur approche pouvant tromper le regard... Mais les sculptures hyperréalistes ne se bornent pas seulement à représenter de la façon le plus exacte possible un corps humain, les artistes détournent évidemment cette technique pour être impertinents, porteurs de messages ou d'interrogations sur nos sociétés et notre regard. L'exposition " Ceci n'est pas un corps" au musée Maillol, offre un magnifique panorama de cette tendance artistique. 

Il y a quelques années ( en 2013) la fondation Cartier avait proposé une exposition du maître australien de l'hyperréalisme, Ron Mueck dont la particularité est de représenter des humains en changeant d'échelle. Effet et succès garantis à l'époque, occultant un peu le travail d'autres artistes. L'exposition en cours jusqu'au 5 mars prochain permet de réunir de multiples artistes et donc une foultitude de points de vue ou de démarches. Il y a ceux qui vont nous interpeller en présentant des morceaux de corps comme Maurizio Cattelan avec son Ave Maria composé de trois bras collés au mur et saluant comme le ferait un Mussolini ou une Méloni ou les bouts de baigneuses ruisselantes de Carole A.Feuerman. D'autres vont nous proposer des corps entiers, nus,  véritables répliques humaines mais dont l'hyperréalité de leur représentation dans des situations souvent dramatiques ou décalées vont nous interroger et nous bousculer ( John Dandrea, Dying Gaul). Et quand les artistes les habillent, le trouble n'est pas absent loin de là  car ces quasi humains sont placés dans des positions, des situations particulières qui accrochent le regard et amènent des questionnements de la part des spectateurs. D'autres, à l'instar de Ron Mueck vont jouer sur les proportions, avec la distorsion comme Evan Penny ou le franchement étrange voire fantastique comme Patricia Piccinini. Et puis, il y a ceux qui vont pousser cette tendance de la sculpture plus loin, usant du trompe l'oeil comme l'italien Fabio Viale à l'oeuvre classique en marbre blanc mais avec effet polystyrène, créant la sculpture cinématographique comme le couple Glaser/Kunz ou mélangeant nature et corps à l'instar du génialissime Fabien Mérelle dont les sculptures ici présentées sont un prolongement fascinant de ses oeuvres picturales. 

L'exposition ne laisse personne insensible tant les oeuvres ici accrochent l'esprit, autant par ce réalisme inhabituel que par les messages qu'elles tentent de délivrer. De plus,le musée Maillol avait prévu des visites naturistes de cette exposition ( toutes prises d'assaut et pour le moment pas encore reconduites). J'ai eu la chance de découvrir cet ensemble de sculptures dans ce cadre là, expérience singulière mais qui accentue le ressenti et a eu un effet incroyable sur les visiteurs. Jamais de ma vie de curieux de l'art, je n'ai autant échangé ressentis et avis, avec des inconnus, comme si le fait d'être nus désinhibait ces personnes qui, croisées dans une visite habillée, n'auraient au grand jamais oser le moindre dialogue... 



vendredi 18 novembre 2022

Coma de Bertrand Bonello


Attention, film expérimental, libre, élan créatif débridé dont la réception dépendra du spectateur. Si l'on est un fan du grand maître Godard, l'entrée en matière, gros plans de détails de trucs divers et variés avec lecture de sous-titres adressés à la fille de Bertrand Bonello semblant lorgner du côté du dernier long du maître Suisse ( "Le livre d'image" ), ne peut que séduire. On y retrouve l'opacité de plans apparemment sans liens et une prose amphigourique et sentencieuse. La suite continue à surprendre. On comprend que l'on retrace la période du confinement, avec une ado seule dans sa chambre à la merci d'une influenceuse un peu gourou qui ( entre autre) vante les vertus du Crudimix, robot ménager qui fera des soupes chaudes de légumes crus ou discutant sérial-killer avec ses copines. On y verra aussi les poupées d'enfance de l'adolescente jouer une sorte de sitcom débile mais avec les voix de Louis Garrel, Gaspard Ulliel, Anaïs Demoustier, Vincent Lacoste et Laëtitia Casta ( Attention aux fans inconditionnels, on ne fait que les entendre). Par moment, la vie de l'adolescente apparaîtra sous forme de dessin animé. On y entendra des phrases profondes du genre " Les aigles ne volent pas avec les pigeons", on y parlera de limbes et d'écologie, de réchauffement climatique... Selon son humeur, sa sensibilité à un cinéma de recherche, soit on plongera dans l'ennui, soit on prendra un pied formidable parce que ...bon, c'est Bonello tout de même ! Entre deux, on peut aussi s'ennuyer et parfois sourire à quelques répliques de Barbies animées, trouver Julia Faure bonne comédienne et ricaner à certaines remarques qui rappellent des remarques à l'emporte-pièce façon comptoir ( mais du Café de Flore sans doute...). Mais l'ensemble reste quand même un poil hermétique. Intéressant sans doute, mais pour qui ? 






 

jeudi 17 novembre 2022

Les femmes du square de Julien Rambaldi


Sans doute aidé par son sujet social et peu traité au cinéma, "Les femmes du square" bénéficie cette semaine d'une sorte de petit moment de grâce auprès de nos critiques patentés. Il est certain que cette comédie romantique avec pour toile de fond le sort de femmes immigrées, souvent sans papiers et gardant ( sans être déclarées) les enfants de la bourgeoisie parisienne possède des atouts pour faire parler en bien d'elle, la presse ayant pignon sur rue aime à se donner bonne conscience. Mais qu'en est-il réellement ? Niveau cinématographique, rien de neuf à se mettre sous l'oeil. C'est juste un agréable film feel good, pas mieux réalisé que d'autres, au scénario pas trop mal construit, arrivant à retenir l'attention jusqu'au bout. Le casting est excellent, d'Ahmed Sylla à Léa Drucker, du jeune Vidal Arzoni à la pétillante Jisca Kalvanda, tous sont parfaits dans leurs rôles. Mais s'il y avait une seule bonne raison d'aller voir ce film, c'est vraiment pour la prestation formidable d'Eye Haïdara, qui crève littéralement l'écran, à la fois hyper drôle, émouvante, tout aussi crédible en séductrice qu'en walkyrie des squares. Il est certain qu'avec une telle présence, un tel abattage, on a hâte de la revoir très vite ( Vivement les 4 films prévus sur les écrans en 2023). 
 Cependant, une petite remarque sur ce  film, qui se rapproche plus de  "Coup de foudre à Notting Hill" que de Ken Loach... Vers la fin, dans une scène se déroulant dans un bar, après une victoire aux prudhommes ( je ne spoile rien, car on se doute que ça va bien finir ) on aperçoit une télévision. Sur cet écran, on voit des reporters s'intéresser de très près à cette affaire de nourrices étrangères sans papier, puis le  personnage principal lançant une diatribe humaniste sur le sort de ces femmes venues du monde entier et n'ayant trouvé que ces boulots pour subsister. Mais le spectateur voit avec un certain effarement que la chaîne diffusant tout cela n'est autre que...Cnews... la chaîne française la plus ...la moins portée à pleurer sur le sort des migrants. Placement de produit pour adoucir son image ? Ironie du réalisateur ? Dans le contexte actuel, je pencherai plus pour la première idée, et dans ce cas, vu le contexte du film, cela apparaîtrait comme une petite faute de goût non ? 
Quoiqu'il en soit, si vous avez envie de vous détendre un peu et pas trop bêtement,  de découvrir une future star du cinéma français, "Les femmes du square " comblera cette envie. 




