mercredi 26 décembre 2018

L'homme fidèle de Louis Garrel



Film chic de la semaine qui émoustille les rédactions des journaux, de Gala aux Cahiers de Cinéma, "L'homme fidèle" joue sur tellement de tableaux qu'il est impossible que chaque spectateur n'y trouve pas son compte.
Première strate : Des peoples s'essaient au marivaudage amoureux. Le couple à la ville, Garrel/Casta, accompagné de Lily-Rose Depp ( la fille de...), aidés de Jean-Claude Carrière pour les dialogues, parviennent sans problème à faire passer leur improbable histoire. On accepte les ficelles de ce triangle amoureux car règne un joyeux esprit ludique accentué par le ton et l'allure de Louis Garrel, figure centrale du récit, épatant avec son air à la fois un peu perdu mais rieur. Comme cela ne dure qu'une heure quinze, on n'a pas le temps de se lasser, ni de trop remarquer les ficelles scénaristiques qui, s'y l'on veut s'y pencher un petit peu, ne brillent pas par leur finesse. Mais les habitués des gazettes prennent agréablement des nouvelles de Mlles Casta et Depp et les cinéphiles repèrent les clins d'oeil de Garrel fils ( et petit fils) au cinéma d'auteur. Tout le monde est content et sort de la salle pas déçu.
Deuxième strate du film : Que nous dit-il des couples de 2018 ? De la femme ? De l'homme ? De leurs rapports à l'ère Mee Too ? On peut être tenté de dire beaucoup de choses, tellement l'homme apparaît ici comme un objet dans les mains de femmes qui elles vont jusqu'au bout de leurs envies. Abel, joué par Louis Garrel, pas harceleur pour deux sous, n'a aucun domicile à lui et vit quasi au crochet des dames, tout du moins pour ce qui est de sa couche. Ballotté au gré de leurs désirs, il ira, sans aucune gêne ni amour propre, poser ses sacs chez l'une ou l'autre. L'amour y apparaît pour lui comme une sorte d'état simple répondant plus à un confort personnel qu'un fort sentiment. Du moment que j'ai un toit, j'aime. Pas compliqué donc. Une certaine douceur émane de lui comme de chez ces copines qui, elles, toutefois, s'avèrent un poil plus retorses voire dominatrices. On a l'impression que les femmes mènent enfin le jeu face à des hommes totalement à leur merci. Ce côté plaisant à regarder, s'inscrit dans un univers totalement décalé, irréel même, le film, à l'image de son ton sautillant , se résume surtout à une petite fantaisie que le public dégustera comme une friandise.
Pas prise de tête, gentiment mis en scène, " L'homme fidèle"  remplit bien sa fonction de produit surfant sur le glamour et la légèreté.



vendredi 21 décembre 2018

Yves Saint Laurent, le soleil et les ombres de Bertrand Meyer-Stabley et Lynda Maache


Tout, tout, tout, vous saurez tout sur Saint Laurent, le vrai, le beau, le laid, le maso et plus encore. Dix ans après sa mort, et surtout un an après celle de son mentor ex amant Pierre Bergé, on sent que les biographes peuvent raconter avec plus de liberté la vie de celui qui fut l'un des plus iconiques couturiers français. Sans tomber dans le ragot de bas étage, mais sans doute avec l'envie d'être au plus près de ce que fut la réalité du créateur, le duo d'auteurs retrace avec une ferveur d'admirateurs inconditionnels la vie de ce génie de l'élégance. De l'enfance en Algérie, d'où naîtra son amour pour les couleurs et les odeurs, jusqu'aux dernières années toujours créatives mais rendues lymphatiques par la dépression et les neuroleptiques, tout sera disséqué. Seront évoqués ses vêtements phares, ceux qui sauront accompagner une femme ( certes très riche) en voie de libération comme le caban, la tunique, la saharienne, le smoking ou le jumpsuit ( pour les néophytes, c'est une combinaison pantalon qui a d'ailleurs resurgi sur les portants il y a peu). Magie de la coupe, extrême qualité des tissus, grâce des accessoires, harmonie des couleurs, génie des proportions sont autant d'expressions que crieront les commentateurs de l'industrie de la mode et qui accompagneront toute la carrière d'Yves Saint Laurent. Chaque défilé sera évoqué, chaque source d'inspiration aussi, que ce soit les voyages, les personnes ou sa passion pour les artistes. Au milieu de ce déploiement de soieries et autres organza, s'intercaleront bien sûr des choses plus privées, son couple formé avec l'homme puissant que devient Pierre Bergé, ses amitiés avec des femmes très fidèles considérées comme des muses, son attirance pour les jeunes éphèbes marocains et les rapports masochistes.
Cette biographie possède une petite particularité. Elle s'achève au bout de 182 pages et passe ensuite, sur les 140 restantes à livrer une sorte d'encyclopédie Saint Laurent, en détaillant, le vestiaire immortel qu'il a créé, ses égéries, l'histoire de ses parfums, des nombreuses et luxueuses villas achetées pour s'achever sur un dictionnaire Saint Laurent. Cela confère à ce livre un côté très complet mais, qui, et ce sera le seul reproche qu'on puisse lui faire, n'évite hélas pas quelques redites comme si l'enfermement et l'immobilité du créateur ne permettait pas de multiplier les anecdotes.
Les passionnés de mode trouveront dans ce " Yves saint Laurent, le soleil et les ombres"  une véritable compilation de plus de quarante de créations par celui qui est considéré comme un génie. Les autres, en passant un doigt rapide sur les portants de ces nombreux vêtements pourtant mythiques, verront surtout défiler, non pas des atours divinement construits, toute une époque de progrès, de libération mais aussi de montée de la finance. Passionnant. 

