dimanche 25 décembre 2011

Le temps des riches de Thierry Pech

"Le temps des riches" est un petit précis économique sur les riches en France, simple mais détaillé, qui ne tourne pas autour du pot et qui pose les bonnes questions.
En ouvrant le livre, j'avais bien entendu mon idée des riches, de leur puissance, de leur mode de vie, de leur manière de s'enrichir. Sa lecture ne fait que confirmer ce que l'on sait déjà (avec, en plus, des chiffres récents et précis) : individualisme forcené, réseau social très efficient, transmission de richesse par héritage, échappement à l'impôt par les niches fiscales, générosité minime, enrichissement maximal en période de crise. Hélas pour moi, j'ai également appris, entre autre, que les riches pèsent plus lourdement  sur l'environnement de par leur mode vie mais surtout parce qu'ils servent de modèle de consommation aux classes moyennes avides d'imitation de leur standards de réussite sociale.
Mais Thierry Pech va plus loin dans son analyse, se demandant par exemple comment ce déploiement de richesses exposées sans vergogne dans les pages des journaux populaires ne déclenchent pas un rejet de la part d'une population amenée à se serrer de plus en plus la ceinture. Il nous éclaire sur les mécanismes d'une société française irrémédiablement fascinée par l'argent et le succès et comment ce petit noyau de personnes fortunées gèrent des images propices plus au rêve qu'à la révolte ainsi qu'un discours  faisant de la réussite personnelle une religion.
La lecture de ce livre me semble indispensable pour décrypter tous les discours que l'on va nous asséner dans les mois à venir. Il nous permettra de mesurer l'envie de nos futurs candidats au poste suprême à vouloir mettre en place des réformes d'envergure pour une meilleure équité sociale et un vrai renouveau démocratique.

samedi 24 décembre 2011

A dangerous method de David Cronenberg



Il est des films très intimidants pour le public. "A dangerous méthod" mettant en scène les expérimentations et les échanges de Freud et Jung autour de la psychanalyse est de ceux là.
L'histoire se concentre néanmoins sur le personnage de Sabina Spielrein (Keira Knightley), jeune femme très torturée que Jung (Michaël Fassbender) va guérir et en faire une de ces égales en même temps que sa maîtresse voire le grand amour de sa vie. Freud (Viggo Mortensen)  observera, jugera cette relation trouble car sado-masochiste, à l'aune de ses théories nouvelles et encore fragiles. Autour de ce thème qui rejoint pas mal de ses films précédents, David Cronenberg, déroule une mise en scène ultra classique, corsetée comme ses personnages et faussement lumineuse comme ces lacs suisses aux eaux sombres sur lesquels vogue Jung.
Pourtant le sexe rôde tout le temps, à chaque scène, dans tous les discours. Mais dans cette Europe du début du vingtième siècle, où les femmes, toutes habillées de blancs pour mieux souligner ou imposer leur pureté, où les hommes, coincés par une société aussi raide que leurs faux cols amidonnés, libérer la parole autour de la sexualité reste un tabou.
Le film nous fait assister à ce bouillonnement intellectuel des débuts de la psychanalyse et aux difficultés que rencontre le docteur Jung, tiraillé entre raison et liberté, satisfaction du corps et de l'esprit.
David Cronenberg, un rien machiavélique, utilise à contre emploi Michaël Fassbender, comédien formidable mais aussi, après le fameux "Shame", sex toy ambulant. Il est parfaitement convaincant en médecin tiraillé par ses pulsions, ne dégrafant aucun bouton de ses pantalons impeccables.
Keira Knightley illumine l'écran de sa beauté mais aussi de son talent (quoiqu'en disent les critiques d'outre-manche) même si au début, les crises d'hystérie de son personnage sont un peu surjouées.
Viggo Mortensen, Freud encore fringant, tout en retenu, apparaît uniquement dans les moments les moins palpitants du film, longues scènes d'échanges autour des théories psychanalytiques et malgré la présence tout à fait freudienne d'un gros cigare perpétuellement dans sa bouche, ces moments alourdissent le déroulé du film.
Si vous êtes férus de psychanalyse, si vous êtes fans absolus des acteurs de ce film ou si vous êtes curieux, allez voir "A dangerous méthod". Par contre si vous voulez de l'action, être bousculé par des images dérangeantes comme Cronenberg s'en est fait le spécialiste, passez votre chemin, ce cru ci est plutôt en mode mineur ou très intériorisé.