 

mardi 15 novembre 2022

Les Amandiers de Valéria Bruni Tedeschi


Valeria Bruni Tedeschi nous a habitués à un cinéma le plus souvent autobiographique, cultivant un goût immodéré de l'entre-soi et pas vraiment emballant, même si apparaissaient ici ou là quelques scènes réussies, pouvant donner un peu d'intérêt à ses oeuvres de riche comédienne/réalisatrice. 
Avec " Les amandiers ", elle ne change pas d'optique mais, il faut le reconnaître, cette fois-ci, elle tient son projet jusqu'au bout et nous offre son film le plus abouti.
Exploiter les souvenirs de son passage à cette fameuse école que fut le théâtre des Amandiers, c'est continuer de rester dans cet entre-soi bourgeois, car Patrice Chéreau brille certes par son talent mais pas par son côté populaire, mais évoquer cette période, reste un thème original.  
Au-delà de l'intérêt que pourront y dénicher les aficionados du théâtre contemporain, on ne peut qu'être convaincu par l'énergie ( plus contrôlée qu'à l'habitude) qui se dégage sur l'écran et par la jolie reconstitution des années 80 et d'une jeunesse pleine de fougue mais également angoissée par l'époque ( nous sommes en pleine épidémie du SIDA). De l'image volontairement sombre, aux jeunes comédiens vraiment investis et crédibles, de l'effervescence de cette jeunesse qui bouffe la vie par tous les bouts au mépris du danger, par leur formidable appétit de jouer, d'apprendre leur métier, de vivre tout simplement, le film est un véritable tourbillon. Il arrive à faire passer que drogue et sexualité libre n'est pas un cliché dans le milieu du cinéma et du théâtre tout autant qu'il ne statufie pas le maître Chéreau ( Louis Garrel qui est surtout Louis Garrel)  ni son acolyte Pierre Romans (  Micha Lescot agréablement calme ). "Les amandiers" parle formidablement du travail d'acteurs, de ses doutes, de ses espoirs comme de ses désespoirs ( avec le personnage un peu plaqué mais plausible de Suzanne Lindon ). Petit bémol pour le personnage de Stella ( en fait Valeria ), narcissisme habituel oblige, qui occupe peut être un peu trop d'espace, hystérisée  par la réalisatrice qui pense toujours que le grand cinéma ne passe que par des scènes pétage de plomb.







 

lundi 14 novembre 2022

Pacifiction, tourment sur les îles de Albert Serra


Pour ceux qui s'étaient copieusement rasés lors de la projection des précédentes oeuvres d'Albert Serra ("Liberté" et "La mort de Louis XIV") et qui ne voudraient en aucune façon renouveler l'expérience avec un film du réalisateur catalan, peut être que cette fois-ci le charme étrange et lancinant du réalisateur opérera quelques magies sur vous, comme peuvent le faire les îles polynésiennes. 
 Les costumes historiques remisés au placard, place aux tenues en lin blanc, aux chemises fleuries voire même aux éclats métalliques ( Sergi Lopez...qui n'a strictement rien à faire ni à dire, sauf apparaître dans un coin de plan.... vacances sans doute aux frais de la production), "Pacifiction" passe du côté de la contemporanéité. Par contre, l'élément nocturne déjà tant exploré par Albert Serra continue à hanter le film. 
Pourtant "Pacifiction" débute de façon solaire, avec des images quasi touristiques, évoquant le plaisir de vivre dans des îles ensoleillées. Au fil des balades d'un haut commissaire ( Benoit Magimel)  sur ses terres polynésiennes, nous avons droit, à la fois à un portrait très nuancé de cet homme représentant la France avec discours très politiques allant du verbiage idiot à celui plus inspiré d'un homme maniant avec bonhomie clientélisme et chaleur humaine et à une sorte de résumé touristique de Tahiti, ses plages au soleil couchant, ses grandes vagues pour surfers, sa douceur de vivre sous une végétation luxuriante, sa fluidité du genre et du sexe. Le film prend évidemment le temps de planter ce décor tout en instillant au fur et à mesure une légère ironie qui va se transformer en inquiétude car tout n'est pas rose sous les palmiers. 
Nous sommes très très loin des fictions habituelles, prémâchées pour spectateurs habitués aux séries. Le réalisateur fait appel à l'intelligence ( sans doute aussi à la patience ) de son public, car c'est petit à petit que l'intrigue s'installe, tout en finesse, sans effets appuyés. Pour donner une idée du film, imaginez que vous embarquez sur une lente spirale descendante qui, partant de la surface ensoleillée, va progressivement s'enfoncer vers les ténèbres. Nous découvrons au final un film politique, un thriller glaçant, aux personnages tous au bord de l'abîme. 
C'est long ( 2h43) , c'est lent mais si l'on se laisse gagner par l'atmosphère unique de ce film, vous sortirez de la salle en vous disant que vous avez vu une des meilleures propositions cinématographiques du moment, exigeante certes mais ô combien passionnante. 



 

jeudi 10 novembre 2022

Real Life de Brandon Taylor



Ce premier roman venant des USA, s'inscrit dans la longue liste des "campus novels" mais en faisant quelques pas de côté dans la narration et le contenu. Habituellement dans ce type de romans nous avons un étudiant ( ou un prof), blanc, porté sur la littérature voire la poésie et vivant quelques aventures amoureuses et intellectuelles. Brandon Taylor en s'emparant de ce genre assez codifié lui donne un côté plus décalé et soudain plus intéressant. 
Tout d'abord, il s'astreint à une unité de lieu ( le campus et un lac avoisinant) et de temps ( un week-end). Ensuite, il met en avant un personnage principal noir, gay, plutôt rondouillard et étudiant en biochimie (loin du blond américain riche et bien bâti lisant T.S. Eliot) . Dernier point et cela renvoie au titre du roman ( "Vraie vie") , le récit avance sous des apparences de banalités, de dialogues entre amis qui peuvent apparaître assez plats tellement ils sont quotidiens. Cependant, ne nous y trompons pas, l'intérêt du roman se situe ( tout du moins dans sa première partie) dans les couches souterraines d'une narration qui va au fur et mesure complexifier l'image de Wallace, le personnage principal et de Miller, son ami le plus proche. Nous allons pénétrer au plus profond des pensées de Wallace, sans bien toujours les comprendre car, en plus d'un rude passé familial, il sombre quand même dans une sorte de dépression qui lui fait ressentir les événements sous un jour pas toujours objectif. 
"Real Life" aborde une multitude de thèmes actuels, certains extrêmement bien rendus comme la place des noirs dans une université américaine, le regard qu'on leur porte ainsi que cette sensation que quoique l'on fasse, quoique l'on soit ( même un brillant étudiant ) on ne se sente jamais à sa place. L'homosexualité, les origines pauvres et les kilos en trop ne font qu'aggraver la perception du monde de Wallace, même si ces derniers éléments sont moins déterminants. Mais d'autres musiques viennent amplifier le récit, en sourdine certes, mais réellement présentes, comme celles de la honte qui pointe son nez par moment ou la peur d'un avenir, communes à tous les personnages qui, enfermés dans leurs hautes études sentent bien que la vraie vie se situe ailleurs et que cet ailleurs, même si jamais exprimé par convention sociale, reste aussi nébuleux qu'effrayant. 
L'autre grand thème de ce roman est la violence, terme générique mais qui, dans le roman, sera celle que l'on ressent par les regards, les rejets racistes, les paroles parfois anodines  ou l'interprétation pas toujours objective que l'on s'en fait lorsque l'on est dans un état dépressif. La violence physique sera abordée par le prisme du passé des deux jeunes hommes dont nous suivons le parcours. Chacun d'eux l'a rencontrée de façon très différente mais resurgit inexorablement dans leurs rapports sexuels. C'est sans doute le climax du livre, dérangeant, ambiguë de deux personnes qui, bien que toujours dans la douceur des sentiments et des relations, sombrent lors de leurs rapports sexuels dans la violence . 
Sans réellement parvenir à comprendre avec empathie les personnages de Wallace et de Miller, ce premier roman, jamais dans la facilité narrative pas plus que dans le romanesque,  ni même cherchant à plaire, parvient à laisser sourdre chez le lecteur un réel sentiment de malaise. La multiplicité des thèmes évoqués, la description clinique ( scientifique?) des rapports amicaux et humains font de "Real Life" un roman sacrément original et gonflé. 


