lundi 1 juin 2015

Libération, la nouvelle formule


La presse écrite est en crise et espère sauver la mise en pariant plus sur un site internet aux nombreux clics que sur sa version papier au tirage en constante baisse. Cependant, le journal du matin acheté chez un dépositaire de presse reste une image dont on a du mal à se défaire. Il y a dans l'inconscient collectif comme une idéalisation de ce geste pourtant de moins en moins fréquent et assurément un réflexe de quinquas ou plus ou de retraités provinciaux attachés à des habitudes ancestrales. 
"Libération", journal en crise, essuyant la énième restructuration (avec nouveau propriétaire et charrette de licenciés) lance aujourd'hui une nouvelle formule papier dont l'ambition est de gagner bien entendu du lectorat, mais plutôt dans sa version numérique. Désormais "Libération " c'est " un site qui publie un quotidien". La nuance est d'importance et peut être le seule nouvelle idée qui puisse sauver la mise. Cette nouvelle ligne éditoriale n'est, pour le moment, pas tout à fait opérationnelle car elle ne sera visible dans sa version complète qu'à l'été. Seule donc la version papier, arrivée ce matin en kiosque, donne une petite idée de ce que sera l'information (de gauche ? ) de l'avenir. 
En lecteur quinqua et donc encore friand de papier (quoique le numérique....), j'ai donc acheté et lu ce numéro 10584 de ce quotidien mythique. Pour cette lecture, j'ai d'abord feuilleté rapidement. La première impression n'est pas fameuse. Un sentiment de bazar seventies assaille les yeux. Des titres en très grands caractères et en couleur presque flashies jalonnent les pages. Leur typographie très allongée et serrée n'aide pas à la lecture et pour corser le tout, c'est souvent des noms de personnes inconnues et étrangères. N'allez pas soupçonner une quelconque xénophobie chez moi, mais qui est capable de lire du premier coup d'oeil ce titre là ? :


Solution : A$AP ROCKY ( plus lisible sur ma mauvaise photo que sur la version papier 10 fois plus grande) Et il y a dans le même style : Nkurunziza (dictateur burundais) ou "scherenschnitte"(art allemand du papier découpé). C'est certain que l'oeil n'aimant pas qu'on lui résiste s'arrête sur la page. Nonobstant ce petit désagrément, c'est quand même joli à regarder, original avec toutefois une sensation de remplissage et de vide : les photos sont aussi grandes que les titres, les textes assez courts, noyés sous la couleur des gros caractères. 
Passons à la lecture. La modernité du concept ne saute pas réellement au yeux quant à l'information. Il faut avoir terminé la lecture pour s'apercevoir que ce qui fait l'actualité brute, quotidienne, se résume aux 5 pages baptisées "expresso" qui, comme son nom l'indique, nous donnent une actualité serrée et donc rapidement lue de faits essentiels ou pas. ( L'envie de BMW du ministre indien de la défense est drôle mais pas vraiment essentielle.) Le reste, et c'est peut être le plus intéressant, est un approfondissement et une mise en perspective de certains faits d'actualité brûlants ou pas. des éclairages sur l'actualité, des reportages, des points de vue, des chroniques, des éditos. Ainsi ce numéro se penche sur le succès public du film "La loi du marché" avec ce titre de une toujours un peu provocateur ("Le chômage superstar"), virant presque à la publicité déguisée ( mais le film le vaut bien) ou sur les bisbilles entre François Hollande et le pape François au sujet de la nomination de l'ambassadeur français au Vatican qui a la mauvaise idée d'être assez homosexuel. 
Je l'avoue, j'ai lu ce numéro de Libération avec un certain plaisir. Ni trop dense, ni trop sérieux, il se laisse effeuiller sans limite. On retrouve quelques éléments de l'ancienne formule, ceux qui nous émoustillaient pas mal (le portrait de la dernière page). On en trouve d'autres beaucoup plus légers comme l'horoscope ...oups...pardon ce sont les programmes télé ! Au final, malgré un rendez-vous plus coûteux (2 euros au lieu de 1,80), il se pourrait bien que j'y revienne un peu plus souvent qu'à l'habitude, ce bon vieux Libé est bien plus aguichant ce printemps !


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