mardi 18 décembre 2018

L'empereur de Paris de Jean-François Richet


On connaît bien la bûche de Noël, la dinde de Noël, mais on a plus de mal à discerner dans le flot de la promo, la daube de Noël , appelée aussi navet de Noël. "L'empereur de Paris"  attrape haut la main ce titre. Soyez attentifs aux commentaires que vous lirez ou entendrez ici ou là , il y a toujours un bémol quelque part, léger, mais il y est, subrepticement glissé car, il est difficile d'aller démolir la production française la plus dispendieuse de l'année ( 22 millions d'euros à ce que l'on dit) surtout quand on a vu le résultat. Il semblerait que la Gaumont qui distribue le film  commence à avoir des sueurs froides quant à la rentabilisation de cette catastrophe industrielle. Essayer d'y faire aller le plus de spectateurs possibles est devenu ces jours-ci l'action caritative de tous les médias.
Le titre est pompeux pour un film pompier. Vidocq, oui, c'est lui l'empereur de Paris, popularisé par une vieille série télé en est à sa deuxième version au cinéma ce siècle-ci. La précédente avait dérouté en plongeant dans un univers fantastique. Celle-ci ennuie mortellement.  Diable , mais où est donc passé l'argent ? A l'écran, sans conteste. Les décors sont magnifiques, imposants, parfaits. Les costumes sont au diapason, dans des tons bistres ou rouges que magnifient une lumière très travaillée. Techniquement, rien à redire. Par contre, et c'est bête, on a oublié qu'un grand, un bon film, c'était au départ un scénario intéressant. Visiblement, en voulant ratisser large ( public), on s'est fourvoyé dans un récit basique un/un. Un/Un ? Comme les colliers de perles que l'on fait faire en maternelle ! Une perle bleue, une perle rouge, une perle bleue, une rouge... Ici, c'est une scène de bagarre, une scène dialoguée, une baston, une déclaration d'amour, un meurtre, une parlote historico chiante.... L'histoire ? Le film s'ouvre sur Vidocq aux galères.  Il a plein d'ennemis et, grâce à une baston, va s'en faire encore plus. C'est bien pour la suite du film, car ils vont resurgir un par un ( acoquinés avec plein d'autres). Mais Vidocq veut être gracié. De quoi ?  Au bout d'un moment on ne sait plus, mais on s'en fout aussi car on a vite compris qu'il ne le sera qu'une fois exterminés tous les très très nombreux sales types qui veulent sa peau. Du coup ça cogne de partout, tout le temps...Mais attention, nous ne sommes pas chez Tarantino. Aucun humour, aucune dérision, juste de la cogne assez gratuite, certes joliment chorégraphiée, mais qui très vite lasse. On s'ennuie à périr, surtout que les enjeux politiques de l'époque nous sont assénés de façon brumeuses ( comme si le large public sortait d'un cours d'histoire). On remarque à peine les comédiens,  joliment costumés, quant à la mise en scène, elle est noyée par les coups de savates, de fusils et autres lames tranchantes.
Je sais bien qu'il faut consommer français, sauver notre patrimoine culturel cinématographique, mais là, c'est au-dessus de mes forces. Fuyez !





samedi 15 décembre 2018

Ma dévotion de Julia Kerninon


La quatrième de couverture nous accueille avec ces deux phrases extraites du roman : " Lorsque quelqu'un est aussi discret que moi, personne n'imagine qu'il puisse avoir un tempérament passionné.Mais -je sais mieux que personne- il ne faut pas juger un livre à sa couverture." Cette entrée en matière fait sitôt retourner l'ouvrage par le futur lecteur. La photo, façon Sarah Moon, empreinte de douceur ( voire gnangnan) qui n'est pas sans rappeler l'atmosphère du précédent roman de Julia Kerninon ( Le dernier amour d'Attila Kiss), dont la belle écriture ne parvenait pas à cacher un montage un peu déroutant, laisse penser à un récit fait pour plaire à une lectrice au célibat forcé. Vous rajoutez un titre aux consonances vaguement religieuses, un énième récit d'une histoire d'amour et l'on peut reposer, agacé, le livre sur la pile et se diriger vers autre chose... Hé bien , vous aurez tort !!! Grandement tort ! Derrière cette avalanche d'effets repoussoirs que l'on peut compléter avec une héroïne fille d'ambassadeur ( encore les tourments des nantis!), se cache en fait, un des meilleurs romans de cette rentrée!
Quelle force romanesque se dégage de ces courts chapitres ciselés par une désormais grande orfèvre du style! L'histoire de cette amitié amoureuse, de cette passion qui ne dit pas son nom, aurait pu sombrer dans la banalité. Mais, Julia Kerninon, parvient avec cette troisième livraison à concilier une écriture digne des plus grands  avec un récit formidablement agencé qui emporte son lecteur sans jamais faiblir. Tout est juste dans cette évocation d'une vie dont l'apparence ordinaire cache mille sentiments forts ( pas forcément les plus nobles). Tout est admirablement décrit, de la chaude Rome à la froide Amsterdam, de l'ascension d'un artiste-peintre à la ferveur contenue d'une femme amoureuse mais discrète. Le lecteur se trouve enlacé dans des mots, des phrases dont la pertinence rivalise avec l'évidente imagination d'une romancière qui soudain, se hisse au plus haut. On avait pressenti cet envol mais là, on est cueilli par autant de perfection.
"Ma dévotion" apparaît donc comme le roman à découvir cette fin d'année avant qu'il ne quitte les étals des libraires, chassé par la rentrée de janvier. Pour tous les amateurs de romanesque, de belle écriture et pour tout ceux qui aiment se laisser porter par une plume talentueuse uniquement mise au service d'une bonne histoire.





