samedi 19 janvier 2013

Les riches heures de Claire Gallen


Une fois n'est pas coutume, je vais commencer par résumer un peu la trame de ce livre , car j'avoue être en panne d'inspiration pour en parler (surement le froid actuel qui ralentit un cerveau déjà bien lent....).
Nous sommes dans un petit appartement qui n'a pas connu depuis des années des travaux de rafraîchissement. Il est habité par un couple de trentenaires, Anna et Gaëtan. Ils sont sur le point de partir en vacances au Lavandou pour trois semaines, dans une location tout aussi minable que leur logis de Cergy.
Ils chargent leurs affaires dans une vieille Opel Astra à bout de souffle et en route vers la grande bleue. Ce couple aux apparences très moyennes a connu des jours meilleurs, le bel appartement design dans un quartier chic parisien, l'Audi haut de gamme, le fric facile. Gaëtan vendait des appartements permettant de grosses réductions d'impôts à des notables soucieux de leurs intérêts. Hélas, la vente de studios sur plans, situés dans des zones plus proches du no man's land que du quartier résidentiel, a fait long feu. L'appât du gain l'a amené à l'arnaque puis à la faillite et peut être aux soucis judiciaires. Ces vacances dans cet appartement ridicule est vraiment leur dernier moment de soleil avant le retour à une sombre réalité. Ce qui devait être trois semaines de détente estivale va finalement se transformer en descente aux enfers...
Ce roman est un portrait sans fard de notre époque faite de vanité, de clinquant et de vitrine. Ces deux là s'y sont brûlés les ailes comme beaucoup et ont du mal à revenir à une réalité d'autant plus dure qu'elle les dégoûte. 
Sujet intéressant donc, mais avis en demi-teinte tout de même. Cela se lit facilement. L'histoire est brossée de façon clinique sans aucun jugement. L'écriture épouse ce point de vue avec une banalité stylistique, vraisemblablement voulue, mais qui m'a un peu laissé sur ma faim. Les situations décrites avec fidélité et objectivité sont confondantes de réalisme mais manquent de chair. 
Mais, pour moi, le point noir de cette intrigue est cette adolescente accidentée qui englue toute la dernière partie du livre dans une psychologie de bazar. Là, je n'y ai pas cru une seconde, trop lourdingue et improbable.
Roman sur le délitement d'un couple qui sombre en même temps que sa classe sociale, cette classes moyenne dont les riches heures sont comptées. Ce n'est pas convaincant jusqu'au bout mais cela reste le portrait lucide d'une société en perte de repères. 

David, les femmes et la mort de Judith Vanistendael


Cela doit être le mois du deuil ou de la mort, puisque c'est le troisième ouvrage traitant de la fin de vie ou du décès d'un père que je lis. Ne croyez pas que je sois un passionné du sujet, c'est plutôt un effet du hasard.
Après "Tout s'est bien passé" d'Emmanuèle Bernheim et "Le beau voyage" de Zidrou et Benoit Springer, voici maintenant un roman graphique qui, contrairement aux deux précédents qui abordaient ce sujet via une espèce de suspense pour le premier et une recherche d'un élément du passé pour le second, prend l'approche de la mort à bras le corps mais ici sous le côté purement émotionnel.
David apprend qu'il a un cancer du larynx. A l'annonce de la nouvelle, il défaille, songe à sa fille de neuf ans, à sa femme et à sa fille aînée qui est sur le point d'accoucher. Nous allons suivre son lent cheminement vers la mort, ses angoisses, celles de son entourage déjà en phase de deuil...
Pas gai du tout donc, mais qu'est-ce que c'est bien fichu. Les émotions passent par une mise en page et un dessin à l'aquarelle particulièrement sensible. Ici, c'est le dessin qui parle, qui chamboule le lecteur et le font tourner les pages avec inquiétude mais sérénité. C'est très réussi. De là à dire que c'est un chef d'oeuvre comme le souligne le bandeau apposé en couverture (et signé de l'Express) peut être pas. C'est fort bien fait, très psychologisant, très fort (notamment sur le dilemne du médecin autour de l'euthanasie) mais pas vraiment grand public quand même... Disons que si un sujet autour de la mort ne vous rebute pas et que vous aimez que l'on parle à votre coeur et à votre cerveau de manière subtile (très loin de docteur House donc...), c'est pour vous...et vous ne le regretterez pas !





