vendredi 18 août 2017

Un certain M. Pielkielny de François-Henri Désérable


Le M. Piekielny du titre n'est qu'un homme à l'aspect grisâtre que Romain Gary enfant croisait lorsqu'il habitait Wilno dans les années 20 ( devenue depuis Vilnius). Dans "La promesse de l'aube", l'auteur aux deux Goncourt se vantait de l'évoquer à chaque fois qu'il rencontrait un grand de ce monde.
François-Henri Désérable, toujours à l'affût de personnages dont on ne sait rien, s'entiche de cet homme et décide de faire des recherches afin d'écrire sa biographie. Mais quasiment plus d'un siècle après, l'entreprise s'avère plus compliquée que prévue surtout lorsque l'on se heurte à l'extrême inventivité d'un Romain Gary pour qui introduire de la fiction dans des souvenirs était monnaie courante.
Avec ce troisième opus, François-Henri Désérable ( à partir de dorénavant, par souci de rapidité, j'écrirai FHD ... allez savoir pourquoi, cela sonne moins bien que BHL...) nous refait le coup de son précédent roman " Evariste", ou comment écrire 160 pages sur un homme dont on ne connaît que la courte oeuvre mathématique. Cette année sa broderie biographique qu'il espère brillante court sur plus de 250 pages, comme quoi, avec l'âge, la verve s'allonge.
L'enquête autour de cet épisodique et anecdotique personnage tourne vite court faute de traces. Mais, c'est mal connaître FHD ( non cela ne veut pas dire Full HD même si l'œuvre aimerait avoir la brillance de cette technologie). Pas question de s'avouer littérairement vaincu et donc il profite de cette absence de rebondissements  pour nous balancer une biographie de Romain Gary qui, il faut bien le dire, est rendue fort agréable par sa plume virevoltante. Toutefois, et même si cela demeure moins présent que dans son précédent ouvrage, il ne peut s'empêcher de laisser apparaître un brin de narcissisme, mettant en parallèle et sans vergogne sa vie si passionnante de jeune auteur en devenir avec celle du grand écrivain. On pourrait s'agacer de cette fatuité qui affleure parfois au fil du récit, mais reconnaissons à FHD ( ne pas confondre avec FHM un magazine défunt pour mâle dominant) une insolente facilité stylistique à emporter le lecteur à sa suite. Et lorsqu'au milieu du livre l'intrigue finit par patiner un peu, tel un nouveau hussard contemporain, il réagit bien vite en troussant de brillants passages ( le repas chez les Kennedy), en rappelant de terribles et émouvants  moments de l'histoire des peuples juifs de l'Est et finit par retomber sur ses pieds avec un final plutôt convaincant.
On peut être épaté par ce roman qui se pose comme virtuose mais également agacé par cette envie irrépressible qu'a l'auteur à vouloir se mettre en avant. "Un certain M. Pielkielny" s'affirme comme un joli ouvrage, sans doute plus réussi que le précédent, et qui confirme un vrai talent. Maintenant j'aimerai que FHD ( dont Google nous dit qu'il s'agit aussi du club de voile des Foulques du Haut Doubs, mais je m'égare...)  s'attaque à un vrai roman, inspiré, profond, dont la trame ne se résumerait pas à compléter les trous d'un existence.

Merci aux éditions GALLIMARD et au site BABELIO pour la lecture de cet ouvrage.

jeudi 17 août 2017

Nos richesses de Kaouther Adimi


L'Algérie, pour nous français, reste encore une plaie vive malgré le demi-siècle qui s'est écoulé depuis la fin de la guerre. Même si une nouvelle génération d'artistes s'est emparé parfois du sujet, ceux-ci  restent peu nombreux à se frotter à ce thème si sensible mais sans doute également peu vendeur dans un univers culturel de plus en plus marchand. Ce petit préambule me semble nécessaire, surtout pour ceux qui, voyant le sujet de "Nos richesses" de Kaouther Adimi, auraient un sentiment de rejet. Ce qui se joue dans ce roman va bien au-delà du récit autour d'une nos périodes peu glorieuse de notre histoire.
En choisissant de raconter l'existence de Edmond Charlot, qui en 1936 créa dans un tout petit local à Alger, une librairie, l'auteure fait entrer subtilement la petite histoire au cœur de la grande. L'existence de ce modeste endroit dédié aux livres et à l'édition, où se retrouveront au fil du temps de grands intellectuels méditerranéens ( Albert Camus, Jules Roy, Henri Bosco, ...), certes contée sous la forme peu vendeuse d'un journal, possède une certaine force symbolique. Edmond Charlot n'est pas un commerçant mais juste un grand amateur de littérature. Son ouverture d'esprit en fera un grand découvreur de talents mais aussi un humaniste à l'utopie rassurante.C'était quand même un sacré challenge que de créer à cette époque un endroit consacré à la promotion de jeunes écrivains quelque soit leur race ou leur religion ! Mais hélas trois guerres auront raison de sa passion, deux bien réelles et bien connues et une autre, plus larvée, plus germanopratine, se déroulant dans les sombres antichambres de l'édition. 
Le roman va plus loin qu'un récit biographique. En mêlant aux annotations d'Edmond Charlot, le récit actuel d'un jeune homme venant débarrasser en 2017 ce local toujours dédié aux livres malgré les assauts du temps et le récit externe d'un algérien non identifié ( l'auteurs peut être...), c'est un véritable condensé très délicat de l'histoire de l'Algérie ainsi qu'un magnifique plaidoyer mémoriel pour la culture comme ciment de l'humanité qui nous est offert. Kaouther Adimi reste cependant très lucide sur l'avenir de ce pays et sur la place du livre dans le monde. Le final de son roman, magnifique de symbolisme et sombrement prophétique, est de ceux qui bouleverse. Quand, à la toute fin, le lecteur se trouve interpellé pour envisager une sorte de devoir de mémoire. Alors, je réponds sans aucune hésitation, OUI ! Un OUI franc, comme preuve que ce roman réveille autant d'émotion que de respect. L'Algérie ne faisait jusqu'alors pas partie des destinations prévues, mais si un jour je me décide à découvrir Alger la blanche, il sera hors de question que mes pas ne portent pas jusque devant ce petit local de la rue Hamani, sans doute transformé en échoppe à beignets, qui, grâce à ce très beau roman ne tombera pas dans l'oubli. Il deviendra pour les ( j'espère) nombreux lecteurs qui croient que la culture peut changer le cœur des hommes, un lieu de mémoire. 
Les subtiles et simples histoires de " Nos richesses", nous emportent dans un émouvant voyage au sein d'un monde dur qui laisse quand même à quelques hommes riches de générosité et d'humanité le soin de créer quelques oasis de lumière. 

