lundi 11 février 2013

Ce n'est pas mon chapeau de Jon Klassen


Je vous avais déjà dit tout le bien que je pensais du précédent album de Jon Klassen"Je veux mon chapeau" et voici maintenant, non pas une suite, mais une nouvelle version tout aussi réussie que la précédente.
Finis l'ours et les animaux de la forêt, plongeons dans un étang où un tout petit poisson est super fier d'avoir voler le chapeau à un très gros poisson pendant qu'il dormait. C'est le petit poisson qui parle et qui essaie de se persuader que son acte passera inaperçu...tout en filant se camoufler dans des hautes herbes touffues.  Mais c'est le gros poisson que l'on voit à l'image, énorme, ne bougeant quasiment pas mais à l'oeil ô combien expressif !!!
Avec ses airs simplistes, cet album est en fait assez compliqué à aborder par des enfants habitués aux textes redondants. Ici, l'illustration est en parfaite contradiction avec les pensées du petit poisson, créant ainsi un suspens bourré de clins d'oeil et obligeant le jeune lecteur à une attention redoublée. On sera enthousiasmé par la précision du trait de Jon Klassen qui avec trois fois rien fait dire beaucoup de choses à ses personnages. On notera également l'emploi d'une palette de couleurs rarement utilisées en jeunesse, des tons...heu ...que je qualifierai de ...taupe (vous savez ces couleurs indéterminées qui oscillent entre le gris pigeon, le mauve foncé, le bordeaux pâle ou le marron verdâtre, ces coloris indéfinissables qui sont maintenant systématiquement casés sous cette appellation). Je ne dirai rien de la fin, qui est de la même veine que dans l'album précédent, avec peut être une interprétation moins noire...
Cet album est un régal d'humour et surtout totalement réussi. Un album comme je les aime, qui ne prend pas les enfants pour des idiots et qui parie sur leur intelligence. Cependant, il sera pleinement apprécié à partir de 4/5 ans et plus.



vendredi 8 février 2013

Eugène de Quentin Vijoux



J'ai acheté cet album par hasard, sans l'avoir feuilleté (il était sous blister), sans les recommandations de mon libraire favori (qui ne l'avait pas encore lu), uniquement attiré par la couverture. L'auteur m'était inconnu (évidemment c'est son premier album) et même l'éditeur ne me disait rien (Michel Lagarde). 
Une fois déballé, j'ai tout d'abord apprécié la qualité de l'édition, il est toujours plaisant d'avoir un bel objet-livre en mains. Et une fois terminé, j'avoue que je ne regrette ni ma lecture ni mon achat. J'ai l'impression très forte d'avoir découvert un jeune auteur à l'univers singulier et original qu'il va falloir suivre avec attention.
L'histoire débute par la rencontre d'Eugène, le héros, qui se fait lire les lignes de la main par un monsieur un peu débonnaire et qui lui remet sa carte en lui proposant du travail. Ca tombe bien, Eugène  est sans emploi et va donc quitter sa petite maison dans laquelle il vit avec sa fiancée, pour aller travailler à la ville, pour le compte du docteur Trousseau, l'homme rencontré un peu plus tôt. Il devra livrer de mystérieux colis dans des endroits assez étranges...
Il est très difficile de raconter la suite de cette histoire car elle vire très vite dans le fantastique. Quentin Vijoux nous entraîne dans un monde délirant, croisement angoissant de l'univers de Kafka avec celui du cinéaste japonais Miyazaki. Avec un dessin épuré, simple, gracieux et infiniment poétique, sans le cloisonnement des cases, il m'a accroché dès les premières pages sans jamais me lâcher (alors que d'habitude, le fantastique me tombe des mains). Cette histoire qui joue aussi avec les contes traditionnels, est également l'occasion pour l'auteur d'aborder en filigrane, sans lourdeur aucune,  pas mal de thèmes sociétaux comme l'incommunicabilité entre les êtres, les dérives de la science ou la dureté du monde du travail. Un très joli travail de mise en page doublé d'un scénario vraiment original font que  pour moi ce coup d'essai est un coup de maître. Cet album, finalement en tous points réussi, est ma première découverte 2013 et  je le recommande chaudement. 

