vendredi 16 décembre 2011

Partie de pêche de Béatrice Rodriguez

La collection "histoire sans paroles " des éditions Autrement jeunesse nous propose cette rentrée, les troisièmes aventures de la poule et du renard.
Pour ceux et celles qui ne connaitraient pas ces deux héros, sachez que c'est un gros succès de librairie, surtout pour des albums sans texte. Chaque aventure, toujours trépidante, se termine invariablement par un petit coup de théâtre inattendu.
Ce troisième volume ne déroge pas à la règle. Nous retrouvons donc le renard et la poule filant un parfait amour sur leur île. Hélas, le frigo est vide et notre poule doit confier l'oeuf qu'elle couve au renard pour qu'elle puisse partir pêcher quelque nourriture pour subsister.
La partie de pêche ne sera pas de tout repos. Un rapace puis un serpent de mer viendront compliquer les plans de la poule qui finira par retrouver sa maison après moultes péripéties. Et c'est en entrant chez elle que...
Non, je ne divulguerai pas la fin, surprenante comme à l'habitude, avec cette fois-ci, pour un lecteur un peu plus âgé, une interrogation de type scientifico-philosophique un peu dérangeante.
Cette fois-ci encore Béatrice Rodriguez livre un joli album, humoristique, aux illustrations toniques mais aux couleurs tendres. J'ai apprécié le petit côté féministe de cette poule qui finalement est bien plus courageuse que son fiancé mais est surtout une pionnière en matière de procréation. Mais, chuuutt, je n'en dirai pas plus, à vous d'aller découvrir de quoi il s'agit et de réagir selon vos convictions. Un très bon album qui, évidemment de par son concept, engendre la discussion et l'élocution pour les petits qui mettront leurs mots sur ces images toniques.


jeudi 15 décembre 2011

Des vents contraires de Jalil Lespert

Certains jours, je devrai me fier à mon intuition. Dès que j'ai vu la bande annonce "des vents contraires", j'ai bien senti l'ennui, le film pas vraiment emballant mais emballé comme une vague superproduction française avec tout un tas de chouettes acteurs, accompagnés d'enfants craquants et sur un scénario d'Olivier Adam, auteur reconnu et adulé.
Et le résultat est conforme à l'impression : vraiment pas terrible.
Vous me direz : "Oui, mais y'a Audrey Tautou, tout de même !
- Oui, mais elle disparaît dès la première minute pour réapparaître de temps en temps, en rêve, quand son mari (Benoît Magimel)  a trop le cafard de ne pas savoir ce qu'elle est devenue. (Nous, on a déjà fait notre deuil, mais bon, on n'était pas marié avec elle)
- Et Ramzy Bédia, il n'est pas formidable dans son premier rôle dramatique?
- Non, pas transcendant, il n'a pas assez de scènes pour tirer son épingle du jeu et son histoire tombe un peu comme un cheveu sur la soupe.
- Et Isabelle Carré ? Et Antoine Duléry ?
- Ils sont très bien, comme d'habitude, mais ils ne suffisent pas à sauver l'oeuvre."
Ce film n'est pas un polar, mais il aurait pu en être un, tous les éléments y sont. Comme ils n'intéressent pas le réalisateur, le spectateur est prié de se pencher au chevet de cet homme très malheureux et d'admirer tous ses nombreux tourments : solitude, culpabilité, colère, dégoût et j'en passe. Cela aurait pu nous émouvoir mais c'est simplement plat. A trop vouloir éviter le mélo, tout devient lisse, sans saveur. Les personnages secondaires passent dans une suite de scènes dont on voit pas tout à fait l'intérêt, plombant un peu plus la narration. Et je ne parle pas de la fin (ceux qui iront voir le film et qui ne seront pas encore endormis ou sortis risquent  de m'en vouloir), elle nous tombe dessus sans qu'on s'y attende, pour nous surprendre, mais c'est raté, on est déjà en train de se demander ce que l'on va faire à manger ce soir et si finalement on ne mangera pas les restes du poulet...
Le titre était prémonitoire : " des vents contraires" nous poussent vers d'autres films et celui-ci vers une sortie DVD très rapide.



