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samedi 24 novembre 2018

Laurent le flamboyant de Julia Woignier


Ce roman, pour les enfants qui commencent à bien lire ( donc à partir de 7 ans ) se présente comme un joli objet coloré jusqu'à la tranche, parée d'une belle teinte rouge. Côté appétence à ouvrir le livre, c'est gagné. L'intérieur, amplifie la première impression, des illustrations qui fleurent bon la nostalgie des ouvrages des années 50/60 ( une spécialité des éditions MeMo), rythment joliment le texte pendant 76 pages.
L'histoire, le plus important quand même, se déroule dans la jungle de Sumatra où un brave ourang-outan se fait un drôle de cinéma dans sa tête. Il rêve, en déposant au pied de l'arbre où il vit de la tarte aux litchis de sa fabrication, d'attirer des petits enfants, parisiens si possible. Sauf enfants de hipster en vacances dans le coin, la probabilité qu'une Marie-Liesse ou un Jean-Octave apparaissent, reste de l'ordre du rêve. Une fourmi, voisine de Laurent, profite de l'aubaine pour s'empiffrer et surtout faire un peu marcher le grand singe en lui faisant espérer une venue possible de quelques blondinets ( habillés Bon Point ? ) s'il change d'appât. De déception en découragement, les rêves en prennent un coup. Mais si, on se secouait un peu et que l'on mettait toute son énergie pour essayer d'atteindre ce rêve?
Mignonne en apparence, l'histoire, avec une écriture voulant sortir des sentiers (re)battus du genre, surprend un poil. Dans un style qui se la joue sautillant, usant de jeux de mots, jouant avec les caractères ( d'imprimerie) comme avec l'anthropomorphisme, s'égarant un peu dans des détails étranges, des allusions vieillottes ayant trait à l'enfance, des citations sans doute datées pour les enfants ( citer l'oeuvre lyrique de Joséphine Baker donnera-t-elle un plus culturel à notre jeunesse ou lui passera-t-elle largement au-dessus? )  l'histoire avance cahin-caha. Parfois on se demande si l'auteure n'a pas utilisé les litchis en cigarettes... Un sentiment de trop plein envahit le texte au détriment de ses personnages, rendant la lecture moyennement emballante. Le dossier de presse ( très beau) accompagnant l'ouvrage, s'il essaie de bien resituer ce roman dans la production mainstream actuelle, n'évite pas de s'égarer lui aussi dans des considérations pas mal amphigouriques, vraisemblablement fort bien pensées et encore plus vraisemblablement destinées à un coeur de cible bien précis ( Kevin lâche ce livre et rend-le à Paul-Edouard !).
"Laurent le flamboyant", en met plein les yeux avec ses illustrations pimpantes. Pour l'histoire, je reste sceptique car il n'est pas certain que le lectorat auquel il s'adresse soit d'emblée réceptif à ce style débridé qui paraît surtout faire plaisir aux adultes.

Merci au site BABELIO et aux éditions MeMo pour la découverte de ce roman.

