mardi 26 novembre 2019

Chanson douce de Lucie Borleteau


Les lecteurs du roman de Leïla Slimani risquent d'être déçus par l'adaptation proposée sur les écrans. Ce ne sera pas une première fois, tant s'attaquer à une oeuvre réussie, reste un véritable challenge. Il faut,  pour  réussir son coup, soit avoir une vision de grand cinéaste, soit maltraiter l'oeuvre pour mieux la recréer. Force est de reconnaître qu'ici nous n'avons aucun de ces deux éléments. Même si le premier film de Lucie Borleteau ( " Fidelio") , avait séduit, ce deuxième sent un peu trop la commande pour passer pour une oeuvre personnelle. Maïwenn et Jérémie Elkaïm, les scénaristes, n'ont pas plus brillé dans leur adaptation, préférant juste transformer le roman en une sorte de thriller domestique maladroit (Pour les lecteurs du roman, le début devient la fin... Vous comprendrez aisément que ce qui faisait l'intérêt et la force du livre se trouve évidemment escamotés pour devenir une histoire beaucoup plus banale et nettement moins dérangeante, sans doute par souci de rentabilité ). 
Imaginons un instant que nous n'ayons pas lu le roman. Que voit-on à l'écran ? Une Karin Viard, effectivement parfaite en nounou aussi rigide que border-line, qui s'agite beaucoup, passe dans un même plan de la bonne humour un poil déjantée à un regard qui fout les chocottes et vole sans problème la vedette au couple de bobos qui l'emploient ( à savoir Leïla Bekhti et Antoine Reinartz, gentils ). Les enfants, comme souvent, arrivent à être surprenants parce qu'innocents face à la star Viard. La sauce peine à monter par manque de rythme, le film hésitant dans sa première moitié entre la chronique familiale avec nourrice et la mise en place laborieuse d'éléments pour que le thriller devienne efficace par la suite. Et quand on sent le film devenir plus noir, la trame a du mal à se tendre, faute d'une histoire réellement convaincante. 
Ceux qui ont lu le Goncourt 2016, verront sans peine que l'on cherche à tout prix le  suspens psychologique, tout en essayant de glisser vaille que vaille un peu de la critique sociale présente dans le livre, l'assemblage, comme parfois dans le champagne, ne donnant pas un résultant bien convaincant. On a l'impression que les auteurs et les producteurs n'ont pas fait confiance aux spectateurs. A vouloir les faire frémir plutôt que réfléchir, ressentir, ils offrent, en plus d'un contresens du livre, un film au suspens assez plat qui ne vaut au final que par l'interprétation d'une Karin Viard un peu en roue libre. 


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