jeudi 28 février 2019

Les 100 mots de la photographie de Pierre-Jean Amar


Relookée depuis 2017, la collection Que sais-je ? continue vaillamment de nous proposer ses petits bouquins pour faire le tour d'une question dans un format assez court. A l'intérieur  cette collection, est née il y a plus de 10 ans une série intitulée " Les 100 mots " ( parfois 101, coquetterie d'auteur sans doute) autour de thèmes aussi variés allant de la régulation ( oui, ça existe !)  aux bobos. Paraît en ce moment ce titre " Les 100 mots de la photographie" dont on peut bien se demander à qui il s'adresse réellement. Aux professionnels ? Mais ne connaissent-ils pas déjà leur univers de prédilection ? Aux amateurs, aux novices ? Ne risquent-ils pas d'être impressionnés par ce tour d'horizon assez copieux de 120 pages ? 
On commence ( ordre alphabétique oblige) par " 10 livres" ( les nombres passent avant les lettres), petite bibliographie de très bon ton et indispensable selon l'auteur ( de Roland Barthes  à Léonard de Vinci en passant par Susan Sontag). On sent que ça ne va pas rigoler par la suite, que nous sommes au PUF ( Presses Universitaires de France) et que c'est du sérieux. Le premier mot "Agences de presse" se présente, anodin, pas emballant ... Bref historique, kyrielle de noms de photographes cités, on entre dans le vif du sujet. On sent que l'auteur connaît son monde et cherche un partage simple des connaissances. On continue avec " Album photo"  et là, ce que l'on avait pressenti dans la première entrée prend tout son sens. Ca devient passionnant, tellement on sent une maîtrise parfaite du sujet. La suite s'enchaîne, se lit quasiment comme un roman ou comme un bon essai documentaire, car tout semble simple sous la plume de Pierre-Jean Amar. Alors, sautant de Avedon et Penn" en "Daguerréotype" ou " Objectifs" voire "Erotisme" et même " Roman-photo", s'ouvre devant le lecteur tout un univers, dont l'étendue et les pratiques sont innombrables. C'est un voyage érudit et très plaisant, fait pour attiser la curiosité du lecteur que l'on nous propose ici. On plonge dedans avec de plus en plus d'appétit, satisfaisant notre curiosité en allant voir sur le net les photographes moins connus évoqués. Nous ne sommes même pas noyés sous les détails techniques qui sont traités avec simplicité et l'on sourit même aux quelques aphorismes placés de-ci de-là selon les mots proposés  ( " Les arrières-plans devraient avoir des clochettes" Guy Le Querrec). 
Réellement destiné aux amateurs curieux, " Les 100 mots de la photographie"  offrira à ces derniers une ouverture grand angle qui leur permettra de regarder d'un autre oeil selfies ( oui c'est une entrée du livre) et autre Photoshop ( il fait partie des 100 !) et s'ils sont invités à dîner  chez un photographe professionnel, pourront sans problème tenir une discussion quelque peu argumentée. On referme l'ouvrage plus riche et l'on regarde avec d'autres considérations photos et appareils. Merci qui ? Merci "Que sais-je" ? décidément irremplaçable !  

Merci au site BABELIO et aux PUF pour la découverte de cet ouvrage !

dimanche 24 février 2019

Les impatients de Maria Pourchet

Je suis Paul, un lecteur, lambda. Je cherche un roman, faut bien passer le temps dans le train. Cependant, quand on voyage en première classe, autant éviter les écouteurs dans les oreilles et/ou le film sur son ipad, histoire d'être raccord avec ce qu'on imagine comme voisins de siège, aisés et sensément cultivés. Le livre devient, en plus d'ouverture sur le monde, un possible pour discuter. La quatrième de couverture ne donnait pas franchement envie de lire, mais on voulait un "Gallimard", snobisme de première classe. Bizarrement le Relay de la gare n'avait qu'une pile du dernier Muriel Barbery et ce Maria Pourchet. Ayant subi un précédent de l'élégante au hérisson, va pour "Les impatients". Pas trop long, le bon beige. Parfait. Confortablement installé, une légère odeur vanillée de ma voisine ( du Guerlain sans doute) m'accompagne, je découvre Reine et... Oh ! Je suis déjà arrivé à destination! Surprise, émoi. Le temps, la distance se sont envolés. J'émerge du flot tumultueux de la vie d'une carriériste très 21ème siècle, passée par HEC et qui patauge dans une entreprise du luxe avec algues rouges, capitaux forcément capiteux et dents blanchies juste ce qu'il faut pour bien montrer sa réussite et éventuellement laisser des traces sur le parquet. Le bandeau disait " Toujours plus vite". Pour une fois, aucun mensonge, le TGV a doublé sa vitesse !
Je suis Pierre, blogueur. Devant mon clavier, balance des sentiments. Qui suis-je pour écrire des avis sur des bouquins ? Mais aussi, comment rendre incontournable la lecture de ces " Impatients" dont l'écriture peut rendre jaloux les neuf dixièmes de ce que la France compte comme écrivaillons ? En utilisant scolairement et sans talent les attaques de chapitre de ce roman pour les paragraphes de ce billet ?  Peut être que cela donnera une minuscule idée de ce qu'offre le livre. Mais, l'exercice est vain. Maria Pourchet est unique. Maria plonge dans la langue française pour l'adapter à son époque, à son histoire de création d'entreprise. Pas fun ? Pfff, détrompez-vous. C'est rapide comme une excellente série américaine, caustique comme rarement, sociologiquement hilarant car parsemé de petites remarques piquantes mais réelles. Tout ça, non pas grâce à l'intrigue ( intéressante mais sur le papier pas vraiment palpitante)  mais au style, oui au style, à l'écriture, à cette fantaisie joueuse et drôle qui empoigne le récit pour le rendre immédiatement passionnant, à cette façon unique de faire boxer les mots, les phrases, au rythme énergique de son héroïne. Au début on est un peu surpris mais on adore très vite. Le plus, c'est que jamais, mais jamais, cela ne s'arrête. Le roman est tenu jusqu'au bout ( malgré une petite histoire d'amour qui aurait pu faire basculer l'ensemble).
Alors, chapeau bas, Maria Pourchet, je vous découvre et je ne suis pas prêt ni de vous oublier, ni de passer à côté de vos précédents ouvrages. Qu'est-ce que ça bien du bien de découvrir un vrai auteur ! 

