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jeudi 13 décembre 2018

Têtes à Trap'2 par la compagnie des Gamettes


Attention spectacle pour enfants de 3 à 103 ans !
Vous avez bien lu, tout le monde peut prendre plaisir à ce "Têtes à Trap' 2", moins long qu'une pièce de Claudel ( 45 mn, c'est idéal) mais plus drôle et bien mieux fichu que n'importe quel spectacle pour enfants que l'on propose en ce moment voire que moultes pièces pour adultes.
Le spectateur, en entrant dans la salle, est saisi par le dispositif : un grand gazon en plan incliné constellé de trous lui fait face ... Mais qu'est-ce donc se demande déjà (au choix) le gamin curieux ( si ses parents ont eu la bonne idée de ne pas l'amener avec sa console portative ) ou les géniteurs qui s'attendent à voir deux marionnettes minables au bout d'un fil ? Les hypothèses sont vite closes quand surgissent soudain des trous deux fantômes ahuris et passablement en colère. Bêtement, ils ont creusé et se sont perdus dans ce jardin... Là où un humain se serait jeté sur la géolocalisation de son smartphone, eux, préfèrent en rire et décident de jouer dans cet espace. Le jeu fait partie intégrante de leur personnalité et ils vont s'en donner à coeur joie. Leur imagination se met en transe dès qu'ils aperçoivent une feuille morte et en route pour un voyage complètement loufoque comme peut l'être l'imaginaire des enfants. On rencontrera un prince panda, une poule Cendrillon, des méchantes soeurs chien et chat , une marraine cochonne, le tout dans un château proche d'une forêt très très sombre....
Les deux (excellentes)  comédiennes  (clowns ? ) Samantha Merly et Audrey Ainé, espiègles, drôles, totalement joueuses, entraînent leur public dans la féérie d'un conte sérieusement décalé, attirant l'attention des tout-petits en surgissant aléatoirement d'un trou au milieu d'un décor aussi barré que les costumes, tous vraiment inventifs qu'ingénieux. Les dialogues fusent, pétillent, différents degrés de lecture permettent à tout le monde de prendre un immense plaisir. On est bluffé par le rythme du spectacle autant que par son originalité. Le temps passe trop vite...
Vous l'aurez compris, si ce spectacle passe pas loin de chez vous, exhortez vos héritier(e)s à lâcher leur tablette et foncez voir " Tête à trap' 2", le spectacle pour enfants qui décape ...et qui leur fera sans doute comprendre que le plus beau jeu n'est pas en vidéo ...mais dans leur tête.
PS : La compagnie des Gamettes tourne en ce moment dans l'Ouest du pays....mais espérons qu'elle sillonnera toute la France.


lundi 3 décembre 2018

Origines par le cirque Alexis Gruss


En 2018 le cirque est devenu un spectacle aux formes variées. Il est loin le temps des numéros avec fauves, magiciens, clowns ou trapézistes en habits pailletés kitschs, le cirque du soleil,  le cirque Plume ou Johann Le Guillerm entre autres ont sérieusement dépoussiéré les choses, aidés par la création de nombreuses écoles du cirque et l'apport de la danse contemporaine. Il reste cependant quelques grands noms qui continuent vaille que vaille à perpétuer la tradition tout en cherchant à renouveler un tant soit peu le genre.
Alexis Gruss est l'un de ceux là et son cirque, créé il y a plus de quarante ans avec la collaboration de Sylvia Montfort, continue à nous proposer ses spectacles à Paris porte de Passy ou en France avec sa tournée des Zénith. Le dernier spectacle, "Origines", rompt effectivement avec la tradition en se faisant historien et évoquant les débuts du cirque en Angleterre sous la houlette de Philip Astley. Au 18ème siècle, les seuls numéros de dressage un peu spectaculaires que l'on proposait au public ( il devait bien y avoir quelques chiens savants mais un toutou jonglant avec une balle sur le museau ne suscitait sans doute pas l'émerveillement du public), c'était les chevaux ! Et ça tombe rudement bien pour la famille Gruss, en pleine période d'opposition à l'utilisation des animaux sauvages dans les spectacles, les chevaux sont leur spécialité !


