lundi 28 novembre 2022

44ème festival des trois continents, Nantes 2022


 Le festival des 3 continents de Nantes comme son nom l'évoque un peu, s'intéresse aux cinématographies d'Asie, d'Afrique et d'Amérique du Sud. Des rétrospectives ( cette année Hirokazu Kore-Eda, Mike de Leon, le cinéma indien, Raùl Perrone, ...) et une compétition de 10 longs- métrages venus du Brésil, d'Inde, du Bangladesh, d'Iran, du Japon, de Chine, du Vietnam et d'Indonésie composaient le menu de cette 44 ème édition. 
Cette riche programmation permet de glaner ici un vieux film restauré  de Shohei Imamura, là découvrir un documentaire centrafricain mais aussi de se plonger dans la compétition internationale avec la curiosité de faire de beaux voyages voire repérer une pépite, un futur grand réalisateur. 
Disons-le d'emblée, la sélection proposée se porte toujours sur des films exigeants, ayant tous un vrai regard, qu'il soit artistique, politique, humaniste mais lorgnant vers une cinématographie disons pas forcément grand public. Cette année, la règle est confirmée, nous avons eu droit à des oeuvres se développant sur une durée que l'on sentait passer fortement ( plus de la moitié de la sélection avec des projections dépassant  deux heures). Ainsi, "Adieu capitaine" ( quasi 3h), documentaire hommage de l'anthropologue franco brésilien Vincent Carelli autour du chef décédé de la tribu amazonienne Gaviao, nous a permis de sentir ce que la déforestation a pu impliquer pour une tribu, les combats menés ( qui continuent à l'heure actuelle). Intéressant bien sûr, mais avec des longueurs et un regard plus indigéniste que cinématographique. On pourra aussi faire un peu ce reproche à un autre documentaire, "Day after..."  du bangladais Kamar Ahmad Simon, qui essaie de faire un portrait du pays en s'embarquant sur un vieux bateau à aubes, voguant comme il peut sur le Gange, avec ses passagers de diverses classes sociales. Si ce voyage est aussi intéressant que dépaysant, il n'arrive toutefois pas à  capter complètement l'attention sur les 2 heures, certaines scènes s'étirant un peu trop sur des personnages dont on a vite fait le tour. Le troisième documentaire proposé à notre curiosité, "Jet lag" de Zeng Lu Xinyuan, venait de Chine  portrait en noir et blanc et à la tendance arty du confinement en Autriche de la réalisatrice mêlant vie intime, Chine, révolte au Myanmar ( Birmanie) et famille. Là aussi presque deux heures, mais les cadrages plutôt artistiques ne cachaient pas un propos un peu hermétique ou désordonné. 
Côté films de fiction, là aussi, il fallait parfois s'armer de patience, tant les réalisateurs ( ou les sélectionneurs) aiment les longs plans dont on se demande parfois l'intérêt exact. Cependant, sans doute par réaction à Netflix, ces films à rythmes autres, ont tous plus ou moins su imposer leur marque. " Shivamma'"  de l'indien Jaishankar Aryar et sa paysanne ( pas très sympathique) convertie à la vente en réunion de produits diététiques bidons, "Love life" du japonais Koji Fukada autour des séismes causés par la mort d'un enfant ou "Autobiography"  premier film très maîtrisé de l'indonésien Makbul Mubarak, mais 
 dont l'extrême mise en scène n'arrivait pas à cacher un scénario un peu conventionnel, ont tous su nous faire voyager, réfléchir. A contrario,  si l'on a eu une impression de voyage avec le film vietnamien de Bui Thac Chuyen "Cendres glorieuses" , son scénario peu lisible autour de passions dévorantes ( et inflammables) n'a pas trouvé que des défenseurs. On attendait beaucoup du film de la brésilienne Julia Murat et son  "Rule34", léopard d'or au dernier festival de Locarno. Le sujet, gonflé, d'une étudiante en droit assez bcbg le jour, arrondissant ses fins de mois, la nuit, en excitant du bonhomme sur le web et tombant petit à petit dans l'envie de relations sadomasochistes, avait tout pour exciter le public. Le film tient pas mal ses promesses, est bien pêchu, mais aurait sans doute lui aussi gagné à être un poil resserré niveau rythme pour complètement convaincre. A ce jeu de l'étirement, il y a pour moi un vrai gagnant, celui qui, si je devais voter emporterait haut la main ma voix, je veux parler du film iranien "Scent of wind" de Hadi Mohaghegh, qui avec une petite histoire toute simple d'entraide entre un ingénieur/réparateur en électricité et un handicapé veuf et s'occupant d'un enfant malade au fin fond du fond des montagnes iraniennes( ok, le sujet n'engendre pas la rigolade) m'a littéralement ébloui et bouleversé. Très grande beauté des plans, quasiment pas de dialogue, un regard d'une grande humanité font de ce film un petit chef d'oeuvre de poésie,  qui arrive également à nous donner, en douceur, un image de l'Iran aux profondes inégalités. Pour moi, c'est la Montgolfière d'or .... 
PS : Depuis l'écriture du billet, le verdict est tombé. "Scent of wind" a obtenu la Montgolfière d'argent, ce qui est amplement mérité mais celle d'or est allée au film Vietnamien  "Cendres glorieuses", belle réalisation mais au service d'un scénario un peu confus. La comédienne du film brésilien "Rule 34" Sol Miranda, a été honorée d'une mention spéciale justifiée tant elle investit avec force un rôle pas simple. Le documentaire "Jet lag" repart aussi avec une mention spéciale, sûrement pour son côté artistique. Le jury jeune a plébiscité  "Shivamma" , film indien qui était cinématographiquement le plus classique de la sélection ! Quant au public, les votes se sont portés vers un autre film indien "L'hiver intérieur" de Aamir Bashir, le seul que je n'ai pas pu voir... 


Bande annonce bien silencieuse  de "Scent of wind"....

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