lundi 12 février 2018

Les règles...quelle aventure ! de Elise Thiébaut et Mirion Malle


Il existe un pan de la production littéraire destinée aux adolescents qui mériterait que les adultes y jettent plus qu'un œil. Les thèmes développés, les histoires proposées n'ont qu'une frontière ténue entre les romans dits pour adultes et souvent obtiennent un succès grand public ( pour rappel Harry Potter, Hunger Games ou Twilight étaient destinés à un public ado).
"Les règles... quelle aventures" , qui se classe plutôt dans les livres pratiques, s'adresse principalement aux jeunes filles qui se trouvent fort dépourvues lorsque du sang se met à couler entre leurs jambes. Mais dès la couverture, avec sa guerrière franchement conquérante, le ton donné à ce petit guide d'une soixantaine de pages laisse présager que l'on a affaire à quelque chose qui devrait défriser un peu...
Au milieu des considérations scientifiques, techniques ou résolument pratiques inhérentes à ce type d'ouvrage, le propos n'hésite pas à aller scruter dans l'Histoire, la religion, la sociologie, la mythologie, pour traquer ce qui reste encore même de nos jours un tabou. La jeune fille qui lira avec gourmandise  ( car oui, c'est extrêmement plaisant à lire ) ces pages teintées d'un militantisme réjouissant, se verra répéter comme un mantra ;: " Non, les règles ne sont ni sales, ni dangereuses !" Et de déglinguer au fil des pages des idées reçues souvent promulguées par les religions et les mâles, histoire de reléguer la femme au second plan et de promouvoir à tout jamais un patriarcat tellement pratique.  Non une femme ayant ses règles ne rate pas plus la mayonnaise qu'un homme ! Non les règles ne dessèchent pas les récoltes ou ne tuent pas les limaces dans les champs ! Ces superstitions, avec tout un tas de diktats religieux autour des menstrues, ont donné naissance dans les sociétés à un modèle qui n'existe pas : la faible femme. Dès lors du fait de cette place subalterne , en lisant ce qui est en fait un remarquable petit essai, on s'apercevra que la médecine s'est intéressée très tardivement à la compréhension de l'ovulation chez la femme ( en 1924 par le bon docteur Ogino et après guerre pour s'intéresser aux règles douloureuses), signe d'inintérêt d'un monde essentiellement masculin pour ce qui est de la moitié de notre humanité. 
Les auteures nous rappellent également que parler des règles reste un tabou ! Beaucoup de femmes restent très discrètes sur cet état pourtant naturel, redoutant les réflexions désobligeantes de leur entourage ( et pas forcément que masculin). Là aussi, elle martèlent un " on doit parler des règles, librement, et sans honte, aux filles comme aux garçons." même si le fait d'avoir ses ragnagnas " ne regarde personne et ne doit pas être utilisé contre toi". Ce ne sont pas les publicitaires qui vont aider à ce mouvement de libération puisque, rappelons-le, à l'écran, le sang menstruel est bleu ! ( A croire qu'il ferait encore plus peur que n'importe lequel des films gores ou que les femmes sont des clones de la schtrompfette  !).
Dans une bibliographie  à faire lire aux jeunes filles, il est certain que "Les règles... quelle aventure !" devrait y être d'office intégré. C'est exactement le genre d'ouvrage qui donne de l'élan aux jeunes filles pour qu'elles croquent la vie à pleines dents. Jamais prêchi-prêcha, formidablement documenté, n'hésitant pas  à élever le débat avec humour , il peut être lu par tout le monde, les garçons comme les filles et quelque soit son âge, on y apprendra des choses.


lundi 31 octobre 2016

Qui veut la peau de Barack et Angela ? de Guillaume Nail


Quoi, un roman pour enfants se permettant d'essayer de liquider ces deux chefs d'états célèbres !? Mais dans quel monde vit-on ! Au moins le Club des 5 de notre enfance nous proposait des aventures un peu moins politiques et surtout bien mieux pensantes....
Calmez-vous, Barack et Angela  (ceux auxquels vous pensez) n'ont pas été kidnappés par de dangereux terroristes qui s'apprêtent à les liquider devant les caméras de la télévision.  D'ailleurs, ils n'apparaissent pas du tout dans ce polar se déroulant dans le Cotentin puisqu'il s'agit en fait des délicieux prénoms de deux moutons. Et du coup vous voilà rassurés, nous retombons de plein pied dans le joli monde de l'enfance avec ses animaux mignons, voire ses dauphins, ses poneys, ses... STOP ! La littérature jeunesse, surtout la bonne, a depuis longtemps fait sa mue et ne prend plus ses lecteurs pour de jeunes neuneus en leur balançant sous des couvertures attrayantes mais interchangeables, des histoires hautement morales, bien pensantes, écrites avec cet  improbable vocabulaire châtié que l'on pensait destiné à fournir de jolies dictées à tous nos instits. Si une morale reste ( ici, un discours écolo couplé avec un message anti raciste sur le mélange des races), le texte lui traduit sans fard le quotidien d'une jeunesse nourrie à Facebook et au sms. C'est vif, franc, forcément rigolo. Toutefois, et là l'auteur Guillaume Nail parvient tout à fait à rendre cela de façon très juste, malgré cette technologie, les rêves d'aventures et de mystère restent toujours présents dans un coin du cerveau des enfants. Comme toujours vers 10 ans, on aime imaginer que la réalité qui nous entoure cache des choses bien mystérieuses. Léa, une narratrice solide et très battante, s'ennuyant en vacances, va voir le mal où il n'est peut être pas, inventer des crimes atroces se déroulant dans la ferme voisine, bien sûr enquêter et même se lancer dans de drôles d'aventures.
A la fois polar léger et manifeste écologique , "Qui veut la peau de Barack et Angela ?" plaira sans aucun doute aux enfants à partir de 10 ans ( l'éditeur dit 9 ans...mais un certain vocabulaire et un humour assez décalé rendent toutefois la lecture sans doute un peu difficile pour des plus jeunes). Bien dans l'air du temps cette petite fable écolo vaguement inspirée d'un fait divers, a tous les atouts pour faire passer un moment agréable un jour de pluie, en vacances sur la Méditerranée ( Ben oui, y'a pas que dans le Cotentin qu'il pleut...)