mercredi 16 janvier 2013

Django unchained de Quentin Tarantino

Dans le cadre de la semaine nationale "Quentin Tarantino", j'ai été dirigé vers l'une des nombreuses salles qui diffusent son dernier chef-d'oeuvre : "Django unchained" (le premier "d" est muet). Pas vraiment consentant, car pas forcément fana de son cinéma, j'ai voulu me rendre compte si toute cette déferlante médiatique était simplement un coup marketing bien orchestré ou vraiment la féroce envie des critiques de faire découvrir un vrai grand film. Avec tous ces dossiers divers et variés servis par nos médias ( Tarantino et la violence, Quentin maître du cinéma mondial, Tarantino/ Tchekhov même combat, Quentin pour la sauvegarde de la boucherie, ...), la barre était placée très haute et la déception pouvait être grande si le produit proposé était frelaté. Il n'en fut rien ! Ce fut un vrai bonheur de cinéma, les 2h45 ont passé à la vitesse de l'éclair.
En revisitant à la fois le western et une page sombre de l'histoire des Etats-Unis, l'esclavage, Quentin Tarantino fait preuve à la fois de maîtrise de son cinéma mais aussi de profondeur.
Avec un scénario ébouriffant, aux multiples rebondissements et des dialogues bourrés d'humour et de clins d'oeil, on ne s'ennuie pas une seule seconde à suivre le parcours de Django, jeune noir rendu  à la liberté par le chasseur de primes roublard, Doc Shultz. Cherchant à libérer sa femme, esclave chez un abominable jeune blanc nommé Candie, Django va plonger au coeur d'une Amérique esclavagiste, sûre de son bon droit et totalement terrifiante.
Le plaisir est total ! Quentin Tarantino est un grand gamin talentueux. Son terrain de jeu est le cinéma dans lequel il s'amuse avec ferveur, candeur et virtuosité. Il invente des histoires abracadabrantes dans lesquelles on rentre pourtant, il utilise et détourne les codes du western avec intelligence et humour mais surtout il sait partager son jouet avec les spectateurs. On rit, on sursaute, on frémit, on est ébloui et à la fin on applaudit (comme dans la salle où j'ai vu le film). Tout dans "Django unchained" est brillant : les acteurs sont dans leur genre impressionnants,  de drôlerie pour Christoph Waltz, de folie pour Léonardo Di Caprio, de fourberie pour Samuel L. Jackson, la bande son va faire le bonheur de millions d'ipods et la mise en scène est tonitruante, bluffante. Même la violence, pourtant très présente, n'est pas du tout insupportable car elle est juste un peu trop grand guignolesque pour être crédible, légèrement teintée d'humour et d'une touche arty. Et quand, elle est bien réelle, notamment quand il s'agit de dénoncer les atrocités de l'esclavage, elle est soit hors champ soit montrée avec des plans rapides et difficilement lisibles, comme si le réalisateur, un court instant, disait pouce et stoppait net le jeu.
Pour moi, c'est LE film qu'il faut voir en ce moment. Ne vous laissez pas effrayer par la longueur, bien au contraire, 2h45 de plaisir, c'est rare, il faut en profiter !





lundi 14 janvier 2013

Le beau voyage de Zidrou et Benoit Springer


Je l'avoue, je ne connaissais pas l'autre facette du talent de Mr Zidrou, celle plus sérieuse et plus profonde du scénariste de l'élève Ducobu, celle qui s'adresse surtout aux adultes. C'est chose faite après la lecture de cet excellent album...
Léa, jeune fille branchée, animatrice d'une sorte de hit-parade techno sur une chaîne de télévision pour jeunes, apprend la mort de son père alors qu'elle est en plein rapport sexuel. Elle se rend dans la maison familiale où l'attend sa tante qui gère le quotidien du lieu depuis le départ de sa mère avec un vendeur d'aspirateur. Son téléphone portable lui ayant été volé, Léa se trouve privée du dernier message que son père lui avait envoyé juste avant son décès. Son travail de deuil va lui permettre de se replonger dans son histoire familiale et de découvrir que sa personnalité résulte d'un horrible secret qui a pesé sur toute son éducation.
A partir de ce sujet pesant et pas terriblement hilarant, Zidrou déploie une histoire complexe et passionnante, faite de révélations et de détails apparemment anodins sur la vie de son héroïne, donnant à cet album une profondeur et une émotion inattendues. Le lecteur est tenu en haleine jusqu'au bout, découvrant petit à petit le noeud tragique de cette famille et le final, émouvant au possible, m'a vraiment bouleversé. Car en plus d'une histoire vraiment bien développée, j'ai admiré son traitement moderne tant sur le fond que sur la forme. Léa est une héroïne d'aujourd'hui, au caractère bien trempé, aux amours multiples et décomplexés. Grâce à elle, on nous parle avec finesse, mais sans faux semblant, de masturbation, de dépression, de bisexualité, d'avortement, d'éducation, de mort, de suicide, bref de la vie, tout cela dans une mise en image particulièrement pertinente.
Les cadrages accompagnent parfaitement les émotions de la jeune Léa. Le dessin semi réaliste est totalement adapté au propos. Pour moi, c'est mon premier coup de coeur BD de l'année 2013. "Le  beau voyage" doit son titre à une chanson de Bobby Lapointe qui apporte tout au long de cette histoire un peu de légèreté tout en surlignant  la grande sensibilité de cet album formidablement réussi. 