jeudi 13 décembre 2018

Têtes à Trap'2 par la compagnie des Gamettes


Attention spectacle pour enfants de 3 à 103 ans !
Vous avez bien lu, tout le monde peut prendre plaisir à ce "Têtes à Trap' 2", moins long qu'une pièce de Claudel ( 45 mn, c'est idéal) mais plus drôle et bien mieux fichu que n'importe quel spectacle pour enfants que l'on propose en ce moment voire que moultes pièces pour adultes.
Le spectateur, en entrant dans la salle, est saisi par le dispositif : un grand gazon en plan incliné constellé de trous lui fait face ... Mais qu'est-ce donc se demande déjà (au choix) le gamin curieux ( si ses parents ont eu la bonne idée de ne pas l'amener avec sa console portative ) ou les géniteurs qui s'attendent à voir deux marionnettes minables au bout d'un fil ? Les hypothèses sont vite closes quand surgissent soudain des trous deux fantômes ahuris et passablement en colère. Bêtement, ils ont creusé et se sont perdus dans ce jardin... Là où un humain se serait jeté sur la géolocalisation de son smartphone, eux, préfèrent en rire et décident de jouer dans cet espace. Le jeu fait partie intégrante de leur personnalité et ils vont s'en donner à coeur joie. Leur imagination se met en transe dès qu'ils aperçoivent une feuille morte et en route pour un voyage complètement loufoque comme peut l'être l'imaginaire des enfants. On rencontrera un prince panda, une poule Cendrillon, des méchantes soeurs chien et chat , une marraine cochonne, le tout dans un château proche d'une forêt très très sombre....
Les deux (excellentes)  comédiennes  (clowns ? ) Samantha Merly et Audrey Ainé, espiègles, drôles, totalement joueuses, entraînent leur public dans la féérie d'un conte sérieusement décalé, attirant l'attention des tout-petits en surgissant aléatoirement d'un trou au milieu d'un décor aussi barré que les costumes, tous vraiment inventifs qu'ingénieux. Les dialogues fusent, pétillent, différents degrés de lecture permettent à tout le monde de prendre un immense plaisir. On est bluffé par le rythme du spectacle autant que par son originalité. Le temps passe trop vite...
Vous l'aurez compris, si ce spectacle passe pas loin de chez vous, exhortez vos héritier(e)s à lâcher leur tablette et foncez voir " Tête à trap' 2", le spectacle pour enfants qui décape ...et qui leur fera sans doute comprendre que le plus beau jeu n'est pas en vidéo ...mais dans leur tête.
PS : La compagnie des Gamettes tourne en ce moment dans l'Ouest du pays....mais espérons qu'elle sillonnera toute la France.


mercredi 12 décembre 2018

Utoya, 22 juillet de Erik Poppe



Attention film à forte émotion ! Le 22 juillet 2011, sur l'île d'Utoya pas loin d'Oslo en Norvège, la ligue des jeunes travaillistes réunit ses jeunes troupes pour un camp d'été mêlant rencontres et réflexion politique. Un facho d'extrême droite de 32 ans sèmera la terreur en tirant sur ces adolescents avant d'être arrêté par la police. Le film a pour projet de marquer la mémoire et entretenir le souvenir de ce sordide attentat.
Basé sur des témoignages de survivants, le scénario nous accroche aux basques d'une jeune fille venant de se disputer avec sa soeur pour une broutille. Sa colère sera soudain balayée par l'arrivée du tueur et par la lutte pour sa survie. Mais durant sa fuite, l'inquiétude de n'avoir aucune nouvelle de cette soeur, grandira...
 En un seul plan séquence de 73 mn (le temps exact de l'attentat avant l'arrivée des premiers secours) la caméra collera à cette jeune fille. Cette performance de mise en scène mais aussi de la jeune comédienne, pourrait occulter le devoir de mémoire, camoufler une certaine réflexion politique de l'événement pour ne se focaliser que sur  son aspect terrifique. ( Certains pourront y voir un côté abrutissant, voire jouant avec l'événement que pour n'en tirer que  son côté horrifique plus vendeur ...). Réellement, face à l'écran, on oublie et technique et cynisme mercantile, pour se trouver réellement, viscéralement, plongé dans l'action, cloué sur son siège, attentif aux balles du tueur selon que la bande son nous les rend proches ou lointaines. Nous ne verrons jamais Anders Behring Breivik ( le sinistre coupable), seulement cette jeune fille éperdue, voulant sauver sa peau et retrouver sa soeur. Alors que quasi aucune violence n'est visible à l'écran, tout se jouant hors-champ, le spectateur vit un moment de terreur pure, sans jamais savoir quel dénouement l'attend. Et lorsque la fin arrivera,  l'heure de la délivrance ne sera que symbolique, le film aura fait son oeuvre ( au risque de réactions de certains spectateurs). Des cartons secs et froids nous rappelleront que cet attentat fut commis par un membre de l'extrême droite, la même que celle qui désormais commence à s'imposer partout en Europe.
La lumière se rallume sur des spectateurs groggy, qu'un film sans concession aura bousculé, terrifié, peut être choqué. Certains y voient un mauvais film exploitant l'horreur, d'autres un vrai témoignage déchirant et marquant. Je penche pour la deuxième version !