Dresseurs, écuyers, voltigeurs ( mais aussi musiciens, acrobates, clowns, jongleurs, businessmans), les trois générations de la famille Gruss nous offrent un spectacle haut en couleurs et en émotions. Leur savoir-faire auprès des chevaux tient de l'évidence quand on les voit virevolter, assis, debout, sur de magnifiques chevaux, purs-sangs espagnols pour la plupart mais aussi Cob normand ( un genre de percheron en plus fin), dans les nombreux tableaux ( on ne parle plus de numéros désormais !) mettant autant en avant l'histoire du cirque que leur propre histoire familiale faite de transmission. Alors que dans la société les enfants de médecins deviennent de moins en moins médecins, chez les Gruss, on perpétue toujours la tradition. Trois générations se côtoient sur scène, apportant chacune son lot de sensations et de performances, pour certaines à couper le souffle.


On restera longtemps émerveillé par le tableau final de la première partie où, Charles Gruss, debout sur deux chevaux, en fait passer 15 autres l'un après l'autre entre ses jambes pour créer un carrousel magnifique, faisant oublier la difficulté de la chose mais surtout sentir autant la maîtrise d'un savoir-faire unique que le souffle intense de l'amour pour les chevaux et le spectacle !


Plus tard aussi, un tableau d'acrobatie au bout d'une sangle fera frissonner le public aussi bien par la grâce de l'ensemble que par la dangerosité de l'exercice ( Encore un Gruss, Firmin,  accompagné de Svetlana).  Nous sommes en live, pas à la télévision et, ces deux êtres vivants évoluant  au dessus de nous, se tenant parfois juste avec une main ou un pied coincé dans une jambe repliée, susciteront une émotion que bien des effets numériques ici ou là seront bien incapables d'obtenir. 


 "Origines", en plus de son petit aspect historico/pédagogique, c'est du vrai cirque mais avec quelques petites nouveautés, qui, si elles n'apportent pas vraiment un plus à la magie toujours réelle d'artistes ou d'animaux évoluant sur cette piste, lui donnent un côté plus contemporain. On pourra apprécier selon son goût pour la chanson, cette récitante/chanteuse qui accompagne le spectacle mais moins que le formidable orchestre de 10 musiciens. On pensera aussi que si les costumes ont éliminé les paillettes, leur modernisation n'évite pas le kitsch avec l'emploi de leds ou d'imprimés improbables. Mais tout cela n'est que broutilles face aux 2h30 de vrai spectacle que nous offre la très talentueuse famille Gruss. Elle parvient à nous faire oublier les années de travail qui permettent d'obtenir ces performances insensées réalisées tous les soirs. 
Entre magie et émotion, on retrouve, l'espace d'une soirée, l'émerveillement de l'enfance.







vendredi 5 octobre 2018

Le bijoux de famille de Laurent Spielvogel


Laurent Spielvogel aime les chanteuses âgées ou décédées. Ainsi, Marlène Dietrich surgit à l'ouverture de la reprise de son dernier spectacle "Les bijoux de famille" au théâtre de l'Archipel à Paris. Une étole, une paire d'escarpins pailletés, un play-back et une bouche expressive suffisent à faire revivre la star avec ce côté kitsch des cabarets de travestis. Plus tard viendra une très réussie évocation de deux autres divas, Barbara et Sylvie Vartan, dans un hilarant échange de répertoire.
Si le spectacle rend quelques hommages par-ci par-là, Laurent Spielvogel évoque surtout sa vie, son enfance dans une famille juive conservatrice, déboussolée par un fils qu'elle aura du mal à marier traditionnellement mais aussi par leur quartier du Marais qui voit les petits commerces se changer en bars et dont l'installation de balancelles en cuir et chaînes dans leur sous-sol ne manque pas de l'étonner ...( plus drôle sans doute que les marques de luxe qui ont désormais renvoyé ces lieux de rencontres très conviviaux au rayon des souvenirs). Du coup, l'humour ( l'humeur ?) de Laurent Spielvogel  se tourne vers le Marais dont il connaît tous les coins et lui donne l'opportunité d'épingler  quelques travers d'une communauté gay drapée dans pas mal de clichés.
Seul, en noir sur une petite scène noire, l'acteur se livre crânement face à un public qui rit franchement ( un peu trop si j'en juge par la réaction agacée d'une spectatrice qui a intimé à un voisin de rire moins fort !!!). Le spectacle, bien écrit, joué avec le recul humoristique que donnent les souvenirs personnels artistiquement digérés, pâtit un tout petit peu d'une mise en scène manquant de fluidité, faisant parfois passer le spectacle pour une succession de sketches. Cependant, juif ou pas, gay ou pas, on passe une soirée agréable en compagnie d'un comédien mordant.