dimanche 13 janvier 2013

Notre mariage de Christophe Mouton


L'an dernier, Christophe Mouton m'avait épaté avec son premier roman "Un garçon sans séduction". Bourré d'humour, original dans sa forme, cela avait été un de mes coups de coeur du printemps même s'il traitait d'un sujet archi rabattu : le mec largué par sa nana.
Autant vous dire que je me suis précipité sur la nouvelle parution de ce jeune auteur, avec la curiosité supplémentaire de savoir s'il allait brillamment passer le cap si difficile du deuxième roman. J'ai été surpris par la maigreur du volume, 116 pages avec de grandes marges... plus près de la nouvelle que du roman... Ensuite, le thème, pas vraiment original encore une fois, flirtant sur le mal être du mâle moderne qui ne sait pas vraiment ce qu'il veut.
Le narrateur se rend au mariage de son ex copine avec qui il a passé plusieurs années entre amour et séparations. Mais là, c'est bon, elle en a trouvé un autre ...pour la vie. Il rumine, il ressasse, il regrette de l'avoir quittée, il est presque en colère, rongé de jalousie et d'amertume. Durant ce week-end de fête, il s'interrogera sur le pourquoi de cet échec et sur la direction à donner à sa vie s'il veut ne pas rester seul. Parce que c'est le drame du jeune homme moderne, rester seul il ne le veut pas et comme pour vivre à deux, il faut faire des concessions... les décisions sont difficiles à prendre.
Présenté comme un monologue intérieur, "Notre mariage" est la version sombre du "garçon sans séduction", les atermoiements d'un homme qui a du mal à quitter l'adolescence, qui ne veut pas s'engager ni perdre sa bande d'amis, continuer à s'éclater sur ses jeux vidéos et surtout ne pas avoir d'enfant.
Donc rien de bien nouveau dans le propos, ni dans la forme, reste seulement une écriture agréable avec sa pointe de dérision. C'est joliment fait mais j'attendais mieux et j'ai même pensé que son format court était largement suffisant. Un peu plus long et on fermait le livre avec une furieuse envie de donner un bon coup de pied aux fesses à cet adulescent pour le faire grandir un peu...
Un peu déçu donc mais quand même partant pour un troisième roman... moins égocentré, ce serait pas mal... 

samedi 12 janvier 2013

Le mariage vraiment pour tous de Sophia Aram





Ce blog étant consacré aux livres, aux films et aux chansons, je ne résiste pas au plaisir et à la joie de mettre sur ce blog, ce joli clip de Sophia Aram, notre humoriste number one....

vendredi 11 janvier 2013

Comment trouver l'amour à cinquante ans quand on est parisienne (et autres questions capitales) de Pascal Morin

Tout d'abord ne vous fiez pas au titre qui rappelle étrangement un article de magazine féminin et laisse supposer une histoire pétrie d'humour un peu ironique et de bons sentiments, nous en sommes assez loin. Bizarrement il m'a fait un peu penser au dernier livre de Yasmina Reza, pas par le style mais par les personnages qui se croisent sans vraiment se connaître tout à fait et surtout parce qu'encore une fois, ils sont très seuls. La grande différence avec "Heureux, les heureux" est que  Pascal Morin les prend tous à une moment où leur vie va prendre une nouvelle direction, donnant à son roman un côté bien plus optimiste.
Le personnage central de cette histoire est bien une dame de cinquante ans, prof divorcée, bon chic bon genre et assez coincée qui va, de fil en aiguille, tomber amoureuse d'un sénégalais. Autour d'elle gravitent une lycéenne orpheline en rupture scolaire, un plombier noir, un costumier gay, une psychanalyste juive. Tout ce petit monde, le temps du récit va être amené à se questionner sur la direction à donner à une vie faite pour la plupart de certitudes ou de faux semblants.Cela permet à l'auteur d'aborder tout un tas de sujets de société allant de l'école, au racisme en passant par la religion ou la crise de la quarantaine, le corps vitrine.
Bien écrit avec des personnages bien campés, "Comment trouver l'amour à cinquante ans..." est agréable à lire, plus qu'un article de Marie-France mais peut être moins que le Reza. Si la première partie est bien enlevée, surtout centrée sur Catherine Tournant (Tournant ? pour évoquer "La ronde" de Schnitzler ?) la prof de français en proie aux tourments de l'amour multiracial, la seconde partie est moins convaincante de part la volonté de l'auteur à vouloir à tout prix que tous ses personnages se réunissent. Cela donne des situations un peu téléphonées et certaines ficelles narratives apparaissent un peu trop.
Cependant, on pourra aller faire un tour dans le livre de Pascal Morin car il parle très intelligemment de notre époque et donne une photographie très précise d'hommes et de femmes d'aujourd'hui en proie à une recherche de vérité dans un monde qui n'aime que le clinquant de la pseudo richesse au détriment d'une vraie richesse intérieure.
PS : Je vois dans la biographie de l'auteur qu'il est, entre autre, professeur de cinéma... Alors comment se fait-il qu'il ait laissé passer cette erreur d'attribuer le film "Tatie Danielle" à Cédric Klapisch au lieu d'Etienne Chatilliez ? (page 176)