Eugène de Quentin Vijoux est édité chez Michel Lagarde 16 euros.








jeudi 7 février 2013

L'ogresse poilue de Fabienne Morel, Debora Di Gilio et Nathalie Choux



Le petit chaperon rouge est vraiment en France LE conte phare. Tous les ans sortent de nouvelles versions revisitées ou directement inspirées du conte de Perrault.
Les éditions Syros nous proposent cet hiver "L'ogresse poilue", un album accompagné d'un CD (pas terrible) où sont gravées les voix des auteures. On retrouve la trame bien connue d'une petite fille habillée de rouge se rendant chez sa grand-mère, mais celle-ci est inspirée d'un conte italien des Abruzzes intitulé "La fausse grand-mère". Les contes n'ayant pas vraiment de frontières, si l'on compare cette dernière parution avec notre chaperon national, on retrouvera pas mal d'éléments du conte. Si du loup on ne garde que la queue, le corps étant celui d'une ogresse moche mais fashion, la petite fille reste la même sauf qu'elle est porteuse d'un panier de beignets. Ici, le chemin pour aller chez la grand-mère est plus périlleux puisqu'il lui faut traverser un fleuve impétueux mais facile à corrompre surtout lorsqu'on est porteuse de pâtisseries bien grasses.
Joliment illustré par Nathalie Choux, j'avoue cependant ne pas avoir été emballé par cet album. Tout d'abord le texte est la transcription de la version contée. Il souffre un peu, à la lecture, d'un manque d'écriture et les comptines, chantées dans la version orale, alourdissent pas mal le texte. A cela se rajoute quelques effets comiques un peu lourds et faciles, qui plaisent vraisemblablement aux enfants mais qui manquent sérieusement de finesse.
"L'ogresse poilue" me donne l'impression d'être une adaptation du petit chaperon rouge par les frères Farelly, vous savez, ces réalisateurs américains à l'humour qui tache (Mary à tout prix, Bon à tirer, L'amour extra large), rigolo mais pas très fin. Ca peut plaire...


mercredi 6 février 2013

Tu honoreras ta mère et ta mère de Brigitte Rouan


A l'heure où l'on parle beaucoup de l'argent au cinéma, Brigitte Rouan est sacrément fortiche. Avec ses deux scénaristes, elle a réussi à vendre à des producteurs un film assez improbable, sur l'amour débordant d'une mère pour ses quatre fils. En situant son histoire sur une île grecque, à la belle saison, on a l'impression qu'elle s'est offert, ainsi qu'à toute une pléiade d'acteurs, de jolies vacances, un peu laborieuses (comme le film) mais ensoleillées. Parce que, franchement, je n'aurai pas miser un sou dans cette production qui fleure l'improvisation et le remplissage. Le scénario, qui ne brille pas par son originalité, tient en quatre lignes : Jo, helleniste à la retraite, organise tous les ans un festival de théâtre en Grèce, histoire surtout de réunir auprès d'elle ses quatre fils. A cause du FMI, le maire de l'île annule les festivités. Ne reculant pas devant l'adversité, Jo squatte une magnifique villa avec vue sur mer, réunit tous les siens de sa mère à tous ses petits enfants et organise son festival, sorte de pièce aussi ridicule qu'un spectacle de fin d'année de l'école Ste Thèrèse.
C'est sans grand intérêt mais pas totalement antipathique. D'abord, il y a la Grèce, son soleil permanent et ses paysages idylliques, même si cela ne fait pas un film, en plein mois de février, j'ai aimé. Ensuite, Agnès Godard à la photo fait des prouesses, multipliant les plans plus beaux les uns que les autres, jouant avec l'architecture épurée de la villa et magnifiant cette brochette de comédiens en roue libre. Et puis, il y a dans ce film des scènes qui pourraient faire partie de ces moments inénarrables qui jalonnent l'histoire de cinéma. Ainsi, voir Emmanuelle Riva (oui, la peut être future césarisée et/ou oscarisée ) peindre en rose bonbon des phallus tout en jouant la pythie est assez savoureux. La même, juchée sur un char, au milieu de sexes géants et multicolores, la tête ceinte d'une couronne de fruits est réjouissante. Voir le grand retour de Demis Roussos (!) à l'écran en pope est rigolo mais, et là c'est pour les fans, admirer Gaspard Ulliel, musculature ad hoc, sortant de l'eau dans un plan qui rappelle furieusement Ursula Andress dans Docteur No est vraiment à ne pas rater. A part ça, pas grand chose à signaler. On sent que Brigitte Rouan doit avoir du mal avec la coupure du cordon ombilical mais je ne suis pas sûr qu'elle ait trouvé la bonne idée pour nous en faire part. Selon votre humeur, soit vous sortirez avant la fin, saoulé par autant de vacuité soit vous resterez jusqu'au bout histoire de profiter vous aussi d'un moment de farniente en Grèce.