jeudi 22 décembre 2011

Florent Marchet Noël's songs

A quelques heures du traditionnel réveillon de Noël, la fièvre monte. Les courses sont faites, le menu dort dans votre frigo avant une transformation digne de Masterchef, les cadeaux sont emballés, la déco de table     bien pensée, fera pâlir de jalousie votre belle soeur qui a pourtant participé à "Un dîner presque parfait".
Il ne reste qu'une chose pour que la fête soit réussie, l'ambiance sonore. Il faut qu'elle rappelle Noël,sans être  trop ringarde, vous avez un rang de bobo branché à maintenir. Il hors de question pour vous de passer en boucle Tino et ses tubes frelatés, encore moins les nouveaux duos ringards de Michel Legrand et de ses invités prestigieux mais trop consensuels. Les chorales style petits chanteurs à la croix de bois sont à proscrire tout comme les compils de tous ces chanteurs d'opéras en mal de succès discographiques.
Le problème aurait pu être insoluble, si cette semaine ne sortait une compil tout à fait de bon aloi : Florent Marchet Noël's songs avec le Santa Claus orchestra.
Voici donc un album franchement réjouissant, composé de 15 titres tirés du patrimoine traditionnel (Douce nuit, Vive le vent, ...), du répertoire de chanteurs français connus( Edith Piaf, Barbara, Jean Louis Murat, ...) remarquablement revisités  par Florent Marchet. Un disque pop, aux arrangements lumineux et ludiques qui saura créer une ambiance de fêtes tout en restant un brin caustique, à l'image du chanteur.
On appréciera particulièrement la reprise de "Petit garçon" de Graeme Allwright avec son choriste agacé qui donne à cette scie musicale une saveur nouvelle et la chanson "Dijon, 24 décembre" qui relate comment des cathos intégristes, ont brûlé le Père-Noël pour cause de concurrence déloyale.
Et l'indispensable, l'inusable, "Petit papa Noël", fait-il au moins partie des titres retenus? Rassurez-vous, il y est et repris de fort belle façon. Les paroles niaiseuses ont tout simplement été remplacées par les vocalises aériennes de "La fiancée", chanteuse encore méconnue mais sublime, faisant  de ce morceau patrimonial, une friandise tout à fait écoutable.
Vous pouvez investir sans tarder à l'achat de ce nouvel album de Florent Marchet, si réussi que vous pourrez l'écouter toute l'année, même sur la plage à St Trop', car, ici, nous sommes bien au-delà de la simple compil de saison. C'est simplement un disque pop parfaitement maîtrisé par l'un des artistes le plus doué de sa génération.


Extrait d'Un concert donné par Florent Marchet début décembre à Paris, au café de la danse. Ici, la version de "Petit garçon" en duo avec La fiancée


mercredi 21 décembre 2011

Frankie Knight d'Emile Simon

J'avais laissé Emilie Simon après ces expérimentations avec l'eau et la glace ( La marche de l'empereur) et sa musique végétale (Végétal). Ces albums aux sonorités originales ne m'avaient pas vraiment convaincu, sa voix un peu aigüe et enfantine me crispant un peu. Je l'avoue, c'est avec appréhension que j'ai abordé l'écoute de ce chant d'amour posthume qui sort ces jours-ci.
Avec "Fankrie Khight", fait référence à son compagnon décédé de la grippe A voici deux ans, Emilie Simon nous offre une suite de chants dédiée à sa mémoire, à son amour. Le premier morceau, "Mon chevalier" aux notes cristallines est une chanson qui me fait frissonner à chaque écoute. Pourtant la voix est la même, les notes cristallines qui l'accompagnent évoquent les précédentes productions de la chanteuse,les paroles sont simples et un peu adolescentes, mais il y a une telle sincérité, une telle ferveur, un tel amour qui transparaît, que la magie est là et me bouleverse; Et la suite est de la même trempe. Les compositions plus pops, moins expérimentales, font également des incursions dans le rock ou le jazz.  A chaque fois, je me suis dit que non, là cela n'allait pas être possible, cette petite voix acidulée ne pourrait nous embarquer jusqu'au bout... Eh bien si, elle emporte à chaque fois le morceau, cet amour et ce deuil donnant une puissance inouïe à ses compositions et à son chant.
Pour moi, une vraie surprise, un disque composé comme un chant funèbre mais lumineux et incandescent comme cet amour qui semble habiter la chanteuse et qu'elle sait si bien nous faire partager. Bravo!
La plupart de ces chansons font partie de la BOF "La délicatesse", un film réalisé par les frères Foenkinos qui sort fin décembre.