samedi 23 février 2019

Les tribulations d'Arthur Mineur de Andrew Sean Greer


Ces " tribulations d'Arthur Mineur" le prix Pulitzer 2018 ( en gros le Goncourt US) viennent rejoindre sur la liste Ernest Hemingway ou Norman Mailer. Il faut se rendre à l'évidence, le roman ne possède pas toutes les qualités majeures du " Vieil homme et la mer " ou du " Chant du bourreau" mais diffuse sur un mode mineur un joli parfum où une douce mélancolie se lie avec un humour léger. 
Arthur Mineur traîne sa longue silhouette d'écrivain miné, un peu minable dans sa tête et mineur aux yeux des éditeurs. Il redoute la cinquantaine qui approche à grands pas et qui lui apparaît comme le début de la vieillesse. Célibataire, sans grand but dans la vie depuis que son dernier roman a été refusé, Arthur apprend que son ancien amant va se marier. Comme il veut fuir cet événement qui l'insupporte, des regrets traînant encore dans sa tête, il décide d'honorer quelques invitations improbables qui l'amèneront aux quatre coins du monde. 
Le roman va donc nous conduire successivement  en France, en Italie, en Allemagne, en Inde et au Japon. Un sacré voyage qui sera surtout l'occasion de se souvenir des jours anciens. Et qui dit passé dit flash-blacks, extrêmement nombreux, tellement dans l'ADN de l'auteur que même dans sa narration au présent il arrive à en glisser sur des événements passés quelques instants avant. 
Sans être vraiment sympathique, Arthur Mineur, un peu égocentrique et rêveur, garde une certaine innocence qui finit par le rendre touchant et un poil décalé. Avec un humour délicat, Andrew Sean Greer, promène son personnage qui, par moment, ressemble à un monsieur Hulot qui aurait pris une allure dandy. Voyager avec lui reste plaisant, léger. C'est toutefois l'occasion d'aborder le thème du vieillissement chez l'homme mais aussi d'égratigner le milieu littéraire et ses improbables colloques et prix divers. 
Avec cette thématique pas vraiment originale d'un érudit littéraire en proie aux prémices de l'âge(  longuement abordée par David Lodge entre autres), l'auteur parvient toutefois à faire passer un agréable moment au lecteur. On voyage, on sourit aux touches piquantes semées ça et là, on finit par se sentir pas trop mal, un peu comme dans un Chesterfield, c'est un peu raide au début ( comme Arthur Mineur, comme ce style aimant les retours en arrières à foison) puis on finit par trouver cela assez confortable. Cependant, ce cru 2018 du Pulitzer ne restera sans doute pas mémorable. 



lundi 18 février 2019

Manifesto de Léonor de Récondo



Léonor de Récondo fait partie de ces écrivains qui étonnent à chaque sortie d'un nouveau roman en proposant un sujet inattendu. On se rappelle qu'elle a décortiqué le talent naissant d'un Michel Ange dans "Pietra viva", proposé une sorte d'amant de Lady Chatterley au féminin avec "Amours", c'est certes égarée dans une histoire de changement de sexe avec " Point cardinal" et cette année nous revient avec un texte beaucoup plus personnel sur la mort de son père.
"Manifesto" se présente à la fois comme le récit des dernières heures de son père que l'auteure et sa mère accompagnent dans une chambre d'hôpital où il est plongé dans une sédation profonde mais aussi l'évocation par le biais d'un rêve/fiction qui donne au mourant la possibilité de rejoindre Ernest Hemingway et d'échanger avec lui autour de son enfance, de la guerre, de la mort. Nous passons alternativement de la chambre au soleil du Pays Basque ( français et/ou espagnol). Le procédé aère sans conteste le récit même si chacun évolue dans la gravité. La mort plane sans cesse car la vie de ce père fut jalonnée de musique, d'amour mais aussi de nombreux deuils.
On retrouve donc la Léonor de Récondo que l'on apprécie avec son écriture empreinte d'une grande sensibilité et d'une grande poésie. Toutes les pages situées auprès du lit du mourant sont magnifiques de justesse, de retenue et d'émotion. En musicienne confirmée ( musique et mots), elle déroule une partition aussi délicate que naturaliste, que l'on retrouve également dans l'autre partie du livre, mais qui elle, apparaît un peu moins convaincante. Si le grand Hemingway, apporte sans doute une touche plus littéraire au livre, elle lui colle aussi un côté poseur. La présence finalement superfétatoire de cet aficionado américain, amoureux de gin et de femmes, rend le texte inutilement alambiqué. Le livre retrouve toutefois une belle tonalité grave et poétique quand l'ombre du grand écrivain veut bien s'estomper pour laisser toute la place aux souvenirs.
" Manifesto" reste un beau roman à la sensibilité à fleur de peau qui évidemment touchera. On pourra regretter que cet hommage à ce père au destin romanesque se pique d'un intellectualisme un rien maniéré, lui ôtant un peu d'émotion.  