lundi 4 février 2013

Indigo de Catherine Cusset


De Catherine Cusset j'avais déjà lu "La haine de la famille" ainsi que "Un brillant avenir" qui m'avait laissé des souvenirs de lectures vraiment agréables. C'est donc avec confiance que je me suis plongé dans son dernier ouvrage "Indigo".  Nous y rencontrons trois français écrivains ou metteur en scène, invités par l'Alliance Française de Trivandrum en Inde à un de ces multiples festivals culturels qui rendent la vie de ces intellectuels un peu plus belle. Cornaqués par Géraldine, jeune française un peu stressée de devoir organiser cet événement avec peu de moyens, ils vont passer une semaine qui va transformer leur vie à tous. Charlotte, quarantenaire plan plan, va profiter de son séjour pour aller sur les traces d'une amie indienne disparue. Roland vieux séducteur de 64 ans, goujat et vaniteux, retrouvera un ancien grand amour tout en essayant de mater la rébellion de sa nouvelle jeune conquête amenée dans ses bagages. Raphaël, romancier peu productif et renfermé, sera la cible de la jeune Géraldine qui retrouvera l'homme qu'elle a secrètement espionné et aimé lors de son adolescence bretonne. Nous suivons leurs pérégrinations indiennes, mélange de scènes grinçantes sur le quotidien d'intellos à qui tout est dû et d'un retour fulgurant du passé qui va transformer leur présent.
Je vais être franc, tout ceci ne m'a guère semblé original. Bien écrit, agréable à lire, je suis tout de même  resté sur ma faim. Je n'ai pas vu l'intérêt de cette histoire. Ce thème d'intellectuels se retrouvant face à eux même à l'étranger a déjà été lu et relu ailleurs (David Lodge, Allison Lurie, ...). Tous ces retours vers le passé m'ont paru ici un peu téléphonés, les quelques péripéties, surtout vers la fin, un peu lourdingues. Je me suis même pris à penser que la maison Gallimard avait formaté ce livre pour satisfaire la cliente désormais vieillissante des lecteurs français. Une recette pour les ménagères (les ménagers ?) de plus de quarante ans.  Un style impeccable (on est chez Gallimard quand même !), un peu d'exotisme pour faire rêver ( l'Inde), des personnes masculins ou mystérieux ou ignobles (pour la touche féministe car ne l'oublions pas, le lectorat français du roman est essentiellement féminin), des héroïnes dépassées et énervées (empruntées à la chick-lit), mais aussi à l'horloge biologique au bord de la date de péremption ( les bébés ça fait craquer !) et pour pimenter (un tout petit peu) du sexe (si possible vaguement interdit, c'est mieux pour le frisson).
Alors, je pense que je ne suis pas la cible idéale. Malgré un évident savoir-faire, je n'ai pas été charmé, juste vaguement intéressé, assez pour le terminer mais trop peu pour avoir envie de le recommander vraiment. 

dimanche 3 février 2013

Happiness therapy de David O. Russell


Certains me disent que je vais au cinéma ne voir que des films "art et essai", intellos et pas du tout grand public... Peut être, mais au fond de moi se cache un grand amateur de comédies (américaines et même françaises !) et cette semaine, appâté par une critique plutôt enthousiaste, j'ai snobé le film à Oscars de Spielberg (Lincoln) ou le long métrage prise de tête français avec Jean Pierre Darroussin ( Rendez-vous à Kiruna) pour "Happiness therapy", la comédie branchée du moment.
Nous sommes à Philadelphie. Pat, sort d'un hôpital psychiatrique dans lequel il a passé huit mois à soigner son agressivité, suite à l'agression qu'a subi l'amant de sa femme qu'il a surpris sous la douche avec elle. Pat est bipolaire, donc sujet à des crises de violence intempestive qu'il essaie de soigner sans médicament. De retour chez ses parents, américains moyens, il n'a qu'une idée en tête : reconquérir Nikki sa femme auprès de laquelle il a obligation de rester à distance. Lors d'un dîner chez son meilleur ami, il rencontre une jeune veuve, Tiffany, dépressive et nymphomane mais en traitement elle aussi. Si le coup de foudre ne semble pas immédiat, une certaine attirance va avoir lieu et tous les deux vont combattre leur maladie respective avec une thérapie : préparer ensemble un concours de danse.
Je n'en raconte pas plus ce serait bête de vous gâcher le plaisir de la découverte de la suite de ce subtil scénario...
Personnellement, l'ennui m'est tombé dessus dès les premières minutes. Scènes filmées de façon hystérique (pour mieux se calquer au héros sans doute), répétitives, dialoguées comme une sitcom de troisième zone et avec une image façon cinéma indépendant, c'est à dire tirant sur le sale et le vert-de-gris. Tous les ingrédients du film vaguement intello sont là, sauf les idées. Pourtant le film draine pas mal de de thèmes ( les relations père/fils, frère/frère, la middle class américaine, ...) mais sans jamais les approfondir et surtout en les noyant dans des rebondissements cousus de gros, très gros fils blancs.
Le spectateur, s'ennuie ferme durant deux heures (!) et a le temps de voir tous les défauts de cette comédie romantique sans saveur. Film totalement puritain et bien pensant, formaté pour ne déranger personne, "Happiness thérapy" est ce que les USA font de pire en la matière. Mal fichu, mal filmé, pas dialogué mais, heureusement, d'une moralité imparable : la femme aimée mais adultère est forcément punie, les parents finalement aimants sont récompensés (mais pas le spectateur qui a droit à une scène ridicule où de Niro pleurniche de ne pas avoir assez aimé son fils), la nymphomane qui résiste à ses pulsions est, elle, récompensée comme le héros qui, bien que bipolaire et impulsif, sait résister à la tentation en restant fidèle...
La seule chose à sauver est peut être l'interprétation de Jennifer Lawrence et de Bradley Cooper qui semblent crédibles à l'écran. Je dis peut être car j'ai vu le film en version française avec un doublage assez mauvais, mais on peut dire qu'ils ont au moins une certaine photogénie.