mercredi 16 août 2017

Rencontres photographiques Arles 2017


Un festival de l'importance de Arles engendre le même genre de réflexion que celui de Cannes pour le cinéma ( prenez une voix traînant sur les "a"...) : "Pââârcourir cette quââârantaine d'expos nous donne vraiment une idée de l'étââât du monde ".Hormis le cliché du propos, je suis bien obligé de reconnaître que cela n'est pas faux.
Le simple amateur que je suis a donc déambulé dans les si authentiques rues d'Arles et, de lieu en lieu, a pu s'étonner, s'émerveiller, apprendre, mais aussi rester dubitatif ou ressortir déçu, comme dans tout bon festival.
Comment évoquer ce foisonnement offert à notre curiosité ? Par thème ? Par écho médiatique ? Par genre ? Pas facile... Je vais plutôt me contenter de diviser ces rencontres en deux parties distinctes : les expos présentées en ville ( et à l'abbaye de Montmajour) puis celles regroupées dans les ateliers.
Parlons d'abord des 4 ou 5 expos qui ont un peu eu les honneurs de la presse, comme par exemple " Un monde qui se noie" du photographe d'Afrique du sud Gidéon Mendel. Son cliché de ce couple anglais posant devant leur maison inondée dans le Surrey a pas été reprise dans la presse et représente parfaitement la désolation, le fatalisme et le silence  qui se dégagent  de cette accumulations de clichés de victimes d'inondation de par le monde. Notre regard s'imprègne de leur tristesse, prend également acte de cette multiplication de catastrophes, pense réchauffement climatique et ressort troublé. Pari gagné !
Je ne dirai pas la même chose de "Iran année 38", exposition attrayante par son objectif de nous offrir le regard de 66 photographes iraniens sur leur pays depuis que celui-ci évolue sous la révolution islamique. Seulement entre les clichés façon "reportage" et ceux plus créatifs et même si l'on perçoit bien le bouillon de violence, de répression, de résignation mais aussi de petite résistance du pays, le trop grand nombre d'artistes obligeant une représentation restreinte de leurs travaux nuit pas mal à l'ensemble qui du coup semble ne plus savoir à quel tchador s'attarder.
Mathieu Pernot, lui, a l'opportunité de s'exprimer grandement avec sa présentation de la famille Gorgan, gitans dont les magnifiques portraits laissent une forte impression sur le visiteur. Entre ethnologie et biographie photographiée, l'essentiel passe : le respect et la vie !
Plus peoples sont les travaux de Kate Barry ( défunte fille du Jane Birkin et de John Barry) et de l'actrice Audrey Tautou. Petites expos par la taille, la première émeut pour cette fascination des détails qui laissent entrevoir le destin  et la deuxième, entre jeu et narcissisme, amuse joliment.
Mais Arles 2017 ne se résume à quelques expos voulues phare. On trouve aussi de jolies surprises comme la rétrospective du japonais Masahisa Fukase et, entre autre, ses surprenants portraits de groupe, mais aussi l'installation ( si peu photographique) de Roger Ballen, dont l'extraordinaire mise en scène ne laisse personne indifférent ( de l'adoration à la répulsion) ou le formidable assemblage de 28 artistes colombiens sous le titre " La vuelta" qui prouve que malgré le nombre de photographes on peut réaliser une expo qui passionne et qui a vraiment de l'allure ( alors que l'autre expo compilation d'Amérique du Sud "Pulsions urbaines" déçoit énormément... Mais qui a disposé les cartels de cette façon ?!?) . On peut même être attiré par les clichés mi-morbides mi-peoples de Christophe Pihet sur les lieux d'accidents de voiture qui ont coûté la vie à des célébrités et par le forcément impliquant "Fifty fifty" de Samuel Gratacap sur les naufrages de migrants.
Par contre, je suis resté perplexe devant les travaux conceptuels de Dune Varela tout comme sur ceux de Blank Paper, collectif de photographes madrilènes dont les clichés allient froideur et prise de tête, impression accentuée par des cartels au verbiage parfois risible. Marie Bovo, avec "Stances", a sans doute pâti du lieu où sont exposés ses clichés de porte de train s'ouvrant sur la steppe, leur sensibilité et leur poésie se noient dans l'espace trop vaste de l'église des Trinitaires.
Et puis, les rencontres d'Arles se sont aussi des rencontres, parfois impromptues, comme celle faite au hasard d'une exposition avec un photographe amateur, venu présenter à quelques galeries son travail...sur les visiteuses d'Arles. J'ai eu le plaisir de regarder son travail qui dénote un vrai regard de photographe. ( Petit message personnel) : Merci Christian Gidon pour votre gentillesse et j'espère que "Arles avec elles" aura trouvé preneur !