samedi 16 février 2019

Première dame de Caroline Lunoir



Voici le journal de la femme d'un homme politique français du jour de sa décision de participer aux primaires de son parti jusqu'aux résultats du premier tour de la présidentielle. En compilant pas mal de faits récents survenus à quelques personnalités en vue, Caroline Lunoir essaie de nous faire vivre de l'intérieur cette course au titre suprême. C'est donc sans surprise que sont évoquées quelques affaires célèbres passées qui décorent un récit dont on a du mal à percevoir exactement le but. 
Est-ce un pari littéraire contenant un maximum de scandales politiques récents ? Si c'est le cas, le but est atteint, avec un intérêt très moyen, toutes les péripéties évoquées n'étant jamais surprenantes. Est-ce le portrait caché de Pénélope Fillon, que l'on devine sans mal derrière cette malheureuse héroïne ? On peut le penser. Est-ce un portrait à charge que cette bourgeoise, catholique, quatre beaux enfants qui réussissent et se reproduisent allègrement et dont la naïveté de départ laisse perplexe? Difficile à déterminer.  Comment peut-on croire une seconde qu'une épouse d'homme de pouvoir puisse être aussi nunuche ? Elle l'aime, elle l'admire, elle est est émerveillée par son talent, son charisme et tombe des nues quand elle apprend qu'il a une maîtresse ! Elle ne doit lire que le magazine Rustica ... ( oui, elle adore jardiner dans sa jolie propriété en province). Plus tard, elle avalera son chapelet en découvrant quelques comptes cachés au Luxembourg et qu'un  mari puisse planquer du fric à l'étranger. Le lecteur aussi est ébahi par tant de candeur et se demande si on ne le prend pas pour un demeuré, tout en se questionnant sur le morale de cette histoire.
La dernière partie de ce roman/journal continue à jouer sur l'ambiguïté. En creux l'homme politique apparaît bien comme un animal égoïste à sang froid ( mais continue à dialoguer avec un curé de ses amis, sans doute pour utiliser cette morale catholique si pratique, du confessé/pardonné) et l'épouse semble, enfin, se révolter un petit peu, tout en avalant de nouvelles couleuvres. Mais plus l'échéance plus approche, plus l'appétit féroce du pouvoir et de la réussite, sentiment inné dans ce genre de milieu, va retoquer les sentiments et faire digérer les soi-disant déconvenues. 
On achève le livre avec un sentiment plus que mitigé.  Pas follement original, ni passionnant, ce portrait slalome entre le cruel et le nunuche, sans jamais trouver une ligne directrice. Une fois refermé, on se demande si, au final, ce roman n'est pas écrit pour consoler les électeurs déçus de François Fillon, mais à la façon d'un article du Figaro Magazine, pour surtout ne pas bousculer un lectorat qui ronronne dans son Chesterfield. 

jeudi 14 février 2019

Deux fils de Félix Moati


Quel ennui total que ce film... à l'image de sa bande annonce qui pourtant présente, comme d'habitude,  les meilleurs moments, les meilleures répliques ! En deux minutes vous n'accrochez pas, alors imaginez passer une heure trente en compagnie de gens dont on a rien, mais alors rien à foutre des vagues tourments qui les habitent. Un père médecin quitte son job pour se consacrer à l'écriture d'un mauvais roman. Son fils aîné fait semblant de courir après une thèse en psycho et son cadet court aussi mais après une donzelle ingrate ( on la comprend, le quasi ado a vraiment une tête à claques). Bref rien de neuf, le tout dans un milieu bourgeois parisien qui se regarde le nombril. Alors oui, il y a Vincent Lacoste qui, comme il n'a rien à dire ni à faire d'intéressant, traîne son mal de vivre dans un Paris entre chien et loup, Benoît Poelvoorde, très sobre,  prend des airs tristes ( sans doute pour se demander ce qu'il fait là), Anaïs Demoustier joue encore une fois les utilités ( si ça continue, on va nous la transformer en belle potiche, ce qu'elle ne mérite pas) et Noémie Lvovsky fait sa trentième apparition dans un film français, sans doute comme caution intello. Une musique jazzy à la coolitude assumée enveloppe l'ensemble, achevant de rendre le film totalement mou du genou et sans allant. 
Les bâillements furent nombreux durant toute la séance, mes voisins de siège, de part et d'autre,  ont eu l'impression des'être fait une nouvelle fois avoir par une critique très très bienveillante ( pourtant on parle de brouillon, d'hésitations, d'ambiance ténue... ).  Le sympathique Félix Moati doit avoir un bon ticket avec la presse, mais de grâce, si comme comédien on peut l'apprécier, comme réalisateur on repassera. 
"Deux fils" représente parfaitement cette portion du cinéma français qui se regarde filmer et cultive un entre-soi fort désagréable. A fuir ! 







mercredi 13 février 2019

Les drapeaux de papier de Nathan Ambrosioni


Réaliser un premier long-métrage à 19 ans laisse rêveur sur la détermination de Nathan Ambrosioni ( certains diront qu'il avait déjà du réseau... ce qui m'étonnerait quand on vit dans le sud de la France dans une famille moyenne lambda). Il a obtenu l'avance sur recette à 18 ans ( un record paraît-il) et réalise son film dans la foulée en ayant convaincu une jeune productrice et deux comédiens de se lancer dans l'aventure. Le résultat est sur les écrans et, il faut avouer qu'il impressionne. 
Que peut donc raconter un homme de 18 ans ? Des amours adolescentes ? Ses rapports avec papa/maman ? Nullement ! Il nous cause de réinsertion après un séjour de 12 ans en prison ! Bon pour le fun, on repassera, mais quand on voit le résultat, on se dit que l'on a bien fait d'avoir pris son billet. 
Entendons-nous bien, "Les drapeaux de papier" n'est pas le chef d'oeuvre de l'année, mais assurément l'un des très bons films français de ce début 2019 qui marque avant tout l'éclosion d'un jeune talent dont on entendra sans doute encore parler dans le futur. On pourrait faire le rapprochement avec Xavier Dolan dont on le sent inspiré, reprenant sa façon de filmer au plus près les comédiens, mais sans la prétention du canadien. Par contre, il a le même génie de la direction d'acteurs. Guillaume Gouix et Noémie Merlant, explosent littéralement dans ce film. Le premier commençait à imposer sa silhouette depuis quelques années et apparaît ici aussi intense que touchant. La seconde, déjà remarquée dans "Le retour du héros" dans un rôle comique, prouve ici l'étendue de son (grand) talent. Dans la rôle de la petite soeur surprise par le retour de cet aîné qu'elle ne connaît pas et qu'elle va à la fois découvrir et épauler durant son rude retour à une vie normale, elle touche comme rarement. 
Nathan Ambrosioni, avec un petit budget, un bon scénario et deux excellent comédiens, parvient à faire un film touchant, mettant en scène avec justesse des personnages de tous les jours. 
Pas d'esbroufe ( ou presque), une belle lumière, un beau regard de cinéaste et un casting 4 étoiles  font de ces " drapeaux de papier" une découverte motivante qui nous rassure quant à l'avenir du cinéma français. D'ailleurs, le public ( nombreux) du festival Premiers Plans d'Angers ne s'y est pas trompé, il lui a attribué son prix, signe qu'il y a pris un vrai plaisir. Donc, cette semaine, plutôt que d'aller se raser avec " Deux fils" (autre premier film), aller découvrir un cinéaste de demain, vous ne le regretterez pas ! 




