mardi 9 juin 2020

Vanda de Marion Brunet


Il y a quelques siècles maintenant, le roman social, c'était une grande fresque charriant un groupe de personnages pris dans un milieu déterminé ( les mineurs, les employés d'un grand magasin, ...) un peu à la façon de Zola. Au siècle dernier, le genre devient plus flou, plus rare peut être, sauf peut être dans quelques sagas romanesques ou romans dits de terroir. En ce début de XXI ème siècle, bien que le genre ne soit pas revendiqué par les auteurs, la question sociale devient de plus en plus présente dans le roman français... et "Vanda" de Marion Brunet en est la parfaite illustration. 
Bien sûr, on pourrait définir ce roman par rapport à son intrigue, le désarroi d'une mère célibataire qui voit resurgir le père de son enfant avec la volonté de vouloir le reconnaître pour mieux le récupérer. Sauf que ce serait occulter tout l'important décor, autant en premier qu'à l'arrière plan, que brosse "Vanda". 
La jeune femme que nous accompagnons au fil des pages est le symbole
 d'un prolétariat mis à l'écart, taillable et corvéable à merci au gré de "missions" d'intérim ou de CDD précaires, isolé au maximum de ses camarades d'infortune ( c'est plus pratique pour imposer ses lois ). Vivant à Marseille, ville qui dorénavant inspire cette misère sociale et décrite ici sans cliché ( à part dans le regard d'une parisienne bobo) , Vanda semble vivre assez seule, collée à son fils et dont les relations se résument à une bande de plus ou moins marginaux avec qui le ciment semble être l'alcool avalé au bord d'une plage. 
L'autre force du roman est de nous embarquer auprès d'une héroïne pas totalement sympathique, un peu rebelle, mère courage mais pas bonne mère idéalisée, ayant ses coups de colère contre cet enfant qu'elle aime autant qu'il peut la déranger parfois. Et si chaque mouvement, chaque rebondissement, nous amène un peu plus près d'un drame que l'on pressent, jamais le roman n'abuse de sentiments faciles, jouant perpétuellement avec une ambivalence romanesque inconfortable mais ô combien réaliste.  
Dans un style, sec, rapide, contemporain, Marion Brunet réussit un vrai roman social doublé d'un portrait de femme beau parce que nuancé. 

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