mardi 15 août 2017

Une vie violente de Thierry de Peretti


La Corse et ses mouvement indépendantistes à la fin des années 90 sont ici contés au travers du parcours de Stéphane, jeune homme de bonne famille qui, autant par esprit bravache que par une mauvaise intuition, va se retrouver à livrer sur le continent un sac d'armes ayant servi à des attentats terroristes. Evidemment, il se fait prendre et atterrit en prison où de mauvaises rencontres vont le faire plonger à sa sortie dans un militantisme armé au moment où les organisations se séparent et sont gangrenées par la mafia et le trafic de drogues. La lutte contre l'ingérence française et ses puissances de l'argent qui veulent asservir et transformer la terre de leurs ancêtres en luna park pour touristes vire bien vite aux règlements de comptes internes et à une série d'assassinats.
Raconté comme cela, on pourrait penser que Thierry de Peretti déroule un polar noir à l'américaine, inspiré par le Coppola du Parrain ou le Scorcese des Affranchis. Détrompez-vous, même si quelques détails peuvent nous y faire penser, nous ne sommes pas dans une production américaine mais bien dans un film français d'art et d'essai qui justement fait dans l'art. Dans cette catégorie, on va prendre des poses auteuristes, donc éclater le scénario en pastilles expressionnistes, préférer les plans fixes qui s'arrêtent brusquement, accumuler des scènes proches du documentaire et bien souvent aux dialogues inaudibles, mettre un personnage principal falot ( et phallo aussi !) peu attachant  et parsemer le tout de citations historico/politiques piochées dans les déclarations de tout ce qui faisait pétarader les flingues dans l'île de beauté.
Le spectateur se trouve donc devant un film mal aimable, fronçant les sourcils en cherchant qui est qui, qui fait quoi, et pourquoi ? On voit bien toutefois que tous ces mouvements partent en vrille et que l'idée indépendantiste de départ se trouve reléguer aux oubliettes. Comme nous sommes obligés de prendre ce que nous donne le film et ayant fait le deuil d'une quelconque trame romanesque, les spectateurs observent s'agiter une bande de gars bas du plafond. Et du coup, ils se demandent comment avec de tels minables, aussi prétentieux que cons, pataugeant dans une tradition de vendetta aussi violente que débile (  tu as mal regardé ma soeur, paf ! t'es mort, tu ne m'as pas payé, paf ! tu crèves, ...), le mouvement indépendantiste puisse être aussi fort. Bien sûr, on aperçoit quelques têtes pensantes ( que l'on zigouille aussi), entourées de leurs gorilles et engraissées au racket, mais comme la caméra, très en distance,  s'attarde surtout sur ces pauvres crétins, l'intérêt va décroissant. Il faudra patienter jusqu'au dernier quart d'heure pour voir apparaître des scènes assez intenses dont deux très  réussies : celle d'un repas de femmes corses ( qui jusqu'à présent n'avaient eu droit qu'à des silhouettes variant entre la pouffe et la potiche) qui en dit très long sur l'ancrage des traditions locales et un beau travelling final qui arrive à nous émouvoir. Hélas, trop peu pour moi .... car au final je ne retiendrai de tout cela qu'un film assez rasoir dont les ambitions véritables sombrent dans un distanciation trop froide et maniérée.




dimanche 13 août 2017

La vie dans les villes de Michaël Wolf


S'il y a une exposition qu'il ne faut pas rater dans le cadre des rencontres photographiques d'Arles, c'est bien celle qui est consacrée aux travaux de Michaël Wolf, cet ancien photojournaliste reconverti dans la photographie tout court.
Spectaculaire est peut être le premier mot trop facile qui vient en premier lorsque l'on pénètre dans l'église des Frères Prêcheurs, cadre gris mais imposant dans lequel sont regroupées les différentes séries de cet artiste. C'est vrai, l'ensemble qui est offert à notre regard est impressionnant. Les immenses photos recto/verso d'immeubles hongkongais  font face à une monumentale installation de 20 000 jouets en plastique " Made in China" dans lesquels sont intégrés des clichés d'ouvriers sur leur lieu de travail. Cependant, l'intérêt de cette exposition et l'émotion réelle qu'elle procure vient surtout des autres éléments exposés plus discrètement.
Le regard de Michaël Wolf  révèle l'inhumanité de la vie urbaine où chacun lutte pour obtenir un minimum d'individualité dans un cadre complexe. Bien sûr lorsque nous sommes confrontés à ces saisissantes photos d'immeubles colorés à l'immensité géométrique ébouriffante, le choc est autant visuel qu'intérieur. Comment peut-on vivre dans de telles boîtes ? Puis, quand on s'approche de cette petite  maison de 9 m² installée non loin et que l'on s'aperçoit que cet espace est l'unique lieu de vie de millions de gens à Hong-Kong, qu'ils partagent parfois à trois comme en témoignent les photos qui tapissent les murs intérieur de cette installation, on réalise combien en France la majorité d'entre nous vit dans des conditions encore décentes. Heureusement, l'humain arrive encore dans cette jungle de béton à laisser sa trace comme une herbe folle poussant au ras du trottoir et nous sommes émus par ces petits objets dérisoires du quotidien qui apparaissent là où on ne les attend pas forcément. Les timides petits formats qui nous les présentent en sont la parfaite représentation face au gigantisme des photos d'immeubles. Pour Michaël Wolf le constat est le même partout que ce soit à Tokyo avec ces visages d'une grande tristesse des voyageurs compressés du métro ou à Chicago, où malgré la structure bien plus aérée et souvent transparente des bâtiments, apparaît un semblable mal de vivre, une ultra moderne solitude comme le disait un chanteur bien connu. Seul Paris semble un peu échapper à ce triste constat si l'on en juge les splendides et poétiques photos de toits qui impressionnent par leurs lignes et leurs couleurs picturales.
Cette vie dans les villes, toute dirigée vers le travail et l'entassement solitaire fait froid dans le dos tout comme ces clichés fortement pixelisés, agrandissements de détails trouvés sur Google Street View ( femme déféquant entre deux voitures, personne âgée évanouie sur le trottoir, doigt d'honneur d'un motard, ...), qui symbolisent tout autant une certaine individualité que l'avènement d'un monde où rien n'échappe aux caméras qui nous surveillent.