vendredi 1 février 2013

150 pulsations de Laurent Boyet

Après mon heureuse expérience avec "Le chant des grimaces" de Yann Frat, j'ai décidé de fouiner un peu dans les rayons de plus en plus copieux des éditeurs numériques. Aidé de Tweeter qui m'a un peu tapé sur l'épaule il faut bien l'avouer, mon intérêt s'est porté sur un polar intitulé "150 pulsations" d'un certain Laurent Boyet. Polar est un bien grand mot, car après lecture, je dirai plutôt qu'il s'agit d'un suspens tragique.
Watson Epps est un homme noir qui, après dix-huit ans d'incarcération, est conduit dans la chambre d'exécution d'Huntsville  pour y recevoir l'injection qui lui sera fatale. Il a été condamné à mort  après avoir abattu le shérif d'une obscure localité du Texas. Pendant que nous vivons les dernières minutes de vie de cet instituteur, nous suivons en parallèle les discussions que tiennent Eileen, la veuve du shérif et son fils Justin, enfermés dans un pick-up et traversant les USA depuis Chicago pour assister à l'exécution.
Sujet lourd, bien noir mais au final, est-ce une bonne pioche ? Une lecture à recommander ? Je vais être honnête, si l'on fait le rapport qualité/prix, je dirai oui ! Cette nouveauté, téléchargée au prix de 5,99 euros (quasi moins chère que n'importe quel livre de poche) m'a finalement fait passer un moment pas si désagréable que ça.
Si l'on considère uniquement la qualité du texte, je mettrai quelques bémols. Avec une écriture simple (je n'ai pas dit simpliste !), le lecteur est bien accroché. La description des derniers instants du héros est prenante et suffocante. Je serai plus circonspect sur le reste de l'intrigue qui souffre de quelques défauts et notamment les dialogues entre la veuve et son fils, cousus de gros fils blancs. On a du mal à croire qu'il ait fallu dix-huit ans pour que cette explication familiale ait lieu. L'histoire notamment de l'amnésie est dure à avaler. Mais malgré tout, comme David Boyet semble vouloir tirer son récit vers une allégorie tragique, on passe finalement outre et on se laisse emporter par cette histoire mêlant des thèmes aussi forts que la peine de mort, la ségrégation, la violence conjugale mais aussi une jolie histoire d'amour.
Même si quelquefois le récit est un peu lourdement didactique lorsqu'il évoque certains faits divers (au demeurant bien choisis), même si le texte n'évite pas quelques redites, ralentissant inutilement l'action, j'ai été sensible à ce plaidoyer sincère et touchant.
Si l'on veut faire un petit tour aux States, plonger dans une Amérique décrite sans fard et lire un roman avec un peu de suspens, il vaut mieux télécharger le livre de Laurent Boyet plutôt que de dépenser plus de 20 euros avec le navrant "Harry Quebert". Si aucun des deux n'est l'écrivain de l'année, l'auteur de"150 pulsations" à au moins le mérite de la sincérité et, de nos jours où l'on de plus en plus de mal à faire le tri entre écrivain et coup d'éditeur, être sincère est une valeur hautement estimable.
Si vous êtes curieux de ce livre, voici le site de l'auteur où vous trouverez tous les endroits où vous pourrez le télécharger. http://www.laurentboyet.fr/

jeudi 31 janvier 2013

Artistes de nature en ville de Marc Pouyet


J'ai eu un coup de coeur cette semaine non pas pour un roman mais pour un livre d'art, de land art très exactement, paru aux éditions Plume de carotte : " artistes de nature en ville , pratiquer le land art urbain".
Marc Pouyet ( non pas Nils Udo ! ) est un illustrateur mais surtout un artiste plasticien français dont le travail consiste à rechercher des éléments naturels et de les mettre en scène comme ici, en milieu urbain.


J'ai été touché par la poésie que dégage ce livre fait essentiellement de photos toutes plus créatives les unes que les autres. Divisé en quatre parties, en fait les quatre saisons, Marc Pouyet nous propose et nous invite à regarder la ville autrement et surtout à la rendre plus sensible et plus proche. Quelques feuilles vertes ou d'automne, un peu de mousse, quelques brins d'herbe, une brindille et hop, notre quotidien urbain gris prend une autre dimension et devient plus convivial.