dimanche 9 décembre 2018

Fragile de Muriel Robin


Lire les souvenirs d'une personnalité bien vivante, se révèle pour un lecteur un peu ambiguë. Il faut déjà oublier le style, ce genre d'ouvrage, à quelques rares exceptions près, s'affirme rarement comme des oeuvres inoubliables ( même avec la collaboration de quelques auteurs connus, ici Lionel Duroy). Ensuite, on frise le voyeurisme, comme un lecteur de presse people, on a envie de connaître quelques petits secrets, sur la star qui écrit, mais aussi sur les autres stars que notre vedette a immanquablement croisé. Et puis, on se dit aussi : " Mais pourquoi diable, une célébrité éprouve-t-elle ainsi le besoin de s'épancher publiquement ? " ( Si voyeurs, y'a bien un exhibitionniste).  Au mieux, on peut penser qu'elle fait là une sorte de psychanalyse, coucher sur le papier sa vie lui permet peut-être de la mettre mieux en perspective ( même si ce genre de personne a les moyens de fréquenter les cabinets de psychanalystes). La partager avec le public lui donne une image de proximité qu'il ne faudrait pas négliger.  Au pire, on voit aussi un éditeur flairant le bon coup ( XO est un grand spécialiste) pour faire rentrer des pépétes dans sa trésorerie et du coup améliorer ( grâce peut être à un joli à valoir)  l'ordinaire de la vedette qui, le temps de la promotion de l'ouvrage, continue à occuper la scène médiatique.
Muriel Robin, personnalité populaire et très attachante, part toutefois avec un léger handicap : sa vie on la connait pas mal pour peu que l'on ait vu ses derniers spectacles, humoristiques mais tendres, assez autobiographiques ou que l'on ait lu ou écouté ses interviews lors de l'inévitable promo qui les accompagne. Donc son enfance à Saint Etienne, cadette d'une fratrie de trois filles, avec des parents marchands de chaussures, bien plus obnubilés par leur chiffre d'affaire que par regarder et écouter leurs enfants, on connaît bien. Le manque de tendresse qui en a résulté, le mal de vivre que Muriel a traîné toute sa vie, sa bisexualité, l'Alzheimer de sa mère, ses compagnonnages avec Pierre Palmade ou José Dayan aussi ( Paris Match et autres gazettes en ont régulièrement fait leurs choux gras). On ne découvre au final que peu de choses dans ce livre sauf peut être un twist final ( mais sans doute révélé lors de la promo...). Nous sommes également obligés de nous envoyer cette litanie de remerciements à tous les gens qu'elle aime, tous bons, généreux et fidèles qui l'ont ou soutenu ou aimé ou aidé ( mais c'est le genre qui veut ça). Les mauvais sentiments comme la rancoeur, la haine, la détestation n'ont pas de place dans ce genre d'ouvrage ( on ne fait pas de peine aux vivants, surtout lorsqu'ils peuvent demander des comptes) même si par-ci par-là on remarque un ou deux coups de griffes rapides.
Toutefois, le livre n'est absolument pas déplaisant à lire ( surtout la première moitié, celle de l'enfance et des débuts, la suite, entre Porsche et égrenage de la carrière, reste plus convenue). On sent une certaine sincérité dans le propos, qui parfois parvient à émouvoir réellement. On appréciera que Muriel Robin ait choisi de ne pas faire la maline en évitant toute drôlerie dans son texte, le rendant ainsi beaucoup plus sensible, plus près de sa personnalité ( que l'on devine bien complexe, et sans doute point facile). D'ailleurs, si l'artiste se dépeint comme fragile ( d'où le titre), à la lecture de son trajet, les adjectifs "Sensible" ou "Douée" viennent très vite en tête. Pas certain qu'en étant totalement fragile on fasse une carrière aussi belle....Douée, Muriel Robin l'ait assurément ( pour le théâtre, l'humour, l'écriture, la comédie mais aussi la musique, le bricolage, la générosité), mais étant aussi modeste, elle n'aurait jamais osé le mettre en avant.... Et pourtant...