jeudi 17 mai 2018

Tabarnak de Cirque Alfonse


Bobino, jusqu'au 9 juin prochain, nous invite à un happening québécois se déroulant dans une église et dont l'ordre liturgique sera explosé par moultes acrobaties et musiques endiablées. Le titre, "Tabarnak" ,sonne déjà comme un sacrilège ( on pourrait traduire par tabernacle... mais en vérité c'est un peu plus injurieux, un truc de colère ...chez nous on dirait pour faire blasphématoire ...putain de dieu...) et les fidèles présents seront facilement en slip ou s'enverront beaucoup en l'air ( au sens propre du mot...vous pouvez amener vos enfants! ).
Quand nous entrons dans la salle, la troupe, habillée de longues chemises blanches,  patiente gentiment sur scène, s'occupe comme elle peut, tricote, répare, au milieu d'un intérieur québécois traditionnel où rien ne manque, de la crosse de hockey au pot de sirop d'érable. Puis, une fois le bric à brac canadien débarrassé, en route pour une heure et demie d'acrobaties !
Bof...me suis-je dit après un premier  numéro de petite voltige sur patins à roulettes, dont la véritable prouesse consiste sans doute à réussir à évoluer sur un espace restreint. ..Et puis, franchement, si les deux filles semblent athlétiques, j'ai douté de la souplesse des trois barbus qui paraissaient avoir abuser de lard de caribou.... Mauvais jugement ! A la fin du spectacle, j'étais quand même été soufflé par la troupe du cirque Alfonse. Les numéros vont crescendo dans la virtuosité et les trois supposés gros lards se sont révélés franchement musculeux et agiles. On assiste ainsi à des acrobaties vraiment périlleuses avec barres, cordes, encensoirs, ... exécutées avec humour et sourire et qui font frémir puis applaudir. Face à un spectacle vivant périlleux, le suspens s'invite très vite, les prouesses nous clouent au siège.
Mais virevolter, ce n'est pas cela qui fait happening ! La note sacrilège se trouve dans les intermèdes entre chaque numéro ( il faut bien ranger, récupérer, installer ), petits moments volontairement irrévérencieux, allant de la chanson paillarde mettant en scène un curé à un simulacre comique et sexy du baptême... C'est toujours musical, un peu drôle ( un peu seulement, parce que l'humour québécois a peut être un peu de mal à traverser l'Atlantique), parfois un peu longuet ( les "toupies" bariolées) mais cela donne une thématique totalement décalée et au final originale pour un spectacle de cirque.
Quand on aime le cirque, on passe une excellente soirée. Le soir de la première parisienne, il devait y avoir beaucoup d'amateurs puisque la troupe a reçu une standing ovation ( mais j'ai bien peur qu'il y ait une énorme inflation sur la standing ovation à Paris!). Et si l'on est moins friand de voltige acrobatique, la soirée reste agréable car musicale, un poil rigolote et quand même bluffante. Qu'est-ce qu'on les aime nos cousins québécois !



