samedi 9 février 2019

La favorite de Yorgos Lanthimos


Yorgos Lanthimos, enfant ( mais peut être adulte) a dû adorer les poissons rouges, si fort, que parfois il s'est mis dans la peau de Jean-Paul ( peut être le nom donné à ce silencieux animal). Ainsi, il voyait dans sa tête un monde étrange, pris dans la nasse des conventions, effet accentué par la déformation occasionnée par l'arrondi de son bocal en verre. Et maintenant, à 45 ans, il introduit cette sensation dans son nouveau film où si l'on y aperçoit de vrais canards ou de vrais homards ( il doit adorer ce crustacé !) faisant la course, le poisson rouge, lui, c'est le spectateur! ( Merci l'effet eye fish !). 
Rassurez-vous, ce ne sont que quelques moments de ce film en costume d'époque, mais ils étonnent autant qu'ils interrogent. Cependant, ce sont les seuls excès de pose auteuriste  du réalisateur grec, visiblement plutôt assagi et offrant ainsi un long-métrage nettement plus abordable qu'à l'habitude. Viser plus les Oscars que les prix dans les festivals branchés ( même si Olivia Colman a obtenu un prix d'interprétation à Venise), semble avoir été un nouveau paramètre dans la conception de cette "favorite" et cela se voit. Sans céder aux chromos sirupeux ou aux performances spectaculaires d'acteurs en vogue pour décrocher la fameuse récompense ( cf la flopée de films US au charme rebattu qui inondent les écrans tous les mois de janvier/février) , en glissant partout des scènes pas toujours aimables ou irrévérencieuses, " La favorite", truste quand même les nominations à Hollywood. On peut comprendre pourquoi, tant les deux heures que dure le film passent vite. Sur un scénario imparable, aux dialogues vifs et acérés, trois comédiennes, Emma Stone, Rachel Weisz et Olivia Colman, rivalisent de talent devant une caméra inspirée, jouant en virtuose avec des cadres et des lumières toujours surprenants. Constamment sur le fil, au bord d'en faire trop et de tomber dans le maniérisme, le film ne bascule jamais et dépeint avec finesse et mordant un monde baroque, solitaire et sérieusement gangréné. Cette cour anglaise du XVIIIème siècle, où se trame une sordide histoire de pouvoir au féminin, a visiblement inspiré le réalisateur. Avec peu de décors ( 3 pièces tout au plus), mais rendus toujours mystérieux, originaux par un soin extrême du détail décalé et une prise de vue originale, le film déploie son aspect vénéneux et emporte le spectateur dans un univers à l'historicité un peu réinventée mais tellement ludique ! Et quand en plus, le récit est mené avec un rythme effréné, c'est du bon cinéma qui nous est offert là, un cinéma qui peut satisfaire une infinité de publics, du plus pointu au plus simple. 
Dire que "La favorite" est mon favori aux Oscars, est facile, mais qu'importe, cela nous change tellement de toutes ces productions bien pensantes conçues pour attraper la célèbre statuette...






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