 

 

mardi 8 novembre 2022

Armageddon Time de James Gray


Universal a demandé à quelques cinéastes d'écrire un film inspiré de leur jeunesse. Cette collection est composé de 4 longs-métrages dont deux sont déjà sortis cette année, "Licorice Pizza" de Paul Thomas Anderson, "Belfast" de Kenneth Branagh, un sortira en janvier 2023 ( celui de Steven Spielberg) et donc "Armageddon Time" de James Gray. 
Très loin de l'Amazonie ou de l'espace dans lequel nous avait conduit précédemment le réalisateur, nous atterrissons dans le  New-York des années 80, dans le Queens pour être précis. Nous suivrons la difficile intégration du jeune Paul Graff, 11 ans, qui passe d'un collège public où son meilleur ami est noir, à un collège privé ( ultra cher) qui a, entre autre,  la particularité d'avoir instruit (?!!!) toute la famille Trump ( oui, Donald compris). Si l'on rajoute que le jeune garçon vit dans une famille juive pas des plus fortunées, vous aurez le tableau complet du film dont le maître mot sera : intégration. Le réalisateur y mettrait un pluriel sans doute, tant la vie du jeune garçon permet de multiplier les entrées sur ce thème. 
De facture classique, autant nostalgique qu'émouvant, "Armageddon Time" s'avère également très  politique. Dans des USA de plus en plus en proie à une montée des extrémismes, James Gray n'hésite pas à donner un grand coup de pied au mythe américain du "si tu bosses, si tu es courageux, tu deviendras riche". Sans parler de la famille du jeune garçon qui s'est débattue comme elle a pu pour obtenir une petite place au soleil ( et sans grande illusion), la morale du film est simple : on réussit aux USA si l'on est blanc et déjà riche. Pour les autres, peu ou point de salut sauf peut être avec quelques petites combines. Les séquences très explicites des discours de fête du collège font, ici, de l'autre côté de l'Atlantique, froid dans le dos mais doivent passer pour banales sur place. 
Encore une fois, en revenant à des thèmes  (auto)biographiques, James Gray fait mouche et nous offre sans doute son film le plus grand public sans rien gommer de son sens du cinéma, de la mise en scène, avec un magnifique et expressif plan final qui montre toute la portée du film et offre quand même une belle note d'espoir. 




 

lundi 7 novembre 2022

L'ange rouge de Yasuzo Masumura


Arrive-t-il encore de nos jours, au cinéma, de sortir d'une salle étonné par un film ? Emu, oui. Ayant passé un bon moment, aussi. Mais surpris, même après une Palme, un Lion d'or, très rarement. "L'ange rouge" film du très prolifique réalisateur japonais Yasuzo Masumura, passé assez inaperçu lors de sa sortie en France en 1969 ( mais avait été tourné en 1966) a tout de la belle surprise. 
Dans un beau noir et blanc, le récit se déroule en Chine durant la guerre Sino-japonaise. Les japonais, alors très guerriers et expansionnistes, pensaient conquérir en trois mois une partie de la Chine orientale ... ( ça rappelle quelque chose en ce moment non ? ). Le conflit s'est enlisé et fut très meurtrier. Le réalisateur a planté sa caméra dans un hôpital militaire qu'une jeune et jolie infirmière rejoint. Sans rien révéler du film ( pour garder la surprise), on va juste dire que la jeune Sakura lors d'une ronde de nuit va se faire violer par un groupe de malades. De ce traumatisme, pourrait naître un sentiment de haine, de vengeance, mais ce sera tout le contraire, elle déclenchera une immense pitié envers tous ces hommes, ces soldats blessés, mutilés, qui souffrent des horreurs de la guerre. 
Avec un discours anti-militariste, discours qui se fait rare dans le cinéma depuis des années, le film n'occulte vraiment rien ( mais vraiment rien) des horreurs de la guerre, de la perversité du commandement qui laisse croupir ses hommes mutilés plutôt que de les renvoyer chez eux où ils feraient une contre publicité. Et au milieu de cet amas de corps déchirés et souffrants, le cinéaste bâtit une histoire où se mêlera romance et érotisme sans jamais tomber dans la niaiserie, la facilité. Eros et thanathos, souffrance et volupté font ici bon ménage, de façon plus abordable et plus passionnante que chez Cronenberg par exemple. 
Bien sûr, les âmes sensibles devront peut être s'abstenir de voir "L'ange rouge" car rien ne nous est épargné des opérations, des amputations, on voit sans réellement voir mais une bande son très naturaliste aide beaucoup à visualiser. Pour les autres, à mille lieux des nouveautés "formidables" que l'on nous vend toutes les semaines, il est certain que ce film ne pourra que surprendre par son scénario franchement audacieux et par sa belle réalisation classique mais ultra efficace. C'est avec les vieux films que l'on s'offre les belles séances. 
( Ressort également "Tatouage",  un autre film provocant du réalisateur comme le montre la bande annonce ci-dessous. 