mardi 13 décembre 2011

Parfois je me sens.. d'Anthony Browne

Je considère Anthony Browne comme l'une des figures majeures de la littérature jeunesse de ces 30 dernières années. Ses albums sont un régal pour les yeux et l'esprit. Mes enfants (pourtant ados) ont refusé récemment que je me sépare des aventures de Marcel, ce sympathique singe, qui semble leur avoir laissé un souvenir inoubliable. Personnellement, chaque fois que j'ouvre "Une histoire à quatre voix", je découvre un détail qui m'avait échappé lors d'une de mes deux cents précédentes lectures, me laissant perplexe et admiratif.
Cet automne paraît aux éditions Kaléidoscope, "Parfois je me sens...", un album destiné aux plus petits et qui nous propose de parler des émotions ressenties.
Comme d'habitude, le héros est un petit singe, en salopette colorée qui au fil des pages va nous révéler ses sentiments ou les sensations qu'il éprouve. L'idée est fûtée, sobrement mise en page avec un graphisme  simple voire minimal. C'est agréable, facilement lisible par les jeunes enfants et un excellent déclencheur de discussions ou de remarques. Les lecteurs habituels trouveront la même succession d'images que dans "Ma maman" et "Mon papa", mais en moins fouillées et sans beaucoup de clin d'oeil. Et c'est cette richesse qui me fait un peu défaut et qui manquera aux enfants. J'appréciais quand Anthony Browne s'adressait aux petits sans édulcorer son propos. Dans cette nouvelle parution, c'est surtout l'illustration qui est traitée en mode mineur. C'est bien parce que les albums sur les parents fourmillaient de détails bizarres, drôles, de références au cinéma et à la peinture, que les enfants en réclamaient encore et toujours la relecture, sentant bien, inconsciemment, qu'une richesse cachée ne demandait qu'à se dévoiler.
Un album, pour moi mineur, mais quand c'est d'Anthony Browne, cela reste tout de même au-dessus de la mêlée.

lundi 12 décembre 2011

Les Mohamed de Jérôme Ruillier

Adapter les "mémoires d'immigrés" de Yamina Benguigui en bande dessinée, peut sembler inutile. Il y avait eu le livre et le film. Mais c'était il y a 14 ans, et depuis, de l'eau à couler sous les ponts et l'image des immigrés a été considérablement déformée par de nombreux discours xénophobes.
Cette adaptation en bande dessinée, par un auteur dont le discours de partage et de tolérance à toujours été au coeur de ses productions, est un magnifique et troublant témoignage de ce qui est un des hontes de notre république.
Comme dans le film, nous partageons les témoignages émouvants et révoltants de ces hommes, de ces femmes, qui ont été parqués dans des zones insalubres, comme des pestiférés, pour la plupart coupés de leur famille, travaillant comme des bêtes de somme pour une misère et sans aucune considération, mais aussi de leurs enfants tiraillés entre un héritage lourd à porter, révolte et fureur de vivre.
Mais ce que Jérôme Ruillier apporte de plus avec son dessin au trait simple, représentant tous ses personnages avec des têtes de nounours, c'est un sentiment d'universalité. Nous sommes tous humains, égaux devant la souffrance, le mépris des autres, la bêtise, la peur et l'incompréhension. En nous proposant cette relecture en 2011, l'auteur continue à faire un acte militant, fort et sensible, dans une période à l'avenir incertain.
"Les Mohamed" appuie là où ça fait mal mais avec générosité et quand Jérôme Ruillier ajoute sa touche très personnelle en faisant un parallèle entre l'intégration (heu... l'exclusion) de tous ces travailleurs et celle de sa fille trisomique dans l'école de son quartier, il nous rappelle que le racisme, l'ignorance, l'intolérance sont nichés partout.
On ressort de la lecture de cet album, bouleversé et honteux, mais fin prêt à faire circuler ces "Mohamed"   dans le secret espoir qu'il puisse nous aider à combattre cette ignorance et cette indifférence qui gangrène nos sociétés occidentales.