mardi 12 février 2019

Comment tout a commencé de Philippe Joanny


Des souvenirs d'adolescence, la découverte de l'homosexualité chez un garçon, une famille dysfonctionnelle sont le fil conducteur de ce premier roman. A priori, rien de bien original,  du déjà lu et relu maintes fois depuis au moins des décennies. Et pourtant, il émane de ce texte, très joliment écrit et composé, un vrai charme dû à la fois au talent de son auteur mais aussi à d'autres ingrédients qui se mélangent fort bien avec les thèmes précités : la description d'une époque, celle "des derniers vestiges en noir et blanc" d'un quartier parisien ( celui du secteur Bercy/Austerlitz)  qui disparaît peu à peu pour laisser place à un palais omnisport, un opéra et les immeubles modernes qui vont avec.
Le roman débute à fin des années 70 pour se terminer aux alentours du revirement libéral de François Mitterrand, années qui coïncident avec l'arrivée du SIDA. Le jeune narrateur, 11 ans au début du roman, va petit à petit grandir et connaître les affres de la préadolescence. Son regard va s'ouvrir avec plus d'acuité sur un monde que l'enfance lui faisait apparaître plus doux. Habitant près d'une gare,  dans l'hôtel sans étoile tenu par ses parents, les occasions sont nombreuses pour découvrir la vie sous des facettes pas toujours les meilleures. C'est aussi un terrain de jeu où les bouleversements du corps et les assauts inexorables d'une sexualité balbutiante peuvent trouver quelques réponses. Mais qu'il est difficile quand on est un garçon finalement très couvé et protégé par une mère débordée et en perpétuelle guerre avec un mari certes fin bricoleur mais coureur, de se découvrir différent. Il y a presque 50 ans, on ne parlait encore que peu de cela, surtout dans un milieu traditionnel, même parisien. Et quand l'épidémie du SIDA pointe son nez mauvais, avec ses commentaires nauséabonds laissant supposer tout et n'importe quoi, très difficile pour ce garçon d'envisager un avenir serein.
Avec une justesse de trait imparable, Philippe Joanny brosse deux splendides portraits, celui de cette époque qui va vraiment faire basculer la  France dans une nouvelle modernité, voir disparaître pour toujours les dernières reliques d'un univers d'après-guerre, où naissent deux calamités, la maladie citée plus haut et le FN et celui d'un jeune homme troublé par la sexualité qu'il découvre. Sans fard  mais sans voyeurisme, l'auteur n'occulte rien et peint ainsi avec précision ces années grises. La petite et la grande histoire se mêlent avec harmonie. Si une grande nostalgie plane sur ces pages très visuelles, sourd toutefois cette tension perpétuelle dû au SIDA qui a serré les coeurs de toute une génération. Cette chronique aussi poignante que juste, reste un très agréable moment de lecture.

Merci à BABELIO et aux éditions Grasset pour la découverte de ce roman. 

lundi 11 février 2019

Qui a tué l'homme-homard ? de J.M. Erre


On a attendu une année de plus qu'à l'habitude, mais ça y est notre J M Erre nouveau a paru ! Et si nous l'avions un peu perdu dans "Le grand n'importe quoi", son précédent opus pas totalement réussi, avouons-le, " Qui a tué l'homme-homard ?" signe un retour en fanfare. Du décalé, du déjanté, du rocambolesque et de l'humour à revendre composent un récit aux accents policiers. 
Dans un village perdu de Lozère, à deux cents kilomètres de la première maternité, un homme dont les mains ont la forme de pinces de homard, est retrouvé mort façon puzzle dans sa petite bicoque. Banalement, le roman nous racontera la traque au coupable. Banalement ? Sûrement pas ! De la narratrice, une polyhandicapée sur fauteuil roulant électrique dont seul le majeur arrive à se dresser  comme un doigt d'honneur à la vie, aux habitants très très dépareillés de cette bourgade depuis l'installation après guerre d'une bande de freaks, tout détonne. C'est un festival d'humour tous azimuts. Au diable la bienveillance et les bons sentiments, on n'a jamais autant ri avec une handicapée baveuse transformée en enquêteuse de choc. Son regard cinglant, sa parfaite connaissance du genre humain en font de toute évidence, une héroïne comme on en rencontre peu. 
J.M. Erre déploie son humour cinglant, acide mais aussi bon enfant dans une intrigue gourmande comme un bon gâteau avec trois couches d'excellent chocolat. Une couche de chocolat blanc pour une intrigue policière gratinée dont les multiples rebondissements nous font tourner les pages avec empressement, une couche de chocolat praliné pour un humour qui ne respecte rien et va dézinguer aussi bien les médias, les réseaux sociaux, les autruches que la vie en société et une dernière de chocolat noir, non pas pour accompagner une sombre intrigue, mais pour décortiquer, analyser les intrigues de romans policiers. Plusieurs degrés de lecture qui se chevauchent, toujours avec drôlerie et sans jamais être pesants. A ce niveau là, même si notre auteur ne fait pas dans la dentelle niveau intrigue, c'est quand même du grand art !
" Qui a tué l'homme-homard" sera votre roman détente de cette fin d'hiver où plane une certaine sinistrose, un roman dingue, dont vous n'aurez pas à rougir ou alors seulement parce que vous ne pouvez plus respirer tellement vous riez ! 