lundi 19 décembre 2011

Lys & love de Laurent Voulzy

Si pour Noël vous offrez le dernier album de Laurent Voulzy, il va falloir mettre la main à la poche.
Je m'explique. Ce nouvel opus est le croisement étrange entre de la pop, de la musique folklorique, quelques notes de flûtiot, un nuage de choeur de vierges et tout un bric à brac moyenâgeux. Cela donne un ensemble de musiques planantes, pas désagréables qui s'intégreront parfaitement au rayon parfum d'ambiance zen de chez Natures et découvertes. On ne retiendra par contre aucune parole, peu inspirées, où l'amour d'une belle pour son chevalier, nous est conté sur un mode niaiseux et répétitif, sans grand intérêt.
On notera tout de même la participation de Roger Daltrey dans un duo où la voix puissante du chanteur des Who mêlée à celle de  Laurent Voulzy nous renvoie l'image du preux chevalier et de son frêle écuyer. Par contre, nous déplorerons l'absence de Véronique Jannot dont la voix éthérée aurait parfaitement pu s'intégrer à cet ensemble, et dont l'intro de quelques morceaux, proche d'" Aviateur" (1988), nous laisse espérer la présence.
Quoiqu'il en soit, cet album, finalement original par son thème et bien produit, reste  vraiment écoutable. Mais si vous devez l'offrir, et si vous voulez être sûr qu'il soit bien reçu, ajoutez-y une tunique en soie aux motifs bigarrés style baba cool, un joint ou deux, des bâtons d'encens, de la cervoise et si vous avez vraiment les moyens, un jongleur, un ménestrel et un masseur new âge. Là, les conditions d'écoute seront optimales et le plaisir sera total, entre divin et rêverie.
Pour ceux qui ne connaissent pas le tube (paroles Alain Souchon), voici ci=dessous jeanne , premier extrait de cet album..

samedi 17 décembre 2011

Paul au parc de Michel Rabagliati


Derrière un titre du type "Martine" (vous savez cette adorable gamine en jupette qui a privé d'émancipation féminine des générations de fille depuis un demi-siècle), se cache un album rudement plaisant et formidablement émouvant.
"Paul au parc" est le septième album d'une série assez autobiographique entamée voici plus de 10 ans et qui rencontre un grand succès au Québec. Ce succès commence à se propager en France grâce au prix du public obtenu au festival d'Angoulême en 2010 pour le précédent opus.
Retour en arrière pour ce nouvel épisode, nous retrouvons Paul adolescent en 1969. Il a une dizaine d'années, vit dans une famille italo-québecoise tout à fait cocasse, découvre le neuvième art, et rêve d'embrasser le métier d'auteur de bande-dessinée ainsi que la jolie Hélène. Et puis, alors que le Québec subit la pression du FLQ (Front de Libération du Québec), Paul découvre le scoutisme, ses camps d'hiver, d'été, les amitiés et les chefs scouts, attentifs et dévoués. 
A partir de ses souvenirs, Paul Rabagliati déroule un récit tout empreint d'un humour tendre teinté d'un zeste d'émotion. Même si la nostalgie risque de moins opérer de ce côté-ci de l'Atlantique (qui connaît Koko le clown ou le chocolat Abbo ?), j'ai été emporté par son histoire, j'avais l'accent québécois dans l'oreille et je me suis délecté de toutes ces expressions, mélange de vieux français et d'anglicismes.
Avec un dessin de plus en plus beau et au trait clair mais joliment travaillé, l'oeil se régale et aime s'attarder sur des détails, une case, une planche.
Mais ce qui fait la grande richesse de cet album ce sont les portraits de ces adultes qui accompagnent Paul dans son passage dans l'adolescence. Ils sont de ceux qui laissent une empreinte pour toute une vie, héros simples et ordinaires mais qui par leur dévouement offrent à Paul le meilleur terreau pour sa future vie d'homme. Cet album leur rend un vibrant hommage ainsi qu'à ses camarades louveteaux, avec finesse, tendresse et humour. 
Cet album, qui peut se dévorer sans connaître les précédents et qui peut même être une excellente entrée dans cet univers canadien, est donc un petit bijou, un bonheur de lecture, un petit trésor que l'on conseille et que l'on garde dans sa bibliothèque.