Merci au site BABELIO et aux éditions du Rouergue  de m'avoir fait découvrir cet ouvrage !

mercredi 19 mars 2014

Le rayon fille de Denis Lachaud


Habitué à fréquenter une librairie spécialisée jeunesse dont le travail de défrichage et de recherche de qualité lui permet d'offrir des rayonnages prouvant que la bonne littérature ne connaît aucune frontière y compris sexuelle, j'ai eu un coup de chaud l'autre jour en passant dans le rayon jeunesse d'une librairie ayant pignon sur rue dans ma ville. Toute une table couverte d'une littérature colorée allant du rose fushia au mauve/ rose, gamme chromatique variée rehaussée par endroits avec une légère touche de vert tendre pour les titres arborant en couverture quelques poneys aux crinières brushés façon L'oréal, prouvait que j'étais dans le rayon fille. Sur cette débauche de couleurs tendres accompagnées bien souvent de paillettes,  on lit des titres accrocheurs du genre :"Premier baiser" ou "Un coeur à prendre"  (!!! oui, proposés à partir de 8 ans) et on s'arrache la cornée avec des couvertures aux chatons et aux chiots implorants que même le défunt calendrier des postes aurait eu honte de proposer. Je ne saurai exprimer mon état entre dégoût et colère ! C'est donc ces daubes stéréotypées à l'extrême que les libraires ont le culot de mettre en avant ? Des récits d'amourettes, de chanteuses ou de victimes de la mode pour mieux ancrer nos futures femmes dans un rôle de potiches idiotes ? Et pourquoi sexuer cette littérature à l'extrême ? Parce que la petite fille est censée lire plus que son copain garçon ? 
On pourrait être en droit d'attendre de la part des libraires, gérant ce que l'on peut espérer être un des derniers endroits de culture, un peu plus de discernements, d'élagage plutôt que cette présentation mercantile et avilissante. 
Du coup, je suis reparti chez mon libraire spécialisé jeunesse où j'ai voulu tester un titre ciblé fille d'un éditeur de bon aloi. Le hasard m'a fait tomber sur cette nouveauté de la collection "Premier roman" de Denis Lachaud chez Actes Sud. Regardez la couverture, tout y est bien ciblé : les couleurs pastels, une fillette déjà fashion-victime, une boule disco,  un titre sans équivoque et même le bandeau japonais qui peut attirer les amatrices de mangas ou autres japoniaiseries sucrées. Ah ! Ah! me disais-je, je sens que je vais me régaler ! Ce Denis Lachaud va passer un mauvais quart d'heure, même si publié par un grand éditeur !
Et... heureuse surprise, ce petit roman n'est pas du tout à l'image de sa couverture, c'est une vraie friandise. Il commence finement, sûrement pour mieux attraper la lectrice venant de la série "Violetta" , par une analyse des comportements d'une maman lors de séances de shopping avec sa fille et de l'importance de son humeur quant à l'achat d'une mini jupe. C'est suivi par quelques considérations humoristiques sur les chanteuses et leurs clips dansés. Une fois joliment évacués ces poncifs de la littérature 'fille" (que je n'aime pas cette classification !), l'histoire peut vraiment débuter. Tina, par amour d'un garçon (là aussi un classique de ces romans roses), va s'inscrire à un cours de karaté. Elle va y prendre goût, obtenir au fil des ans les diverses ceintures colorées, alors que son amour lui, a filé jouer les gymnastes. Très vite le roman, sort sérieusement des sentiers rebattus du genre, pour mieux s'inscrire dans un formidable portrait en profondeur d'une petite fille qui observe la vie et se pose des questions, des plus saugrenues et enfantines (Mes parents sont-ils agents secrets ? ) aux plus profondes ( Qu'elle est la face cachée de chacun ? ).
Un peu délaissée par ses parents accaparés par leurs boulots respectifs, elle trouvera d'autres adultes référents qui sauront l'aiguiller et l'amener progressivement à décrypter le monde qui l'entoure. Ses réflexions, les informations qu'elle obtiendra, la feront grandir de la meilleure des façons, se positionnant en tant qu'enfant réfléchie et solide, loin des stéréotypes d'une société prompte à faire entrer tout le monde dans un même moule. Ou comment grâce au karaté et à la psychanalyse, on devient une vraie et belle personne. Oui, vous avez bien lu, la psychanalyse ! C'est l'une des prouesses de ce petit roman, expliquer les théories de Freud aux enfants à partir de 9 ans, sans les raser et en les rendant passionnantes ! Vous voyez, nous sommes aux antipodes de ce que l'on pouvait penser en voyant cette créature branchée éviter notre regard avec ses grandes lunettes de soleil. 
Si vous avez des enfants, filles ou garçons, "Le rayon fille" ne cherchera qu'à les distraire de la plus belle des façons : en s'adressant à leur cerveau ! Avec humour, un zeste de sérieux, et beaucoup de tendresse, Denis Lachaud enfonce le clou en envoyant voler les stéréotypes et en nous offrant un personnage féminin en tout point exemplaire, avec ses doutes, ses faiblesses, ses forces. Ce n'est pas une sorcière, ce n'est pas une fana de cheval ni une apprentie chanteuse, juste une petite fille d'aujourd'hui, une vraie ! 
  C'est une très bonne nouvelle de savoir qu'il existe tout un pan de la littérature jeunesse, n'en déplaise à certains (suivez mon regard), qui parie sur l'intelligence. Encore faudrait-il qu'elle soit un peu plus mise en avant PARTOUT où elle devrait l'être... 