Merci à Babelio et aux éditions Buchet-Chastel pour cette lecture hilarante !



samedi 9 février 2019

La favorite de Yorgos Lanthimos


Yorgos Lanthimos, enfant ( mais peut être adulte) a dû adorer les poissons rouges, si fort, que parfois il s'est mis dans la peau de Jean-Paul ( peut être le nom donné à ce silencieux animal). Ainsi, il voyait dans sa tête un monde étrange, pris dans la nasse des conventions, effet accentué par la déformation occasionnée par l'arrondi de son bocal en verre. Et maintenant, à 45 ans, il introduit cette sensation dans son nouveau film où si l'on y aperçoit de vrais canards ou de vrais homards ( il doit adorer ce crustacé !) faisant la course, le poisson rouge, lui, c'est le spectateur! ( Merci l'effet eye fish !). 
Rassurez-vous, ce ne sont que quelques moments de ce film en costume d'époque, mais ils étonnent autant qu'ils interrogent. Cependant, ce sont les seuls excès de pose auteuriste  du réalisateur grec, visiblement plutôt assagi et offrant ainsi un long-métrage nettement plus abordable qu'à l'habitude. Viser plus les Oscars que les prix dans les festivals branchés ( même si Olivia Colman a obtenu un prix d'interprétation à Venise), semble avoir été un nouveau paramètre dans la conception de cette "favorite" et cela se voit. Sans céder aux chromos sirupeux ou aux performances spectaculaires d'acteurs en vogue pour décrocher la fameuse récompense ( cf la flopée de films US au charme rebattu qui inondent les écrans tous les mois de janvier/février) , en glissant partout des scènes pas toujours aimables ou irrévérencieuses, " La favorite", truste quand même les nominations à Hollywood. On peut comprendre pourquoi, tant les deux heures que dure le film passent vite. Sur un scénario imparable, aux dialogues vifs et acérés, trois comédiennes, Emma Stone, Rachel Weisz et Olivia Colman, rivalisent de talent devant une caméra inspirée, jouant en virtuose avec des cadres et des lumières toujours surprenants. Constamment sur le fil, au bord d'en faire trop et de tomber dans le maniérisme, le film ne bascule jamais et dépeint avec finesse et mordant un monde baroque, solitaire et sérieusement gangréné. Cette cour anglaise du XVIIIème siècle, où se trame une sordide histoire de pouvoir au féminin, a visiblement inspiré le réalisateur. Avec peu de décors ( 3 pièces tout au plus), mais rendus toujours mystérieux, originaux par un soin extrême du détail décalé et une prise de vue originale, le film déploie son aspect vénéneux et emporte le spectateur dans un univers à l'historicité un peu réinventée mais tellement ludique ! Et quand en plus, le récit est mené avec un rythme effréné, c'est du bon cinéma qui nous est offert là, un cinéma qui peut satisfaire une infinité de publics, du plus pointu au plus simple. 
Dire que "La favorite" est mon favori aux Oscars, est facile, mais qu'importe, cela nous change tellement de toutes ces productions bien pensantes conçues pour attraper la célèbre statuette...






jeudi 7 février 2019

Belle-Amie de Harold Cobert


Vous ne l'attendiez pas et pourtant la voilà ! Une suite de "Bel-Ami" de Guy de Maupassant ( paru en 1885) se dresse fièrement en librairie. Mais quelle drôle d'idée ! Est-ce un coup d'éditeur ? Le résultat d'un pari après une soirée bien arrosée ? Une intention un poil vaniteuse de se glisser dans les rails d'un grand maître de la littérature française ? On ne sait pas trop mais le résultat est là, 416 pages d'une suite sous le patronage de Tatiana de Rosnay ! ( Certes grosse vendeuse, mais dont le dernier ouvrage a très justement déçu, y compris son lectorat le plus énamouré...donc bandeau à double tranchant).
Le roman débute par trois chapitres qui, malgré une évidente imprégnation du style de Maupassant, n'échappent pas à la lourdeur car il s'agit de (re)mettre à niveau le lecteur et de résumer les épisodes précédents. Donc on retrouve Georges Duroy de Cantel, parvenu grâce à ses différentes maîtresses à épouser la richissime Suzanne Walter et à devenir directeur d'un journal parisien appartenant à son beau-père. Parti de rien de sa campagne normande, il compte bien continuer son ascension dans la société et vise maintenant la politique et même un ministère.
Revanche, manipulations, corruption, vengeance seront les quatre mamelles d'une intrigue qui verra Georges gravir les marches de la gloire ...avant la chute. Des femmes bien sûr jalonneront ce parcours ( en fait pas tant que ça, car contrairement à ce que laisse supposer le titre, la gent féminine est ici en arrière-plan) qui rappelle pas mal un roman récent à succès, " Couleurs de l'incendie" de Pierre Lemaître mais avec nettement moins d'allant. Avec des thèmes aussi peu sexys que le magouillage sous la troisième république ou le montage financier du creusement d'un canal au Nicaragua, Harold Cobert parvient à attraper son lecteur et, il faut le dire, avec son imitation de Maupassant, arrive à nous faire revenir à la fin du XIXème siècle. De ce côté là, le pari est réussi, on s'y croit. Reste l'intrigue et le sens du roman eux, nettement plus lourdauds.
L'histoire, un peu prévisible, n'hésite pas à se servir de quelques ficelles (les petites scènes de bondage qui servent souvent à faire rebondir l'action et à donner du piment un peu éventé) ou à aller vers une morale que l'on voit venir. Georges a grimpé grâce aux femmes et chutera donc par les... Chut...je ne spoile pas ! On n'échappe pas non plus au clin d'oeil fort appuyé du "tous pourris" ( politiques, journalistes et, extrapolons, l'humain en général)  hier et donc, évidemment, aujourd'hui. Ca ne mange pas de pain mais ça reste clicheton. 
Pas désagréable à lire car, l'imitation de Maupassant est assez convaincante, " Belle-Amie" manque toutefois de relief dans son intrigue. Le vrai défi aurait été d'écrire, avec ce style et avec le regard acéré de notre grand écrivain normand, une description de nos beaux amis d'aujourd'hui. Peut être la prochaine fois ?