vendredi 16 décembre 2011

Partie de pêche de Béatrice Rodriguez

La collection "histoire sans paroles " des éditions Autrement jeunesse nous propose cette rentrée, les troisièmes aventures de la poule et du renard.
Pour ceux et celles qui ne connaitraient pas ces deux héros, sachez que c'est un gros succès de librairie, surtout pour des albums sans texte. Chaque aventure, toujours trépidante, se termine invariablement par un petit coup de théâtre inattendu.
Ce troisième volume ne déroge pas à la règle. Nous retrouvons donc le renard et la poule filant un parfait amour sur leur île. Hélas, le frigo est vide et notre poule doit confier l'oeuf qu'elle couve au renard pour qu'elle puisse partir pêcher quelque nourriture pour subsister.
La partie de pêche ne sera pas de tout repos. Un rapace puis un serpent de mer viendront compliquer les plans de la poule qui finira par retrouver sa maison après moultes péripéties. Et c'est en entrant chez elle que...
Non, je ne divulguerai pas la fin, surprenante comme à l'habitude, avec cette fois-ci, pour un lecteur un peu plus âgé, une interrogation de type scientifico-philosophique un peu dérangeante.
Cette fois-ci encore Béatrice Rodriguez livre un joli album, humoristique, aux illustrations toniques mais aux couleurs tendres. J'ai apprécié le petit côté féministe de cette poule qui finalement est bien plus courageuse que son fiancé mais est surtout une pionnière en matière de procréation. Mais, chuuutt, je n'en dirai pas plus, à vous d'aller découvrir de quoi il s'agit et de réagir selon vos convictions. Un très bon album qui, évidemment de par son concept, engendre la discussion et l'élocution pour les petits qui mettront leurs mots sur ces images toniques.


jeudi 15 décembre 2011

Des vents contraires de Jalil Lespert

Certains jours, je devrai me fier à mon intuition. Dès que j'ai vu la bande annonce "des vents contraires", j'ai bien senti l'ennui, le film pas vraiment emballant mais emballé comme une vague superproduction française avec tout un tas de chouettes acteurs, accompagnés d'enfants craquants et sur un scénario d'Olivier Adam, auteur reconnu et adulé.
Et le résultat est conforme à l'impression : vraiment pas terrible.
Vous me direz : "Oui, mais y'a Audrey Tautou, tout de même !
- Oui, mais elle disparaît dès la première minute pour réapparaître de temps en temps, en rêve, quand son mari (Benoît Magimel)  a trop le cafard de ne pas savoir ce qu'elle est devenue. (Nous, on a déjà fait notre deuil, mais bon, on n'était pas marié avec elle)
- Et Ramzy Bédia, il n'est pas formidable dans son premier rôle dramatique?
- Non, pas transcendant, il n'a pas assez de scènes pour tirer son épingle du jeu et son histoire tombe un peu comme un cheveu sur la soupe.
- Et Isabelle Carré ? Et Antoine Duléry ?
- Ils sont très bien, comme d'habitude, mais ils ne suffisent pas à sauver l'oeuvre."
Ce film n'est pas un polar, mais il aurait pu en être un, tous les éléments y sont. Comme ils n'intéressent pas le réalisateur, le spectateur est prié de se pencher au chevet de cet homme très malheureux et d'admirer tous ses nombreux tourments : solitude, culpabilité, colère, dégoût et j'en passe. Cela aurait pu nous émouvoir mais c'est simplement plat. A trop vouloir éviter le mélo, tout devient lisse, sans saveur. Les personnages secondaires passent dans une suite de scènes dont on voit pas tout à fait l'intérêt, plombant un peu plus la narration. Et je ne parle pas de la fin (ceux qui iront voir le film et qui ne seront pas encore endormis ou sortis risquent  de m'en vouloir), elle nous tombe dessus sans qu'on s'y attende, pour nous surprendre, mais c'est raté, on est déjà en train de se demander ce que l'on va faire à manger ce soir et si finalement on ne mangera pas les restes du poulet...
Le titre était prémonitoire : " des vents contraires" nous poussent vers d'autres films et celui-ci vers une sortie DVD très rapide.



