lundi 25 novembre 2019

Chroniques d'une station-service de Alexandre Labruffe



En art, la station service apparaît parfois dans les oeuvres contemporaines, symbole de solitude et de région perdue en peinture ( comme chez Edward Hopper). En photographie, elle représentera plus sûrement un capitalisme triomphant voire clinquant mais aussi viril ( le pistolet phallique qui crache l'énergie). Au cinéma, beaucoup plus exploitée, la station service sert de point de départ d'histoires de fuite, de voyages, de rencontre, ... En littérature, rares sont les romans qui ont pour décor ces dorénavant petits espaces commerciaux, ressemblant à de minis supérettes. Cette rentrée, grâce à Alexandre Labruffe, la station service accède désormais au panthéon des lieux romanesques. 
Après la lecture de  ce court mais très dense roman, il est certain que vous verrez d'un autre oeil ces mornes espaces surveillés par un non moins morne caissier. C'est qu'au delà les barres chocolatées, les bouteilles de sodas ou de liquide de refroidissement, il y a de la vie, surtout si le personnel possède le regard ( et l'imagination ) de Mr Labruffe. 
Certes le titre laisse à penser que nous avons droit à des chroniques, renvoyant à un genre pas trop aimé : les nouvelles. Il n'en est rien. Si l'ensemble se compose d'environ 200 paragraphes/pastilles numérotés, une histoire se tisse entre les mots, les remarques drôlatiques, les usagers de ce lieux et le narrateur, jeune trentenaire (?) en recherche d'amour et à l'esprit aussi curieux qu'observateur. Chaque petit texte s'avère ouvrir une porte, soit narrative, soit humoristique, soit philosophique. Et avec bonheur, petit à petit, cet espace si peu avenant ( surtout placé en périphérie parisienne du côté de Pantin) devient le théâtre d'intrigues diverses, mystérieuses, érotiques, sociales. Sans jamais se départir d'un humour bienveillant, Alexandre Labruffe mélange le gas-oil à Baudrillard, San-Antonio à Mad Max, un ami maltais à l'hojojutsu ( un genre de sport nippon mêlant karaté et bondage). Le mélange prend avec efficacité, on fait le plein d'humour et de plaisir de lecture. On quitte à regret la station tellement on passe un bon moment et l'on se dit que, vraiment, il y a encore en France de jeunes auteurs prometteurs, imaginatifs, à la plume alerte et inventive. C'est rassurant, tonifiant !




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