Je me suis pris à rêver que tout le monde, en attendant un bus, en flânant le long des rues, l'oeil aux aguets, se prenait au jeu du land art et pour le plaisir des autres (et de soi aussi) posait un bout de poésie sur un trottoir, une bouche d'égout, un mur gris. Du street art naturel en somme. Un peu éphémère certes mais tellement doux dans notre monde brutal. Je suis sûr que les crottes de chiens, joliment décorées de feuilles ou de pétales de fleurs,  auraient un air plus sympathique en plus d'être bien signalées au passant distrait...
Ce magnifique livre est un plaisir pour les yeux. Le feuilleter est un moment de douceur et de poésie mais aussi un véritable incitateur à une guérilla urbaine. On a envie de sortir dans la rue et de s'adonner à cet art fugace mais jouissif, un art naturel et à la portée de tous, un art pour embellir le quotidien, nos vies tristouilles et notre environnement bétonné. Un livre qui fait vibrer et donne envie de créer... à ne pas rater donc...
Artistes de la nature en ville de Marc Pouyet édité chez Plume de carotte  (220 pages en couleur) et vendu pour la modique somme de 29,50 euros.
Le site de l'auteur est magnifique aussi : http://www.marc-pouyet.net

mercredi 30 janvier 2013

Park avenue de Cristina Alger


Si vous ne connaissez pas New-York, Park Avenue est une rue où sont nichées toutes les grandes fortunes de la côte Ouest, planquées dans de luxueux appartements ou maisons balisés à même le trottoir par deux buis en pot méticuleusement taillés. Les rejetons de ces familles, qui ont tous fait leurs études à Harvard ou Princetown, jouissent de jobs grassement payés dans des cabinets d'avocats ou des banques d'investissement. Tout leur sourit. Dotés de physiques agréables et sportifs, ils brassent les dollars par millions et les cocktails par obligation.
Nous découvrons la très huppée famille Darling, la veille du congé de Thanksgiving. Ils sont embêtés les Darling, le financier et bien sûr ami Morty vient de se donner la mort. C'est un peu gênant tout de même car il met ainsi à jour une vaste escroquerie portant sur quelques milliards de dollars. En gros, les financiers de l'entreprise de gestion de fonds des Darling plaçaient l'argent de leurs richissimes clients sur du vent. Panique totale sur Park Avenue, la presse et la justice vont s'en mêler et réclamer des têtes. Oui, mais lesquelles ? Profitant de ce congé providentiel de thanksgiving, c'est autour de leur dinde moelleuse et cuisinée à merveille par une batterie de domestiques, que les Darling vont préparer leur contre-attaque. Les rats, avant de quitter le navire, se resserrent, s'agitent, se mordillent le museau, cherchant quel membre ils vont pouvoir sacrifier afin que les chefs de la tribu traversent la tempête sans trop de dégats.
Cristina Alger, dont c'est le premier roman, connaît bien le monde qu'elle décrit. Surfant sur le thème de la crise financière (qui risque de devenir en librairie un genre à lui tout seul), elle nous raconte ce long week-end où chacun prépare sa riposte ou espère tirer les marrons du feu, faisant voler en éclat la façade si glamour de la famille unie.
Cela aurait pu être mordant, incisif, si Cristina Alger n'avait pas suivi les cours d'un de ces innombrables conseillers en écriture qui ont la fâcheuse tendance de tout édulcorer. L'idée de raconter cette crise de l'intérieur, en auscultant l'émoi de ces puissants, est une bonne idée. Elle permet d'éviter de raser le lecteur avec des détails économiques obscurs. Mais ici, le récit, centré sur une fausse guerre des Atrides au pays des WASP, au style finalement très plat, n'est guère convaincant. Le vitriol, même le poivre sont restés dans les cuisines du sous-sol. L'intrigue se dilue avec pas mal de retours en arrière vaguement  psychologisants qui n'émeuvent guère. Et comme, en plus apparaît une multitude de personnages secondaires, au caractère trop peu fouillé pour être intéressants, j'ai eu un peu de mal à trouver cela passionnant.
Je sais, je suis ignoble, je n'éprouve aucune compassion pour tous ces gens aux chemises sur mesure et brodées à leurs initiales. Et ce n'est pas la prose gentillette et appliquée de Cristina Alger qui va me faire  entrer en empathie. Je n'ai à aucun moment senti un regard pertinent de l'auteur sur ce monde, juste une description sans affect, même pas glaciale, comme si mettre à mal l'économie d'un pays était un nouveau passe-temps vachement rigolo à condition de ne pas se faire prendre.
Quand la presse d'outre Atlantique signale que ce roman est à mi-chemin entre "Le diable s'habille en Prada" et "Le bucher des vanités", elle dit vrai....à mi-chemin seulement sans la construction énergique et drôle du premier et sans la férocité et la force de Tom Wolf. Reste donc un roman lambda, pas déshonorant mais assez quelconque.