mercredi 6 février 2019

La dernière folie de Claire Darling de Julie Bertuccelli


On voit bien ce qui a pu plaire à des producteurs dans le nouveau long-métrage ( de fiction) de Julie Bertuccelli : un emploi que Catherine Deneuve n'a pas encore tenu ( si, si, ça existe). De la pute à l'éleveuse de dindons, elle a vraiment tout fait sauf, et c'est maintenant chose faite, une vieille atteinte d'Alzheimer. Dans le film, elle s'appelle Claire Darling, vit dans une belle et grande maison bourgeoise et décide, sur un coup de tête, de vendre tout ce qu'elle possède en organisant un vide-grenier dans son jardin. Comme nous sommes au cinéma, que la bourgeoisie c'est quand même plus joli à l'écran, Claire dispatche ses collections d'automates, de beaux vases Gallé, de lampes Tiffany, pas des verres à moutarde Schtroumpf  ou sa collection de chouettes. A l'écran, nous n'avons donc que de belles vieilles choses. Ah non, il y a aussi Laure Calamy, Alice Taglioni et surtout Chiara Mastroianni, la fille de Catherine mais aussi de Claire dans l'histoire. Elles étaient fâchées pour une sombre histoire de bague. Là, c'est dans le film pas dans la vraie vie ( ou Voici n'en a rien dit). Le face à face mère/fille célèbres, pour un producteur, c'est vendeur même si, le retour de l'une dans la maison de l'autre, pour évoquer de vieilles rancoeurs, c'est très commun. 
Je résume : Catherine Deneuve ( malade mais avec une couleur de cheveu inédite, tirant sur le blond/blanc, très réussie) clope en évoquant le passé dans une maison que n'aurait pas renié Mauriac ( ou n'importe quel feuilleton d'été à la télé). Elle apparaît jeune aussi ( d'où la présence d'Alice Taglioni), drague vaguement un curé ( à moins que ce soit le contraire), fait de l'auto-tamponneuse ( il faudra vérifier mais je pense que là aussi c'est une première... à quand le saut à l'élastique? )   et s'engueule avec sa fille. C'est tout ? Ben oui, pourquoi ? Et ça vaut vraiment le coup de se déplacer ? Pourquoi pas ? Julie Bertucelli arrive tout de même à donner un petit côté décalé et rêveur à ce scénario banal. Elle surfe sur une certaine douceur nostalgique très agréable  à l'oeil. Mais s'il y avait une seule bonne  raison d'aller voir ce bric à brac cinématographique, ce serait pour le duo Chiara Mastroianni / Samir Guesmi, qui, parce qu'ils sont de grands acteurs, parviennent dans leurs scènes à être infiniment touchants en amis d'enfance qui se retrouvent et se tournent un peu autour. Sinon, R.A.S.






mardi 5 février 2019

Une intime conviction de Antoine Raimbault


On entend beaucoup de bien sur le premier film d'Antoine Raimbault et, une fois n'est pas coutume, il est impossible de dire le contraire, " Une intime conviction "  s'avère diablement efficace à relater la récente affaire Viguier. Un trio banal, la mari, la femme, l'amant. La femme disparaît. Tuée ? Partie ? On ne sait, mais on accuse le mari, homme cultivé mais plus que taciturne ( formidable Laurent Lucas dans le film). Condamné lors d'un premier procès, une ancienne jurée ( Marina Foïs, habitée) a l'intime conviction de l'innocence de ce mari et aidera le célèbre avocat Maître Dupond-Moretti à rouvrir le dossier et tenter de trouver des éléments dans un dossier mal ficelé et dont on a pas exploré toutes les pistes. 
A la fois film judiciaire intense et thriller, le film vous happe dès les premières secondes et ne vous lâche pas jusqu'à la fin. Le scénario, bien ficelé, remarquablement dialogué, ne connaît aucun temps mort et offre à Olivier Gourmet l'occasion de nous offrir une interprétation exceptionnelle ( admirez le réquisitoire final). 
Antoine Raimbault n'oublie pas d'égratigner le système judiciaire français qu'il semble très bien connaître, ni d'épingler une presse prompte à suivre le première rumeur venue quitte à désigner un coupable avant le verdict. Quant à l'intime conviction d'innocence, moteur du personnage fictif de Nora, elle semble habiter aussi le réalisateur qui en fait apparaître une autre en filigrane. Lors de la présentation du film, Antoine Raimbault nous a parlé de la relation amicale qu'il a établi avec la famille Viguier, qu'en faisant le film, il a tout le temps pensé au calvaire des enfants qui ont perdu leur mère et vu leur père en prison durant dix ans. Dans le film, tous les vrais noms ont été conservés et les mots prononcés par les acteurs dans le cadre du tribunal sont ceux entendus durant le procès. Mais, à l'écran, un possible coupable apparaît clairement... Est-ce pour mieux faire ressentir au spectateur combien il est facile de fabriquer un coupable ? Pour mettre en évidence notre propension à imaginer des choses ? Une intime conviction qui va au-delà de l'innocence de Jacques Viguier ?  Cela rend le film un poil plus ambiguë, plus passionnant aussi...