dimanche 11 décembre 2011

Carnage de Roman Polanski

Aujourd'hui, je suis allé au théâtre. J'y ai vu une pièce de Yasmina Reza interprétée par des acteurs de cinéma (Jodie Foster, Kate Winslet, John C Reilly, Christoph Waltz). Ils jouent des bourgeois assez stéréotypés, un couple de gauche, porté sur l'humanisme et un autre de droite, faisant des profits sans vergogne. Ils s'empoignent pendant 1h20 car le fils des uns a fracassé deux incisives du fils des autres.
J'ai eu droit à toutes les conventions du théâtre bourgeois traditionnel, les artifices grossiers pour faire cohabiter de force ces gens que rien ne retient, les répliques soi-disant vachardes mais qui ne font pas rire et sont un peu répétitives. Je vous rassure, il n'y a pas d'amant dans le placard de cet appartement gentiment bourgeois et bien pensant. Il y a juste Kate Winslet qui vomit avec beaucoup de réalisme et Jodie Foster qui en fait un rien trop dans la haine.
Vous l'aurez compris, le dernier film (?) de Roman Polanski ne m'a pas emballé. Le réalisateur, dont une des spécialités est le huis clos, a visiblement perdu la main ou alors, n'a pas été inspiré par ce qui ressemble à une commande de producteur. Même si l'on peut deviner que ce jeu de massacre entre adultes civilisés, cachant, bien enfouie, une monstruosité qui ne demande qu'à ressortir, thématique souvent développée par Polanski, était un sujet pour lui, le résultat est vraiment très décevant. Jamais le film ne décolle réellement, faute aux personnages sans ambiguité et à une réalisation qui ne fait jamais penser que nous sommes au cinéma. Dommage...

vendredi 9 décembre 2011

Du domaine des murmures de Carole Martinez

Je n'avais pas lu le précédent livre de Carole Martinez, "Le coeur cousu", ma femme, qui l'a adoré, ne me l'avait pas conseillé. "Ce n'est pas un livre pour toi" m'avait-elle dit. Et je lui avais fait tout à fait confiance.
Quand à la rentrée est sorti "Du domaine des murmures", j'ai jeté un coup d'oeil sur les critiques et sur les blogs car une rumeur de grand livre gonflait de plus en plus. Emballement général, essentiellement chez les dames. "Bon, me suis-je dit, ce ne doit pas être pour moi, trop féminin encore." Et puis, je l'avoue, un roman se déroulant en 1187, avec une jeune fille qui se fait emmurer pour prier le Christ... c'était exactement le genre de thème qui ne m'attire pas, l'historico-religieux, très peu pour moi!
Puis, au hasard de mes flâneries, j'ai déniché l'ouvrage dans une bouquinerie, neuf et dédicacé, pas même au prix d'un poche. "Ma femme sera contente, ai-je pensé". Le livre a rejoint ma PAL (Pile à lire) et est resté jusqu'à mercredi dernier, où, moment d'égarement lors d'une après-midi pluvieuse, j'ai ouvert ce qui était devenu le prix Goncourt des lycéens.
Verdict ? J'ai adoré ! J'ai passé un excellent moment dans ces pages formidablement bien écrites, mêlant habilement vocabulaire et syntaxe moyenâgeuse, au service d'une histoire passionnante, construite pour nous surprendre constamment. Car, et c'est là une des prouesses de l'auteur, avec un sujet aussi peu emballant, Carole Martinez, en grande conteuse, attrape ses lecteurs pour ne jamais les laisser tomber en route, comme un grand auteur de thriller ( même si sur la fin, l'intérêt tombe un petit peu).
Ici, même si ça se lit comme un polar, il y a, en plus, une belle réflexion sur la condition féminine. Esclarmonde, l'héroïne, étant plus libre et plus puissante enfermée qu'en liberté, jouissant de ce pouvoir auprès des nombreux pélerins qui la visitent dans sa prison. Quant au caractère religieux qui aurait pu et a rebuté quelques lecteurs, il est tout simplement inhérent à l'époque et permet à l'auteur de nous montrer comment les peuples incultes et affamés, nourris de légendes et de croyances souvent païennes, sont prêts à gober n'importe quelle fable, même les plus improbables, à partir du moment qu'elles sont proférées par des puissants.
Vous l'aurez compris, j'ai été emballé par le livre et je m'en vais l'offrir à quelques personnes pour Noël, signe de vrai coup de foudre.... en attendant la lecture du "coeur cousu"...