Pour terminer, j'aimerai évoquer cette écrasante installation qui attire inévitablement le visiteur de cette exposition.  Ces milliers de jouets récoltés en un mois sur des brocantes américaines, symboles d'une société de consommation insatiable et aveugle, mêlés à ces quelques clichés de serfs contemporains, aux conditions de travail épouvantables, délivrent un message simple et clair, peut être avec un peu trop d'arrogance ... Les tirages, proches du reportage, sont un peu noyés au milieu de ces poneys, Buzz l'éclair et autres dinosaures en plastique. Mais ce qui peut être m'a le plus impressionné reste sans doute les commentaires du public, surtout la partie accompagnée d'enfants inexorablement attirés par ce qui leur apparaît comme une résurgence de Toy's r us. Voilà un endroit facile pour faire un peu de pédagogie, de morale aussi ou même d'une petite leçon appliquée sur l'économie mondiale.... Ce que j'ai entendu n'avait pourtant pas cette allure. Je suis resté un bon moment devant "l'oeuvre" et au lieu d'essayer d'éveiller la conscience enfantine à l'état de notre monde libéral, j'ai plus entendu des : " Oh regarde un tricératop !" ou " Oh ! tu l'as, toi aussi !" ou " Non, mon chéri, tu ne peux pas l'avoir mais on ira t'en acheter un en sortant!" et même, avisant une ouvrière montrant tristement un horrible pistolet qu'elle venait de fabriquer " Regarde la dame, elle joue au pistolet !". Bien sûr quelques uns s'essayaient au bien difficile vrai travail parental, mais la grande majorité tombait dans le néant de la pensée actuelle ( avec pourtant une entrée à 10 euros ou un pass à 40 euros, signes, me semble-t-il, d'un certain intérêt à l'art et donc d'une possible ouverture d'esprit). C'est là, que, avisant tout ce splendide travail, je me dis que Michaël Wolf a raison de témoigner et d'essayer de nous sensibiliser .... même s'il semble témoigner pour une humanité déjà bien déshumanisée, même là où l'on pense qu'il y a encore des possibles !



vendredi 4 août 2017

La tresse de Laëtitia Colombani


ATTENTION : ce roman entre dans la catégorie : Ils me sont tombés des mains !

Je vous raconte ma petite aventure avec ce roman qui s'arrache en ce moment en librairie. Je suis bénévole dans une bibliothèque. Le lendemain du passage de Laëtitia Colombani à " La grande librairie", je ne sais si c'est le sirupeux François Busnel ou la prestation de l'auteure, mais tout le monde voulait cette tresse. Alors, bien sûr, pour le plaisir de nos lecteurs curieux, nous avons acheté LE roman de ce printemps.... J'avais juste eu le temps de l'avoir en main ( mais vous verrez plus loin qu'il n'y est pas resté longtemps), que déjà, on se l'arrachait dès qu'il fut mis en rayon. Nous avons évité le pugilat entre futurs admirateurs en ouvrant une liste d'attente qui continue de s'allonger à l'heure où je vous écris.
Donc, sans aucun à priori par rapport à l'auteur dont je connaissais un peu le cinéma, qui, disons-le ne m'avait jamais réellement emballé mais ne me suscitait aucun dégoût, j'ai plongé dans cette histoire si subtile, si émouvante de ces trois femmes qui, bien que vivant dans trois parties du monde différentes, se verront réunies sans le savoir... Et j'ai donc suivi ces trois destins ...enfin suivi.... non, leur prévisibilité, leurs clichés par tonnes, ont eu raison de ma patience. La québécoise cancéreuse, la sicilienne chef d'entreprise en perruques et la pauvre petite intouchable ( sans doute le personnage le plus touchant dans cette caricature de roman à l'eau de rose) auraient pu m'amener jusqu'au bout de ces 224 pages. Mais un préchi-précha d'une niaiserie confondante, une féminisme de pacotille qui au final fait passer les trois héroïnes pour de pauvres gourdasses débitant des platitudes à hurler de consternation, une façon très désinvolte de ne jamais remettre en cause ce système libéral qui englue les personnages et surtout, surtout, un style de collégienne de quatrième ( bravo Laëtitia, tu commences à manier la phrase complexe, tu as passé le cap supérieur, tu quittes un peu la forme  sujet/verbe/ complément), ont eu raison de ma patience ( et aurait pu me faire pétitionner pour que Marc Lévy soit sur la liste du Nobel de littérature). Mais non, je n'avais pas de temps à perdre ni pour de la littérature de gare marketée à outrance ni pour honorer le roi du marketing. Alors, j'ai vite refermé cette chose creuse et très très éloignée de la littérature qui ne pouvait que m'apporter colère et ennui.
Et les lecteurs de ma bibliothèque, qu'en ont-ils pensé ? Disons que les retours sont divers. Certains aiment vraiment, c'est facile et ça fait du bien mais quand même, je note plus de déceptions ainsi que quelques étonnements sur le battage médiatique. Mais là, je rappelle, que l'édition est une industrie et ce roman un produit...

