mercredi 16 octobre 2019

Martin Eden de Pietro Marcello


Voici 3 éléments à prendre en compte avant d'acheter votre billet pour "Martin Eden" , nouveau chef d'oeuvre selon la presse qui fait l'opinion. 

1) C'est une libre adaptation du roman quasi autobiographique de Jack London.

Quand le cinéma s'empare d'un roman, le trahir un petit peu est souvent signe de créativité ou d'une lecture intéressante. Ici des Etats Unis du livre, on passe à l'Italie, Naples paraît-il, mais ça pourrait être n'importe quel port italien. Pourquoi pas ? Les différences de classe restent universelles quel que soit le continent. Bon, un italien du peuple s'appelant Martin Eden, ça sonne bizarre... surtout dans le sud ! Peu importe, car on s'aperçoit très vite que le réalisateur s'essaie à placer son propos dans une sorte d'allégorie qui fait abstraction du temporel. Le nom ne revêt plus aucune importance, sinon celle du rappel à Jack London et à l'oeuvre originale. Par contre on peut s'interroger sur cette envie de placer son film dans une époque indéterminée ( une mix des années 20 et d'aujourd'hui). Une envie de faire genre ? Grand créateur ? Ou une façon comme une autre de pallier à un manque de moyens ( ici assez flagrant à l'image, le cinéma italien n'étant plus ce qu'il était). On ne saura pas, mais les deux sans doute. A vouloir faire le malin ( ou l'intello) l'ensemble prend vite un chemin boursouflé, certes pétri de bonnes intentions mais tombant dans le lourdingue.

2) Pour représenter le peuple à l'écran rien ne vaut de vraies images d'archives selon le réalisateur. 

C'est l'autre originalité du film : l'utilisation de nombreuses séquences puisées dans des archives et qui sont, il faut l'avouer les moments les plus réussis et les plus émouvants du film ( surtout qu'elles sont toujours accompagnées d'une jolie musique bien violoneuse voire sirupeuse). Joliment intégrées, elles donnent une allure arty à la chose mais n'arrivent pas à sauver le film de la lourdeur dans laquelle il sombre dès le début. Il enfile les clichés, hésite au début entre le cinéma et le clip avec de nombreux plans qui suivent le héros, joué par le bel Luca Marinelli dont la caméra ( le réalisateur? ) semble être amoureuse, se promenant sur le port, au bord de la mer, cheveux au vent et regard bleu perdi dans l'horizon ou plongeant dans le regard du spectateur. 

3) C'est le grand retour du cinéma italien. 

On va se calmer deux minutes et regarder le film tel qu'il est. Italien, c'est certain. Il aligne les références aux grands maîtres du passé de Bertucelli, en passant par Visconti et Fellini ( et d'autres). Comme ils sont nombreux ces anciens, on croirait presque se retrouver dans un album Panini du cinéma d'auteurs italiens. Et puis, on entend des chansons italiennes, des tubes bien populaires ( sans doute en Italie mais pas chez nous), bien rythmés ( qui servent souvent à accompagner le héros quand il ondule en bord de mer). Et, peut être pour faire plaisir au coproducteur qu'est Arte, on entend même du Joe Dassin ! ( Je n'ai rien contre ce brave Joe Dassin qui a repris tant de tubes transalpins, mais chez nous ça refroidit l'intello surtout proposé sans l'ombre d'un clin d'oeil). Et puis, il y a un propos, voulu politique, qui s'efface finalement au milieu de clichés que l'on pensait abandonnés depuis qu'il existe des écoles de cinéma ( mais en Italie, il n'y en a peut être plus...). On regarde ce pensum d'un autre âge avec le sentiment que les grands cinéastes engagés du passé ou les plus novateurs peuvent encore dormir tranquilles, ce n'est pas Pietro Marcello qui les enfoncera dans l'oubli.


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