samedi 9 septembre 2017

Agatha de Hans Peter Cloos


"Agatha" de Marguerite Duras, pièce écrite en 1981 et abordant le thème sulfureux de l'inceste entre un frère et une sœur, revient sur les planches, décortiquée et revisitée par Hans Peter Cloos. ( Au Café de la danse à Paris jusqu'au 7 octobre). 
La pièce ne m'est pas inconnue, pour l'avoir déjà vu il y a fort longtemps ( dans les eighties) dans une présentation très durassienne, c'est à dire un peu hiératique avec deux comédiens simplement assis dans un fauteuil et distillant les mots de l'auteur avec la fièvre adéquate, celle du temps suspendu et de la violence des passions nichée au coeur de phrases simples. Décor minimal pour une mise en scène sans doute toute en  subtilité... Et là, j'avais découvert cet échange, où jamais on ne savait si l'inceste avait été réellement  consommé. il ressortait surtout une sorte d'amour fatal, de passion assumée et brûlante. Nous étions au plus près du texte initial. 
En 2017, l'époque a changé, Duras a disparu et les gardiens du temple semblent moins présents, 
on peut donc s'emparer du texte et lui donner un bon coup de plumeau.
Lorsque l'on entre dans la salle, notre regard se pose sur un très beau décor genre hall d'un vieil hôtel abandonné et décrépi, avec un beau lustre posé au sol parmi quelques chaises et fauteuils disparates. On ressent la fuit, le temps qui a passé, on perçoit l'atmosphère Duras, celle d'India song... Pas pour longtemps ! Les comédiens entrent en scène, et si le texte est respecté à la lettre, le ton de la comédienne voulu par Hans Peter Cloos, entre colère et passion, surprend. tout comme par la suite ses propositions ou enfantines ou trashs qui dézinguent la retenue durassienne. Et là on assiste à une chose assez surprenante, une proposition de la pièce où tous les poncifs d'une pseudo modernité théâtrale se cognent avec un propos fleurant la bien pensance. Là où en 1981 Duras passait pour moderne ( voire scandaleuse pour certains) en parlant avec sobriété de l'inceste sœur/frère comme d'une possibilité pouvant même être belle, la vision 2017, voulue plus rock, la pousse vers la monstruosité et l'horreur mais aussi vers un politiquement correct étonnant .
Pourquoi pas ? Le théâtre adore revisiter les classiques et passionne par ses lectures toujours si différentes. De ce côté là, cette adaptation réussit un grand écart pas évident sur le papier. Sauf, qu'au final, je n'ai pas été du tout convaincu. Pourquoi appeler sur scène tous ces objets de l'enfance ( corde à sauter, déguisements, poupée, ...) alors que cet inceste a été vécu plutôt vers la fin de l'adolescence ? Pourquoi nous présenter ce même inceste vraiment consommé ( et d'une façon lourdement métaphorique avec poupée ensanglantée et poignardée ) alors que Duras laisse vraiment planer le doute dans la consommation réelle de l'acte, qui fait justement la force de ce texte ? La réponse est sans doute dans la mise en avant de certaines répliques, qui au troisième degré, peuvent effectivement passer pour être sexuellement implicites. Cela est entendable mais hélas noyé dans une scénographie surprenante voire grotesque, presque un catalogue des poncifs d'un théâtre pseudo moderne. On a bien entendu eu droit à la tarte à la crème technologique de la vidéo embarquée sur scène que les comédiens utilisent pour filmer quelques détails, au désormais habituel déshabillage de ces derniers, également au travestissement du personnage masculin qui apparaît soudain en robe bustier rose Barbie, avec volants et tulle, tenue qu'il agrémentera plus tard d'un nez de clown ( on a entendu quelques gloussements dans la salle !) et à quelques répliques murmurées derrière un micro sur pied. Seule l'idée de la vidéo projetée au dessus du décor sur un mur de pierre, représentant les moments de silence entre les personnages ( avec des plans de barque rappelant " La nuit du chasseur" !?!?) m'a paru pertinente.
Dans ce fatras, les deux jeunes comédiens essayent de surnager. Alexandra Larangot possède une belle présence et arrive à faire passer de l'émotion malgré une direction d'acteur voulue monocorde dans l'irascibilité. Florian Carove semble moins à l'aise avec son texte ( Remarquez, dire Duras habillée en tenue Barbie, avec un nez de clown et un accent autrichien, ce n'est pas évident) mais gageons qu'il prendra de l'assurance au fil des représentations.
Alors, au bout du compte, faut-il prendre son billet pour "Agatha" ?
Si vous aimez Duras, pas sûr ! Si vous êtes curieux des visions décoiffantes d'un metteur en scène qui ose ébouriffer Marguerite, courez-y ! Vous assisterez à un catalogue de tout ce qui permet de faire le ménage dans une pièce compassée. Mais un conseil, avant d'y aller, relisez le texte ( 60 pages, c'est vite fait !) et  vous aurez ainsi en sortant de la salle, matière à de longues discussions et c'est cela l'essentiel non ?