jeudi 3 août 2017

Chouquette de Patrick Godeau


La chouquette, pour moi c'est tout d'abord une pâtisserie aux allures avenantes, qui, si elle est mal cuite ou mal parfumée, peut s'avérer sèche et sans saveur. "Chouquette", le film , ( car tiré d'un roman assez réussi d'Emilie Frèche), ressemble beaucoup à cette petite chose vendue souvent par douzaine chez votre boulanger, jolie affiche, belle distribution, on peut être alléché...
Le résultat est à la hauteur de cette petite bouchée en pâte à chou, appétissante, mais décevante.
L'histoire, fine comme un papier de cigarette d'une grand-mère recueillant un petit fils renvoyé de colonie de vacances pour cause de varicelle, malgré une écriture laissant la part belle au non-dit, s'étire bien lentement.  La caméra amoureuse de la Bretagne Nord a beau balayer ces grands espaces façon la France vue du ciel, la costumière a beau coller de l'orange sur Sabine Azéma pour qu'elle ressorte bien au milieu de ce paysage assez grisonnant, tout cela suinte un peu l'ennui. Les comédiennes sont parfaites, le gamin très mignon, le spectateur reste de marbre malgré quelques tentatives d'acidité dans le dialogue. Et il n'est pas certain non plus que cette idée d'emmener le récit sur les rives de l'absurde y gagne quelque chose. Alors on regarde tout cela œil morne, constatant avec plaisir que les deux comédiennes principales assument leurs rides avec grâce ( il fait le noter et le dire, elles sont très agréables à regarder), que Michèle Laroque porte très bien les Converse. Cela reste beaucoup trop  léger pour faire une chouquette délectable ...

lundi 31 juillet 2017

Ainsi débute la chasse de David Pastouris

Ah Royan, riante cité balnéaire, avec ses plages, ses criques, son casino, ses édiles un peu véreux que sa population de retraités élit d'une seule main bagouzée et néanmoins tremblotante. Et puis, il y Charly. Charly est de retour après une mise au vert volontaire. Charly traîne un profil d'homme de main non bagouzée et qui n'a jamais tremblé pour donner la mort et se refaire une vie paisible avec un tel passé n'est guère aisé. Bien sûr, il peut travailler dur comme ouvrier ostréicole, mais comment résister à une proposition moins honnête mais de bien meilleur rapport ? Une chose est certaine , ilne tuera plus ! Ses crimes précédents, tous commandités et bien sûr restés impunis, lui courent encore dans la tête. Seul dans son appartement donnant sur l'estuaire de la Gironde, il ne cesse de ressasser le gâchis qu'ont occasionné dans sa vie ces quelques méfaits. Le passé refait toujours surface et, en l'occurrence, sous les traits d'une sombre ordure, qui, dans un bureau banal d'une de ses zones commerciales sans âme, manipule élus locaux, entreprises du secteur et petites frappes. Et lorsque les commandes ne déroulent pas comme il faut, l'engrenage fatal dans lequel Charly met un doigt, risque bien de lui en emporter plus...
Rangez parasols et lunettes de soleil, vous n'en aurez pas besoin  pour lire ce polar dont la noirceur pourrait bien faire pâlir votre bronzage. Vous resterez tout le récit dans la tête de Charly, éprouvant avec lui tous ses remords, tous ses sombres sentiments, ses colères, ses peurs. Petit à petit vous épouserez sa quête, quitte à faire de vous , au pire un misérable complice, au mieux lui trouver de vraies excuses et être en totale empathie.
Cette intrigue, forcément ambiguë, est une des forces de ce roman qui par ailleurs bénéficie d'une écriture sèche, tendue comme un arc, où parfois les phrases cinglent comme une balle vous frôlant et percutent le lecteur, qui, le souffle presque coupé, tourne les pages avec empressement.
Malgré un décor balnéaire, quasiment aucun rayon de soleil n'éclaire cette histoire et fait de " Ainsi débute la chasse" un véritable polar noir d'atmosphère franchement réussi. Et si vous connaissez Royan, pas sûr que la prochaine fois que vous irez fouler le sable de sa grande plage, vous regardiez cette cité du même œil attendri de vacancier prêt à faire une sieste tranquille sur son transat...

jeudi 27 juillet 2017

Les 13ème promenades photographiques de Vendôme. Qui est photographe ?