mardi 13 décembre 2011

Parfois je me sens.. d'Anthony Browne

Je considère Anthony Browne comme l'une des figures majeures de la littérature jeunesse de ces 30 dernières années. Ses albums sont un régal pour les yeux et l'esprit. Mes enfants (pourtant ados) ont refusé récemment que je me sépare des aventures de Marcel, ce sympathique singe, qui semble leur avoir laissé un souvenir inoubliable. Personnellement, chaque fois que j'ouvre "Une histoire à quatre voix", je découvre un détail qui m'avait échappé lors d'une de mes deux cents précédentes lectures, me laissant perplexe et admiratif.
Cet automne paraît aux éditions Kaléidoscope, "Parfois je me sens...", un album destiné aux plus petits et qui nous propose de parler des émotions ressenties.
Comme d'habitude, le héros est un petit singe, en salopette colorée qui au fil des pages va nous révéler ses sentiments ou les sensations qu'il éprouve. L'idée est fûtée, sobrement mise en page avec un graphisme  simple voire minimal. C'est agréable, facilement lisible par les jeunes enfants et un excellent déclencheur de discussions ou de remarques. Les lecteurs habituels trouveront la même succession d'images que dans "Ma maman" et "Mon papa", mais en moins fouillées et sans beaucoup de clin d'oeil. Et c'est cette richesse qui me fait un peu défaut et qui manquera aux enfants. J'appréciais quand Anthony Browne s'adressait aux petits sans édulcorer son propos. Dans cette nouvelle parution, c'est surtout l'illustration qui est traitée en mode mineur. C'est bien parce que les albums sur les parents fourmillaient de détails bizarres, drôles, de références au cinéma et à la peinture, que les enfants en réclamaient encore et toujours la relecture, sentant bien, inconsciemment, qu'une richesse cachée ne demandait qu'à se dévoiler.
Un album, pour moi mineur, mais quand c'est d'Anthony Browne, cela reste tout de même au-dessus de la mêlée.

