mardi 10 juillet 2018

Woman at war de Benedikt Erlingsson


Cette semaine, on nous a vanté le féminisme d'un film qui ne l'est pas, "Les Indestructibles 2" et sa super héroïne Elastigirl alors que sortait sur les écrans au même moment, un film autrement plus pêchu à défaut d'avoir un budget de bulldozer publicitaire et dont l'héroïne, Halla renvoie sa consœur de chez Pixar à ses minables travaux de force sans intérêt qu'elle mène durant deux heures.
Dans "Woman at war" , une islandaise à l'apparence banale, chef d'une chorale, mène un combat autrement plus politique que sa voisine US contre l'industrie de l'aluminium qui pollue les terres et les paysages de son île. Avec pour seules armes, de bonnes chaussures de randonnée, un sac à dos, un arc et une énorme détermination doublée d'une grande dose de malice, elle combat des lignes à haute tension, des drones, la CIA et un consortium chinois le tout, sans collant ni cape mais avec un bon pull nordique 100% pure laine. En plus de cette simplicité de mise ( mais originale pour la super héroïne qu'elle est) et d'un âge inédit pour mener un tel combat ( du moins dans l'imagination habituelle des scénaristes, une femme à la quarantaine bien entamée est généralement reléguée, quand on veut bien la faire exister,  aux affres du vieillissement), le film se permet le luxe de coller à son récit qui jamais ne faiblit, un parti-pris de mise en scène assez inédit et plutôt gonflé. Je vous laisse juste découvrir comment est intégrée la musique de ce long-métrage...
Même si la situation, comme tout film avec une super héroïne peu apparaître un poil invraisemblable, "Woman at war" fait aisément oublier ces quelques facilités pour entraîner le spectateur par la magie d'un montage qui ne laisse aucun moment de répit, par la beauté des paysages rudes et sauvages islandais ( et permettent au réalisateur quelques plans qui rappellent combien cette nature est belle mais fragile) et par cette volonté de titiller notre esprit de rébellion. On ressort de ce film d'aventures bien plus enthousiaste que de n'importe quelle production calibrée,  formatée et bourré d'effets spéciaux qui n'intéressent plus que les bouffeurs de pop corn, parce qu'il joue avec notre conscience écologique et notre envie de divertissement.
Cela quelques mois que nous voyons sur nos écrans des films originaires du nord de l'Europe, dont chacun possède une vision bien plus originale, tant au niveau scénario que mise en scène,  que la majorité des productions habituelles ( "Winter Brothers", "The rules of everythings", voire " The square", ...) . " Woman at war", sans doute un peu plus facile d'accès, possède aussi toutes ses qualités. Il devrait, si les spectateurs font un petit effort de curiosité, rencontrer un petit succès public et prouver ainsi que vraiment, il faut être de plus en plus attentif à ces productions venant du froid...Et si le renouveau du cinéma venait de par là ?




vendredi 6 juillet 2018

Qui a tué mon père de Edouard Louis


On a beaucoup vu, lu, entendu Edouard Louis dans tous les médias qui font l'opinion. On a écouté son cri de rage, ses colères froides autour de 3 thèmes assez sympathiques ( l'influence de la politique sur le corps des masses laborieuses, la fabrication des pseudos mâles avec une masculinité exacerbée par la contrainte sociale et ses diatribes bienvenues contre Emmanuel Macron). Cela a donné des interviews plutôt passionnantes car sortant du cadre lénifiant ambiant et provoqué l'envie de se jeter dans le troisième ouvrage de ce jeune prodige en haut de l'affiche depuis maintenant 4 ans. " En finir avec Eddy Bellegueule" et " Histoire de la violence" ses deux précédents ouvrages avaient une certaine force même s'ils laissaient un certain malaise s'installer ( Sincérité fabriquée ? Posture ? ).
Et donc j'ai lu " Qui a tué mon père".... J'en suis encore tout retourné ne comprenant pas toutes ces dithyrambes pour ces quelques 85 pages de raccourcis et de propos de comptoir ! En refermant le livre, j'ai eu l'impression de lire un produit marketing parfumé au politique et à la pseudo pensée philosophique, mais surtout ultra light !
Si l'on analyse un petit peu le propos de ce texte paraît-il écrit pour le théâtre ( bon courage au comédien ...et aux spectateurs) et se divisant en trois parties, il y a trois idées.
La première est le portrait totalement réévalué du père d'Edouard Louis ( par rapport à Eddy Bellegueule), qui, soudainement passe du statut de gros beauf connard à un mâle fragile enfermé dans une masculinité qu'il ne voulait pas. Pour illustrer le propos, nous avons droit à quelques anecdotes un peu trop belles pour ne pas douter de leur véracité : papa pleure en cachette en regardant un opéra à la télévision, papa  aimait danser, ...  Si ce discours sur la masculinisation forcée des hommes ( valables pour les femmes aussi) reste évidemment réel et encore peu abordé, l'écriture platounette et accumulant quelques clichés amoindrissent le propos ( Eddy de Pretto avec sa chanson "Kid" est bien plus pertinent et percutant), surtout quand Edouard Louis conclue avec une équation très péremptoire :
Haine de l'homosexualité = Misère
Mouais, ça n'élève pas le niveau même si cela peut être vrai dans la couche sociale évoquée ( et encore...) mais c'est quand même oublier, entre autre,  cette bourgeoisie bon teint, loin d'être pauvre mais franchement  haineuse qui marchait contre le mariage pour tous.
Ensuite le texte s'emballe pour une idée très pertinente, très marquée " Bourdieu" sur les marques que laisse la politique sur les corps des travailleurs pauvres. L'idée est belle, totalement en phase avec les politiques libérales menées depuis longtemps, mais méritait un traitement bien plus approfondi que celle choisie par l'auteur et ne tournant qu'autour de son père. On reste sur notre faim même si la dernière partie lorgne vers une sorte de " J'accuse " ( en version très très light) nommant tous les hommes politiques français de Chirac à Macron qui, à cause de leurs lois infâmes ont marqué encore plus durement les corps. L'écriture prend de l'emphase, se gonfle un peu...mais façon gros melon, puisque fort de ses ouvrages traduits dans 30 pays, Edouard Louis écrit : " je veux qu'ils soient connus maintenant et pour toujours, partout, au Laos, en Sibérie et en Chine, au Congo, en Amérique, partout à travers les océans, à l'intérieur de tous les continents, au-delà de toutes les frontières." C'est beau cette ambition naïve, mais savait-on pas déjà que nos dirigeants n'avaient rien de bons samaritains répandant le bien pour les plus démunis ?
Ce livre aurait dû me galvaniser, surtout qu'il prône un appel à la révolution ...mais non, il m'a déprimé. Le tam-tam médiatique occasionné par ce petit texte pas écrit, peu étayé, laisse songeur. Sans doute, Edouard Louis, en vieillissant, réajuste-t-il le rôle de ses parents ( tout à fait humain ) mais en voulant donner à cela une portée politique, il sombre à nous produire  un objet totalement marketing, parfaitement dans l'air du temps ( un mélange de vitrine, de facilité et de clichés) et devient du coup à la politique et à la pensée ce qu'est Agnès Martin-Lugand à la Littérature.
Il vaut mieux lire ou écouter ses interviews, bien plus captivantes. Edouard Louis ne serait-il bon qu'à l'oral ? 