samedi 8 décembre 2018

Marche ou crève de Margaux Bonhomme


Cette semaine, certains films partent avec un handicap certain. Prenez "Marche ou crève"  le premier long métrage sensible et diablement convaincant de Margaux Bonhomme, inspiré par sa soeur.  Pas de joli bébé craquant, pas de chanteur à jeune fille, pas de héros populaire ni même la possibilité de revoir pour la énième fois l'anatomie de Gaspard Ulliel. Son atout : évoquer la place d'une jeune adulte handicapée au sein d'une famille, des rapports aussi tendres que parfois éreintants qui l'animent, source de conflits intérieurs pas toujours avoués. On fait plus fun comme sujet et pourtant, vous trouverez là un film français qui fait honneur au cinéma et que l'on aurait tort de bouder.
Le film se concentre sur deux jeunes filles : l'une Elisa, 17 ans, aux portes de la vie,  sacrifie sa scolarité pour sa soeur. Avec une succession de scènes proches du documentaire, nous assistons au quotidien d'une famille devenue monoparentale ( la mère a fui ce climat trop lourd), monopolisé par Manon qui requiert constamment attention et soins. Handicapée mentale à la motricité entravée, son autonomie est inexistante. Toutefois, par amour autant que par devoir ( ces deux sentiments sont étroitement mêlés), père et fille refusent de la placer dans un centre. Par touches subtiles, avec une bande son qui ne nous épargne rien et surtout pas les cris incessants de Manon, le film nous place au coeur du récit et surtout dans la tête d'Elisa, dont les sentiments deviennent au fil du temps de plus en plus ambiguës. On sent le vécu de la réalisatrice et la sincérité du propos qui n'évacue jamais les bons sentiments pas plus que les mauvais.
Placé au pied ou dans l'escalade ardue et donc métaphorique d'une paroi montagneuse, le récit reste cohérent et émeut avec justesse. Mais ce film possède trois éléments supplémentaires qui doivent vous pousser à le découvrir : ses trois interprètes principaux. Cédric Kahn est parfait dans le rôle de cet homme au devoir paternel chevillé au corps. Mais celles qui brillent de mille feux sont les deux jeunes comédiennes. Diane Rouxel ( après l'excellent "Les garçons sauvages" et le moins convaincant "Volontaire"  que toutefois elle sauvait de sa présence) continue à gravir les marches qui ne tarderont pas à la voir devenir la comédienne indispensable du cinéma français et démontre qu'elle possède une multitude de facettes. Mais, dans un rôle ingrat, sans dialogue, tout en cris, bavements, corps torturé, Jeanne Cohendy ( Manon) livre une interprétation qui confine à l'extraordinaire ( c'est tellement bluffant que j'ai cru pendant tout le film que l'on avait fait tourner une vraie handicapée). Kiberlain, Huppert, Adjani et consoeurs peuvent se rhabiller, aucune ne sera jamais aussi crédible dans un rôle aussi peu gratifiant. S'il y avait une justice sur terre, le César ne peut pas lui échapper ! ( Mais, niveau justice, on le sait...)
Avec son titre d'actualité, "Marche ou crève" est du beau cinéma, avec propos et but vrais et au bout une réelle émotion. Très beau premier film !

vendredi 7 décembre 2018

Ca raconte Sarah de Pauline Delabroy-Allard


Parmi les premiers romans de la rentrée, " Ca raconte Sarah"  fut l'un des plus remarqués et concourut longtemps dans la course aux grand prix sans rafler un gros pompon.
Le roman, divisé en deux parties que l'on peut résumer par : l'amour et après la séparation, ne s'aventure pourtant pas dans l'originalité. Un coup de foudre de la narratrice devient le prétexte pour nous disséquer la passion dévorante qu'elle éprouve pour une autre femme. Est-ce original ? Nullement. La passion, homo ou hétéro, c'est la même ! Mille fois décrites  en mieux ailleurs, PDA ( Pauline Delabroy-Allard) aligne les poncifs du genre : la dépendance affective, sexuelle ( étrange d'ailleurs pour des amours lesbiennes que le clitoris ne soit jamais évoqué  alors que les fesses, les seins, les pénétrations des doigts copieusement mentionnés), la folie des amoureuses, l'addiction totale de la narratrice sans que l'on soit transporté. Certes, il y a un certain dynamisme, ça virevolte même parfois, mais le point de vue reste très égocentré et ne tient finalement que par un possible autobiographique. Ce n'est pas désagréable à lire mais reste dans le genre bien français des amours bourgeoises.
La deuxième partie, située dans un vieil appartement de Trieste, possède un petit côté " Mort à Venise" sans jamais l'utiliser vraiment. A la place, nous avons surtout droit à un faux petit suspens à base d'amnésie ( je le dis et ne le répéterai jamais assez amis écrivains, il faut désormais être un génie de l'écriture pour manier cet improbable et trop facile ingrédient) et surtout à des redites qui finissent par devenir vraiment lassantes.
L'avantage de " Ca raconte Sarah" provient de sa longueur, pas trop de pages et pour quelques lecteurs encore un peu snobs, de sa publication  aux éditions de Minuit , ce qui pour lire dans les transports donne une belle image. Le propos, quant à lui, ne s'extraie jamais d'une certaine banalité et ce n'est pas parce qu'il s'agit d'amour entre deux femmes que cela le rend meilleur ou original, à notre époque, on a dépassé cela. Reste un premier pas complètement déplaisant mais loin des dithyrambes lues ici et là. 