 

vendredi 4 novembre 2022

Close de Lukas Dhont


Après avoir beaucoup apprécié "Girl", le premier film Lukas Dhont, le difficile passage au second long-métrage s'avère plus problématique. Sans avoir détesté, loin de là, "Close" laisse un goût de tentative pas vraiment aboutie. Au départ, nous avons le thème du passage de l'âge doré de l'enfance, ici sublimé en version plus plus ( soleil, été, beaux enfants, des fleurs partout et parfaite amitié), à l'entrée dans l'adolescence, première confrontation au monde adulte en devenir avec déjà ses regards stéréotypés. Cette première partie, tout en finesse, en dialogues à peine suggérés, touche juste et montre avec sensibilité une belle amitié. Une certaine lenteur et un peu trop de joliesses lui donnent cependant un côté roman-photo romantique qui aura du mal à vraiment s'articuler avec la suite du récit lorsqu'il basculera vers quelque chose de plus âpre. 
La deuxième partie, immédiatement plus intéressante, plus introspective, mais toujours avec délicatesse et finesse, marque de fabrique du réalisateur, va hélas, petit à petit, basculer vers une sorte de tire-larmes pas toujours réussi. A force de vouloir jouer la corde sensible, le film plonge dans le mélo, en résumant un peu trop les causes du basculement à la culpabilité, passant du coup à la trappe d'autres raisons, justes esquissées dans la première partie mais tout aussi importantes. 
Bien sûr il restera les jeunes comédiens, très photogéniques, Léa Drucker et Emilie Dequenne parfaites et des fleurs, une jolie campagne qu'accompagne la caméra gracieuse de Lukas Dhont. C'est loin d'être déshonorable, juste un peu trop léger surtout quand on sent que les enjeux de cette histoire sont ailleurs et pas vraiment traités. 





 

jeudi 3 novembre 2022

Mascarade de Nicolas Bedos



La presse n'est pas tendre envers le quatrième film de Nicolas Bedos.  Ce n'est pas sympa pour Pathé et ses 15 millions d'euros investis, car même si le film n'a aucun intérêt, il n'est pas pire que de multiples autres productions encensées ces dernières semaines mais il offre durant ses 2h14  tellement de points de détails irritants qu'il n'est pas difficile de s'en saisir pour le démolir. Oui, le film est misogyne, vulgaire, bêtement méchant, pompiers, vaniteux, clinquant, mal fichu et tellement too much qu'il noie son spectateur dans l'indifférence. 
Nicolas Bedos, malgré plein de nominations aux César, n'a jamais brillé comme metteur en scène ou  scénariste. Sa dernière prestation avec la reprise d'OSS 117 a laissé un piètre souvenir et cette "Mascarade" ne fait que confirmer son talent de tâcheron. L'histoire d'arnaque qu'il a concocté n'a rien d'original ( ce genre a été beaucoup labouré au cinéma) et se prend les pieds dans le tapis du Négresco . Comme pour faire encore plus vitrine il a inventé tout un tas de personnages, tous interprétés par des têtes d'affiche, le film est obligé de courir d'une scène à l'autre, d'une star à une autre star, histoire de justifier leur présence et de donner une vague consistance à leur rôle. Ca avance cahin-caha, autour de personnages franchement antipathiques ou très caricaturaux.  On finit par s'ennuyer et trouver le temps long. Entre deux retenues de bâillements  on perçoit bien qu'il essaie d'être méchant avec les riches ( mais avec un énorme budget, qui sont les riches? ), leur collant tous les défauts ( sauf celui de prendre de la drogue) mais on n'y croit pas une seconde. Tout ce joli monde s'agite sous le soleil de Nice, éjacule sur les tableaux de bord de voitures luxueuses, se paie des gigolos ou des gigolettes, claque du fric avec force de plans plongeants depuis des balcons ou des terrasses avec vue sur mer( merci les drones, devenus indispensables pour donner de l'ampleur à des plans finalement vides de sens ). C'est kitchissime, pathétique parfois ( Adjani, plus jeune que jamais, joue une vieille star ), faussement féministe ( car si les femmes mènent  le jeu, le regard que leur porte le réalisateur laisse sceptique), jamais passionnant. De cette histoire, du niveau d'un téléfilm ( le fric et la distribution en plus), ne surnage que Marine Vacth, qui prouve qu'elle peut jouer avec assurance autant la comédie que le drame. Reste une question : Mais que diable Emmanuelle Devos est venue faire dans cette galère? 

 


mardi 1 novembre 2022

Le doute de Basile Panurgias


Le monde littéraire français a la tête près du bonnet. En plus de cultiver un très gros entre-soi, chaque petit ou grand problème de leur vie, qui un beau-père violeur, un mari violent, une mère folle, une soeur incestueuse, un collègue pédophile ( je vous laisse replacer les titres qui vont avec les énoncés ), fait l'objet d'une parution. Si le livre fonctionne, on panse le problème, le traumatisme, par une rentrée d'espèces sonnantes et trébuchantes en plus d'une vie médiatique intense promesse d'autres écrits peut être pourvoyeurs de fonds. Camouflés derrière les formules toutes faites " Je témoigne pour faire avancer la société", " Je dénonce pour aider les autres à parler", ... pas vraiment fausses non plus mais  légèrement teintées de cynisme, les au-trices-teurs, ne semblent avoir aucune interrogation sur ce procédé. Je publie donc je suis. 
C'est sur ce registre que surfe "Le doute" de Basile Panurgias, auteur pas vraiment connu ( au moins pour moi) qui, si l'on en croit Wikipédia, semble zoner dans le milieu culturel auprès de grands noms car ami avec  Bret Easton Ellis ou le cinéaste Whit Stillmann mais aussi Jean-Claude Arnault, sujet de ce livre. 
Peu connu lui aussi du grand public, Jean-Claude Arnault est une sorte de mythomane qui a réussi sans talent précis sauf celui de l'entregent ( on le dit vaguement photographe), à se faire une place dans le milieu culturel suédois. En épousant une poétesse locale mais très estimée puisque membre du jury du prix Nobel de littérature, il aura un certain pouvoir ainsi que de substantiels avantages. Comme quelques hommes en vue arborant une mentalité de bellâtre, en 2017 il sera au coeur d'un scandale qui empêchera le prix Nobel de l'année suivante d'être attribué. Accusé de viol par une bonne dizaine de femmes, condamné à 2 ans de prison ferme, son aura disparaît. "Le doute", s'inscrivant parfaitement dans l'ére #MeToo, est à la fois une enquête personnelle sur cette affaire, une lettre adressée à cet ami ( relation, copain ? ), un questionnement sur la masculinité et un reportage sur le prix Nobel et la société littéraire suédoise. 
Est-ce par un certain voyeurisme de lecteur, mais le livre se lit avec plaisir et intérêt, peut être plus si l'on est un mâle. Basile Panurgias, se penche sur tous les tenants, aboutissants, répercussions de cette affaire qui touche un de ses proches. Il s'interroge sur sa réaction de rejet vis à vis de cet homme, sur la portée du mouvement #MeToo sur un certain nombre d'oeuvres passées ( "Blow up" entre autre) mais aussi sur ses rapports antérieurs avec les femmes qui, avec notre nouveau regard contemporain auraient pu être déplacés, violents, ... On pénètre également  dans les coulisses du prix Nobel de littérature qui n'ont rien à envier à celles de nos prix locaux. Tous ces thèmes sont en plus éclairés par de petits rappels historiques ( tant sociétaux que politiques) qui donnent une vraie densité à ce livre. Et comme la plume de l'auteur est habile, tout cela se lit sans difficulté et avec plaisir. Restent deux questions : Comment Jean-Claude Arnault prend-il cet ouvrage puisque l'auteur n'a jamais pu lui dire ce qu'il pense ? Et ... ok, c'est mesquin de ma part, Basile Panurgias va-t-il en tirer quelques subsides, voire un peu de gloire de cet essai très germanopratin ? 