lundi 4 février 2019

Les estivants de Valéria Bruni Tedeschi


Imaginons une seconde un spectateur qui se pose devant " Les estivants"  sans rien connaître de la vie de Valeria Bruni Tedeschi, ni savoir qu'elle a une soeur chanteuse qui a épousé un président de la République, ni qu'avec son précédent compagnon, Louis Garrel, elle a adopté une petite fille noire et que ce même Louis Garrel vit désormais avec Laëtitia Casta,  ancien  mannequin et que souvent, la propre mère de la réalisatrice joue LA mère dans ses films, que voit-il à l'écran ? Un film aux allures de " La règle du jeu " de Renoir ( seulement l'allure, pas la profondeur) avec  deux scènes chez les bourgeois, une chez les employés de maison, avec un côté foutraque, passant de la comédie au contemplatif, de la satire sociale à une sorte de rêverie fantomatique. C'est parfois drôle, y'a du soleil, des comédiens connus qui, pour certains, ont une ou deux bonnes scènes, y'a Valeria Bruni qui devrait cultiver un peu plus son côté personnage burlesque et déglingué. C'est assez vain, vaguement grinçant, trop long, pesant passé la première heure et finissant dans la brume ( sûrement pour évoquer Antonioni, c'est si chic!). 
Mais la vie est ainsi faite, ( et sinon la promo s'en charge), le spectateur n'ignore rien des aventures familiales des Bruni. Alors, commence un drôle de jeu. Certes c'est du cinéma. D'un matériel autobiographique, naît une histoire un peu différente... La soeur est vaguement piquée mais ne chante pas et si elle est l'épouse d'un mec de droite, c'est d'un ignoble industriel qui a mis à la rue des milliers d'ouvriers. Mais le spectateur reste du coup un petit plus attentif aux répliques, à ce qui ce dit et se montre à l'écran. C'est tourné dans la maison du Cap Nègre ? Valeria règle quelques comptes avec Louis Garrel ? Tiens, elle a pris un acteur de " Ma loute" de Bruno Dumont ! Et que penser de cette remarque d'une aïeule du film s'exclamant devant la fille adoptive noire de Valéria :" Et dire que c'est elle qui va hériter de tout ? " Et donc, au milieu de quelques scènes ratées ( Valéria, pour filmer les pauvres, tu n'es pas encore au point ! ), apparaît une sorte de règlement de compte familial dont  on  se sent le voyeur payant. On dirait une thérapie filmique qu'en vraie riche, elle fait un peu financer par de l'argent public. Au final, ça n'a d'intérêt que pour une poignée de proches. Les autres, même s'ils grappillent çà et là quelques jolies scènes, se sentent comme les domestiques du film, les spectateurs pauvres de gens qui nous indifférent et que l'on n'a aucune envie de plaindre. 




dimanche 3 février 2019

Le ciel sous nos pas de Leïla Bahsaïn


Une jeune fille, assez délurée, vit avec sa supposée soeur et sa supposée mère ( leur lignage reste flou) dans un petit appartement avec vue sur une place. Pas d'homme dans ce foyer pauvre qui vit grâce au commerce de contrebande.  Nous sommes dans un pays du Maghreb, la supériorité masculine est une évidence, le rôle de la femme celui d'une soumise. La narratrice, pas formatée pour deux dirhams, a un cerveau qui la pousse vers la liberté. Le chemin reste évidemment difficile, jalonné d'épreuves qu'elle contournera par une résistance passive non dénuée d'insolence. 
Ce genre de récit, de roman, fleurit très régulièrement depuis plusieurs années. L'âge des narratrices peut varier, leur condition sociale aussi mais leur désir de liberté se développe au fil des pages. "Le ciel sous nos pas" se démarque peu de ces précédentes versions mais possède, heureusement, sa propre musique. En évitant le misérabilisme tout comme en se jouant finement de quelques clichés, Leïla Bahsaïn, accroche son lecteur. Sans en rajouter sur le côté grande gueule de cette Zazie marocaine, l'auteure montre avec sagacité la complexité de sa situation dans un cocktail mélangeant machisme, religion débilitante, consommation et pouvoir de l'argent. Son style, empreint de poésie orientale mais bousculé par un langage plus actuel, rend son histoire très vivante et attachante. Et si, comme souvent, le roman a du mal à tenir la longueur avec une deuxième partie un peu moins inspirée, on appréciera ( tout du moins pour nous lecteurs occidentaux) ce vibrant hommage à la culture par les livres qui ouvrira les esprits de toutes les opprimées ( mais on peut aussi le mettre au masculin). Un joli message d'espoir, pas désagréable à lire ! 