mardi 1 octobre 2013

Ratburger de David Walliams


Il semblerait que les anglais aient trouvé un digne successeur à Roald Dahl en la personne de David Walliams. Et c'est vrai que lorsque l'on ouvre "Ratburger", son nouveau roman pour la jeunesse, visuellement la similitude est frappante.  Même l'on a troqué Quentin Blake pour le talentueux Tony Ross pour illustrer le texte, on retrouve cette énergie tonique qui faisait le charme des " Sacrés sorcières" et autre "James et la grosse pêche".
Quand on se plonge dans l'histoire, pas besoin de retrouver son âme d'enfant, le plaisir est immédiat, signe de tous les bons romans, quels qu'en soient les destinataires principaux.
Les aventures de la petite Zoé, 12 ans, vivant au 37ème étage d'une tour qui penche avec son père chômeur et déprimé et son horrible belle-mère grande consommatrice de chips arôme crevette ont un peu le même parfum que les personnages de "Charlie et la chocolaterie" ou "Matilda", celui de la pauvreté digne en butte à l'ignominie ambiante.
La jeune Zoé rêve de dresser un rongeur pour en faire des spectacles et c'est quand elle rencontrera Armitage, le jeune rat au fort potentiel acrobatique, que ses ennuis vont commencer. Constamment harcelée par sa rude voisine Tina mais surtout par l'ignoble Burt, le dératiseur/vendeur de hamburgers, la pauvre héroïne devra faire preuve de beaucoup d'inventivité et de malice pour échapper à l'emprise des ignobles individus qui l'entourent.
Ce roman, démarrant sur les chapeaux de roue, m'a agrippé dès les premières pages grâce à un humour décapant et ravageur. J'ai été épaté par la dextérité romanesque de l'auteur qui manie les mots et les allusions avec un plaisir évident . Même s'il use parfois un peu trop des longues onomatopées (sur une page entière quelquefois), le récit fonctionne remarquablement bien, se permettant en plus de s'offrir un sous-texte assez sympa sur la malbouffe.
La dernière partie, efficace mais un peu plus convenue,  est un mélange (hommage ? ) à la fantaisie de Roald Dahl et à "Chicken run " des studios Aardman. Mais le roman garde toutefois ses pouvoirs de séduction et retombe sur ses ses pieds avec une morale cruelle mais de bon aloi (mais peut-on écrire un bon roman pour enfants sans cruauté ? ). Ici, il y a un vrai savoir-faire, tous les ingrédients y sont bien amalgamés et sauront de toute évidence plaire à un vaste public de 8 à 88 ans...
Livre lu dans le cadre de l'opération coup de coeur des lecteurs organisée par la librairie DECITRE et son site de lecteurs ENTREE LIVRE