Beaucoup plus au nord et beaucoup moins important que sa cousine arlésienne, plus jeune aussi, ce festival de photos de Vendôme n'en mérite pas moins le détour. Comme dans Arles, la chaleur en moins ( mais une petite grimpette jusqu'aux jardins du château en plus ), vous vous baladerez dans une petite ville vraiment charmante dont chaque coin, chaque détour de rue mérite une photo. Ces promenades photographiques, entièrement gratuites, sont un régal pour les yeux à tout point de vue. Disséminées dans une dizaine d'endroits différents, les expositions possèdent tous les éléments pour vous charmer, vous étonner, vous émouvoir, vous informer sur le monde.
Je l'avoue, cette année m'apparaît plus riche et plus passionnante que l'édition précédente et également nettement plus soignée dans sa présentation  ( quasiment plus de punaises et de Patafix, mais de vrais encadrements !). Du coup, mieux mises en valeurs, les œuvres exposées nous accrochent beaucoup plus. Ainsi, et sans doute l'exposition la plus importante de cette année, "Au delà du réel" de Jean Baudrillard et ses murs d'objets ou de moments quotidiens magnifiés par le regard du photographe subjuguent carrément. On connaissait l'écrivain, le philosophe ( trop ardu pour moi), moins son oeuvre photographique, dont on peut admirer ici une grande série prise aux Etats-Unis dont les points de vue ou les compositions étonnent et nous font basculer dans un monde fluctuant, quasi magique et nimbé de mystères. Chaque cliché ouvre un champ de réflexion infini où se mêlent beauté et ambivalence. Incontournable !
Après ce véritable coup de cœur, je me suis dit que la suite risquait de paraître bien pâlotte. Je me trompais lourdement ! Même si au petit manège Rochambeau ( nom de l'espace regroupant une partie de la fine fleur de la photographie actuelle), trop d'artistes n'exposent qu'un petit nombre de clichés, les émotions et les surprises étaient bien au rendez-vous. Par exemple, le travail autour des fêtes de village sur la frontière flamande et wallonne de Charles Paulicevich, ce regard à la Bruno Dumont avec une vraie bienveillance en plus, se transforme au fil des portraits exposés, en une véritable plongée ethnologique dans une Belgique profonde où tristesse et pauvreté se mélangent avec une sorte de bonhommie hors du temps.  Glaçant et intense ! Ce photographe français vivant à Bruxelles n'est pas le seul à nous donner des nouvelles du monde, Ainsi Alexis Clerc s'est intéressé à l'américanisation du Japon, Léonora Baumann et Etienne Maury sur le sort des forêts congolaises, la coréenne Hwayoung Lim à une enclave tanzanienne de protection d'enfants albinos, ....
Dans un genre plus "technique " je pourrai aussi citer Ulrich Lebeuf et son splendide "Dakar la nuit ", pour le coup magnifiquement éclairé, qui est un régal pour les yeux ou Mathieu Farcy  et ses "Paysages orientés" dont les images de belvédères ou de promontoires avec un traitement proche du glacé, nous touchent par leur infinie solitude et leur envie d'ailleurs ou Laurent Gilson et "Ipséité" ( je donne la définition de ce mot quand même rare : Ce qui fait qu'un être est lui-même et pas autre chose. ), fragments de corps en noir et blanc dont on se demande s'il ne s'agit pas de dessins à l'encre tellement le traitement particulier aimante et fascine l'œil.
Beaucoup de diversité et de richesses donc à Vendôme, et je suis loin de tout citer. Il vous restera à découvrir au fil des espaces, de mystérieuses maisons perdues dans d'immenses paysages menaçants ou le terrible sort des jumeaux malgaches, à soulever délicatement des rideaux pour apercevoir les fantômes d'une enfance évanouie, à retrouver des ouvriers du cru au travail, à vous émerveiller devant des feuilles d'arbre imprimées ou  à sourire face à un usurpateur d'identité dans un décor année 50. Et puis, et puis plein d'autres travaux  ( ceux des écoles de photographie de l'Europe entière), d'autres artistes, d'autres expos.
Oui, Vendôme avec cette 13 ème édition ( porte-bonheur ?) gagne ses galons de rendez-vous dorénavant incontournable pour tous les amateurs de photo et surtout pour tous les autres, les curieux comme les contemplatifs.

dimanche 23 juillet 2017

Coeur croisé de Polo et Pan


Polo et Pan, c'est qui ? Deux trentenaires qui ont sorti un album foutraque ce printemps, un truc improbable classé "musique électronique" par itunes mais qui se révèle au final une sorte de bande son très estivale. C'est un cocktail de musiques variées, allant de la bossa nova électro à des morceaux vaguement plus expérimentaux, un peu bricolés avec un synthé et une boîte à rythme dans le garage de papy Jeannot à Limoges. Mais là au milieu on trouve aussi des chansonnettes, sans doute des clin d'oeil à toute cette pop des années 80 ( Ellie et Jacno, Arnold Turboust, Mikado, ...) mais aussi à Alain Chamfort ( avec une reprise trafiquée aux filtres de quelque ordinateur de "Chasseur d'ivoire") et si l'on tend l'oreille on se demande parfois si Dorothée ou Jordy ( mais si souvenez-vous de "Dur, dur d'être un bébé") n'ont pas été une source d'inspiration. Bref un concentré de sons piqués dans une frange marginale de la chanson française puis remixés façon décalé. Ce n'est pas du tout désagréable à défaut d'être totalement original. Je l'avoue, en mai dernier lorsque l'album "Caravelle" avait fait son apparition, mon oreille n'avait pas réellement tilté. Et puis, est sorti ce clip ! Et là, grâce aux  images bourrées de clin d'oeil et d'humour, on peut dire que j'ai adhéré. Je ne sais qui des couleurs chatoyantes, de la danse ou de son côté très très coquin ( les trois sans doute plus la conception franchement emballante) a fait la différence, mais un chose est certaine, "Coeur croisé " est pour moi le clip de l'été et l'assurance de garder un oeil sur cette paire de musiciens !
Du coup, je m'en suis allé sur You tube voir les nombreuses productions clipesques du duo. Bizarrement, le clip ci-dessus semble être celui qui a eu le moins de vues alors que le dernier, joli mais nettement moins original semble atteindre des sommets ... Jugez par vous même, "Plage isolée" se trouve juste en dessous !



