mardi 16 février 2016

Crache coeur de Julia Kowalski


Un premier film et encore une histoire d'adolescence comme si les jeunes réalisateurs(trices) désiraient régler quelques comptes avec cet état pas si lointain de leur vie. Si l'on ne regarde que les réalisatrices, de Diane Kurys  ( Diabolo menthe) à Céline Sciamma ( Naissance des pieuvres) en passant par, au hasard, Delphine et Muriel Coulin (17 filles), on a parfois l'impression que c'est un passage obligé pour entrer en cinéma. On peut effectivement penser qu'un regard presque neuf sur le sujet, et qui plus est féminin, paraîtra plus crédible que celui d'un vieux barbon dont l'image en sera au mieux fantasmée au pire vaguement libidineuse. Le problème est de pouvoir encore apporter un angle jusque là ignoré ou faire état d'une situation nouvelle ou même tout simplement d'avoir un vrai regard de cinéaste. 
"Crache coeur" est un triangle presque amoureux entre Rose, une jeune fille d'origine polonaise, un ouvrier totalement polonais travaillant chez elle et le fils de ce dernier, élève dans le même lycée que l'adolescente. Entre frustration sexuelle et sentiment de rejet inéluctable, Rose va avaler quelques couleuvres mais va avancer, vaillante soldate, pour que ses désirs deviennent réalités. Un peu manipulatrice, voire teigneuse, elle tissera, parfois maladroitement, sa toile, mais arrivera à faire sortir, cracher peut être, ses sentiments. 
"Crache coeur" apporte-t-il une nouvelle pierre essentielle à cet édifice de l'adolescence au cinéma ? Sans doute pas. Le film, que l'on sent maîtrisé à l'extrême, pâtit un peu de son application. Si le fond est totalement convaincant quant à la juste vision de son personnage principal, ni stéréotypé, ni trop romanesque, la forme adoptée l'est un peu moins. Hésitant entre un réalisme social rendu sombre par une image assez terne et une volonté un peu factice de ne pas ancrer son histoire dans une époque bien précise, le film claudique un peu dans sa narration rendue un poil trop raide. L'adolescente bouillonne intérieurement mais à l'écran, il n'y a qu'elle ! Autour, tout est un peu engourdi ( ok on est en hiver ...) voire empesé, souligné par une mise en scène qui manque de dynamisme. 
On appréciera toutefois, une jeune comédienne boudeuse mais convaincante, loin des clichés habituels de l'adolescente. Rien que pour cela et aussi pour ce premier essai qui révèle un joli regard, on pourra s'aventurer dans les salles qui le projettent. 





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