jeudi 5 juillet 2018

Les indestructibles 2 de Brad Bird


On va vite se calmer et signaler tout de suite que ces "Indestructibles 2" lancés à grand renfort de dithyrambes plutôt mathématiques ( meilleure recettes lors de sa sortie, meilleur premier jour de tous les temps, plus grosse vente de pop corn jamais réalisée en une journée, ... etc, etc, ...) ne sont en rien un chef d'oeuvre ni une suite particulièrement réussie.
La maison Pixar, entité plus ou moins indépendante de chez Disney, surfant sur la vogue des super héros et fleurant le bon coup marketing, s'est remis au travail pour produire une suite d'un gros succès de 2004 ( Les Indestructibles).  En voilà une bonne idée, pas besoin d'aller chercher quelques licences ailleurs !  La firme ressuscite donc  des héros maison qui dormaient gentiment depuis 14 ans. Si dans le passé Pixar avait produit des suites de génie ( on pense notamment au formidable Toy Story 3 ), force est de constater qu'ici on se retrouve devant un banal film de super héros, au scénario formaté et bien peu original ( des trains ou des bateaux supersoniques foncent follement dans ou sur une ville et vont l'anéantir...heureusement des super héros aux pouvoirs divers et variés vont les arrêter avec force feu, glace, étirements, ...) voire longuet et un peu bavard. ( Attention, les mouflets de moins de 8 ans risquent de vous casser les pieds lors des quelques longues scènes dialoguées et sans action). Bien sûr, les personnages des super héros sont sympas mais ici prennent toute la place au détriment des personnages secondaires qui faisaient le sel du premier volet ( le personnage de la nounou qui n'existe plus dans cette suite ou celui de la styliste Edna cantonnée ici à deux misérables scènes). Ils virevoltent dans tous les sens sans surprendre ( on a tellement vu de super héros de toutes sortes qu'il est dorénavant difficile d'innover). L'animation reste impeccable mais bien en-dessous au niveau créatif d'un Zootopie  ( 2016) ( qui reste quand même un sommet créatif visuellement et scénaristiquement).
Pour être dans le goût du jour, le service avant-vente Disney/Pixar, a également collé un label " FEMINISTE" sur le film. Là aussi, on va baisser d'un ton, car si c'est bien la maman Indestructible qui se retrouve sur le devant de la scène à faire tout le boulot, tout le scénario repose sur le cliché que l'homme à la maison ronge son frein et a du mal avec la garde des mômes. Donc le pauvre mari gère comme il peut, donc moyennement bien, les premières amours contrariées de sa fille ado ou les premiers pouvoirs de bébé. Si féminisme il y avait eu, il aurait pris un pied fou à sa paternité, mené parfaitement  sa tâche et ainsi permis aux scénaristes de se creuser un peu le cerveau pour nous servir une histoire drôle, moins convenue et vue 100 fois sur le papa dépassé par sa progéniture infernale.
Et ce n'est pas non plus le fait que le méchant soit une méchante qui rende l'ensemble plus féministe...surtout que techniquement, cette méchante n'est pas très réussie, son physique bizarrement anguleux semble avoir été conçu dans un autre studio ( et rappelle étrangement un personnage d'un film de Luc Besson quand il jouait avec la 3D).
Loin d'être la formidable suite annoncée, "Les indestructibles 2" reste un film d'animation honnête, peu surprenant, en gros une vraie machine à faire manger du pop corn à des spectateurs heureux de retrouver toujours les mêmes histoires formatées !


Les illusions perdues de Xavier Giannoli

  Adapter ce long roman de Balzac reste une gageure que Xavier Giannoli réussit parfaitement.  En se concentrant sur la partie narrant la mo...