samedi 4 mai 2013

Lumières de Pointe-Noire d'Alain Mabanckou


Je n'avais encore jamais lu un ouvrage d'Alain Mabanckou et c'est donc en lecteur totalement vierge de son univers que j'ai suivi cet auteur dans le Congo de son enfance, découvrant ainsi des personnages ayant été déjà évoqués dans ses livres précédents.
Après vingt-trois années loin, très loin de son pays d'origine, Alain Mabanckou revient en écrivain et universitaire dans sa ville natale pour y donner un cycle de conférences. Il en profite pour retrouver sa famille. Le passé va lui remonter en mémoire, lui faisant mesurer la distance qui s'est inexorablement installée entre l'auteur reconnu qu'il est aujourd'hui et le jeune africain qu'il a été.
C'est une lecture qui ne m'a pas laissé indifférent. Porté par une très belle écriture, le propos est de ceux qui interrogent. En mêlant l'Alain Mabanckou d'aujourd'hui se remémorant l'Alain Mabanckou d'hier, on sent que ces retrouvailles africaines sont un mélange de gêne, de nostalgie et de retenue. L'homme très occidentalisé qu'il est devenu se heurte doucement à sa famille africaine avec ses croyances diverses, ses coutumes. Tout en percevant tout le sel romanesque de ces modes de vie simples et empreints d'une certaine légèreté face aux aléas du quotidien, l'auteur ressent la confirmation que son éloignement n'est pas que géographique. Ses études, son statut social dans le monde occidental l'ont coupé en grande partie de cette matrice africaine. Ses interlocuteurs le sentent bien aussi. Oncle d'Amérique personnifié, ils quémandent bien quelques francs CFA mais essaient néanmoins de lui trouver quelques excuses, comme s'ils ne voulaient pas rompre le rêve d'une hypothétique belle vie en dehors de leurs frontières qu'ils ont en eux. Mélange d'amour familial et de respect admiratif, Alain Mabanckou est la représentation vivante mais déjà hors d'atteinte de ce rêve.
Livre finalement inconfortable, le lecteur se trouve dans la même position que l'auteur : plaisir des saveurs africaines et troublante réalité qui ne correspond plus à ce que l'on est. Nous sommes dans un ressenti fait d'évitement et de presque non-dit. C'est cette ambiguité qui est constamment présente au travers de chapitres aux titres de films, comme pour mieux signifier le décalage entre deux univers maintenant si différents.
Un roman déstabilisant qui poursuit longtemps le lecteur. 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Mortelle dédicace de Elly Griffiths

 " Mortelle dédicace" s'adresse en premier lieu à tous les amateurs de polars anglais à l'ancienne, façon Agatha Christie ...