Merci à ENTREE LIVRE de m'avoir permis de lire ce livre en avant première.

dimanche 27 janvier 2013

Blanca nieves de Pablo Berger


Voici un film propre à réconcilier tous les publics, le grand, amateur de films plutôt légers et l'intello, aimant l'originalité et les références. (C'était déjà le cas il y a deux semaines avec le "Django unchained de Quentin Tarantino"). C'est du cinéma, du vrai, mais dans un genre auberge espagnole ( je sais, c'est facile), chacun pouvant grappiller ce que bon lui semble.
"Blanca nieves" est l'adaptation du conte des frères Grimm "Blanche-Neige", façon originale et à la vraie sauce hispanique. C'est un film muet, en noir et blanc mais pas un pastiche des films des années 20 comme  "The artist" l'an dernier. Sur le canevas du conte bien connu, le scénario brode une histoire aux accents espagnols certains, avec corridas, flamenco mais aussi, et c'est là où il se démarque de la pâle copie du cinéma des années 20, avec des thématiques et des clins d'oeil totalement contemporains.
Blanche-Neige est ici la fille d'un grand toréador paralysé dont la deuxième épouse règne en marâtre sur un domaine perdu. Bien sûr, elle sera la cible meurtrière de sa belle-mère et sera recueillie par des six nains (oui 6 !) toréadors. Si l'on retrouve tous les éléments essentiels du conte, des nains à la pomme empoisonnée, l'ensemble est d'une toute autre portée que les versions récentes venant d'Hollywood. 
Y'a pas à dire, j'ai beau ne pas être un aficionado de la corrida, qu'est ce que c'est cinématographique quand même ! Surtout dans ce film-ci, où toute sa gestuelle, sa dramaturgie, est magnifiée par une image somptueuse au service d'une histoire mélodramatique à souhait mais totalement prenante. En plus d'un très ludique jeu de piste autour des contes célèbres (Cendrillon, la belle au bois dormant, Alice au pays des merveilles, ...), Pablo Berger décape un peu le machisme ambiant à l'univers tauromachique en faisant de son héroïne, un toréador. Et si l'on ajoute toute une multitude de détails empruntés à la culture queer (le nain travesti, la dame qui embrasse Blanca Nieves dans l'espoir de la réveiller, le côté garçon de l'héroïne, ...), nous sommes malgré le muet, les cartons explicatifs, vraiment dans une oeuvre d'aujourd'hui. 
Ce film a visiblement enthousiasmé le public espagnol. Espérons qu'il en sera de même en France, car c'est une vraie réussite aussi bien dans la mise en scène que dans la force d'un scénario qui, bien qu'énormément mélodramatique, arrive à éviter la surenchère lourdingue et amène les spectateurs dans une vraie émotion. 



samedi 26 janvier 2013

Virus tropical de Powerpaola


Il est toujours intéressant de découvrir des bandes dessinées venues d'horizons lointains, prouvant que le neuvième art n'est pas cantonné à quelques contrées. "Virus tropical" de Powerpaola nous vient de Colombie. Son auteur se décrit comme spontanée et avec un style personnel attachant une grande importance à l'authenticité de la narration, ce qui doit être le cas ici puisqu'elle nous conte son enfance et son adolescence.
Divisé en petits chapitres, ce roman graphique au dessin assez naïf, se déroule d'abord en Equateur puis en Colombie. L'héroïne nous parle d'elle, depuis sa conception jusqu'au moment où, après avoir perdu sa virginité, elle entre dans la vie adulte. Autobiographie donc, mais d'une enfance pas vraiment originale. Même  si son père est prêtre, même si elle part en Colombie dans une ville aux mains des cartels de la drogue, ce n'est jamais bien passionnant. A part un premier chapitre assez rigolo (qui donne le titre de cet album), décrivant la grossesse de sa mère qui n'est pour les médecins que la conséquence d'un virus tropical, le reste se lit avec un ennui distingué. Rien n'est original, ni les péripéties  ni le regard que porte l'auteur sur son vécu. On ne ressent pas grand chose à l'évocation des problèmes de couple de ses parents, son refus de la religion ne nous semble guère palpitant et ses émois d'adolescentes sont décrits sans saveur particulière. 
Grosse déception pour moi qui avait adoré la première publication de ce jeune éditeur (Dora de Minaverry) et dont la deuxième (Choisis quelque chose mais dépêche-toi) avait obtenu  l'an dernier,le prix sorcière BD, que ce "Virus tropical" . On notera tout de même l'édition très soignée de cet album (beau papier très agréable) mais ce n'est hélas pas suffisant pour que je puisse vous conseiller l'achat de cette BD d'origine sud-américaine (sauf si vous êtes passionnés par la région).