samedi 15 juillet 2017

Avant la fin de l'été de Maryam Goormaghtigh


A première vue " Avant la fin de l'été" peut apparaître comme une sorte de docu fiction autour de trois mecs partant en vacances dans le sud, mélange de clichés et de petites banalités qu'une caméra, elle aussi imprégnée d'ambiance estivale, va suivre gentiment. Le premier plan intrigue le spectateur. Les trois hommes à l'écran sont des étudiants iraniens vivant à Paris. L'un d'eux, a le mal du pays et pense repartir d'ici à deux semaines. Ses amis tentent de le dissuader et organisent une petite virée jusqu'à la mer. Cette premier scène, à l'apparence simple et anodine, avec des dialogues en farsi ( il n'y aura que très peu de dialogues en français ...), pose d'emblée les enjeux du film. Ces trois garçons, à eux seuls un trio très représentatif,( le beau, le timide, bon gros coincé ), vont être les prétextes à un discours en creux beaucoup plus finaud que ceux des comédies balnéaires habituelles. Si au premier abord, avec ces dialogues et ses situations aux apparences improvisées, on semble s'acheminer vers un road-movie un peu relâché et improvisé, très vite on se rend compte que la réalisatrice aborde une foultitude de thèmes qu'elle traite avec une subtile sobriété, sans une once de pédagogisme, laissant les idées et notations s'infiltrer dans la tête du spectateur. L'exil et la nostalgie y affairant, la liberté indiscutable dont ils jouissent en France et qui leur manquera une fois revenus en Iran ( surtout que pour tous les trois, le service militaire prend une énorme place dans leur décision), l'ostracisme qu'ils ressentent souvent de part leur statut d'étranger, la religion, le rapport avec la femme, constituent, entre autres, la toile de fond bien présente à cette échappée estivale. La caméra, toujours placée idéalement, capte ces moments sensibles où tout se ressent plus qu'ils ne s'expriment. De scènes en scènes, on s'attache de plus en plus à ces trois hommes, bien moins machos que les clichés peuvent les penser, la réalisatrice s'ingéniant à filmer des instants volés où leur part féminine s'exprime. Coquets, tactiles, tendres entre eux, ils sont à l'image du décor fin de vacances dans lequel ils recherchent un peu de fun, entre deux saisons. La mélancolie d'un automne qui approche devenant de plus en plus présent, un choix va s'imposer. Lequel ? Sans doute celui de la raison qu'une poésie persane chantée un soir sur la plage rend encore plus difficile.
"Avant la fin de l'été" est la comédie estivale la plus délicate et la plus intelligente de ces deux mois de vacances qu'il faut découvrir avec curiosité et humilité.


mardi 11 juillet 2017

Au pays des nudistes de Mark Haskell Smith

Mark Haskell Smith exerce l'honorable profession de journaliste et  se passionne pour tout ce qui concerne la contre culture. Aux Etats-Unis, son pays, entre une bible et un flingue, les contestataires sont nombreux et, bizarrement, sans doute pour cause de pudibonderie générale du pays, le nudisme est rangé dans cette catégorie. On s'en doutait un peu puisque la vue d'un sein de Janet Jackson lors du Super Bowl a fait évanouir d'horreur tout un peuple. Ne reculant devant rien, notre journaliste pas du tout adepte de naturisme ( terme préféré ici en Europe ), décide de se mettre nu pour enquêter sur ce mouvement. Des centres américains autour de Miami, en passant par l'Espagne, le cap d'Agde ou l'Autriche, Mark testera diverses formes de vie naturelle sans vêtement, interrogera tous ces militants sur leurs motivations et enquêtera sur la place du corps nu dans nos sociétés.
Le livre se présente à la fois comme un essai sociologique et comme un récit de voyage. Le mélange des deux auquel s'ajoute un humour assez savoureux de l'auteur, offre une lecture aisée, drôle et très instructive. Si la première partie passionne avec ses retours historiques et sa découverte des lieux naturistes, la seconde moitié peine un peu plus à nous emporter. Nous sommes pas loin de la redite et le propos sur la présence du corps dénudé au 21 ème siècle semble plus convenu. Mais heureusement son livre est truffé d'anecdotes savoureuses, de congrégations religieuses vivant nues ou de phobiques du soleil qui ont tué leur enfant en l'enduisant depuis sa naissance de plusieurs couches d'écran total ( oui, on peut mourir de rachitisme quand on ne reçoit aucun rayon de soleil sur la peau !).
Et c'est ainsi qu'au fil des pages, cet américain bon teint, bien textile, pas trop prude ni du tout réactionnaire, curieux et bienveillant, va jeter ses vêtements, s'enduire de crème solaire et se jeter nu au milieu de congénères.Les débuts lui paraissent difficiles, étranges et contrairement à une pensée première,  pas du tout excitante sexuellement. Il faut bien le dire, tous les lieux où ils se rend pratiquent un nudisme social qui évacue tout érotisme ou situation sexuelle. Il n'y a guère que le Cap
d'Agde qui mélange les deux tendances, la libertine étant évidemment bien plus voyante que sa voisine sage. Et c'est ainsi qu'il connaîtra le bonheur en randonnant nu dans les Alpes autrichiennes ou lors d'une croisière nudiste. D'une certaine perplexité de départ face à ces gens voulant tout faire nu, Mr Haskell Smith en arrivera à une entière compréhension de ce désir de corps libre. Sans pour autant adhérer complètement à ce mouvement, il a pu constater la sensation très agréable de bien être qu'il a éprouvé lors de ces nombreuses incursions au milieu de groupes naturistes. Pas un manifeste pour une vie nue et libre mais sans doute un très joli tour d'horizon d'un mouvement qui intrigue toujours autant et qui, après des décennies de rhabillage, si l'on en croit l'auteur gagner de plus en plus d'adeptes de part le monde.  