samedi 2 février 2019

Premiers Plans Angers 2019 suite et fin


Le festival touche à sa fin et le jury de professionnels va cogiter pour déterminer des lauréats.  Les longs-métrages présentés dans cette deuxième partie du festival nous ont promenés avec des narrations moins formatées, sans doute plus personnelles, mais pas forcément convaincantes. Le hongrois Laszlo Csuja, avec " Blossom Valley"  a un peu indisposé avec ses deux héros décalés vivant l'instant présent en faisant fi des barrières de la morale... sans pour autant passionner. La française Marine Atlan, avec un petit long-métrage d'une heure " Daniel fait face"  ( je dirai un court hélas rallongé), en voulant donner de l'onirisme ou du suspens à une histoire d'amour enfantine, sombre dans un maniérisme et une psychologie pleine de clichés, le tout dans une ambiance soit disant scolaire qui laisse pantois. Félix Moati, malgré un casting trois étoiles ( Vincent Lacoste, Benoit Poelvoorde, Anaïs Demoustier ), n'a offert qu'un long tunnel d'ennui distingué avec son histoire de famille ( "Deux fils" )  relevant d'un entre-soi dont on se fiche éperdument. Le dernier film de la sélection, d'origine néerlandaise mais se situant en Pologne, " Light as feathers", cultivant une rude authenticité, a résumé parfaitement cette impression que dans la sélection  tout le monde filme un peu pareil de sordides histoires ( caméra à l'épaule, plan serré sur les visages des comédiens).  Seuls, le photographe anglais Richard Billingham avec mettant en mouvement son travail photographique avec le très naturaliste mais peut être trop personnel " Roy & Liz" et le français Matthieu Bareyre avec son documentaire sur une jeunesse parisienne filmée de nuit ( "L'époque", gros succès auprès du jeune public auquel été dédié son film) ont su attirer une réelle attention.
Alors que va récompenser le jury  ? Peut être le film danois "Cutterhead"  ? Le roumain " Lune de miel" ? Le français " Les drapeaux de papier " ( dont le réalisateur, Nathan Ambrosioni apparaît comme LA belle promesse d'avenir de ce festival) ou peut être "L'époque " .... Résultat samedi soir...

Bande annonce de "Les drapeaux de papier" :


PS : Le verdict est tombé ! Le jury a choisi le film allemand " Comme si de rien n'était" de Eva Trobisch, beau portrait de femme porté  par l'actrice Aenne Schwarz ( qui obtient le prix d'interprétation ) : bien vu, c'était effectivement un des bons longs- métrages de la sélection. On notera que le public a décerné ses prix au film Suisse " Ceux qui travaillent"  de Antoine Russbach,  film glacial sur le travail et la dérive libérale, peut être gâché par une grosse ficelle finale mais au demeurant très efficace, et, avec justesse au film de Nathan Ambrosioni "Les drapeaux de papier " formidable premier pas d'un jeune homme que l'on suivra avec intérêt. 
Dans la catégorie court- métrage, ce même public a donné ses prix à deux films ( très réussis) qui ont offert peut être les seuls moments de rire de ce festival : " Wildebeest"  du duo belge Nicolas Keppens et Mathias Phlips et "La traction des pôles" de Marine Levéel ( passé sur France2 le 21 janvier dernier à 2h05... peut être visible en replay ? ) 

vendredi 1 février 2019

Minuscule 2 de Thomas Szabo et Hélène Giraud



Votre...fille... beau fils... nièce... petit voisin... vous demande avec insistance de l'amener au cinéma voir " Minuscule 2, les mandibules du bout du monde" ? Vous renâclez ? Vous vous faites prier car vous n'avez pas envie de vous enfiler un énième film pour enfant en version 3D ou pas ? Et finalement, porté par un vague chauvinisme, après tout c'est une production française ( en collaboration avec la Chine toutefois), vous cédez. Après avoir imposé un black out total sur les pop-corns, les boissons et la confiserie ( une salle de ciné n'est ni une cantine, ni un centre de gavage), vous voilà installé sur votre siège. Face à vous, l'écran déballe une flopée de bandes annonces pour de futurs dessins animés ( c'est l'occasion ou jamais d'essayer d'appâter le chaland jeune et consommateur, prochaines vacances scolaires obligent) où déferlent monstres divers, méchants horribles, princesses nunuches et acrobaties aériennes à faire loucher même les cyclopes. Face à cette avalanche de personnages et d'histoires ultra formatés, vous vous enfoncez dans votre fauteuil, vous préparant à subir le même spectacle mais durant 1h30...
Le film démarre avec, ô surprise, ( oui, vous n'aviez pas vu le premier opus) , des images réelles de montagne ! Puis surgissent deux petites coccinelles qui tout de suite, grâce à leurs gros yeux, commencent à vous faire fondre. La comptine " Coccinelle, demoiselle, ..." remonte du fin fond de l'enfance... Certes votre esprit cartésien souffre un peu quand vous en voyez une transportant au bout de ses pattes frêles, une pomme. Mais très vite vous laisser le film faire, après tout c'est pour les mômes !  Un peu de rêverie, ça fait du bien. Et en retrouvant votre âme d'enfant, vous vous laissez glisser dans ce monde minuscule qui va vivre de très improbables aventures ( mais l'adulte sérieux a disparu). Les images réelles, les acteurs ( Bruno Salomone, Thierry Frémont) et les  petits insectes font un sacrément bon ménage. On est scotché par la virtuosité artistique et technique des auteurs qui font cohabiter ces deux univers avec une crédibilité folle. On s'émerveille devant ces adorables coccinelles, cette fourmi et cette araignée si courageuses ( avec un clin d'oeil au "Là-haut" de chez Pixar ). Et l'on mesure la chance que l'on a, d'avoir amener la jeune génération voir un film d'animation sans aucun dialogue ( contrairement à beaucoup de productions trop verbeuses) , où si l'on tournicote toujours beaucoup dans les airs, ce n'est jamais au détriment de notre vue. On appréciera aussi que les méchants, car, il en faut bien, qui sont aussi des insectes, n'ont jamais un côté horrifique surdimensionné.  On a même envie de caresser la grosse araignée qui veut manger notre héroïne à petits points. Quant aux mantes religieuses, elles sont exactement comme dans la réalité. C'est reposant, agréable à regarder avec même un message écologique ( très léger).
'Minuscule 2" prouve que si nous n'avons pas tout à fait les gros budgets des studios d'animation US, nous possédons  la technique et ce petit quelque chose qui fait la différence ; des créateurs ingénieux et talentueux. qui avec peu d'effets nous font retrouver notre âme d'enfant avec humour et sensibilité !




Joe la pirate de Hubert et Virginie Augustin

 Joe la pirate, c'est Marion Barbara Carstairs, un riche anglaise devenue ensuite l'héritière de magnats du pétrole ( ses grand-pare...