lundi 31 octobre 2022

La conspiration du Caire de Tarik Saleh


La récompense du prix du scénario pour cette "La conspiration du Caire"au dernier festival de Cannes laisse un peu perplexe, tant celui-ci part dans tous le sens en usant de grosses ficelles ce qui lui permet d'éviter de traiter réellement quelques sujets qui peuvent fâcher. 
Ceci dit, c'est avant tout un thriller politico/religieux monté de façon à ce que le spectateur reste en état d'éveil trépidant durant deux heures. Sur ce plan là, c'est partiellement réussi car, même si on ne saisit pas tous les tenants et les aboutissants de cette histoire de remplacement de chef religieux, le récit file à cent à l'heure et l'on craint pour le héros même si nous arborons comme lui un front plissé, lui parce que dans de sales draps, nous parce qu'on le trouve bien pâlichon et peu capable d'assumer ce qui lui arrive. Pourtant, avec sa mine basse, il semble comprendre avec deux temps d'avance ce que nous avons du mal à piger comme quoi, il ne faut pas se fier à la mine du jeune comédien que Tarik Saleh force à jouer de son côté humble (  du coup on trouve ce scénario de moins en moins crédible au fur et mesure que l'on saute d'une prière à un assassinat, d'un complot à un interrogatoire). 
Par contre on voit bien pourquoi ce film est revenu de Cannes avec un prix, le jury a voulu saluer un réalisateur en exil, continuant sur le mode thriller à parler de son pays ( l'Egypte), osant montrer les turpitudes des religieux ( même si le film n'a aucune chance d'être projeter en terre islamique). On saluera cependant une très belle mise en scène parfois très spectaculaire mais on regrettera que le polar occulte un peu trop le parcours initiatique de son jeune héros et de ses désillusions sur la nature humaine ( et les religieux) qui devraient l'amener à s'interroger sur le sens de ces dogmes portés à l'extrême.






 

vendredi 28 octobre 2022

Hollywoodland t1 d'Eric Maltaite et Zidrou


Hollywood sera centenaire en 2023. Je parle des fameuses lettres géantes qui surplombent le quartier, les studios de cinéma s'étaient installés bien avant. Pour cette occasion et parce que Zidrou le scénariste est ( entre autre) passionné de cinéma, avec son compère Eric Maltaite, ils ont décidé de leur rendre un hommage particulier avec cette série en 2 tomes ( le prochain paraîtra en juin 2023). 
L'album se découpe en 9 courtes histoires de 5 planches  qui ne sont pas des anecdotes mille fois racontées, mais une évocation de cet univers via les petites mains du secteur ( starlettes, scénaristes, costumières, dresseurs d'animaux, ...) mises en scène dans des récits tragico/comiques. On retrouve tout l'humour, la verve mais aussi la sensibilité de Zidrou qui jette un regard sans concession en montrant les coulisses de cette usine à rêves qui n'était, sous les paillettes ou derrière les projecteurs qu'un hangar à cauchemars. On admire la virtuosité du scénariste, surtout que chaque histoire se trouver en lien avec les autres par certains personnages déjà croisés qui réapparaissent au détour d'une rue, d'une avant première. Le dessin d'Eric Maltaite, magnifiquement expressif ( sublimé dans une édition en noir et blanc à tirage limité chez CanalBD) prend un évident plaisir à mettre en scène cet univers où l'on notera qu'en plus de croquer des personnages formidablement vivants, il se régale à dessiner les somptueuses et imposantes voitures américaines des années 40 (?) ...50 (?) ( avis aux amateurs). 
A la fois nostalgique et drôle, cet album est un bel hommage à tous les soutiers d'une industrie qui fait de moins en moins  rêver... 







 

jeudi 27 octobre 2022

Par-delà l'androcène d'Adélaïde Bon, Sandrine Roudaut, Sandrine Rousseau


"Plus question de jouir aujourd'hui aux dépens d'autrui." Voilà une des règles cardinales qui figurent dans ce court essai, net et stimulant. Et c'est loin d'être la seule car, sur 60 pages, c'est un petit précis de ce que pourrait être le monde dans quelques années si on se débarrasse de l'androcène, plus clairement le pouvoir des hommes, des mâles dominants, capitalistes, exploiteurs et leurs corollaires violents, violeurs, injustes. 
Oh un essai radical me direz-vous. Oui et heureusement, car sinon on n'arrivera pas à s'en sortir. Les trois autrices ne mettent pourtant pas le couteau sous la gorge, elles se contentent de décrire notre monde capitaliste telle qu'il est, injuste, raciste, sans considération pour la nature, faisant acheter ce que d'autres produisent ( "de la mine à la poubelle"), se gargarisant ( les hommes de pouvoir et leurs médias affiliés, pas les autrices)  de mots creux qui deviennent des outils de discipline collective ( "croissance", "PIB", "pouvoir d'achat"). 
Mais elles ne se contentent pas que de recenser tout ce qui pourrit la vie de milliards d'êtres sur terre, elles pointent aussi comment les puissants, avec cynisme, continuent encore plus de conduire notre planète à sa perte, jouant sur les populismes, le passéisme ( comme si on pouvait se réjouir du passé colonialiste, guerrier, ...) pour garder leurs prérogatives.  Bien sûr,  elles proposent des pistes, des idées pour que le futur deviennent peut être meilleur et se résume en trois  mots clefs : "déconstruire", " se réconcilier" et " radicalité". 
Alors je vois venir les remarques ( surtout des hommes et de quelques femmes ) "déconstruire" !!!! Sachez juste qu'ici ce terme ne s'attache pas qu'à la réflexion que tout être humain devrait avoir sur la construction sociale et politique qu'est le genre, mais aussi sur un autre pan de nos sociétés : le travail que les autrices appellent à repenser, à réduire, nous libérer de son aliénation ( qui n'est au final qu'une utilisation capitaliste de nos corps ). 
Plus doux sans doute est le terme "se réconcilier", essayer de passer de "violence partout, justice nulle part" à  marcher avec les autres tout en retrouvant le contact avec la nature. Avec les guerres en Somalie ou en Ukraine ou tous ces débats manipulés et extrêmes qui hantent toutes les démocraties, pas certain toutefois que ce terme ne relève pas de l'utopie, mais qui ne propose, tente rien, n'obtient rien. Et qui sait si à force de climat de plus en plus terrible et de dirigeants de moins en moins humains, la raison ne finira pas par l'emporter ( éternel rêveur...).
Quant à la radicalité, il ne faut plus avoir honte "de désigner nos peurs pour ne plus les subir", c'est être lucide. "La radicalité ne s'oppose pas à la sagesse ; elle s'oppose aux conservatismes" . Ce n'est pas en faisant l'autruche que le monde changera. Alors oui, être radical, c'est aujourd'hui essayer enfin de faire bouger les choses. 
Quand on voit comment et combien  une des autrices de cet essai est attaquée, vilipendée, par une cohorte de vieux crétins ( de vielles crétines aussi) très passéistes, arc boutés sur de vieilles idées rances et mortifères, force est de reconnaître que la partie n'est pas gagnée.
Alors, quitte à faire grincer des dents, je continue, comme Annie Ernaux, à soutenir Sandrine Rousseau dans son combat et sa formulation simple et donc radicale. 
Adélaïde Bon, Sandrine Roudaut et Sandrine Rousseau concluent leur essai avec ces mots : " Nous voulons de l'écologie, du social, de la dignité et de l'égalité, nous voulons diminuer, ralentir, réfléchir, aimer ! Nous accomplir.... Affranchissons-nous des autorités, de nos peurs et de nos croyances d'hier... Prenons le pouvoir, mobilisons-nous, faisons politique, pour construire par-delà. Prenons-le puisque'on ne nous le donnera pas.." Bravo !