jeudi 6 décembre 2018

Pupille de Jeanne Héry


Quoi de plus vendeur qu'un bébé ? On craque pour les bébés et le cinéma n'y pense pas assez souvent. Avec "Pupille", les spectateurs pourront aller s'attendrir tout leur saoul, surtout qu'en bonus on voit des stars du moment ( Sandrine Kiberlain), de retour ( Elodie Bouchez) ou, encore plus craquant,  mâlissimes  ( Gilles Lellouche) faire gouzi-gouzi avec un nourrisson tout en fossettes et jolies rondeurs. Bien vu ! Mais, hormis ses images tendres, que vaut réellement le deuxième long-métrage de Jeanne Héry ?
L'histoire de ce bébé né sous X et de la chaîne humaine qui se met en place pour l'amener le plus calmement possible vers une adoption plénière, nous est contée un peu comme un joli conte moderne et administratif. Si les deux derniers mots paraissent incompatibles, ils sont pourtant bien présents durant tout le récit. Tout se déroule merveilleusement bien pour ce bébé, de l'accouchement par une jeune femme posément déterminée jusqu'au moment de la rencontre avec celle qui sera sa maman. Les différents protagonistes, de l'assistante sociale à l'éducateur qui prendra en charge le nourrisson restent autant bienveillants que professionnels. Tout coule avec bonheur .... On sent que tout ça pourrait basculer dans la mièvrerie la plus totale ... mais, surprise, le film l'évite finement.
Les acteurs, les stars mais aussi les seconds rôles, sont tous parfaits et surtout le scénario leur a prévu une certaine profondeur, voire quelques petites notes plus acidulées. Du coup, si pour le bébé tout roule, les adultes autour de lui peuvent se débattre avec quelques aléas de la vie, rendant le récit beaucoup moins linéaire et permettant de jolies scènes de comédie ou plus émotionnelles. La construction alternée entre le placement du bébé et le long chemin pour une jeune femme pour voir arriver un enfant chez elle, aide aussi à rendre le film plus subtil. Le spectateur se laisse porter dans cette histoire qui, de par l'actualité ( souligné par les déclarations de Gilles Lellouche dans le dossier de presse ou lors de sa tournée promo), s'avère aussi un remarquable plaidoyer pour les services publics et de leurs personnels, mal payés, mais avant tout attachés à honorer au mieux leur mission. En pleine réflexion autour de l'impôt et de son utilisation, " Pupille" devient presque incontournable et dans la cohorte de productions françaises dans grandes ambitions, prendre la menotte de "Pupille", vous fera passer un agréable moment !



mercredi 5 décembre 2018

Les confins du monde de Guillaume Nicloux


1945. Indochine. Gaspard Ulliel. Assis. Des mains cadavériques. Une allure de jeune homme perdu. En fait, c'est Robert. Soldat. Mayennais donc bouseux. Taiseux aussi. Perdu dans une guerre coloniale. Rescapé d'un charnier dont on le voit s'extraire. Visage buté. Derrière ce regard mi-vide, mi-halluciné, la soif de la vengeance. Venger son frère. Tuer ce chef guerrier adverse. Et la routine de la guerre. Marcher. Guetter. Etre aux aguets dans une jungle poisseuse, humide, moite. Des copains de chambrées. Rudes. Gueulards. Sur les nerfs. La routine de la guerre. Des morts. Des cadavres découpés. Une bite bouffée par des sangsues. Castration, réelle. Symbolique aussi. La pluie, dense. Des bars à putes. Jouir pour oublier la peur. Opium. Fumer pour oublier la guerre. Des prisonniers, dans des cages. Un civil français bavard revenu de tout. La jungle humide. Un collier d'oreilles et de langues humaines. Le danger. L'amitié. La peur. La trahison. Un peu d'amour ? Non, c'est la guerre. Pas d'espoir. Gaspard Ulliel totalement nu. Guillaume Gouix aussi. Des morts encore. Blancs. Jaunes. Des coeurs aussi. Et toujours la jungle. Touffue. Idéale pour cacher un ennemi. Et Depardieu. Et l'esprit de Coppola. Et de Shoendoerffer. Et de Cimino. La guerre. Toujours la guerre. Toujours de la pluie. Du silence oppressant. Des envies de métro parisien. On marche dans la jungle. Coups de fusils. Serpent. La peur. L'amitié. L'abandon. La solitude. Putain, quand ça va finir ?
On sort de la salle. Un peu secoué. Un peu endormi. Un peu groggy. Un peu poisseux. Ai-je aimé ? Oui. Non. Sans doute. Déroutant. Artistique. Barré. Sensible. Beau. Fort. Pas aimable. Cruel. Unique.




