jeudi 2 février 2012

Elles de Malgorzata Szumowska



Avec son affiche aguicheuse, présentant une Juliette Binoche très sexy (alors que cela correspond à un moment particulièrement dramatique du film et pas du tout érotique), cette coproduction européenne (franco-germano-polono-danoise) essaie de questionner le spectateur sur la femme, son intimité, son rapport au sexe, à l'argent, aux hommes. Vaste sujet où tout se trouve être imbriqué, mêlé mais aussi caché, tu, occulté.
Pour les besoins d'un magazine féminin, Anne (Juliette Binoche) mène une enquête sur des étudiantes qui se prostituent, via internet, pour payer leurs études. Un peu bourgeoise, dépassée par ses deux enfants et délaissée par un mari obnubilé par son travail, elle va découvrir au travers des témoignages qu'elle récolte, une vision de la femme et du sexe qui va la secouer durablement. 
Le film mélange habilement la journée de cette pigiste à ELLE qui doit organiser un dîner, régler quelques conflits avec ses enfants et finir son article et les témoignages crus et sans tabou de deux étudiantes. Les récits des deux jeunes filles sont illustrés par de nombreuses scènes de rapports sexuels avec des messieurs plus très jeunes, filmées joliment (trop?) et dont elles disent retirer un certain plaisir et un bénéfice financier non négligeable. 
En tant que spectateur, je me suis senti bousculé par l'image de ces jeunes femmes qui pourraient être mes filles car rendu quasiment complice par cette caméra un peu voyeuse. Les hommes ne sont guère épargnés, tantôt tendres, enfantins mais aussi veules ou impuissants ou vicieux, voire carrément violents. Le scénario ne prend partie pour personne, nous laissant dans l'obligation de nous faire notre opinion, aussi inconfortable qu'elle puisse être. C'est l'un des atouts de ce film qui arrive à ne pas tomber dans les images toutes faites que ce type de sujet attire souvent.
Un autre des points forts du film, est son casting impeccable avec notamment Anaïs Demoustier absolument confondante de rouerie et de candeur, qui arrive à parler sans gêne du plaisir que lui procure ses rapports sexuels tarifés mais dont les yeux, au même moment, disent exactement le contraire. En face d'elle, Juliette Binoche est, elle aussi, éblouissante. Filmée serrée, on lit sur son visage l'étonnement, l'incompréhension puis le désarroi. On sent que derrière la caméra, il y a une réalisatrice  qui vient du documentaire mais qui ici se révèle une remarquable directrice d'actrices. ( A noter, pour l'anecdote, une possible fascination pour l'ondinisme : toutes les comédiennes sont filmées en train d'uriner voire  de se faire uriner dessus...)
Cependant, il y a quelques moments  qui m'ont semblé moins réussis, notamment les scènes un peu forcées où la journaliste, émoustillée par les récits des deux étudiantes, redécouvre le plaisir physique.Et puis ce film n'est pas exempt de clichés sur l'adolescence et la femme bourgeoise qui s'ennuie. La représentation un peu idyllique de cette prostitution estudiantine peut également gêner.
Quoiqu'il en soit, ce film, sur le sujet casse gueule de la prostitution, réussit tout de même à dresser le portrait sombre d'une société occidentale dont les valeurs sont en train d'exploser sous les coups de boutoir d'un cocktail composé de sexe, d'argent et de solitude.





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