 

mardi 25 octobre 2022

Méduse de Sophie Levy



Pas de soucis pour les phobiques de ces animaux qui ondulent au bord des plages, aucune méduse dans ce film, aucune plage non plus ou alors de manière symbolique ( selon la mythologie être malfaisant au regard qui tue ). Par contre ceux qui sont claustrophobes risquent de souffrir un peu car le premier film de Sophie Lévy est un huis-clos entre deux soeurs dans une grande maison au modernisme vintage ( quelques hommes viendront égayer leur face à face). 
Vous l'aurez compris la relation n'est pas simple entre une aînée agente immobilière et sa cadette handicapée moteur et muette, obligée de rester seule toute la journée. Une certaine toxicité plane entre elles deux. Nous voguons au gré de leurs colères, engueulades, perfidies, jalousies, agacements. Ce n'est guère original, mais se laisse regarder car les hésitations du récit entre analyse psychologique et petit suspens intriguent mais hélas finissent quelque peu par lasser quand on comprend que ce sont les concepts freudiens qui primeront. 
Ce film a fait le tour des festivals, a remporté beaucoup de prix ( la concurrence ne devait pas être à la hauteur) mais risque de passer inaperçu sur les écrans cette semaine. Pourtant, il existe une très bonne raison d'aller y jeter un oeil : un des deux actrices principales, Anamaria  Vartolomei qui confirme dans un rôle ingrat sur le papier car muet, une sacrée présence et un sacré talent ( après "L'événement  d'Audrey Diwan). Sinon, petite information people, dans la catégorie "fils de", vous pouvez ajouter Léo Dussollier, oui le fils d'André, qui depuis 2/3 ans commence à faire des apparitions au cinéma ( ici, dans le rôle du gentil médecin). 
Voilà, "Méduse" est un premier film pas désagréable, avec une jolie image que je qualifierai de fanée, que l'on peut voir si l'on goûte aux affrontements familiaux et aux duels fratricides. 






 

lundi 24 octobre 2022

13 ème festival international du film de La Roche sur Yon


Dans un festival, un spectateur court de film en film mais se trouve dans l'obligation de piocher dans l'importante programmation que des organisateurs passionnés ont concocté. Il peut s'amuser à essayer de voir les films en compétition ( A La Roche-sur-Yon au nombre de deux compétitions, Internationale et Nouvelle Vague, soit 20 films) ou alors, au gré de ses envies, ici un classique, là une avant-première. Cette année, au très sympathique et éclectique 13ème festival international du film de LRSY( La Roche-sur-Yon), je suis allé au gré de mes envies. A ce petit jeu comme la sélection va du film grand public ( "Tempête", épouvantable mélo qui a fait l'ouverture) à des propositions beaucoup plus pointues voire hermétiques ( l'austro/argentin "A Little Love Package" de Gaston Solnicki où comment avec une héroïne sinistre visitant des appartements à Vienne et avec des plans de parquets qui grincent, de gens qui fument ou s'ennuient dans des cafés ont fait partir avant la fin les 2/3 des spectateurs présents), la chance de tomber sur des oeuvres qui nous enchantent reste aléatoire. 
Si certains films, c'est aussi ce que l'on aime dans un festival, défient le temps voire la patience du spectateur avec une radicalité pas toujours facile à comprendre ou à apprécier ( "Où est cette rue ? Ou sans avant ni après" du duo Joao Rodriguez:Rui Guerra de Mata poème visuel dans un Lisbonne des faubourgs vide où s'était tourné en 1963 "Les vertes années" de Paulo Rocha ou le très, trop, vraiment trop délicat  " Blood" de Bradley Rust Gray ( et qui, à cause de son titre, a ennuyé un trio de jeunes pensant que c'était un film d'horreur alors qu'à l'écran, avaler un bol de riz équivalait à une course poursuite automobile dans un film lambda). d'autres films provoquent un sacré enthousiasme. Je pense notamment au magnifique deuxième film de l'Islandais Gudmundur Arnar Gudmundsson "Beautiful beings" ( en course pour les oscars du meilleur film étranger, une sacrée concurrence pour le, un poil décevant, "Saint Omer" d'Alice Diop choisi pour représenter la France) ou du très maîtrisé "One for the Road" du thaïlandais Baz Poonpiriya dont on sent toutefois une inspiration à la Wong Kar-Waï ( d'ailleurs à la production). Plus classique mais qui a fait forte impression dans la salle, le premier film de la scénariste de "Carol"  de Todd Haynes ( dont on sent l'inspiration) Phyllis Nagy intitulé "Call Jane" et qui, sujet brûlant au USA, narre l'histoire ( inspirée d'une réalité ) d'un groupe de femmes pratiquant des avortements clandestins dans les années 68/73. On peut également citer "Cheese" de Damian Marcano, pimpante, drôle  et tonique histoire de trafic venu de Trinité et Tobago ( coproduit avec les USA).
Hormis ces coups de coeur,  beaucoup de films intéressants étaient proposés à notre curiosité , souvent trop longs, auxquels on aurait pu enlever au moins 20 mn :  "Blood" (déjà cité) mais aussi le silencieux et original "La Montagne" de Thomas Salvador ou le très tintinesque "Le parfum vert" de Nicolas Pariser qui pâtit d'une deuxième partie sans rythme. 
 Un festival, c'est aussi un excellent endroit pour (re)découvrir des classiques sur grand écran et cet ainsi qu'à été concocté un rapide mais très intéressant hommage à Jean Luc Godard nous permettant de (re)voir son premier film "A bout de souffle" et son dernier ( inédit en salle) " Le livre d'image".  Cela a permis de confirmer que sur la forme JLG était et est resté un précurseur ( quitte à désorienter voire ennuyer ), que dès son premier film on le découvrait sentencieux ( ce qu'il a conservé jusqu'au bout) mais également extrêmement macho ( avec notre regard d'aujourd'hui, Jean Seberg est certes d'une beauté fracassante à l'écran mais, la pauvre, est considérée autant comme un objet qu'une bonniche). 
Le festival international du film de La Roche-sur-Yon, c'est ça mais aussi beaucoup beaucoup d'autres choses ( des rencontres avec réalisateurs et comédiens, des expos, des concerts et du cinéma du monde entier), un festival varié, très sympathique et animé par une équipe jeune, dynamique et passionnée. On peut dire qu'à eux seuls ils ont réussi à ramener le public dans les salles de la ville ( 28000 spectateurs sur la semaine, comme avant COVID). C'est rassurant et bon signe ! Pourvu que ça dure ! 
PS : Le palmarès a été annoncé.  L'islandais "Beautiful Beings" a très justement remporté le Grand Prix. Ce même jury a attribué un prix spécial au film Australo/Anglo/Serbe "You won't be alone" de Goran Stolevski méditation féministe, fantastique et paraît-il philosophique qui a quand même révulsé pas mal de spectateurs ( et qui m'a peu passionné). Les prix "Nouvelle Vague" sont allés à un court-métrage Français d'Isabelle Prim " Je serai quand même bientôt tout à fait mort enfin" et au long "Rojek" film canadien de Zaynê Akyol ( pas vus). Le prix du public a été attribué au film américano/argentin "Argentina 1965" de Santiago Mitre ( pas vu ) visible depuis 3 jours Amazon Prime, signe que contrairement à Cannes le festival de LRSY accepte, comme Venise, de projeter des films venant de plateformes. 