jeudi 8 décembre 2011

Shame de Steve McQueen


Beaucoup de bonnes rumeurs précédent "Shame" de Steve MacQueen. Si celles-ci, pour moi, se sont révélées exactes, je ne suis pas sorti de la salle enthousiaste.
Si vous avez lu la presse, vraiment dithyrambique (sauf les inrocks, comme d'habitude), on allait en prendre plein les yeux. Et c'est vrai, on est cloué au fauteuil dès le début, succession de scènes de sexe et de plans très rapprochés de Brandon, trentenaire new-yorkais, à l'aise financièrement, au physique avantageux, qui enfile des filles comme d'autres des perles mais qui est seul, très seul. Je vous rassure, il se masturbe aussi, partout, tout le temps et avant de s'endormir, il s'excite également sur internet. Il est sex addict mais cela n'a pas l'air de le rendre heureux du tout, ses yeux éteints, froids et perdus glacent le spectateur.
Brandon, c'est Michaël Fassbender. Il est totalement impressionnant et mérite amplement son prix d'interprétation à Venise. Il faut dire qu'il paye de sa personne, donnant à son personnage une intensité incroyable. Si nous n'ignorons rien de son intimité à cause (ou grâce diront certain(e)s) à la caméra du réalisateur, toujours collée à lui, le suivant amoureusement dans son chemin pavé de sexe, c'est pour mieux entrer dans cet enfer quotidien dans lequel il est enfermé. Et là, le réalisateur, fait des merveilles, multipliant des plans audacieux sans être vulgaires, stylisés sans devenir ampoulés, le tout enveloppés avec une musique somptueuse.
Mais voici que débarque chez lui, sa soeur, Carey Mulligan  encore une fois très bien, jeune chanteuse paumée, à la recherche de l'affection de son frère. Leur relation houleuse va petit à petit devenir le déclencheur de la prise de conscience de la part du héros, de son état de dépendance.
On pourrait penser que j'ai adoré cette description talentueuse d'une maladie dont le cinéma ne s'est guère emparé pour l'instant. Cependant, j'y mettrai un bémol. Le résultat est visuellement impressionnant, les scènes de sexe, pourtant crues, jamais aguicheuses, les comédiens parfaits et la musique finement choisie.
Cependant, je trouve que le scénario patine un peu au fur et à mesure que se déroule l'histoire pour arriver à une fin un peu trop mélo à mon goût. J'ai l'impression que l'on a privilégié le style au détriment d'une analyse plus poussée du personnage central, comme si la virtuosité d'une caméra et d'un comédien suffisait à pallier les manques d'un scénario pas assez ambitieux.

mardi 6 décembre 2011

La marmite pleine d'or de Jean-Louis Le Craver et Charles Dutertre

Les éditions Didier Jeunesse sont devenues en quelques années la référence incontournable en matière de contes du monde entier revisités par des auteurs et des illustrateurs contemporains.
Cet automne paraît une adaptation d'un conte russe populaire mettant en scène deux frères : un nigaud et un malin. Un jour, le plus débrouillard, en labourant le champ de son seigneur, trouve une marmite pleine d'or.
Voulant la garder pour lui, et se méfiant de son imbécile de frère trop bavard, il invente un stratagème pour s'emparer de ce trésor.
Je ne raconterai pas la suite, vous laissant le plaisir de découvrir ce conte qui séduira tous les amateurs d'histoires classiques. Le texte est tout à fait adapté aux enfants et les illustrations agréables et colorées donnent une jolie touche de modernité.
Encore un belle réussite des éditions Didier et, cerise sur le gâteau, si vous achetez cet album, une partie des recettes est reversée à l'association "Lire et faire lire" qui fournit auprès des enfants un formidable travail de partage du plaisir de lire.
Alors, aucune hésitation, pour Noël, plutôt que Dora...

La marmite pleine d'or de Jean-Louis Le Craver et Charles Dutertre, Didier jeunesse, 12,50€.
 A partir de 4/5ans

lundi 5 décembre 2011

31 boîtes de Cécile Boyer

Il y a des albums jeunesse qui parient sur une histoire attachante, d'autres sur des illustrations attrayantes, certains mêlent les deux quand d'autres essaient d'abord de séduire les parents. Enfin, il y a une catégorie plus rare qui préfère s'adresser à la fois à l'intelligence des enfants et à la patience des parents. " 31 boîtes" de Cécile Boyer est de celle là.
Partant du principe que tout enfant devant une boîte à envie de l'ouvrir, cet album nous en propose donc 31, toutes différentes, sur une pleine page avec la question : Qu'y a-t-il dans cette boîte? Il suffit de tourner la page et apparaît le contenu, souvent coloré, toujours surprenant, accompagné d'une phrase qui ne décrit en rien l'illustration, mais emmène le lecteur à deviner, imaginer une histoire suggérée par les objets apparus.
Par exemple, on voit dans la boîte une scie, un marteau, des clous,... et le texte dit : " un danger pour les doigts !" Ou alors, on découvre des escarpins et un collier de perles et la phrase qui accompagne est : "Une soirée à l'opéra !"
Vous me rétorquerez que l'on est très loin de la jolie histoire du soir censée endormir bien vite nos petits, qu'avec un album comme celui-ci, on est bon à retarder le coucher d'une bonne heure s'il faut expliquer tout ce qui se passe en dehors du texte.
Peut être, mais quel plaisir de pouvoir parler, échanger, expliquer le monde, imaginer des histoires à partir de ces boîtes. C'est tellement rare les albums qui font confiance à la sagacité, à l'imaginaire et à l'intelligence des enfants et de leur famille qu'il serait idiot de priver les votres de ce petit bijou.