jeudi 10 janvier 2013

The master de Paul Thomas Anderson


Voilà un film qui enchante la critique après avoir enchanté moultes festivals. Les adjectifs synonymes de chef d'oeuvre fusent de partout, on parle d'oscar pour Joaquin Phoenix pour sa composition, bref, c'est LE long métrage à voir cette semaine... ou pas car, il manque un mot à la description : rasoir ! Oui, je me suis vraiment rasé à cette projection même si tout n'est pas à jeter, loin de là.
Pourtant les vingt premières minutes sont de celles qui vous font dresser sur votre fauteuil, l'oeil et l'esprit aux aguets tellement la virtuosité de Paul Thomas Anderson est flagrante lors des scènes d'exposition du film. Image, cadrages et plans de toute beauté, bande son formidable, Joaquin Phoenix intense et propos sur cette Amérique d'après guerre totalement pertinent. Mais dès que le film aborde ce qui semble être le sujet principal, même si l'image et la mise en scène restent admirables, l'ennui gagne très vite le spectateur.
Si j'ai bien suivi cette intrigue, Paul Thomas Anderson semble vouloir, à partir de la rencontre d'un ex soldat fêlé, alcoolique et obsédé sexuel avec le gourou d'une secte naissante (La scientologie ?), nous brosser le portrait des Etats-unis coincés entre croyances et dollar, sexe et bien-pensance et quitte à donner un poids psychologique supplémentaire, il s'attaque aussi aux rapports de maître à disciple. Pour ces derniers, rien de nouveau, une dose d'ambiguité et beaucoup de verbiages font l'affaire, l'éclairage n'ayant rien d'original et étant même un tantinet banal. Plus gênante est l'image de la secte qui, bien que l'on sente qu'elle regroupe tout un tas de tarés, est traitée ici avec beaucoup d'indulgence, ne parlant quasiment jamais de son côté mercantile par exemple ou donnant au maître une image de gros bonhomme finalement assez sympathique.
Tout ceci, cependant n'est rien par rapport à l'ennui abyssal qui s'est emparé de moi bien avant la moitié du film. Le scénario peine à progresser et ce n'est qu'une longue succession de scènes de questionnements sur le passé, de voyages spirituels dans le temps, bref tout l'arsenal habituel de lavage de cerveau utilisé par toute bonne secte qui se respecte (heu non, aucun respect de ma part...). C'est lourdement métaphorique, très répétitif et malgré la mise en scène virtuose, il m'a fallu lutter pour ne pas m'endormir.
Pour finir, je vais me faire des ennemis. Joaquin Phoenix a beau avoir un regard de braise, promis à plein d'autres récompenses en plus de celle récoltée à Venise, il est un peu too-much quand même. Claudiquant, bossu, border line, il en fait des tonnes en soldat traumatisé par les combats. C'est le genre de performance outrancière qui plaît tant aux votants des oscars car doublée d'une transformation physique.
Pour résumer, "The master"  joliment filmé et mis en scène, est un régal pour les yeux mais le scénario un peu hiératique et n'osant pas appeler un chat, un chat, enfonce ce projet dans un ennui distingué voire mortel.



