mercredi 3 février 2016

Chocolat de Roschdy Zem


Le nouveau film de Roschdy Zem me fait irrésistiblement penser aux vignettes que l'on trouvait autrefois dans les plaquettes de chocolat et que l'on collait amoureusement dans un album. Didactiques, pédagogiques, ces images d'Epinal faisaient autant rêver qu'elles nous donnaient une image du monde correspondant souvent aux rêves ou aux exigences de l'époque.
En retraçant la vie de la première star noire de France, le clown Chocolat, on replonge instantanément dans une France qui découvrait l'existence de peuples autres grâce au colonialisme... Grâce, n'est peut être pas le mot. Le regard de la population française sur ces hommes et femmes était tout de même exempt d'humanité puisqu'ils étaient présentés comme des animaux, dans des cirques ou autre exposition coloniale. Le film, pour cela  ne nous épargne rien, brossant très justement  un climat raciste décomplexé. Le parcours de ce clown en est d'autant plus exemplaire qu'il rencontre bien évidemment  un écho dans notre France d'aujourd'hui ô combien prompte à se vautrer dans un racisme toujours présent. En ce sens "Chocolat" tombe à point nommé et est presque irréprochable sur ce thème. Je dis presque car le regard qui est porté sur l'homosexualité du partenaire de Chocolat m'a paru traitée de façon un peu clichetonne, limite moqueuse  ( notamment ce plan inutile des restes de vernis à ongles sur le petit doigt du partenaire en est l'illustration) ?
Avec sa reconstitution assez carton-pâte d'un petit cirque puis le Paris fin XIX ème, le film avance avec des jolies vignettes bien proprettes. On retrouve donc dans cette narration chronologique toute une imagerie populaire datée mais pimpante. Les directeurs des différents endroits où le couple de clowns seront employés, nous apparaissent comme de cupides ou usuriers ou revanchards ou les trois à la fois, les collègues jaloux et racistes, l'infirmière tolérante et empathique. Ils ne sont que les faire-valoir  du duo vedette dont l'ascension vers la gloire est bien entendu un chemin semé d'embûches.
Dans le rôle titre, il est difficile de ne pas le savoir, c'est Omar Sy, figure emblématique noire du cinéma français et personnalité éminemment sympathique. Le rôle est de toute évidence écrit pour lui et le film une rampe de lancement pour le propulser au firmament. C'est joliment essayé et jamais on ne doute de la sincérité de l'interprétation ni du propos. Cependant, il m'a semblé bien empesé dans toute cette lourde imagerie et se fait voler la vedette par son partenaire, James Thierrée, absolument impeccable. Même si la figure grand-paternelle de Charlie Chaplin plane sur l'écran dès qu'il apparaît, l'acteur enflamme l'écran, donnant à son personnage complexe de Footit une présence lumineuse et poétique enthousiasmante.
S'il fallait une seule bonne raison pour aller voir "Chocolat", film assez banal au final, ce serait pour l'explosion à l'écran de James Thierrée. Le reste, manque sérieusement de peps ...


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