mardi 19 juin 2012

Contes et décomptes d'Etienne Lécroart


Quand on fouine chez un bon libraire BD (un bon libraire est celui qui conseille bien sûr, qui sait dénicher la pépite au fond d'un carton de nouveautés mais qui possède aussi un rayon de productions plus confidentielles), on trouve quelquefois des albums tout à fait étonnants. La dernière production d'Etienne Lecroart en fait partie (comme ses précédentes d'ailleurs).
Etienne Lecroart est l'un des 9 membres ( avec Lewis Trondheim, Jochen Gerner,...) de l'Oubapo , ouvroir de BD potentielles. A l'image de l'Oulipo de Raymond Queneau, ils créent de la bande dessinée en se donnant des contraintes.  
"Contes et décomptes" qui vient de paraître à L'Association, est le nouvel opus de l'un de ses membres le plus fervent. Etienne Lecroart c'est, cette fois-ci, obligé à associer bande dessinée et mathématiques avec neuf exercices répondant à des noms aussi étranges que les normes demandées. Ainsi les éodermdromes qui, en plaçant 5 cases de BD autour d'un chemin littéraire fléché, permet une variation assez infernale de la narration tout en dévoilant ici, un sens politico philosophique assez savoureux. ( regardez l'extrait ci-dessous, vous comprendrez peut être mieux, sinon, achetez l'album...)

Les autres exercices sont tout aussi ludiques et originaux. Certains sont carrément drôles et réussis : la théorie de l'inclusion chère aux mathématiques modernes des années 70 (rappelez-vous, les patates !). En Bd version Oubapo cela donne la case de droite qui raconte un épisode de la vie du mathématicien Boole, celle de droite, une aventure de Buffalo Bill et une partie commune aux deux cases qui forme une troisième histoire. Je ne sais pas si vous comprenez mais c'est assez jubilatoire pour l'oeil et l'esprit.
Tous ces exercices n'ont pas, à mon avis, la même saveur et ne provoquent pas la même admiration. Il y en a un que je n'ai pas vraiment compris (trop matheux pour moi sans doute).
Cependant, il y a dans cet album 6 pages qui sont pour moi un vrai chef d'oeuvre. Intitulées "Compter sur toi", elles allient complètement forme et fond d'une manière absolument bouleversante.
L'auteur se donne comme exercice d'évoquer une personne aimée, disparue à cinquante ans. Pour l'évoquer, il dispose de 50 cases. La première aura 50 traits et 50 mots, la suivante 49 traits et 49 mots et ainsi de suite jusqu'à la dernière qui aura un seul mot et un seul trait (et même une cinquante et unième, vide).
C'est tout simplement magnifique et magistral. Rien que pour ces six planches, cet album doit faire partie de la bibliothèque de tout amateur de BD ou de mathématiques ou de littérature. 
Au bout du compte cela fait beaucoup de monde et je compte sur eux pour que "Contes et décomptes" enjolivent les comptes de L'Association en devenant une BD qui compte (et qui conte aussi).


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