mercredi 27 novembre 2013

The immigrant de James Gray


James Gray semble avoir le ticket avec la presse française, moins avec les festivals ou son pays natal qui le boudent ostensiblement. Jusqu'à présent, je n'avais pas été non plus été très emballé par ses précédentes oeuvres... J'ai pensé qu'en se dirigeant vers le mélo, il allait transcender le genre et du coup, armé d'un paquet de mouchoirs en papier, j'ai pris mon ticket pour New-York années 20....
A l'arrivée du bateau, au milieu d'une cohorte d'immigrants, la caméra s'arrête sur deux pauvres polonaises, la mine grave, la tenue austère, avançant la mine angoissée vers un ailleurs prometteur. Hélas, l'une se fera mettre en quarantaine pour cause de tuberculose et l'autre dirigée vers la file "expulsion immédiate". Elle, c'est Ewa, aux airs de mater dolorosa, qui suinte l'ennui, la tristesse et la droiture. Ewa, c'est Marion Cotillard, les yeux cernés de marron par une maquilleuse sadique, qui pense qu'ainsi elle fera harassée et au bord du suicide. Raté ! Elle est remarquée par un maquereau de bas étage (Joaquin Phoenix, pour le moment très bien parce que sobre) qui, sûrement par son oeil exercé à repérer les filles qui feront de bonnes gagneuses, la prend sous son aîle et la ramène chez elle. Pour le remercier, Ewa/Marion lui gratifie de sa nouvelle expression étudiée spécialement pour le mélo : je baisse les yeux, je grimace légérement des lèvres et je pleure.
Le proxénète travaille dans un cabaret où les filles dansent un peu dénudées, histoire de faire saliver le client avant de leur proposer des services plus personnels. Bien que toujours la mine sombre, peu souriante, Ewa/Marion, accepte de danser puis de se prostituer afin de réunir un max de fric pour libérer sa soeur. La première fois qu'elle monte sur scène en statue de la liberté, elle baisse les yeux, grimace des lèvres et pleure un peu. Visiblement, malgré son allure rigide et ses airs revêches, Ewa/Marion fait exploser le compteur grâce, sans doute, à ses talents multiples, ce qui est étonnant car elle ne desserre pas les lèvres du film et a un air de bigotte sortant de la messe et n'ayant qu'une envie, celle d'y retourner. 
Mais l'amour la surprend. Au détour d'un cabaret, elle rencontre un magicien, Orlando, beau et gentil, cousin du maquereau, qu'elle séduit en baissant les yeux, frémissant des lèvres et en versant....Stop Marion, pas là, c'est du bonheur !!! De toutes les façons tu ne vas y arriver, on a pas prévu le menthol pour cette scène !
Comme les deux hommes se détestent, il va y avoir un peu d'action, la jalousie étant un super rebondissement dans les mélos et l'occasion pour la vingtième fois de faire souffrir Ewa/Marion , de lui faire baisser les lèvres , grimacer légèrement du nez  et...non, ça Marion Cotillard ne sait pas le faire !
Donc, on plonge dans la violence et du coup Joaquin Phoenix qui en avait surement marre de se faire éclipser par notre star nationale, sort son grand jeu outrancier et roule des yeux, met sa bouche de travers et gueule.  
Je ne dis pas comment ça se finit, mais Ewa/Marion baisse les yeux, grimace légèrement....bon, on a compris !
Vous avez compris également que je n'ai pas été vraiment emballé par tout ça. Pourtant la photographie est magnifique, il y a des plans de toute beauté mais le scénario doublé d'un casting ou d'une direction d'acteur un peu étrange, font qu'on n'y croit pas une seconde. En plus rien n'est fait non plus pour susciter l'émotion. Marion Cotillard est tout en jeu intérieur, glaciale et baisse les yeux, grimace..., bref n'a qu'une expression (Il lui arrive ailleurs, d'en avoir plus...). On ne l'imagine pas une seconde vendre son corps car elle n'est vraiment pas attirante...Jeremy Renner en Orlando porte mal la moustache et semble se demander ce qu'il fait là. Et puis, tout cela est assez lent sans que cela apporte une once de profondeur, juste peut être ce léger sentiment d'ennui qui différencie le mélo d'auteur du vulgaire téléfilm. Et ce n'est pas cette imagerie sulpicienne du péché et de la rédemption, cette symbolique religieuse  qui m'ont rendu le film sympathique. 
Injustement oublié à Cannes ? Non, jugé pour sa valeur plutôt que par l'aura de son producteur, Vincent Maraval, faiseur de pluie et de beau temps du cinéma français (et ceci explique peut être cela).



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