lundi 7 janvier 2013

Paradis : amour d'Ulrich Seidl



Ne vous fiez pas au titre ! Rien de paradisiaque ni de sentimental dans ce film autrichien, seulement une histoire réaliste sur les rapports Nord/Sud.  Je dis souvent que je n'aime pas les films aimables, là, j'ai été servi ! "Paradis: amour" est du cinéma qui ne cherche pas à faire plaisir mais à décrire la réalité sans édulcorer ni enjoliver.
Dès la première scène, nous sommes fixés. Nous assistons au ballet bruyant et criard d'auto-tamponneuses conduites par des ados débiles profonds, surveillé d'un oeil fatigué par Thérésa leur éducatrice quarantenaire.
Elle est fatiguée cette femme mais heureuse car ce sont les vacances pour elle qui s'annoncent. Elle va laisser en Autriche sa fille, adolescente très ingrate, de l'espèce des ruminantes aux écouteurs greffés aux oreilles et dont le vocabulaire est une variante bougonne du borborygme , pour passer, seule, quelques jours au Kenya.
Le club de vacances où elle va séjourner n'a rien de particulier : accueil folklorique sans chaleur, construction  faussement authentique et plage privée interdite aux autochtones. Entre plage et mer, une barrière séparera les touristes des locaux qui attendent, les mains remplies de colifichets, que les vacanciers veuillent bien franchir cette frontière pour aller faire trempette. Mais ici, le commerce local ne fournit pas que de la bijouterie fantaisie, il propose aussi et surtout du plaisir.
Thérésa, chaperonnée par quelques habituées du lieu, va , elle aussi, succomber aux charmes des peaux noires et au bagout de jeunes africains prêts à tout pour attirer dans leur lit ces femmes mures et à leurs yeux riches. 
Thérésa est une femme normale, potelée, ne répondant pas aux canons de la beauté que les occidentaux matraquent insidieusement sur les écrans et les magazines. Quand un beau et jeune noir lui renvoie d'elle une image désirable, elle se laisse faire, plongeant la tête la première dans cette occasion un peu inattendue. Mais très vite son statut de femme blanche forcément riche va brouiller cette romance, les demandes d'argent vont arriver.
Filmé à la manière d'un reportage, Ulrich Seidl, le réalisateur, certes en empathie avec ses personnages principaux, ne nous épargnent aucune séance de tripotage, de tentative d'amour charnel, aucun commentaire aux relents racistes ni aucune aération du récit non plus. Durant deux heures, le film enfonce le clou sur ce néo-colonialisme touristique. Il y a du rêve de part et d'autre mais aucune rencontre réelle n'est possible, chaque chose a un prix et il faut payer.
Le spectateur est mal à l'aise, renvoyé à ses propres doutes. Le point culminant de ce film est la très (trop ?) longue scène d'anniversaire de Thérésa. Ses nouvelles amies lui offrent pour la soirée un jeune homme noir, mal à l'aise. Le cadeau prend vite l'allure d'un jeu totalement dégradant où la gagnante sera celle qui arrivera la première à faire bander le cadeau. Et chacune va essayer tout à tour de faire dresser ce sexe qui n'en a guère envie malgré les caresses, les bisous ou les masturbations mammaires. Le malaise est général dans la salle, les spectateurs se trémoussent sur leurs sièges devant ces images évidemment racistes et glauques mais qui sont également une allégorie de nos relations avec l'Afrique. Elles présentent aussi une scène assez inédite d'homme objet, soumis aux désirs avinés de femmes vulgaires. Vous me direz que cela participe à un certain rééquilibrage , car d'habitude c'est le lot des femmes ce genre de scènes. Mais ici, ce n'est pas Brad Pitt ou Georges Clooney qui se tortillent à poil dans une sordide chambre d'hôtel mais un pauvre noir au regard triste, livré à des humains aux repères dévoyés. Ma vision masculine fausse peut être la perception de cette scène, mais le regard apeuré du jeune kenyan en dit long sur son humiliation et son oppression.
"Paradis : amour" est un film difficile à aimer à cause de sa radicalité, excluant toute tentative de romanesque. Mais son propos est celui d'un essai sociologique qui nous montre le monde tel qu'il est, sans jugement moral, avec sa laideur qui déborde de partout mais aussi avec des êtres qui font ce qu'ils peuvent pour y échapper.




