jeudi 7 novembre 2013

Quai d'Orsay de Bertrand Tavernier


Tiré d'une bande dessinée à  succès , "Quai d'Orsay", est aussi la première incursion de Bertrand Tavernier dans l'univers de la franche comédie. Pari gagné, l'adaptation, pas évidente, est bien réussie. On retrouve le rythme effréné et épuisant imposé par Alexandre Taillard de Worms, ministre des affaires étrangères, à son équipe. On caracole sur les parquets cirés de l'imposant ministère à la suite d'un homme totalement délirant, émettant toutes les minutes une idée incompréhensible, souvent tirées d'Héraclite, son auteur de  chevet. On n'a guère le temps de rêver sous les lambris dorés, tellement la tâche demandée à ses subordonnés est improbable et sujette à des jugements à l'emporte-pièce. Totalement hermétique aux remarques et idées de son entourage qui pourtant souque dur, le ministre, totalement imbu de lui même, brasse autant de vents que de concepts, se contredit sans cesse mais reste le maître incontestable du jeu. La vie d'un ministère clef de la République nous est présenté sous un jour guère favorable...
Brillamment dialogué, remarquablement interprété par un Thierry Lhermitte très convaincant et par un Niels Arestrup savoureux en directeur de cabinet doucereux et zen, "Quai d'Orsay" est sans aucun doute un bon film malgré la faiblesse des scènes extérieures au ministère (pourtant avec la délicieuse Anaïs Demoustier).
Il a été souligné longuement que c'était un portrait très ressemblant de Dominique de Villepin... cela laisse bien entendu songeur et fait frémir... Véritable pantin énervé, il déclame des discours qu'il n'a, bien sûr, pas écrits, ni lus avant, mais  élaborés à la va comme je te pousse tellement les consignes d'écriture étaient floues et contradictoires. Ce sentiment d'irresponsabilité était au coeur de l'album et reste également l 'essentiel du film. Comme le jeune Arthur, chargé du langage auprès du ministre, nous sommes noyés par ses paroles incompréhensibles mais avec la grande différence que nous ne sommes que de braves spectateurs qui ont la possibilité de rire (jaune parfois) devant ses situations hautement cocasses. Si vous voulez reprendre une tranche sur l'inutilité grandissante des hommes politiques, allez voir "Quai d'Orsay" !

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