dimanche 28 février 2016

Le grand n'importe quoi de J M Erre


Je vais être franc, la nouvelle cuvée J M Erre,  cru 2016, m'a paru moins gouleyante que les précédentes années. Grand fan de tous ces ouvrages ( que j'ai offerts par dizaines), c'est avec la gourmandise d'un gamin élevé par des parents adeptes du bio face à un paquet de fraises Tagada que je me suis jeté dans "Le grand n'importe quoi ". Et bien vite, j'ai regardé mon paquet de bonbons pour vérifier s'il n'y avait pas tromperie sur la marchandise et que l'on ne m'avait pas refilé un ersatz de marque distributeur, un Gilles L. par exemple ... Non, c'était bien l'auteur des excellents " La fin du monde a du retard" ou autre "Mystère Sherlock"... Alors je me suis accroché....
Que s'est-il passé ? Est-ce moi, lecteur, qui n'était pas dans un bon jour, l'humeur trop sombre pour me laisser totalement aller à la grosse folie qui s'empare des protagonistes de ce roman, pastiche de science-fiction façon année 50 ? Est-ce l'auteur, qui, dans ce qui me semble être un prolongement de son précédent ouvrage, remet un couvert qui manque un peu de saveur, reprenant quelques thèmes déjà labourés ? En attendais-je trop ? Ne suis-je pas assez amateur de science-fiction , de X Files, des Envahisseurs ? Le succès amenant notre auteur français le plus drôle à multiplier sa présence à la télé avec l'écriture de sketches pour Groland, mais aussi en littérature jeunesse, lui a-t-il fait moins porter d'attention à ce petit dernier ? Je ne sais, mais j'ai été moins emballé que par ses précédents. 
Entendons-nous bien, je suis peut être un peu resté sur ma faim, mais ce n'est quand même pas raté. On retrouve ces petites phrases inimitables, que l'on voudrait avoir écrites et qui se succèdent pendant 300 pages ( Pour le plaisir, une, prise au hasard  :" Même la chaîne hi-fi, qui assurait pourtant que les démons de minuit l'entraînaient au bout de la nuit, s'arrêta toute seule. " ). Son écriture, en plus de dérouler un humour constant, dézingue tout sur son passage : la télé, la politique, les modes, les bourgs de campagne, .... Mais l'histoire est tellement déjantée qu'on se demande bien comment, J M Erre, spécialiste en intrigues ahurissantes avec mille vrilles, saltos, doubles axels, sauts périlleux, va pouvoir cette fois-ci  retomber sur ses pieds. On devine très vite qu'une conclusion finement cartésienne risque d'être problématique avec son histoire d'extra-terrestres envahissant un pauvre village peuplé d'une mairesse vétérinaire et nymphomane, de tenanciers de bars avinés parlant physique quantique, de culturistes déguisés en super héros ou d'un papy à la gâchette facile. Et sans révéler la fin, son intelligent et joyeux pied de nez, hommage vibrant aux créateurs littéraires, n'arrive pas à faire oublier que l'atterrissage final est plus proche de celui de l'albatros que de l'aigle majestueux auquel il nous avait habitué. 
Ce grand n'importe quoi, pas totalement réussi dans le sens où, au lieu de m'emporter dans sa folie absurde et humoristique, m'a fait constamment naître une interrogation pas des plus emballantes : "Mais où veut-il en venir ? ". L'écriture, qui m'a semblé un poil plus paresseuse qu'à l'accoutumée, n'est pas arrivée à trancender cette intrigue délirante et un peu trop abracadabrante vers les sommets habituels. 
Cependant, je conseillerai quand même ce livre, surtout à ceux qui ne connaissent pas encore ce qui reste l'auteur français le plus délirant et drôle de la décennie. Car pour un aficionado un peu déçu, combien d'autres vont découvrir (peut être) et se gondoler de rire ?  Il est tellement rare de trouver quelqu'un qui manie aussi bien l'humour, l"absurde, le loufoque et la dérision avec autant de gourmandise qu'il serait dommage de passer à côté. Et une chose est certaine, j'attends février 2018 avec impatience ( un roman tous les deux ans, c'est le rythme de l'auteur). 

Merci au site BABELIO et aux éditions BUCHET-CHASTEL de m'avoir fait découvrir ce roman !

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