dimanche 24 février 2019

Les impatients de Maria Pourchet

Je suis Paul, un lecteur, lambda. Je cherche un roman, faut bien passer le temps dans le train. Cependant, quand on voyage en première classe, autant éviter les écouteurs dans les oreilles et/ou le film sur son ipad, histoire d'être raccord avec ce qu'on imagine comme voisins de siège, aisés et sensément cultivés. Le livre devient, en plus d'ouverture sur le monde, un possible pour discuter. La quatrième de couverture ne donnait pas franchement envie de lire, mais on voulait un "Gallimard", snobisme de première classe. Bizarrement le Relay de la gare n'avait qu'une pile du dernier Muriel Barbery et ce Maria Pourchet. Ayant subi un précédent de l'élégante au hérisson, va pour "Les impatients". Pas trop long, le bon beige. Parfait. Confortablement installé, une légère odeur vanillée de ma voisine ( du Guerlain sans doute) m'accompagne, je découvre Reine et... Oh ! Je suis déjà arrivé à destination! Surprise, émoi. Le temps, la distance se sont envolés. J'émerge du flot tumultueux de la vie d'une carriériste très 21ème siècle, passée par HEC et qui patauge dans une entreprise du luxe avec algues rouges, capitaux forcément capiteux et dents blanchies juste ce qu'il faut pour bien montrer sa réussite et éventuellement laisser des traces sur le parquet. Le bandeau disait " Toujours plus vite". Pour une fois, aucun mensonge, le TGV a doublé sa vitesse !
Je suis Pierre, blogueur. Devant mon clavier, balance des sentiments. Qui suis-je pour écrire des avis sur des bouquins ? Mais aussi, comment rendre incontournable la lecture de ces " Impatients" dont l'écriture peut rendre jaloux les neuf dixièmes de ce que la France compte comme écrivaillons ? En utilisant scolairement et sans talent les attaques de chapitre de ce roman pour les paragraphes de ce billet ?  Peut être que cela donnera une minuscule idée de ce qu'offre le livre. Mais, l'exercice est vain. Maria Pourchet est unique. Maria plonge dans la langue française pour l'adapter à son époque, à son histoire de création d'entreprise. Pas fun ? Pfff, détrompez-vous. C'est rapide comme une excellente série américaine, caustique comme rarement, sociologiquement hilarant car parsemé de petites remarques piquantes mais réelles. Tout ça, non pas grâce à l'intrigue ( intéressante mais sur le papier pas vraiment palpitante)  mais au style, oui au style, à l'écriture, à cette fantaisie joueuse et drôle qui empoigne le récit pour le rendre immédiatement passionnant, à cette façon unique de faire boxer les mots, les phrases, au rythme énergique de son héroïne. Au début on est un peu surpris mais on adore très vite. Le plus, c'est que jamais, mais jamais, cela ne s'arrête. Le roman est tenu jusqu'au bout ( malgré une petite histoire d'amour qui aurait pu faire basculer l'ensemble).
Alors, chapeau bas, Maria Pourchet, je vous découvre et je ne suis pas prêt ni de vous oublier, ni de passer à côté de vos précédents ouvrages. Qu'est-ce que ça bien du bien de découvrir un vrai auteur ! 

4 commentaires:

  1. Youpee. J'ai lu ses autres romans et je suis devenue fan. Impatiente de lire ces Impatients!

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  2. Et bien voilà un commentaire qui donne envie de découvrir cette auteure, même si je ne prends pas le TGV!

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  3. Je suis maintenant encore plus impatiente de découvrir ce roman qui faisait partie de ma liste!

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  4. Je n’avaispas lu ta critique ... Brillante ! quant au livre je partage ton avis : un régal !

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