samedi 7 septembre 2013

Le plus joli des rêves de Nathalie Brisac


C'est toujours difficile de donner son avis sur un roman écrit pour la jeunesse. "Le plus joli des rêves" de Nathalie Brisac me laisse un peu sceptique. Si je me place du côté "enfants qui aiment déjà lire seuls" comme le dit l'éditeur, je pense que certains y trouveront leur compte. (leur conte ? ). Nous sommes dans la structure classique du conte philosophique et symbolique. Un méchant qui souhaite posséder quelque chose d'inaccessible, un valeureux qui va être amené à se questionner pour résoudre des énigmes et au bout, une jolie morale sur l'importance du rêve dans la vie et la pureté des coeurs de ceux qui rêvent toujours. Le texte, d'une écriture classique, un soupçon ampoulée, a le même côté rétro  que les jolies illustrations de Rascal qui m'ont rappelé certains livrets de textes d'élèves imprimés dans les années 60 par les écoles. Je pense toutefois que certains enfants bons lecteurs pourront y trouver un petit plaisir de lecture.
Cependant, l'adulte que je suis, cotoyant dans sa vie professionnelle beaucoup d'enfants, s'interroge un peu sur cette parution. Ce conte souffre de deux défauts : sa lourdeur symbolique, trop souvent présente dans la littérature jeunesse, comme si on bâtissait des histoires uniquement dans le but de promouvoir des idées bien pensantes, et son manque d'originalité. Les histoires dont le héros doit répondre correctement à des énigmes pour arriver à atteindre son but, sont nombreuses et un grand nombre de fort réussies jalonnent la littérature depuis des siècles. Ici, dans un récit qui est sensé promouvoir le rêve, les réponses aux trois énigmes sont quand même assez décevantes car peu propices à occasionner une quelconque rêverie au jeune lecteur. A la question posée : Qu'y a-t-il dans cet oeuf ?  (le rêve montre un bel oeuf blanc avec des taches vertes), la bonne réponse est : un crocodile car, ne l'oublions pas, les bébés crocodiles sortent d'un oeuf... Pour une réponse de rêveur, je la trouve bien terne ou terre à terre. J'aurai proposé quelque chose de plus merveilleux : un petit bonhomme orange avec un bec de canard et qui chante Verdi ou un oiseau qui parle en murmurant aux oreilles des hommes des mots pour lui donner envie de rendre le quotidien plus beau, n'importe quoi qui fasse un peu rêver le lecteur. Je ne divulgue pas les réponses des deux autres questions auxquelles les personnages doivent répondre, mais les bonnes réponses sont d'une platitude totale, allant je trouve, à l'opposé du propos. Du coup, le message final tourne vire un peu cucul, rappelant les textes bourrés de bons sentiments que l'on faisait ingurgiter aux enfants au milieu du siècle dernier.
Loin de moi l'idée qu'il ne faut pas de morale dans la littérature jeunesse, mais un peu d'inventivité et de finesse me semble nécessaire si l'on veut faire passer le message. Je ne suis pas sûr que "Le plus beau des rêves " soit le plus beau des livres, mais peut être n'ai-je plus une âme d'enfant ....
Quoiqu'il en soit, je pense qu'il trouvera des lecteurs et des défendeurs... Permettez-moi de préférer une littérature un peu plus moderne et un soupçon plus impertinente.