dimanche 6 janvier 2013

Heureux les heureux de Yasmina Reza


Il ne vous a pas échappé qu'une des stars de cette rentrée littéraire de janvier est Yasmina Reza. Les premiers articles élogieux fleurissent dans la presse qui pense et lit bien (avec l'aide des attachés de presse des éditeurs), avec en tête de pont la une du "Monde " de vendredi et deux pages à l'intérieur.
Fine plume du théâtre, c'est certain qu'elle a le ticket auprès des journalistes. Mais "Heureux les heureux" son nouveau roman, est-il vraiment le chef d'oeuvre annoncé ? Est-il comme le dit "Le monde" le rire de la rentrée ? Son plus beau texte ? (Là, on ne s'engage pas trop. La formule est forte mais à quel niveau sont ses livres précédents ? )
Je ne vais pas tergiverser longtemps : j'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman, mais de là à ce qu'il soit inoubliable, il y a un pas que je ne franchirai pas.
Il est indéniable que Yasmina Reza a une jolie plume, qu'elle sait manier le verbe, les mots avec dextérité, qu'elle excelle dans l'observation du quotidien. Elle n'a pas son pareil pour ausculter ces petits moments de tous les jours, en faire surgir toutes les sous-couches, les non-dits. Que ce soit une après-midi  de courses dans un hyper-marché, les conversations dans une salle d'attente pour une radiothérapie, un tournoi de bridge ou la descente dans la folie d'un ado qui se prend pour Céline Dion, tout lui est bon pour disséquer ses personnages, leurs travers, leurs angoisses, leur humanité mais surtout mettre en évidence leur extrême solitude.
Ce qui jaillit de ce roman, c'est l'Homme, en plein XXIème siècle, même pourvu de smartphones, même et surtout en famille, même avec des amants, des maîtresses, est inexorablement seul, face à une vie finalement pas si belle et mesquine, qu'il devra supporter jusqu'à la mort. Ce n'est pas bien gai, malgré la pointe d'humour permanente qui se faufile dans ces petits sketches. 
Je parle de sketches, j'aurai pu dire nouvelles aussi, car ce livre met en scène une bonne dizaine de personnages, qui ne sont reliés entre eux que par des liens infimes. Chacun parle à tour de rôle, parfois deux fois, et raconte un événement particulier où d'autres protagonistes peuvent s'y trouver ou pas. D'où une grande multiplicité de lieux, de micro-événements mais aussi de personnages, éclairés différemment, révélant quelquefois des facettes divergentes. C'est un jeu littéraire plaisant et bien maîtrisé mais dont le procédé l'emporte un peu trop sur le fond. Oui, il y a beaucoup de subtilités dans la pertinence de ce regard. Oui, Yasmina Reza a une imagination débordante pour rendre passionnante chaque situation des plus banales aux plus originales. Mais une fois le livre refermé, la question arrive vite : Que va-t-il rester de tout ça ? Cette grande technicité n'est finalement qu'au service d'une  histoire aux personnages trop nombreux, sans une âme assez forte pour s'imprimer durablement dans l'esprit du lecteur. 
J'ai l'air de faire la fine bouche, de chercher à bouder mon plaisir, mais je ne voudrai pas faire croire que ce bon roman est un chef d'oeuvre. C'est un joli texte, bien ciselé, dans lequel le plaisir de lecture est évident mais auquel il manque ce petit quelque chose qui fait la différence, peut être un trop plein de virtuosité trop apparent. Cependant, sans conteste, ce roman est à lire ne serait-ce que pour se rendre compte de la vitalité des romanciers français actuels.

vendredi 4 janvier 2013

Tout s'est bien passé d'Emmanuèle Bernheim




J'ai terminé la lecture du nouveau livre d'Emmanuèle Bernheim le visage ravagé de larmes. Je n'avais pas autant pleuré en lisant depuis des années. Vous me direz que l'histoire d'un père gravement malade demandant à ses filles d'abréger au plus vite ses jours ne peut qu'amener ce déferlement d'émotions. Hé bien, pas du tout car la prouesse de ce livre est justement de n'avoir pas été écrit pour être un tire-larmes putassier, mais le récit haletant de cette course vers la mort.
Construit avec des phrases courtes, précises, nettes, sans fioritures, le livre ne raconte que des faits, des éléments du décors, des détails insignifiants mais qui se sont gravés dans la mémoire de la narratrice. Ses sentiments aussi, sont  posés là, sur les pages,  avec la simplicité des gens pudiques. Jamais Emmanuèle Bernheim n'est prise en faute de surenchère émotionnelle. Tout est brut, sec, dense.
Après une introduction haletante où, la narratrice apprenant l'accident cardio-vasculaire de son père, se rend à l'hôpital, dans un état quasi second, j'avoue avoir un peu douté pour la suite. Je ne retrouvais pas la rigueur, voire l'âpreté de "Cran d'arrêt" ou de "Vendredi soir", ses précédents romans parus voila maintenant plus de 10 ans. Mais très vite, la demande de mourir dignement du père est posée. La narratrice est embringuée dans une histoire qui la dépasse un peu. Les questions, les hésitations, la morale mais aussi la recherche de partenaires pour cette euthanasie ainsi que cette étrange relation père/fille, tout est scrupuleusement décrit, noté jusqu'au final, au suspens fortement émotionnel dont je ne dirai rien, mais qui est ici un grand moment de lecture, de par le maëlstrom de sentiments contradictoires qu'il développe dans la tête du lecteur.
La force de ce livre est évidemment cette écriture aux apparences simples et descriptives. Mais comment fait l'auteur pour que, soudain, sans crier gare, une phrase banale, un mot commun, nous fassent picoter les yeux ? Pourquoi dans le récit d'un détail de la vie quotidienne, la gorge se noue et l'émotion nous envahit-elle ? C'est du grand art. L'exacte distance qu'il fallait pour raconter cette histoire et le subtil dosage d'éléments du passé, font que chacun pose sur ces lignes son vécu, ses craintes, ses espoirs, ses sentiments. L'émotion naît, ne nous quitte plus jusqu'à la fin. Ce n'est pas éprouvant c'est juste magnifique de pouvoir se laisser aller à sa propre émotion avec les mots et l'histoire d'une autre, sans jamais avoir le sentiment d'être manipulé.
Sur ce sujet finalement très actuel, la fin de vie, Emmanuèle Bernheim réussit parfaitement là où le cinéma s'était cassé les dents ( Amour de Michaël Haneke ), et même si le film de Stéphane Brizé, "Quelques heures de printemps", sur une thématique très proche mais traitant surtout de l'incommunicabilité, avait lui une grande tenue, " Tout s'est bien passé" affronte le sujet sans, mine de rien,  jamais occulter aucun point de vue que ce soit médical, judiciaire ou moral. Et quand, en plus,  l'émotion est là, je peux dire que cette année 2013 commence rudement bien avec un excellent livre qui devrait continuer à faire son chemin dans ma tête pour longtemps.

