samedi 8 décembre 2018

Marche ou crève de Margaux Bonhomme


Cette semaine, certains films partent avec un handicap certain. Prenez "Marche ou crève"  le premier long métrage sensible et diablement convaincant de Margaux Bonhomme, inspiré par sa soeur.  Pas de joli bébé craquant, pas de chanteur à jeune fille, pas de héros populaire ni même la possibilité de revoir pour la énième fois l'anatomie de Gaspard Ulliel. Son atout : évoquer la place d'une jeune adulte handicapée au sein d'une famille, des rapports aussi tendres que parfois éreintants qui l'animent, source de conflits intérieurs pas toujours avoués. On fait plus fun comme sujet et pourtant, vous trouverez là un film français qui fait honneur au cinéma et que l'on aurait tort de bouder.
Le film se concentre sur deux jeunes filles : l'une Elisa, 17 ans, aux portes de la vie,  sacrifie sa scolarité pour sa soeur. Avec une succession de scènes proches du documentaire, nous assistons au quotidien d'une famille devenue monoparentale ( la mère a fui ce climat trop lourd), monopolisé par Manon qui requiert constamment attention et soins. Handicapée mentale à la motricité entravée, son autonomie est inexistante. Toutefois, par amour autant que par devoir ( ces deux sentiments sont étroitement mêlés), père et fille refusent de la placer dans un centre. Par touches subtiles, avec une bande son qui ne nous épargne rien et surtout pas les cris incessants de Manon, le film nous place au coeur du récit et surtout dans la tête d'Elisa, dont les sentiments deviennent au fil du temps de plus en plus ambiguës. On sent le vécu de la réalisatrice et la sincérité du propos qui n'évacue jamais les bons sentiments pas plus que les mauvais.
Placé au pied ou dans l'escalade ardue et donc métaphorique d'une paroi montagneuse, le récit reste cohérent et émeut avec justesse. Mais ce film possède trois éléments supplémentaires qui doivent vous pousser à le découvrir : ses trois interprètes principaux. Cédric Kahn est parfait dans le rôle de cet homme au devoir paternel chevillé au corps. Mais celles qui brillent de mille feux sont les deux jeunes comédiennes. Diane Rouxel ( après l'excellent "Les garçons sauvages" et le moins convaincant "Volontaire"  que toutefois elle sauvait de sa présence) continue à gravir les marches qui ne tarderont pas à la voir devenir la comédienne indispensable du cinéma français et démontre qu'elle possède une multitude de facettes. Mais, dans un rôle ingrat, sans dialogue, tout en cris, bavements, corps torturé, Jeanne Cohendy ( Manon) livre une interprétation qui confine à l'extraordinaire ( c'est tellement bluffant que j'ai cru pendant tout le film que l'on avait fait tourner une vraie handicapée). Kiberlain, Huppert, Adjani et consoeurs peuvent se rhabiller, aucune ne sera jamais aussi crédible dans un rôle aussi peu gratifiant. S'il y avait une justice sur terre, le César ne peut pas lui échapper ! ( Mais, niveau justice, on le sait...)
Avec son titre d'actualité, "Marche ou crève" est du beau cinéma, avec propos et but vrais et au bout une réelle émotion. Très beau premier film !

1 commentaire:

  1. En marche alors pour retrouver ces deux excellentes comédiennes!

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