vendredi 25 janvier 2013

Dali à Beaubourg, mode d'emploi





Si par hasard vous avez envie de vous rendre à la rétrospective Dali à Beaubourg, il va vous falloir faire preuve de patience (même avec un billet coupe-file), jouer du coude et bien ouvrir les yeux si vous ne voulez pas rater l'essentiel.
Première chose indispensable, avant de vous jeter dans la cohue des amateurs du divin et génial artiste, documentez-vous, lisez un des nombreux hors-séries que les magazines ont publié ces derniers temps, vous en aurez besoin pour apprécier les nombreuses toiles, sculptures, photographies, voire films qui jalonnent cette exposition. L'oeuvre est foisonnante, polymorphe, il faut prévoir au moins deux heures si vous voulez vraiment en avoir une vision globale.
Une fois que vous avez atteint le dernier étage de Beaubourg, vous aurez envie de vous jeter dans la cohue des visiteurs et vous négligerez peut être de vous arrêter dans l'oeuf qui sert d'entrée à l'exposition. Sur  cette coquille toute blanche est projetée une photographie de son assistant Philippe Halsman qui représente le maître, nu, replié en foetus, bien au chaud, rappelant que Dali gardait en mémoire de nombreux souvenirs de sa vie intra-utérine...
L'exposition débute vraiment avec, bien sûr quelques oeuvres de jeunesse et notamment des portraits assez classiques représentant son père et sa soeur au physique pas évident. Vous pourrez les admirer aisément, la foule passant devant en les ignorant royalement, cherchant déjà d'un regard avide les tableaux les plus célèbres.
Il y a de fortes chances si vous déambulez au pas de course ou au milieu de la bousculade, que vous loupiez l'un des clous de l'expo, à savoir " Les montres molles" , gracieusement prêté par le MOMA de New York.
Personnellement, j'imaginais que ce chef d'oeuvre était un grand tableau. Hé bien pas du tout, c'est un tout petit format  ( 24 X 33 cm) et comme il est accroché dans une sorte de kiosque au milieu de petits dessins, au moment où je suis allé l'admirer, il n'y avait personne devant alors que la moindre grande toile était quasi inaccessible.
Je ne vais pas égrener chacun des tableaux exposés, mais "Le grand masturbateur" est inévitable par sa force  évocatrice et la concentration des thèmes récurrent chez l'artiste : présence d'oeuf, d'insectes suite au souvenir traumatisant de la découverte par Dali d'un hérisson mort, en état de décomposition et couvert d'insectes nécrophages, mais aussi du paysage de falaises de Cadaquès, Comme cette toile correspond au moment de  sa rencontre avec sa muse Gala, le narcisse, fleur la représentant, ne fera son apparition que plus tard dans sa peinture.
Ceci dit, si vous traînez vos enfants à cette expo, il pourra être intéressant de leur faire chercher tous les tableaux où l'on voit  des fourmis (la paix pendant 20 minutes). Si cela ne suffit pas, faites leur rechercher ceux avec des oeufs, puis des narcisses et si au bout de tout ça vous les sentez près de commettre un acte proche du surréalisme, comme montrer ses fesses à la dame pincée en bleu marine avec serre-tête ou se rouler par terre en criant des horreurs, une seule solution : sortez !
On peut passer des heures à ausculter chaque peinture tellement elles sont foisonnantes... mais au bout d'un moment vous ferez peut être la queue au milieu de jeunes japonaises hilares pour vous prendre en photo dans la reconstitution de "Mae West". Assis sur un canapé en forme de bouche pulpeuse, l'ex star du cinéma des années 30 semblera ne faire qu'une bouchée de votre personne et atterrira inévitablement sur votre page Facebook, prouvant ainsi votre présence dans ce qui est, cet hiver avec Hopper, le lieu où il fallait être allé.
Sans être vraiment" fou du chocolat Lanvin" (oui, oui, la pub est projetée !) vous passerez un moment très divertissant tellement l'oeuvre de Dali est unique, multiforme et totalement surréaliste. Il y a du monde certes, mais cela vaut vraiment le déplacement, vous en prendrez plein les yeux!