31 boîtes de Cécile Boyer, édité chez Albin Michel jeunesse.12,90€. A partir de 4/5 ans.

dimanche 4 décembre 2011

Le tout petit roi de Taro Miura

La première chose qui m'a sauté aux yeux en ouvrant cet album, c'est une explosion de couleurs rendues plus intenses par le fond noir des pages.
La deuxième chose qui m'a impressionné, c'est ce véritable sentiment d'enfance que dégage cette histoire, une enfance faite de jeux de constructions, de bricolages, de rêve et de générosité.
"Le tout petit roi" est un album totalement ludique pour l'enfant qui le regarde. Son oeil est attiré par une multitude d'objets, de soldats, de collages rigolos et par sa mise en page colorée.
L'histoire, toute simple, d'un petit roi qui s'ennuie, tout seul, dans son grand château, est de celles qui allient  simplicité et créativité. Et quand il épouse une très grande princesse et qu'ils ont plein d'enfants, l'histoire, pour une fois, continue pour nous vanter les charmes de la vie en groupe en redoublant de couleurs toutes plus joyeuses les unes que les autres.
Vous l'aurez compris, cet album est un parfait cadeau pour un enfant à partir de 2/3ans, à recommander à ceux qui aiment bien offrir des jouets en bois et notamment ces jeux de construction colorés qui transforment nos petits en graine d'architectes.

Le tout petit roi de Taro Miura, édité chez Milan. 12€


samedi 3 décembre 2011

Dans le ventre de Papa de Norac-Grousset et Magali Bardos

Dans le flot d'albums publiés depuis des années sur la thématique "papa et son enfant", voici que paraît chez Pastel un album au titre accrocheur : "Dans le ventre de Papa".
Sur la couverture, un papa, en short de bain, main sur sa bedaine, flotte sur une mer d'huile, heureux.
Le point de départ de cette histoire peut sembler plein de fraîcheur enfantine. Sur la plage, en observant son père se déshabiller, une petite fille en voyant son gros ventre se dit : "Mon papa va avoir un bébé!"
Et il aura un garçon ! Les papas font les garçons et les mamans les filles. Illico presto, la petite fille devient ultra protectrice avec son père, l'obligeant à s'asseoir dans le métro à la place de dames plus âgées, évitant que son ballon ne rebondisse sur son ventre, jusqu'à ce que sa maman lui révèle la vérité.
Cela peut paraître charmant, mais j'ai été gêné par l'image dévalorisante du sexe féminin que véhicule cet album.
Tout d'abord, la petite fille est blonde bien entendu, pour avoir une idée aussi stupide de nos jours, il faut être ou fille (et blonde) ou sous informé (même à 3 ans). Ensuite, en observant les activités de la maman 2011, je suis ravi de voir qu'elle est vraiment à contre courant : à la veillée, elle tricote des chaussettes pendant que son mari dort devant la télé ! Trouvez une femme en âge de procréer capable de tricoter des chaussettes doit être aussi rare que de découvrir un trèfle à quatre feuilles dans son jardin. Bien sûr, aimante, elle accompagne son mari jouer au football (bon Ok, c'est pour jouer avec sa fille, modernité oblige). Mais quand, dans le jeu, il s'agit de refaire le lacet défait de l'enfant, ce macho de père préfère rester dans les buts, bobonne traverse prestement le terrain pour accomplir cette tâche somme toute ingrate. 
Et à la fin, quand on retrouve toute la famille sur la plage, qui reste à s'occuper de bébé pendant que papa, avec maintenant un corps de rêve, prêt pour toutes les aventures, enfile palmes et tuba pour une petite baignade? Maman bien sûr, figure maternante éternelle et dévouée. Tout est de nouveau dans l'ordre, chacun bien à sa place, la femme  coincée sous le parasol, l'homme faisant le beau dans l'eau tel un Georges Clooney de banlieue.
Après ce couplet féministe, il est évident que je ne conseille cet album qu'aux électeurs de madame Boutin et aux lecteurs d'Eric Zemmour... Il en faut pour tous les goûts...