vendredi 21 octobre 2022

Vivre vite de Brigitte Giraud


Je n'avais aucune envie de lire le dernier texte de Brigitte Giraud. C'est idiot car habituellement j'aime beaucoup ce qu'elle écrit mais là... est-ce un trop plein de promo dans les médias que j'écoute ou je lis ? Le sujet encore une fois nombriliste ?  Tirant sur le pathos ? Un récit très, trop personnel qui encore va ressembler à une psychanalyse sur papier? Je décidais de passer mon tour... Mais, sont-ce les conseils d'amis, l'apparition du titre sur quelques listes de prix, le remord ? J'ai plongé ... et je n'ai pas regretté. Il faut toujours faire confiance aux bonnes autrices !
Plus de 20 ans après la mort accidentelle de son époux, Brigitte Giraud,  questionne le passé en relatant les  jours, les heures, les minutes, les secondes qui ont précédé sa disparition. Pendant ces deux décennies, beaucoup de pensées ont tourné dans sa tête et c'est avec le fruit de ses recherches, de ses suppositions, de ses interrogations, toutes portées par le manque, le deuil, qu'elle relate ce passé plus que douloureux. 
Bonjour tristesse vous dites-vous.... Pas du tout ! Enfin, pas vraiment, car en plus de redonner une présence au disparu, c'est toute une époque qu'elle fait revivre, l'année 1999 pour être précis, une époque où internet et le portable balbutiaient et où, pour elle, "Le bonheur, c'était le peu, c'était le rare.". Elle revient sur les actions de leur vie de l'époque, grandes ( et si je n'avais pas insisté à acheté la maison de Mme Mercier ?), petites ( et s'il avait écouté Don't Panic de Coldplay ?), simples ( et s'il avait plu?) voire farfelues ( et s'il n'avait pas oublié les 300 francs dans le distributeur de billets? ). Chaque supposition ( au nombre de 23) qui aurait pu peut être changer le cours des choses, donne droit à un chapitre, les premiers personnels mais infiniment sociologiques ( un vrai regard sur la naissance des bobos) pour arriver dans un lent crescendo aux derniers, évidemment bien plus émouvants. 
Ce qui est remarquable dans ce récit, c'est son infinie justesse, sans fard aucun, sans afféterie mais surtout la subtile distance qu'instaure Brigitte Giraud avec son deuil et avec son lecteur, tout près de l'émotion,  avec la pudeur de ceux qui savent que le partage entre humains est essentiel mais que personne ne peut s'approprier sa douleur. 


 

jeudi 20 octobre 2022

Débarquer de Hugo Boris



Pour un romancier, alors que tant de choses ont déjà été écrites, trouver un sujet et arriver à être original relève du talent ( oui, je sais, ça ne concerne pas touts ceux qui publient en ce moment, mais sont-ils romanciers ou simplement de plus ou moins bons faiseurs? ). Prenez le dernier roman d'Hugo Boris qui met en scène un soldat américain pris en plein débarquement en juin 44 et revenant des décennies plus tard sur les plages normandes, on se dit que c'est classique et pas emballant d'originalité. Si en parallèle vous y ajoutez une mère de famille seule avec ses deux enfants en bas âge qui officie comme guide touristique sur ces mêmes plages, vous imaginez tout de suite les liens qui peuvent se créer entre ces deux personnages, l'émotion que l'on peut en tirer, le romanesque fouetté par le vent normand qui balaie le sable où sont enfouis une tonne de souvenirs.  Sauf que...vous n'êtes pas Hugo Boris. Si de l'émotion il y aura, elle n'arrivera pas de la façon la plus attendue. Quant à la  rencontre de ces deux personnages, elle ne prendra pas non plus  la forme que l'on pense. 
"Débarquer" nous surprend constamment. Le premier chapitre, véritable morceau de bravoure, nous plonge d'emblée dans une revisite du soldat Ryan, en plus précis, plus organique, plus intime. On n'a pas le temps de reprendre notre souffle que nous sommes projetés plus de 70 ans plus tard dans le sillage d'une mère de famille dépassée par les événements de la vie. C'est un autre tourbillon qui nous attend dans un automne où l'on ressent déjà le froid des bourrasques normandes avec cette femme sous tranquillisants. Elle court, elle délaisse sa maison, ses enfants aussi, multiplie les galères dans une journée qui lui fera rencontrer un vétéran américain. Avant le face à face de ces deux là, le romancier appuie ( peut être un poil trop par  moment) le portrait psychologique de son héroïne qui se débat avec un passé récent tragique. La rencontre surprendra, étonnera, énervera le lecteur, car ne se déroulera pas du tout comme on pouvait s'y attendre. Mais, grâce en partie à tous ces contre-pieds, un final franchement émotionnel,  pas mal cinématographique ( un poil trop bref peut être) nous saisira et nous montre qu'au-delà du temps, des espaces, certaines histoires tissent des liens inespérés qui peuvent soulager les peines ( c'est classique mais ça fonctionne toujours).
Un joli roman, bien écrit, qui ne déparera pas dans la belle bibliographie de son auteur. 