mardi 22 janvier 2013

Le chant des grimaces de Yann Frat


Quand on est blogueur et que l'on parle de livres comme moi, on nous contacte régulièrement pour que l'on s'intéresse à un roman, souvent publié à compte d'auteur ou/et en numérique. Certains nous envoient directement la version numérisée, d'autres nous demandent si ça nous intéresse de nous plonger dans ce qui est l'oeuvre la plus injustement méprisée du moment. Comme ça n'arrive pas tous les jours (mais quand même deux ou trois fois par mois), je réponds souvent par la positive, promettant d'y jeter un coup d'oeil mais sans m'engager à quelconque chronique, vous me connaissez...sans connivence... Jusqu'à présent tout ce que j'ai parcouru m'est tombé des mains ou de ma tablette, ancrant définitivement mon idée que ce qu'apporte l'édition numérique d'aujourd'hui  à la littérature est du même niveau que ce que proposaient  les éditions de la Pensée Universelle autrefois.
Sauf que je vais devoir revoir un peu mon jugement, car au milieu de récits du niveau d'un collégien du privé ou des autobiographies de célibataires anorexiques lectrices de Marc Lévy ou d'Anna Gavalda, je suis tombé sur un roman comme l'édition normale n'en fait pas paraître souvent, un livre ambitieux en terme de projet et de narration, et que je n'ai réussi à lâcher qu'une fois la dernière page lue ! "Le chant des grimaces" de Yann Frat mérite vraiment le détour.
Faire un résumé de ce livre m'est difficile. Si je prends l'intrigue réelle, je dirai que nous suivons Ludovic de Saint Ange (je vous l'accorde, il a un nom digne d'Harlequin, mais c'est vraiment sans importance), Ludo donc est médecin généraliste dans une petite ville du Sud-Ouest et éprouve soudainement des douleurs violentes au niveau de l'entrejambe. Inquiétude, traitements divers puis consultation avec un spécialiste ami, il finira par se faire opérer d'un kyste bénin à la prostate. Fin de l'histoire. C'est tout ? C'est ça le chef d'oeuvre ? !! Oui pour l'intrigue principale, nous ne sommes pas ici chez Joël Dicker, avec des péripéties ineptes toutes les trois pages (Harry Québert, vous savez...). Non, car tout ceci est le prétexte à une description au scalpel de cette petite bourgeoisie de province, fière de ses origines et de son rang, survolant dédaigneusement le commun des mortels, sûre de son bon goût et de sa morale dont le seul but est d'amplifier et promouvoir sa richesse ancestrale. Mais comme l'auteur a beaucoup de choses à dire (c'est un premier roman je crois ), il intègre d'autres portraits comme ceux des patients du médecin, gens simples, malmenés par la vie, mais aussi une réflexion sur le corps, triomphant ou vieillissant, puissant ou asservi, refait ou laissé à l'abandon. Et comme nous sommes dans un roman ambitieux, en filigrane, court toute une analyse sur l'élevage des mâles dans un grand Sud-Ouest machiste.
Tout ça me direz-vous, ce n'est pas un peu copieux ? Pas du tout, surtout que bien d'autres sujets sont également abordés, c'est simplement mené avec brio et surtout  avec un point de vue comme on en trouve peu dans les romans d'aujourd'hui. Le personnage principal n'est pas vraiment sympathique et porte sur ce qui l'entoure un regard peu amène mais souvent juste. On est à l'opposé du docteur Sachs de Martin Winckler auquel le début fait penser. Mais là où ce dernier n'était que sirop et bons sentiments, de Saint Ange est ambigu, impitoyable parfois, trop objectif. Il navigue dans un milieu médical, décrit ici comme une machine à faire du fric, avec un cynisme total et finalement assez déstabilisant pour le lecteur. Il pense tout haut ce que certains n'aiment pas songer même tout bas, tellement l'époque essaie d'affadir la pensée pour mieux endormir les foules. Cela nous donne des passages d'une grande vérité, à l'écriture saignante et précise. Voila  un roman comme je les aime : pas aimable pour deux sous mais totalement stimulant pour le lecteur. Plusieurs fois, j'ai obligé mon entourage à écouter la lecture de certains passages, tellement le ressenti était fort, interrogatif (mais il va où là ?) ou tout simplement magnifique de lucidité.
Lucide comme l'était le Breat Easton Ellis d"'American psycho" auquel l'auteur fait beaucoup référence, intégrant même Patrick Bateman, le héros de ce portrait des dérives de la société libérale, dans quelques courtes scènes du roman. Dans les nombreuses références et clins d'oeil qui apparaissent au fil des pages, je garderai celle à Céline (celui du "Voyage au bout de la nuit") auquel l'ampleur de ce livre fait parfois penser même s'il recèle ici ou là, quelques maladresses ou flirte quelquefois tout près du cliché.
A cent coudées au-dessus de bien de romans publiés en ce moment et malgré une édition uniquement numérique, nos grands éditeurs feraient bien d'aller faire un tour du côté de chezYann Frat. Bien cornaqué (parce que oui, il y a surement un petit toilettage à faire dans le manuscrit), ils pourraient en faire leur nouveau Houellebecq ( on  pense aussi parfois à lui ) ou un nouveau Mauriac sans la culpabilité judéo-chrétienne. Vous trouvez que j'en fais trop ? Allez voir de vous même et vous me direz...

Si vous voulez acheter ce  livre qui vous bouscule un peu, n'hésitez pas, c'est ICI !!!

Petit précision : je ne connais pas du tout ce monsieur Yann Frat. Je suis un lecteur occasionnel de son blog que vous trouverez dans ma liste de blogs préférés. J'ai eu envie de lire son livre car j'apprécie l'écriture corrosive de ses billets et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il a réussi le passage du petit texte court au vrai roman.