lundi 12 décembre 2011

Les Mohamed de Jérôme Ruillier

Adapter les "mémoires d'immigrés" de Yamina Benguigui en bande dessinée, peut sembler inutile. Il y avait eu le livre et le film. Mais c'était il y a 14 ans, et depuis, de l'eau à couler sous les ponts et l'image des immigrés a été considérablement déformée par de nombreux discours xénophobes.
Cette adaptation en bande dessinée, par un auteur dont le discours de partage et de tolérance à toujours été au coeur de ses productions, est un magnifique et troublant témoignage de ce qui est un des hontes de notre république.
Comme dans le film, nous partageons les témoignages émouvants et révoltants de ces hommes, de ces femmes, qui ont été parqués dans des zones insalubres, comme des pestiférés, pour la plupart coupés de leur famille, travaillant comme des bêtes de somme pour une misère et sans aucune considération, mais aussi de leurs enfants tiraillés entre un héritage lourd à porter, révolte et fureur de vivre.
Mais ce que Jérôme Ruillier apporte de plus avec son dessin au trait simple, représentant tous ses personnages avec des têtes de nounours, c'est un sentiment d'universalité. Nous sommes tous humains, égaux devant la souffrance, le mépris des autres, la bêtise, la peur et l'incompréhension. En nous proposant cette relecture en 2011, l'auteur continue à faire un acte militant, fort et sensible, dans une période à l'avenir incertain.
"Les Mohamed" appuie là où ça fait mal mais avec générosité et quand Jérôme Ruillier ajoute sa touche très personnelle en faisant un parallèle entre l'intégration (heu... l'exclusion) de tous ces travailleurs et celle de sa fille trisomique dans l'école de son quartier, il nous rappelle que le racisme, l'ignorance, l'intolérance sont nichés partout.
On ressort de la lecture de cet album, bouleversé et honteux, mais fin prêt à faire circuler ces "Mohamed"   dans le secret espoir qu'il puisse nous aider à combattre cette ignorance et cette indifférence qui gangrène nos sociétés occidentales.

dimanche 11 décembre 2011

Carnage de Roman Polanski

Aujourd'hui, je suis allé au théâtre. J'y ai vu une pièce de Yasmina Reza interprétée par des acteurs de cinéma (Jodie Foster, Kate Winslet, John C Reilly, Christoph Waltz). Ils jouent des bourgeois assez stéréotypés, un couple de gauche, porté sur l'humanisme et un autre de droite, faisant des profits sans vergogne. Ils s'empoignent pendant 1h20 car le fils des uns a fracassé deux incisives du fils des autres.
J'ai eu droit à toutes les conventions du théâtre bourgeois traditionnel, les artifices grossiers pour faire cohabiter de force ces gens que rien ne retient, les répliques soi-disant vachardes mais qui ne font pas rire et sont un peu répétitives. Je vous rassure, il n'y a pas d'amant dans le placard de cet appartement gentiment bourgeois et bien pensant. Il y a juste Kate Winslet qui vomit avec beaucoup de réalisme et Jodie Foster qui en fait un rien trop dans la haine.
Vous l'aurez compris, le dernier film (?) de Roman Polanski ne m'a pas emballé. Le réalisateur, dont une des spécialités est le huis clos, a visiblement perdu la main ou alors, n'a pas été inspiré par ce qui ressemble à une commande de producteur. Même si l'on peut deviner que ce jeu de massacre entre adultes civilisés, cachant, bien enfouie, une monstruosité qui ne demande qu'à ressortir, thématique souvent développée par Polanski, était un sujet pour lui, le résultat est vraiment très décevant. Jamais le film ne décolle réellement, faute aux personnages sans ambiguité et à une réalisation qui ne fait jamais penser que nous sommes au cinéma. Dommage...