samedi 25 juillet 2015

Retour à Berratham d' Angelin Preljocaj

Après la lecture du ...livret, voici le spectacle. " Retour à Berratham" a visiblement divisé les spectateurs de la cour d'honneur du Palais des Papes à Avignon le soir de sa création.
Hier soir, l'accueil m'a semblé plus cordial sans être enthousiaste. La nuit était belle, les 14 interprètes d'Angelin Preljocaj ont pu profiter du vent léger qui soufflait sur la scène, apportant une touche de vérité et de beauté.
Cependant, il ne faut pas le cacher, cette nouvelle création du chorégraphe n'est pas une totale réussite. Cent coudées au-dessus de la pâlichonne " Blanche-Neige", le spectacle pâtit d'un gros handicap : le texte ! Sa lecture me l'avait fait trouver un peu amphigourique, théâtral façon tragédie ancienne sans l'ombre d'une modernité. J'avais pensé que peut être dans cet immense plateau à Avignon, il trouverait sa place.... Que nenni ! Il en est encore plus lourd !   Les comédiens le déclament, surement en hommage à tous les illustres prédécesseurs qui ont lâché des vers ou de la prose classique, mais hélas, sans accrocher le spectateur. Parfois inaudibles malgré les micros, les mots lancés dans la nuit, violents mais trop alambiqués, finissent par se perdre et ne deviennent bien vite qu'une sorte de bruit de fond.
Je me suis désintéressé du texte car sur le plateau, au milieu des récitants, il y avait les onze danseurs, magnifiquement mis en espace. Dans un décor de grilles, de sacs poubelles et de carcasses de voitures brulées, la danse accrochait les regards. Parfois lente, parfois plus violente, inspirée toujours, elle phagocytait l'histoire, apportant au spectacle des moments totalement sublimes. Ainsi, lorsqu'après les violences faites aux femmes du village, les récitants enfin se taisent, un septuor de femmes en robes fluides, a illuminé la cour d'honneur, dans un ballet d'une beauté à couper le souffle, rendu encore plus sublime par un vent léger qui semblait les faire glisser dans la nuit.
Quoiqu'en dise le chorégraphe dans la presse, la danse m'a semblé n'avoir eu que faire des mots, offrant à nos yeux ébahis bien plus que ce qui se déclamait au milieu d'elle. Les danseurs, tous parfaits et magnifiquement dirigés, nous ont ébloui avec des scènes d'amour d'une sensualité folle ou avec de troublantes valses/salsa à trois. Et pour cela, pas besoin de mots, juste ceux initiés par leur magistrale souplesse, par ces glissements d'un infinie poésie.
J'avoue avoir eu une mauvaise pensée lors d'une scène où les sacs poubelles du décor  ont été jetés sur le devant de la scène. L'un d'eux a atterri à quelques centimètres de la comédienne qui hurlait son texte avec ferveur. On l'a vu arriver de loin ce sac. On a même bien cru qu'il allait lui  tomber sur la tête. L'intérieur de la cour d'honneur  a retenu un instant son  souffle. Certains ont laissé échapper un soupir de soulagement, d'autres, dont moi, étaient au bord de ricaner, pensant que s'il lui avait cloué le bec, ce n'aurait été que justice.
Mais ce soir là, ce n'était  pas Hellzapoppin, mais Berratham et sa violence d'après-guerre. Si le spectacle n'emporte pas tout à fait l'adhésion, ce n'est pas un naufrage. La chorégraphie inspirée et une utilisation bien pensée du décor arrivent à faire oublier, que les mots et la danse n'ont pas créer l'alchimie annoncée, la faute sans doute à un texte trop lourdement informatif, au pathos trop affirmé. Mais la beauté de tant de scènes arrive à masquer ce défaut, s'inscrivant durablement dans nos esprits parce que touchant au sublime.
Les photos dans quelques jours...