samedi 25 juillet 2015

Retour à Berratham d' Angelin Preljocaj

Après la lecture du ...livret, voici le spectacle. " Retour à Berratham" a visiblement divisé les spectateurs de la cour d'honneur du Palais des Papes à Avignon le soir de sa création.
Hier soir, l'accueil m'a semblé plus cordial sans être enthousiaste. La nuit était belle, les 14 interprètes d'Angelin Preljocaj ont pu profiter du vent léger qui soufflait sur la scène, apportant une touche de vérité et de beauté.
Cependant, il ne faut pas le cacher, cette nouvelle création du chorégraphe n'est pas une totale réussite. Cent coudées au-dessus de la pâlichonne " Blanche-Neige", le spectacle pâtit d'un gros handicap : le texte ! Sa lecture me l'avait fait trouver un peu amphigourique, théâtral façon tragédie ancienne sans l'ombre d'une modernité. J'avais pensé que peut être dans cet immense plateau à Avignon, il trouverait sa place.... Que nenni ! Il en est encore plus lourd !   Les comédiens le déclament, surement en hommage à tous les illustres prédécesseurs qui ont lâché des vers ou de la prose classique, mais hélas, sans accrocher le spectateur. Parfois inaudibles malgré les micros, les mots lancés dans la nuit, violents mais trop alambiqués, finissent par se perdre et ne deviennent bien vite qu'une sorte de bruit de fond.
Je me suis désintéressé du texte car sur le plateau, au milieu des récitants, il y avait les onze danseurs, magnifiquement mis en espace. Dans un décor de grilles, de sacs poubelles et de carcasses de voitures brulées, la danse accrochait les regards. Parfois lente, parfois plus violente, inspirée toujours, elle phagocytait l'histoire, apportant au spectacle des moments totalement sublimes. Ainsi, lorsqu'après les violences faites aux femmes du village, les récitants enfin se taisent, un septuor de femmes en robes fluides, a illuminé la cour d'honneur, dans un ballet d'une beauté à couper le souffle, rendu encore plus sublime par un vent léger qui semblait les faire glisser dans la nuit.
Quoiqu'en dise le chorégraphe dans la presse, la danse m'a semblé n'avoir eu que faire des mots, offrant à nos yeux ébahis bien plus que ce qui se déclamait au milieu d'elle. Les danseurs, tous parfaits et magnifiquement dirigés, nous ont ébloui avec des scènes d'amour d'une sensualité folle ou avec de troublantes valses/salsa à trois. Et pour cela, pas besoin de mots, juste ceux initiés par leur magistrale souplesse, par ces glissements d'un infinie poésie.
J'avoue avoir eu une mauvaise pensée lors d'une scène où les sacs poubelles du décor  ont été jetés sur le devant de la scène. L'un d'eux a atterri à quelques centimètres de la comédienne qui hurlait son texte avec ferveur. On l'a vu arriver de loin ce sac. On a même bien cru qu'il allait lui  tomber sur la tête. L'intérieur de la cour d'honneur  a retenu un instant son  souffle. Certains ont laissé échapper un soupir de soulagement, d'autres, dont moi, étaient au bord de ricaner, pensant que s'il lui avait cloué le bec, ce n'aurait été que justice.
Mais ce soir là, ce n'était  pas Hellzapoppin, mais Berratham et sa violence d'après-guerre. Si le spectacle n'emporte pas tout à fait l'adhésion, ce n'est pas un naufrage. La chorégraphie inspirée et une utilisation bien pensée du décor arrivent à faire oublier, que les mots et la danse n'ont pas créer l'alchimie annoncée, la faute sans doute à un texte trop lourdement informatif, au pathos trop affirmé. Mais la beauté de tant de scènes arrive à masquer ce défaut, s'inscrivant durablement dans nos esprits parce que touchant au sublime.
Les photos dans quelques jours...
      

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