vendredi 9 décembre 2011

Du domaine des murmures de Carole Martinez

Je n'avais pas lu le précédent livre de Carole Martinez, "Le coeur cousu", ma femme, qui l'a adoré, ne me l'avait pas conseillé. "Ce n'est pas un livre pour toi" m'avait-elle dit. Et je lui avais fait tout à fait confiance.
Quand à la rentrée est sorti "Du domaine des murmures", j'ai jeté un coup d'oeil sur les critiques et sur les blogs car une rumeur de grand livre gonflait de plus en plus. Emballement général, essentiellement chez les dames. "Bon, me suis-je dit, ce ne doit pas être pour moi, trop féminin encore." Et puis, je l'avoue, un roman se déroulant en 1187, avec une jeune fille qui se fait emmurer pour prier le Christ... c'était exactement le genre de thème qui ne m'attire pas, l'historico-religieux, très peu pour moi!
Puis, au hasard de mes flâneries, j'ai déniché l'ouvrage dans une bouquinerie, neuf et dédicacé, pas même au prix d'un poche. "Ma femme sera contente, ai-je pensé". Le livre a rejoint ma PAL (Pile à lire) et est resté jusqu'à mercredi dernier, où, moment d'égarement lors d'une après-midi pluvieuse, j'ai ouvert ce qui était devenu le prix Goncourt des lycéens.
Verdict ? J'ai adoré ! J'ai passé un excellent moment dans ces pages formidablement bien écrites, mêlant habilement vocabulaire et syntaxe moyenâgeuse, au service d'une histoire passionnante, construite pour nous surprendre constamment. Car, et c'est là une des prouesses de l'auteur, avec un sujet aussi peu emballant, Carole Martinez, en grande conteuse, attrape ses lecteurs pour ne jamais les laisser tomber en route, comme un grand auteur de thriller ( même si sur la fin, l'intérêt tombe un petit peu).
Ici, même si ça se lit comme un polar, il y a, en plus, une belle réflexion sur la condition féminine. Esclarmonde, l'héroïne, étant plus libre et plus puissante enfermée qu'en liberté, jouissant de ce pouvoir auprès des nombreux pélerins qui la visitent dans sa prison. Quant au caractère religieux qui aurait pu et a rebuté quelques lecteurs, il est tout simplement inhérent à l'époque et permet à l'auteur de nous montrer comment les peuples incultes et affamés, nourris de légendes et de croyances souvent païennes, sont prêts à gober n'importe quelle fable, même les plus improbables, à partir du moment qu'elles sont proférées par des puissants.
Vous l'aurez compris, j'ai été emballé par le livre et je m'en vais l'offrir à quelques personnes pour Noël, signe de vrai coup de foudre.... en attendant la lecture du "coeur cousu"...

jeudi 8 décembre 2011

Shame de Steve McQueen


Beaucoup de bonnes rumeurs précédent "Shame" de Steve MacQueen. Si celles-ci, pour moi, se sont révélées exactes, je ne suis pas sorti de la salle enthousiaste.
Si vous avez lu la presse, vraiment dithyrambique (sauf les inrocks, comme d'habitude), on allait en prendre plein les yeux. Et c'est vrai, on est cloué au fauteuil dès le début, succession de scènes de sexe et de plans très rapprochés de Brandon, trentenaire new-yorkais, à l'aise financièrement, au physique avantageux, qui enfile des filles comme d'autres des perles mais qui est seul, très seul. Je vous rassure, il se masturbe aussi, partout, tout le temps et avant de s'endormir, il s'excite également sur internet. Il est sex addict mais cela n'a pas l'air de le rendre heureux du tout, ses yeux éteints, froids et perdus glacent le spectateur.
Brandon, c'est Michaël Fassbender. Il est totalement impressionnant et mérite amplement son prix d'interprétation à Venise. Il faut dire qu'il paye de sa personne, donnant à son personnage une intensité incroyable. Si nous n'ignorons rien de son intimité à cause (ou grâce diront certain(e)s) à la caméra du réalisateur, toujours collée à lui, le suivant amoureusement dans son chemin pavé de sexe, c'est pour mieux entrer dans cet enfer quotidien dans lequel il est enfermé. Et là, le réalisateur, fait des merveilles, multipliant des plans audacieux sans être vulgaires, stylisés sans devenir ampoulés, le tout enveloppés avec une musique somptueuse.
Mais voici que débarque chez lui, sa soeur, Carey Mulligan  encore une fois très bien, jeune chanteuse paumée, à la recherche de l'affection de son frère. Leur relation houleuse va petit à petit devenir le déclencheur de la prise de conscience de la part du héros, de son état de dépendance.
On pourrait penser que j'ai adoré cette description talentueuse d'une maladie dont le cinéma ne s'est guère emparé pour l'instant. Cependant, j'y mettrai un bémol. Le résultat est visuellement impressionnant, les scènes de sexe, pourtant crues, jamais aguicheuses, les comédiens parfaits et la musique finement choisie.
Cependant, je trouve que le scénario patine un peu au fur et à mesure que se déroule l'histoire pour arriver à une fin un peu trop mélo à mon goût. J'ai l'impression que l'on a privilégié le style au détriment d'une analyse plus poussée du personnage central, comme si la virtuosité d'une caméra et d'un comédien suffisait à pallier les manques d'un scénario pas assez ambitieux.