mardi 4 décembre 2018

Ma mère est folle de Diane Kurys


Chère Pauline,
Si j'étais un tonton moderne, j'aurai pris mon portable et t'aurai envoyé un sms :" Ma mère est folle ? N'y va pas !" . Comme je ne le suis pas, j'use de ce vieux moyen de communication qu'est la lettre, sans doute parce qu'elle permet de développer un peu plus.
Je te connais, tu aimes trop Vianney, ce chanteur si gentil, si mignon, aux apparences tellement sage que l'on se demande si tout cela n'est pas trop fabriqué pour être vrai. ( D'ailleurs à ton âge, j'écoutais T Rex ou Alice Cooper ... une autre dégaine...mais qui les connait encore ? ) Bref tu risques d'être attirée comme une jolie petite mouche sur une bouse par ce qui t'est présenté comme un film super marrant et follement drôle. Alors, pense d'abord à ton argent de poche de lycéenne... Est-ce vraiment raisonnable de claquer dix euros pour aller voir un film que même les membres du club ciné de l'EHPAD Madeleine Barbulée ( private joke pour les fans de la comédienne) snoberont car eux ont le flair pour repérer ce qui n'a même pas le rythme d'un épisode de "Plus belle la vie". Et puis, ma petite Pauline, pense à l'image que tu récupéreras auprès de tes copains que tu auras aussi traîné voir cette chose car tu apparaîtras comme une has been absolue.
Je t'entends déjà me contredire en bêlant : " Mais y'a Vianney ! Il est si mignon, si gentil, si beau, si... " .  Stop, ma belle ! Je te rétorquerai , car je suis perfide, qu'il y a aussi Fanny Ardant et Arielle Dombasle, stars vieillissantes que tu ne connais pas ...et pour cause....puisque l'une n'a même pas un compte Instagram et que " Les grosses têtes" où se produit l'autre ne risque pas d'intégrer ta chaîne Youtube.  Bien que ton chanteur fasse un tout petit baisser la moyenne d'âge du générique, balance ses répliques pas plus mal que le reste de la troupe, sache qu'il ne chante pas une note. Il faut que tu saches aussi, que tout est au rabais dans le film, du scénario d'une affligeante indigence jusqu'aux costumes, puisque Vianney arbore encore et toujours son pull ras de cou sur petite chemise à carreaux. Alors est-ce bien raisonnable de perdre plus d'une heure trente pour un film minable, qui passera très vite à la télé, dont les deux seules répliques vaguement drôles sont dans la bande annonce et que de toute façon tu finiras bien vite par télécharger pour pas un rond ? Franchement non ! Tu as mieux à faire.... Je ne pense pas que tu ailles voir " Leto"  qui sort le même jour, ce serait alors sans doute un petit miracle, mais amuse-toi avec tes amis, fais l'amour ou envisage un combat social. Déjà, si tu ne vas pas voir le film, tu feras oeuvre de salubrité intellectuelle en ne donnant pas un centime à une énième comédie formatée .... dont on peut se demander qui elle pourra intéresser...( à part les chaînes télés, histoire de boucher un trou de programmation)
Ma petit Pauline, je t'embrasse.... et, si tu y vas, surtout ne me le dis pas  je serai trop vénère... ( C'est d'ailleurs, peut être un terme de vieux maintenant...)
Tonton Pierre



lundi 3 décembre 2018

Origines par le cirque Alexis Gruss


En 2018 le cirque est devenu un spectacle aux formes variées. Il est loin le temps des numéros avec fauves, magiciens, clowns ou trapézistes en habits pailletés kitschs, le cirque du soleil,  le cirque Plume ou Johann Le Guillerm entre autres ont sérieusement dépoussiéré les choses, aidés par la création de nombreuses écoles du cirque et l'apport de la danse contemporaine. Il reste cependant quelques grands noms qui continuent vaille que vaille à perpétuer la tradition tout en cherchant à renouveler un tant soit peu le genre.
Alexis Gruss est l'un de ceux là et son cirque, créé il y a plus de quarante ans avec la collaboration de Sylvia Montfort, continue à nous proposer ses spectacles à Paris porte de Passy ou en France avec sa tournée des Zénith. Le dernier spectacle, "Origines", rompt effectivement avec la tradition en se faisant historien et évoquant les débuts du cirque en Angleterre sous la houlette de Philip Astley. Au 18ème siècle, les seuls numéros de dressage un peu spectaculaires que l'on proposait au public ( il devait bien y avoir quelques chiens savants mais un toutou jonglant avec une balle sur le museau ne suscitait sans doute pas l'émerveillement du public), c'était les chevaux ! Et ça tombe rudement bien pour la famille Gruss, en pleine période d'opposition à l'utilisation des animaux sauvages dans les spectacles, les chevaux sont leur spécialité !


Dresseurs, écuyers, voltigeurs ( mais aussi musiciens, acrobates, clowns, jongleurs, businessmans), les trois générations de la famille Gruss nous offrent un spectacle haut en couleurs et en émotions. Leur savoir-faire auprès des chevaux tient de l'évidence quand on les voit virevolter, assis, debout, sur de magnifiques chevaux, purs-sangs espagnols pour la plupart mais aussi Cob normand ( un genre de percheron en plus fin), dans les nombreux tableaux ( on ne parle plus de numéros désormais !) mettant autant en avant l'histoire du cirque que leur propre histoire familiale faite de transmission. Alors que dans la société les enfants de médecins deviennent de moins en moins médecins, chez les Gruss, on perpétue toujours la tradition. Trois générations se côtoient sur scène, apportant chacune son lot de sensations et de performances, pour certaines à couper le souffle.


On restera longtemps émerveillé par le tableau final de la première partie où, Charles Gruss, debout sur deux chevaux, en fait passer 15 autres l'un après l'autre entre ses jambes pour créer un carrousel magnifique, faisant oublier la difficulté de la chose mais surtout sentir autant la maîtrise d'un savoir-faire unique que le souffle intense de l'amour pour les chevaux et le spectacle !