jeudi 3 janvier 2013

Le guide du mauvais père de Guy Delisle


Rebondir après "Les chroniques de Jérusalem" ne doit pas être facile pour Guy Delisle. La barre avait été placée tellement haute avec cet album, que forcément le lecteur est en attente d'une nouvelle oeuvre aussi aboutie.
Disons-le tout de suite, ce "Guide du mauvais père" est un petit divertissement pour nous faire patienter avant une nouvelle oeuvre plus ambitieuse (même si le chiffre "1" apparaît sous le titre laissant augurer d'autres tomes). Publiée dans la collection "Shampooing" de chez Delcourt, dans un format et une esthétique manga, on retrouve toutefois la patte de l'auteur ainsi que son sens de l'observation, tournés cette fois-ci vers l'élevage des enfants.
S'il est maintenant admis que les hommes se sont enfin investis dans l'éducation de leur progéniture, empiétant désormais sur un terrain où, jusqu'à peu, les femmes étaient cantonnées, il est certain que ceux-ci ne sont pas encore tout à fait au top des performances. Si l'on se réfère au papa de cet album, vraisemblablement très proche de l'auteur, il ignore qu'il existe des ouvrages consacrés à la psychologie de l'enfant, n'hésitant pas à raconter à sa fille de 3 ans un horrible fait divers juste avant de s'endormir ou l'abandonnant tremblante à la piscine pour aller boire un pot plutôt que l'encourager à vaincre sa phobie du milieu aquatique. Conservant son égoïsme légendaire, le père de famille peut ainsi vaquer en milieu hostile, tout en répondant évasivement, souvent à côté de la plaque, aux incessantes questions de ses enfants qui devront se contenter de réponses vaseuses ou troublantes. Le traumatisme n'est jamais bien loin quand le père est obligé de gérer un problème de passage de petite souris ou de lapin de Pâques.
Toute la finesse de l'observation de Guy Delisle est présente ici. Il n'a pas son pareil pour mettre le doigt sur les problèmes du mâle face à sa paternité avec un humour léger, objectif mais bienveillant. J'ai trouvé par ailleurs, son dessin joliment mis en valeur dans ce format pourtant petit, minimaliste mais très expressif et assez savoureux.
Pas un grand album, "Le guide du mauvais père" est plutôt une friandise un peu acidulée que l'on dégustera calmement une fois les enfants couchés, pour s'assurer dans ce miroir pas du tout déformant que la paternité a encore quelques progrès à faire.




mardi 1 janvier 2013

Que garder de 2012 ?

Je souhaite une excellente année 2013 à tous les lecteurs de ce blog, réguliers ou de passage, qu'elle soit faite de plein de rencontres, d'échanges, d'émotions partagées, de films, de livres (bons ou mauvais) , de toutes ces choses qui donnent du sel à un quotidien que nous espérerons moins morose.