lundi 10 juillet 2017

Okja de Bong Joon-ho


En posant cette affiche en tête de mon billet, je m'aperçois que je la vois pour la première fois ! Et pour cause ! Pour tous ceux qui ne connaissent pas l'agitation qui a gagné le milieu du cinéma lors de la présentation de la sélection au dernier festival de Cannes, "Okja" a fait l'objet d'une polémique énorme. Ce film coréen ( du sud), réalisé par Bong Joon-ho après le spectaculaire " Snowpiercer"  en 2013, produit avec des millions de dollars par le robinet à films Netflix n'est destiné qu'à une diffusion sur le net, pas en salle ! Vous comprenez bien que le proposer en sélection a fait drôlement jaser! Y'a eu les indifférents mais surtout les contre qui, à Cannes, ont copieusement siffler le générique quand est apparu le logo de la firme par qui le scandale d'une nouvelle diffusion du cinéma arrive. A part quelques rares projections en salle, le film n'est visible que sur votre télé, votre ordi, votre tablette voire votre smartphone... Aucune affiche ne s'expose dans vos cinés habituels et donc cet espèce d'hippopotame et son usine posée sur son dos ne doivent pas dire grand chose aux amoureux de projection sur grand écran.
En tant que curieux patenté, je me suis abonné à Netflix. Ok c'est gratuit le premier mois et vous pouvez vous dédire au bout de ce mois d'essai... Donc, "Okja " est visible gratuitement au milieu de tout un paquet de séries américains paraît-il affriolantes ( mais je ne suis pas " séries") mais aussi d'un wagon de films de série B, C...jusqu'à Z qui, bien que produits pour le vrai cinéma n'ont pas eu la chance de trouver un distributeur qui mise trois euros sur une vraie sortie...
Mais revenons à ce film qui briguait la palme d'or et n'a, bien sûr, rien obtenu. Je ne sais si c'est le petit écran de ma télévision pourtant bonne taille, mais ce qui doit être le sel de ce film, à savoir, quelques courses poursuites et une usine d'abattage de porcs dantesque, m'a paru bien quelconque. Assurément, une télé n'est pas un écran complètement adapté à une superproduction. Tout le soin apporté à un certain spectaculaire se trouve pas mal réduit à la maison et du coup laisse apparaître la grosse faiblesse de l'oeuvre : son scénario, une énième resucée d'un enfant qui veut sauver son animal préféré de vilains méchants ( vue 125 683 fois au bas mot). L'animal en question, un porc transgénique énorme, Okja donc, croisement numérique de Shrek et de Totoro, est arraché à l'amour d'une petite fille pour qu'il soit débité en côtelettes. On sait dès les premières minutes comment cela va se terminer ... Mais il faut pour cela passer deux heures de films avec des courses poursuites, une méchante vraiment méchante ( Tilda Swinton évidemment parfaite ), des scènes au ralenti ( cinéma coréen d'action oblige), et une palanquée de bons sentiments à la mode. Disons que, pour faire court, Netflix devrait proposer de diffuser "Okja" dans les magasins bios car le sujet central se veut écologique et défenseur de la nourriture saine sans OGM  et vire même veggie sur la fin ( c'est bon ça coco, c'est tendance!).
Rien de bien novateur au final. "Okja" est un film pour enfant ( bon à partir de 6 /8  ans quand même, faut pas terrifier vos héritiers !) sans doute plus pêchu qu'une production lambda dans sa version téléfilm, mais jamais du niveau d'un grand film malgré son prêchi-prêcha vegan. On notera un petit détail :je ne sais pas si la marque Burberry a payé pour du placement de produits, mais une méchante en quasi total look de la marque, si le film est beaucoup regardé par les mômes, pas sûr qu'ils trépignent de sitôt pour papa ou maman leur achète une fripe au si joli écossais ! Pas de quoi non plus s'abonner à Netflix... même si un autre film de la maison a été présenté à Cannes ( " The Meyerowitz stories" de Noah Baumbach) , ni parce que Martin Scorcese tourne aussi chez eux ( voyez son dernier film, il est bien parti pour faire pire !).