dimanche 2 juin 2013

Chien pourri de Colas Gutman et Marc Boutavant


Avec un titre à faire glousser les mômes ( "Pourri" warf, warf, ), le nouveau roman jeunesse de Colas Gutman devrait trouver facilement des jeunes lecteurs. Déjà, la couverture, fort réussie, signée Marc Boutavant comme le reste des illustrations, donne envie de prendre le livre et de l'ouvrir. Et une fois plongé dans l'histoire on ne la lâche plus car elle file comme l'éclair. En compagnie d'animaux moches, maltraités par la vie, rebuts d'une société qui ne voit que la beauté extérieure, nous suivons les emballements innocents de Chien Pourri à la recherche de maîtres pour être tenu en laisse et avoir des susucres. Bien  sûr ses pérégrinations lui feront rencontrer des personnages mal intentionnés que sa désarmante sottise prendra pour super sympas. Heureusement que, pour une fois, le monde ne sera pas trop cruel pour ce gentil cabot sans domicile fixe.
Jolie histoire sur l'amitié, elle aborde également avec finesse le trafic d'animaux et distille gentiment une leçon sur les apparences dont il faut se méfier. Avec des illustrations un peu rétros mais drôles et sarcastiques, ce"Chien pourri" est hautement recommandable car, en plus de distraire, il ne pas prend son lectorat pour des idiots. C'est rassurant. J'attends avec impatience la suite des aventures de ce nouveau héros dont la parution est prévue au mois d'août prochain. Une nouvelle série à succès ? 

samedi 20 avril 2013

Le tamanoir hanté d'Alice de Poncheville



Il y a bientôt dix ans que je ne me suis pas plongé dans un roman pour jeunes lecteurs (en fait depuis que mes filles ont passé ce créneau). Après avoir refermé "Le tamanoir hanté", je me suis dit que j'avais du perdre mon âme d'enfant ou bien que je n'avais plus les idées claires pour les romans publiés pour cette tranche d'âge. Je suis allé sur le net voir ce qui se disait et je me suis aperçu, que de nombreux blogueuses et blogueurs avaient, comme moi, reçu en avant première ce livre. L'école des loisirs a bien fait son travail auprès de ceux qui semblent compter dans le lancement d'un livre. La blogosphère a fort bien réagi à ce généreux envoi,  tout le monde a trouvé cela drôle et hyper inattendu et vachement bien....
Désolé, pour l'éditeur et l'auteur, mais moi, je ne pourrai jamais conseiller un tel roman à un enfant.
J'ai vraiment eu l'impression de me retrouver à lire le scénario ficelé à la va comme je te pousse, d'un vulgaire dessin animé bas de gamme.
 Dans une forêt, les animaux ne peuvent pas dormir car, sitôt la nuit tombée,  un bruit épouvantable leur fait bigrement peur. Ils décident de capturer le coupable afin de retrouver leur douce quiétude. Au même moment, ils sont la proie de fourmis rouges qui leur cause d'horribles démangeaisons....
Le point de départ n'est pas déshonorant, mais c'est le développement et la fin totalement improbable et aux idées mystiques un peu rances et surtout malvenues pour de jeunes enfants qui me font réagir ainsi. Vous connaissez l'horrible série d'Antoon Krings (Léon le bourdon, Mireille l'abeille, aux jolies images mais aux textes indigestes )? Il s'agit de la gamme au-dessus mais dans un tout en un. Comme les enfants sont plus grands et censés avoir un humour très fin, les animaux s'appellent ici, Sourigolote, Chat-touilleur ou Renarnaque et c'est le seul ressort comique de toute la première partie du roman ( Bon, après, ça veut être drôle, mais perso, je n'ai même pas esquissé un demi sourire tellement c'est convenu). Comme la forêt est très peuplée, on a droit à un véritable et très long défilé de noms vraiment rigolos. Ce qui au début peut sembler épatant, devient vite à la longue lassant et je ne suis pas sûr que le jeune lecteur prise de cet humour vieillot digne de l'almanach Vermot junior.
Je ne dirai rien de la fin, aussi fine que le caractère des personnages ( Hérissongeur rêve et devinez ce qu'est Furetourdi ? .... ) et un peu trop peuplée d'esprits à mon goût.
Ce roman, écrit comme un scénario de série télévisée ne m'a pas du tout convaincu. Du coup, je l'ai fait lire à ma plus jeune fille (15ans), plus proche du public concerné. Et même verdict : "C'est naze !" Mais une ado arrachée à "Bel ami" peut-elle avoir bon goût ? J'en doute un peu.  Et un homme dans la cinquantaine comme moi,  peut-il priser ce monde niaiseux d'une forêt peuplée d'animaux aussi peu intéressants ?  Alors, peut être que des enfants auxquels il est destiné vont s'y jeter dessus et le relire 1000 fois pour le plaisir ? Si j'avais un enfant qui faisait ça, je me poserai des questions....