Et pour commencer cette nouvelle année, j'ai choisi de regarder en arrière en me demandant ce que je garderai de 2012 comme films, livres et BD. Qu'est-ce qui a fait battre mon coeur, qui m'a passionné ? Quelles sont les oeuvres que j'aurai envie de conserver sur mes rayonnages ?  Je suis bien conscient que je n'ai pas pu tout lire ou voir, qu'il y a évidemment de nombreuses et d'énormes pépites qui me sont passées à côté, que cette sélection est ultra subjective... mais c'est bon quelquefois de faire le tri. 
Voici donc les 3 films, les 3 livres , les 3 BD et les 3 disques qui ont compté pour moi en 2012.
Si vous lisez ce billet, vous pouvez faire comme moi et laisser en commentaire VOTRE sélection. Ce serait sympathique et surtout permettre de confronter nos gouts et,  j'en suis sur, permettre des découvertes.

         FILMS

En reprenant tous les films vus en 2012, j'ai l'impression de n'avoir pas vu grand chose d'emballant. Peut être ai-je mal sélectionné mes sorties... Mais cette année cinématographique est peut être à l'image de la sélection du plus grand festival du monde, j'ai nommé Cannes, plutôt en demi-teinte.

Voici les trois films qui resteront pour moi de très bons moments de cinéma et qui seront forcément achetés en DVD.




C'est un film qui me reste bizarrement en mémoire, alors que les précédentes oeuvres du réalisateur m'avaient passablement ennuyées. Ici, humour décalé, beauté plastique, originalité, font que ce film fut pour moi une énorme surprise.



Pas un film parfait, mais la confirmation que Xavier Dolan est un jeune cinéaste surdoué. Il a réussi à rendre cette histoire de transexualité passionnante, romanesque et formellement inventive (trop quelquefois...mais qu'importe). Quel souffle !



Un documentaire absolument essentiel à l'heure du grand débat autour du mariage gay mais pas que..
Un formidable hymne à la vie, à l'amour, au combat pour des idées justes dont on ressort gonflé à bloc que l'on soit gay, hétéro ou autre. Un condensé d'émotion et d'intelligence.

LIVRES

Pour les livres, le choix a été plus dur, la production romanesque m'ayant fourni beaucoup de très bons moments de lecture. 


Un vrai coup de coeur pour celui-ci. Découvert dans le cadre du prix Orange du livre, dans lequel j'étais juré, ce roman allie virtuosité stylistique, intrigue passionnante et regard acéré sur notre monde.
Arthur Dreyfus est jeune et l'on devra compter sur lui à l'avenir, j'en prends le pari.




Parce que c'est un livre très drôle. Parce que les très bons livres drôles sont rares. Parce qu'un livre drôle a le droit d'être mis en avant. Parce que J M erre est lui aussi un très bon écrivain dans un registre boudé des critiques.



Le contraire du précédent. Un livre dont on ne ressort pas indemne. Un roman qui va jusqu'au bout de la plus terrible des violences. Un voyage difficile mais marquant dans un ouvrage original dans sa forme et qui ne peut laisser indifférent. 

Je cite quand même quelques livres qui ont été de vrais bonheurs de lecture : 
L'assassin à la pomme verte de Christophe Carlier
La maternité de Mathieu Simonet
Le sermon de la chute de Rome de Jérôme Ferrari
Ils désertent de Thierry Beinstingel
Une semaine de vacances de Christine Angot
La liste de mes envies de Grégoire Delacour


                                     BD
J'ai découvert beaucoup de bonnes choses et ici aussi le choix a été difficile. Ma sélection, je m'en aperçois, est loin d'être drôle, comme quoi, la bande dessinée est bien devenue un élément culturel incontournable.




477 pages essentielles sur notre planète. Tout y est décrit et pensé avec la rigueur d'un scientifique et le talent d'un vrai créateur. Indispensable !




Comment à partir d'un fait divers, créer une oeuvre d'une grande sensibilité et d'une beauté formelle admirable.



Le couple, l'amour, la solitude, la mort, le monde qui va mal, tout un condensé de notre époque dans 6 petites histoires, ciselées par un orfèvre de la BD.

DISQUE

Pour cette sélection, c'est uniquement 3 disques que j'écoute toujours beaucoup. Je ne suis guère spécialiste. Mes coups de coeur ne sont que le reflet d'un amateur pas vraiment éclairé mais sincère.





Ce disque possède les trois chansons que j'ai le plus écoutées cette année : Ecris-moi, Suzanne et Bow-window. 



Un grand retour du chanteur bernois, plus en emprise sur le monde et toujours aussi plein de punch... 


The origin of love de Mika

De celui-ci, je n'en ai pas parlé dans le blog, mais il m'accompagne depuis deux mois. Le rythme, la voix haut perchée, l'énergie qui se dégagent de cet album me mettent de bonne humeur . Je n'en demande pas plus en ce moment.... (je devrai ?)