 

mardi 18 octobre 2022

E O de Jerzy Skolimowski


C'est l'histoire d'un âne ballotté au gré d'adultes qu'il rencontre. C'est le film d'un grand réalisateur de 84 ans. C'est un plaidoyer pour le monde animal et contre la souffrance que lui inflige les hommes. C'est aussi un portrait sans concession sur notre monde qui va mal. C'est aussi et surtout un film expérimental. 
Tout cela mit bout à bout, fait hurler au chef d'oeuvre car un vieux réalisateur qui propose un film novateur dans sa narration et son visuel, avouez que ça a de la gueule. 
Sauf qu'à bien y regarder, on peut quand même y trouver des défauts. Prenons le côté expérimental avec filtres colorés et drones rasant, survolant, tournicotant, ça fait son effet au début mais ça finit au bout d'un moment par être répétitif ( oui on a compris, l'écran en rouge, c'est la peur, ça tourbillonne , c'est l'âne qui pense). Mais si vous rajoutez à tout ça une musique assez grandiloquente qui surjoue ces effets, nous sommes très loin du kitsch Disney avec ses films animaliers anthropomorphiques mais c'est un autre kitsch qui surgit, celui d'un épate gogo contemporain tout aussi bourratif. Le scénario ne brille pas par son originalité et les passages d'un propriétaire à l'autre ( avec quelques évasions) recourent à de grosses ficelles que les belles images ( un peu à la Malick si on est de bonne humeur, un peu aussi à la Godard dernière période) n'arrivent pas à occulter. Les cinéphiles vont pouvoir y trouver d'autres références avec en tête évidemment Robert Bresson et son Balthazar mais des passionnés peuvent en dénicher d'autres ( Les cahiers du Cinéma évoquent même Scream) mais ni l'âne Trotro, ni la comtesse de Ségur , ni Francis Jammes ( quoique...) ne semblent cités. 
Ce film expérimental mais, assurément très original dans la production actuelle, prend la défense des  animaux ( difficilement critiquable)  et démontre que tous les hommes sont mauvais ( pourquoi pas )  ...même Isabelle Huppert ! Mais que vient faire notre Isabelle nationale dans cette histoire d'âne ?!?! Figurez-vous que vers la fin du film elle surgit à l'écran dans une scène hallucinante. Exit l'âne qui broute paisiblement dans le pré et vive cette belle mère amoureuse de son beau fils prêtre ! On n'en croit pas nos yeux, ni nos oreilles tant cette scène atteint des sommets de rococo avec en plus une actrice qui joue comme une savate. Le charme, s'il y en avait, un est rompu... Puis on retrouve l'âne qui encore une fois préfère fuir.... On pourrait faire de même...
Pour Jerzy Skolimowski, rien ne vaut la compagnie des animaux et en voyant son film on ne peut pas le contredire. Cependant, regarder mes chats vivre est plus reposant pour les yeux et les oreilles que de regarder son "E O" malgré les références et les messages appuyés. Par contre, pour la geste moderniste et la scène avec Huppert ( parce qu'elle a des chances de devenir cultissime), on peut visionner cette défense du monde animal. 
PS : L'affiche est vraiment magnifique ! 




 

lundi 17 octobre 2022

Les sept divinités du bonheur de Keigo Higashino


Puisque nous faisons attention à notre empreinte carbone, voyageons en livre. Direction le Japon, certes réputé pour ses mangas mais pas que. Il existe au pays du soleil une star du polar qu'Actes Sud publie depuis une dizaine d'années : Keigo Higashino. Ses romans connaissent un succès énorme dans toute l'Asie et sont tous pour la plupart adaptés à la télévision ou au cinéma. En France, le succès va grandissant et, si vous n'avez parcouru aucun roman de Mr Higashino, celui-ci devrait vous ouvrir les portes de son univers romanesque. 
Tout d'abord rangez vos idées de narration à la manga, vos images de samouraï, de Yakuza ( pas dans celui-ci), nous sommes très loin des thrillers violents avec serial-killer à la cruauté en bandoulière. On pourrait qualifier Keigo Hiagashino de Simenon du Japon ou de Malet Léo de Tokyo. Ici pas de rebondissements à chaque chapitre ni de final à haute tension, juste une narration qui prend le temps, qui nous balade très agréablement dans des quartiers de Tokyo avec un duo de policiers qui réfléchit et dont on suit pas à pas les raisonnements et les doutes. 
Pas à pas, ne signifie pas que l'on s'ennuie... loin de là. L'auteur pose l'histoire : Un homme est retrouvé poignardé sur un pont décoré d'animaux fantastiques ailés. Qui a fait le coup ? Est-ce cet homme qui en s'enfuyant lors d'un contrôle de police s'est fait renversé par un camion et se retrouve dans le coma ? Nous suivrons deux policiers qui cherchent vraiment la vérité avec toujours dans la tête que celle-ci n'est jamais la plus évidente qui se présente. L'écrivain nous plonge dans Tokyo moins clinquant que dans les clips touristiques, avec une population précarisée par un chômage ambiant et son corollaire, les entreprises cherchant le profit à tout prix. L'enquête, jamais dans la violence, cérébrale à souhait, avancera vers un dénouement imprévisible pour un lecteur qui tourne les pages avec plaisir car est glissé dans chaque chapitre un nouvel élément intrigant. 
"Les sept divinités du bonheur" , en plus de vous faire voyager pour pas cher, saura vous offrir un bon moment de lecture, au chaud sous un plaid ( ou en col roulé puisque c'est la mode !) sans vous faire frémir. Un bonheur de polar !  


 

vendredi 14 octobre 2022

Libération, nos années folles 1980-1996 de Marie Colmant, Gérard Lefort et Pochep



Ce roman graphique,  pour qui lit depuis des décennies ce journal et qui plus est a dévoré les chroniques de Marie Colmant et Gérard Lefort, possède un parfum de madeleine évident. Reviennent donc les souvenirs des années 80 avec le fantastique supplément de l'époque ( un peu évoqué dans cet album) "Sandwich" avec ses dizaines de pages de petites annonces de rencontres sexuelles de tout genre à faire passer les Tinder et Grindr d'aujourd'hui pour de petites rosières bien timides et guère inventives. 
Si j'évoque cet encart du samedi, c'est que les auteurs ont débuté à cette époque et ont incarné par leurs papiers drôles et piquants le parfait contrepoint journalistique cet esprit libre et frondeur. 
Quarante après, restent les souvenirs. Un peu de nostalgie parcourt le récit, teinté d'humour bien sûr mais  contant l'histoire des plus belles années de ce journal de gauche. Et comme nos deux larrons auteurs travaillaient au service culture ( cinéma et mode) on a droit à quelques anecdotes autour de stars mortes ( ça évite les remarques ou les procès) comme Belmondo, Montand,... mais font pudiquement grâce de pas mal de leurs éclats critiques qui firent hurler le monde du cinéma et de la mode. 
Ceux qui n'ont pas connu cette époque ne seront nullement largués ou ne feront pas la fine bouche, car, c'est un peu "les belles histoires de tata Marie et tonton Gérard" qui nous sont contées en courts chapitres thématiques, émaillés de portraits hommages des figures emblématiques du journal.  Les seize années évoquées ici, retracent avec bonheur toute une époque d'une bulle, certes parisienne, fort libérée et inventive, mais qui fit face aussi à l'épidémie du SIDA qui, ici, et peut être plus qu'ailleurs, faucha pas mal de membres de l'équipe. 
Cependant, grâce à l'humour des deux confrères et au dessin franchement réussi de Prochep ( Ah... Marguerite Duras !!!), le sourire et le rire l'emportent largement sur la tristesse. Anciens lecteurs ou pas, jeunes ou plus matures, cinéphiles ou pas, cette BD hommage est un pur régal. 



 

Sous l'eau de Catherine Steadman

La couverture appâte d'emblée avec ce million de lecteurs conquis .... Déjà ce sont des lecteurs pas des livres vendus... Si chaque livr...