Plus tard aussi, un tableau d'acrobatie au bout d'une sangle fera frissonner le public aussi bien par la grâce de l'ensemble que par la dangerosité de l'exercice ( Encore un Gruss, Firmin,  accompagné de Svetlana).  Nous sommes en live, pas à la télévision et, ces deux êtres vivants évoluant  au dessus de nous, se tenant parfois juste avec une main ou un pied coincé dans une jambe repliée, susciteront une émotion que bien des effets numériques ici ou là seront bien incapables d'obtenir. 


 "Origines", en plus de son petit aspect historico/pédagogique, c'est du vrai cirque mais avec quelques petites nouveautés, qui, si elles n'apportent pas vraiment un plus à la magie toujours réelle d'artistes ou d'animaux évoluant sur cette piste, lui donnent un côté plus contemporain. On pourra apprécier selon son goût pour la chanson, cette récitante/chanteuse qui accompagne le spectacle mais moins que le formidable orchestre de 10 musiciens. On pensera aussi que si les costumes ont éliminé les paillettes, leur modernisation n'évite pas le kitsch avec l'emploi de leds ou d'imprimés improbables. Mais tout cela n'est que broutilles face aux 2h30 de vrai spectacle que nous offre la très talentueuse famille Gruss. Elle parvient à nous faire oublier les années de travail qui permettent d'obtenir ces performances insensées réalisées tous les soirs. 
Entre magie et émotion, on retrouve, l'espace d'une soirée, l'émerveillement de l'enfance.







dimanche 2 décembre 2018

Diamantino de Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt


"Diamantino" , dans le flot ininterrompu de films markétés, sans consistance ou surnumérisés fait figure d'OFNI ( Objet Filmique Non Identifié). Avec un scénario de série B, brassant un cocktail avec tout ce qui passe à portée, du football aux migrants, du clonage à la montée de l'extrême droite, de l'esthétique queer aux paradis fiscaux, du genre à la surveillance généralisée, le film arrive à surprendre et à retomber sur ses pieds. Tout est improbable, du kitsch assumé de ces pékinois géants apparaissant sur des nuages roses dans le cerveau de ce champion de foot au moment où son génie se met en route jusqu'aux innombrables citations qui raviront les cinéphiles ( d'où peut être le très bon accueil critique réservé à ce film). Tout est surjoué voire mal joué, des soeurs jumelles méchantes de Diamantino ( version revisitée 21 ème siècle des soeurs de Cendrillon) aux comploteuses du gouvernement portugais. Et pourtant, on prend un grand plaisir à regarder ce film totalement déjanté qui ne perd jamais son âme enfantine malgré les lourds sujets abordés montrant un monde qui perd la boule. C'est sûrement  ce regard de sales gosses ne se prenant pas trop au sérieux qui donne au film tout son pouvoir de séduction. On se prend à penser que le cinéma mondial ne va pas sombrer dans un formalisme inquiétant, qu'il existe donc des poches de résistances créatives, drôles et pas si innocentes que ça. Ca fait un bien fou et nous ressortons de la salle un peu plus légers !
Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt, duo américano/portugais, deviennent désormais des réalisateurs dont on guettera avec intérêt la carrière en espérant qu'ils sauront résister aux sirènes commerciales. Si "Diamantino" n'est évidemment pas un grand film, mais une bulle fantasque et délurée, faite de bric et de broc, un pied de nez au cinéma planplan et donc un possible film culte qu'on se repassera pour le plaisir les soirs de disette cinématographique.


samedi 1 décembre 2018

Lola et ses frères de Jean-Paul Rouve


Quel producteur a-t-il pu penser une seconde que "Lola et ses frères" possédait une quelconque attractivité commerciale ? Comédie mélodramatique aux ressorts usés, cette oeuvrette pourtant pas plus mal fichue qu'une autre ( et si l'on considère le flot de comédies ratées sortant ces derniers temps, celle-ci s'en tire un peu mieux) laisse tout de même pantois. Sur un scénario mille fois vu ( les relations forcément complexes au sein d'une même fratrie), Jean-Paul Rouve parvient juste à nous faire sourire de temps en temps mais installe le spectateur dans un confort pépère lénifiant. Pourtant le film possède un minimum de qualités. Les comédiens jouent avec talent la petite partition mise à leur disposition. On est content de retrouver Ludivine Sagnier, José Garcia dans un rôle sérieux convainc avec aisance, Ramzy Bédia en amoureux sympa épate et l'on découvre même Pauline Clément formidablement drôle dans le rôle pourtant casse-gueule de l'épouse un poil idiote. Mais pourtant on regarde cela avec l'oeil morne, pensant dès les premières minutes que cela aurait au mieux convenu à une vision dans son canapé, devant sa télé, un soir, après le boulot. Même esthétique téléfilm, même propos vaguement teinté d'humour mais surtout très convenu, même mise en scène platounette. Si l'on est de très bonne humeur, on peut penser que Jean-Paul Rouve tente de faire du Claude Sautet en plus drôle mais surtout en moins amidonné du caleçon. Si l'on n'arrive pas à se débarrasser d'un certain esprit critique, on se dit que c'est la dernière fois que l'on ira au cinéma voir une production française usant encore plus une corde mille fois utilisée ( et qui risque de rompre).
Parfois, on se dit que le cinéma français devient de plus en plus une machine à produire du contenu pour télévision qui vise surtout à n'épater personne, et surtout à endormir les spectateurs en lui montrant de bons acteurs s'agitant pour faire oublier le vide...