vendredi 2 décembre 2011

Americano de Mathieu Demy

Y'a-t-il quelque chose à sauver du premier film de Mathieu Demy? Même pour moi qui espérais trouver un peu de ce qui faisait, et fait toujours, la magie des films de ses illustres parents, je me creuse la tête à chercher une scène, un moment quelconque qui m'ait titillé l'oeil, mais rien ne vient.
 Je ne garderai pas le personnage de Martin ( Mathieu Demy), assez antipathique, inconsistant, qui part à Los Angeles pour régler la succession de sa défunte mère. Il est un peu dépressif, au bord de la rupture avec sa copine (Chiara Mastroianni) et répète inlassablement que sa maman ne l'aimait pas.
Je jetterai toute la partie mexicaine dans laquelle nous découvrons un bouge dans lequel se produit Lola (!) une ancienne camarade de jeu de Martin lorsqu'il avait 8 ans. Ici, les couleurs sont plus chaudes, l'atmosphère plus typée mais, hélas, plus proches de "Parking", film oubliable de son père, que des "demoiselles". Si vous êtes de bonne humeur, vous pourrez vous moquer de Salma Hayek, pourvue d'une perruque rouge et d'une balafre, dont l'interprétation brigue le prix de la pire prestation de l'année.
Je ne retiendrai pas le scénario, bien mince au départ, virant au noir improbable puis se terminant dans des tons roses gnangnans. Les nombreux clin d'oeil aux films de ses parents et notamment des extraits de "Documenteur" d'Agnès Varda, n'apportent pas vraiment un plus à cette divagation cafardeuse dont les tenants et les aboutissants m'ont totalement échappé, trop personnels sans doute...
Restent, les apparitions fugitives de Chiara Mastroianni, parfaite comme d'habitude, et de Géraldine Chaplin, rigolote en copine survoltée. C'est bien peu pour un film d'une heure quarante-cinq, qui prouve que Mathieu Demy a un énorme talent de... persuasion pour arriver à faire produire un long métrage aussi peu passionnant.

jeudi 1 décembre 2011

Habibi de Craig Thompson

Il y a des jours où j'ai honte, honte d'être incapable d'apprécier ce qui est considéré comme un chef d'oeuvre par le commun des mortels. A commencer par mon libraire spécialisé BD qui m'a remis entre les mains "Habibi" de Craig Thompson. Il avait adoré ce gros pavé de 680 pages et il était intarissable sur l'histoire qui l'avait bouleversé. Je suis donc ressorti, lesté de l'ouvrage que j'avais acheté malgré un léger scepticisme car je ne suis pas très friand des contes orientaux.
Ensuite, je suis allé faire un tour sur le web, histoire de voir ce que les critiques en pensaient. Là aussi ce n'était que louanges, cris de bonheur, couronnes de laurier. Pas un seul hiatus, pas l'ombre d'un mécontent, rien qui puisse indiquer qu'il pouvait y avoir la possibilité d'un léger ennui.
C'est donc en toute confiance que je me suis plongé dans la lecture du chef d'oeuvre...
Ca débute bien, beau graphisme, histoire sordide mais mise en scène avec talent et ... tiens une citation du Coran... ah, revoilà l'histoire, dessin sublime, très poétique,...tiens, un genre de carré magique, oh, de la calligraphie... Là, je commence à décrocher un peu... L'histoire reprend, attachante, sensuelle et terrible avec de temps en temps un peu de Coran, un peu de Bible, un coup de carré magique et des illustration de plus en plus foisonnantes...
Bon, je suis allé jusqu'au bout de cette lecture qui conte la rencontre de Zam  petit garçon noir et de Dodola, magnifique jeune fille dans un Orient de conte entre les mille et une nuits et la fable écologique.
Non, la lecture ne m'a pas enchanté. J'ai admiré le délire graphique de l'auteur qui a décoré son histoire de toutes les volutes orientales possibles mais pour moi c'était un peu trop lourd, lourd comme si j'avais mangé toute la boîte de loukoums.
Les très nombreuses références à la religion m'ont laissé de marbre (oui, je sais, c'est écrit par un américain qui a lu le Coran, c'est donc une performance) ainsi que cette initiation aux carrés magiques que je n'ai pas comprise.
Reste l'histoire, pas légère non plus, un peu tirée par les cheveux, sûrement pour faire oriental, qui reste attachante et empreinte d'une grande sensualité sans pour cela devenir pour moi inoubliable.
Voilà, je suis un gros balourd, je suis passé à côté d'un album magnifique et intelligent. Suis-je vraiment le seul?