mercredi 8 juillet 2015

Retour à Berratham de Laurent Mauvignier


"Retour à Berratham" n'est pas un roman, c'est un texte écrit pour le théâtre. Quand les éditions de Minuit écrivent "théâtre", c'est un peu trompeur car l'adaptation qui sera présentée dans quelques jours au festival d'Avignon, sera mise en scène par le chorégraphe Angelin Preljocaj, qui semble s'orienter vers un ballet incluant du texte dit par des comédiens.
La récit évoque le retour d'un jeune homme dans sa ville natale après un conflit qui a laissé de fortes traces. Berratham, aux mains de mercenaires de tout poil, a bien changé, Au calme d'antan succède une violence latente qui n'attend qu'une minuscule étincelle pour exploser. Le jeune homme espère retrouver Katja, jeune femme qu'il a follement aimé avant la guerre et qui, après une unique vraie étreinte, a porté leur enfant. Elle, n'aura qu'un but, sauver sa peau et celle de son bébé, fuir ce monde d'hommes déboussolés et abrutis de haine.
A la lecture ce n'est pas vraiment un roman car on y trouve des éléments du théâtre écrit comme les dialogues avec les noms des protagonistes au début des phrases qui soudain apparaissent au détours d'un paragraphe. Et puis on sent bien les mouvements qui sont induits par la disposition des personnages, leurs actions à l'intérieur de ce village que l'on perçoit réduites à une unité de lieu qui correspond à une scène.
Malgré ces figures obligées, le texte traduit bien l'animosité qui règne, les blessures non guéries suite à un conflit quasi fratricide. C'est âpre, sec, la violence va crescendo dans les corps, sur les corps mais aussi dans la tête.
"La paix, c'est le trophée de ceux qui savent mieux la guerre que les autres." dit un personnage dont le conflit vibre encore à l'intérieur de lui. La pièce évoque ainsi le poids cette violence dans les chairs et la conscience de cette communauté qui n'a plus confiance en rien ni en personne, préférant continuer à s'adonner à une sorte de réplique de guerre qu'ils ne peuvent ni contenir ni digérer.
On pense bien sûr à des conflits récents et assez proches. Laurent Mauvignier et le chorégraphe d'origine albanaise, continuent d'explorer ensemble un questionnement autour de la violence et posent ainsi la question de l'amour au temps de la barbarie.
Je ne présume pas de la qualité du spectacle présenté à Avignon. Disons qu'il part sur de bonnes bases, le texte étant de ceux qui allient force et puissance tout en laissant la place à l'imaginaire et à l'interprétation. C'est certain que je ne m'amuserai pas en juillet dans la nuit avignonnaise et je ne manquerai pas de vous en faire part. (Oui cette année votre blogueur ira au festival d'Avignon et vous parlera donc, ce qu'il n'a jamais fait jusque là,  en vrai amateur, de théâtre.)

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