mardi 12 juin 2012

80 jours de Jon Garano et José Mari Goenaga


"80 jours " est un film espagnol mais tourné, produit et interprété en basque, langue que l'on a pas souvent l'occasion d'entendre au cinéma. Le thème principal, lui aussi assez singulier de ce long métrage, est la découverte d'un sentiment amoureux longtemps refoulé entre les deux héroïnes, Axun ( oui, c'est un prénom féminin basque !) et Maïté. Quand vous saurez que les deux femmes ont une bonne soixantaine toutes les deux, vous comprendrez vite que nous sommes ici dans un univers rarement exploré sur grand écran : la découverte d'un sentiment homosexuel entre deux dames plus que mûres qui se retrouvent par hasard alors qu'elles avaient été amies cinquante ans plus tôt.
Le film prend son temps pour nous décrire l'évolution de cet amour qui n'arrive pas à s'exprimer pleinement. La réalisation se partage entre naturalisme (les scènes entre Axun et son mari, homme bourru et simple, cultivant son jardin et attendant patiemment la mort) et une esthétique de téléfilm pour les rapports entre les deux femmes. Malgré quelques ficelles scénaristiques qui peuvent accentuer cette impression télévisuelle, le film reste quand même le magnifique portrait d'une génération corsetée par les tabous sociaux ou moraux et une description pleine de finesse sur les ravages du temps.
Les deux comédiennes sont absolument formidables. Elles portent avec ferveur et talent le film sur leurs épaules pourtant voutées par la vie. Itziar Aizpuru, en vieille dame timorée et engluée dans un quotidien fastidieux, réussit formidablement à nous faire ressentir le combat intérieur qu'elle vit, entre désir de vivre pleinement cet amour renaissant et sentiment de honte et de devoir. Mariasun Pagoaga, dont c'est la première apparition à l'écran, en lesbienne assumée, rayonne littéralement. Mix de Jane Fonda et de Françoise Giroud, elle bouscule avec humour et tendresse son amie d'enfance retrouvée et impressionne dans son rôle de dame mature et déterminée.
Ce film, à cause ou grâce à ses héroïnes vieillissantes et au thème malheureusement peu vendeur, est le jolie surprise de ce mois de juin. Primé de multiples fois dans de nombreux festivals, "80 jours" saura séduire ceux qui aiment les histoires simples et racontées avec pudeur et sensibilité.


Une bande annonce qui ne donne nullement l'atmosphère réelle du film.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire