mercredi 28 décembre 2011

Le Havre de Aki Kaurismäki

Je le dis tout de go, j'ai détesté le dernier film d'Aki Kaurismäki "Le Havre". Oui, je sais, il y a en ce moment dans la presse une pub pour lui, où claquent : "Un enchantement"" ou " Lumineux" ou encore "Magistral". Je sais que toute la critique française et même mondiale crie au génie, que c'est parait-il un pied de nez à la politique de Claude Guéant, que le réalisateur finlandais a réalisé un bijou d'irréalisme mais je persiste, pour moi, c'est une grosse daube.
D'abord, il y a l'histoire, du genre bien pensante mais traitée façon conte : Oyez bonne gens comme la police française est méchante avec de pauvres et gentils sans-papiers. Regardez comme de pauvres français peuvent être bons alors qu'ils vivent avec trois fois rien...Il y a Marcel  Marx, un gentil cireur de chaussures qui va prendre sous son aile un brave petit clandestin, aidé de ses amis la boulangère et l'épicier. La femme de Marx, Arletty, doit aller à l'hôpital pour essayer de soigner un mal vraisemblablement incurable et est donc totalement inopérationnelle dans la lutte contre Monet, le méchant policier et un voisin collabo, qui voudraient faire reconduire fissa le jeune Idrissa à la frontière qu'il n'aurait jamais du franchir.
Raconté comme ça, cela peut sembler intéressant. Et puis un film de plus pour déplorer la politique actuelle d'immigration, c'est toujours bienvenu. Seulement, ici, le traitement façon Amélie Poulain à la sauce finlandaise est dur à avaler. Je veux bien que la magie du conte nous fasse cohabiter des taxis Peugeot 403 avec des téléphones portables, que des policiers bien d'aujourd'hui se garent à côté de R16, que les épiciers présentent leurs légumes sur des carrioles à roulettes alors que les centres villes regorgent de CIC et autres Pimkie.
Ensuite, il y a les acteurs, à qui le réalisateur leur a demandé de "ne pas jouer pour acquérir une image raide et autoritaire".Ainsi, chaque fois qu'André Wilms ouvre la bouche, c'est pour proférer une sentence pompeuse sur un ton tellement faux que l'on oublie quel bon acteur il peut être. Quand apparaît Jean Pierre Léaud, on a l'impression qu'il est doublé. Peut être était-il trop juste pendant la prise et qu'au montage on a préféré lui adjoindre cette voix idiote... Mystère. Quant à Kati Outinen, elle lache ses répliques avec application, c'est phonétiquement parfait, mais on n'a pas du avoir le temps de lui donner le sens exact. L'avantage pour elle, c'est que cela lui est facile d'être au diapason avec ses partenaires, tous plus faux les uns que les autres.
Tout ça, pour moi décrédibilise totalement le propos avec, ajouté à cela, une image particulièrement laide (mais je ne doute pas qu'elle a été énormément travaillée et pensée) qui surligne le propos de manière redondante. Ils sont pauvres donc tout doit être laid, misérable et minable.
Cerise sur le gâteau, nous avons droit à une chanson live, en entier, de Little Bob Story (?!), "le Presley de ce royaume" dixit Aki Kaurismäki, car figurez-vous que ce pauvre cireur de chaussures, organise, à ces moments perdus, des concerts de rock!!
A ce moment là du film, soit on sort, ce que certains ont fait, soit on répond à son portable qui sonne, ce que ma vieille voisine a fait malgré le mécontentement de ses voisins, soit on assiste stoïque et au bord de l'endormissement à la conclusion de ce qui restera pour moi un des plus mauvais film du festival de Cannes.
Le Havre



3 commentaires:

  1. Perdue dans mes dunes je vais très peu au cinéma, mais j'avais eu envie d'aller voir Le Havre...jusqu'à ce que des extraits où je trouvais que tout sonnait faux (même Daroussin) me fasse hésiter, et que ton post enfonce le clou!
    Je lirai un livre et j'irai me balader à la place.

    RépondreSupprimer
  2. Devant le nombre de critiques positives, je commençais à désespérer de voir des critiques négatives...mais voilà que je tombe sur la votre.
    Ça fait du bien de voir une autre personne qui a eu le même ressenti que moi face à ce film.

    RépondreSupprimer
  3. J'ai découvert votre critique sur allociné et je dois avouer qu'elle représente une véritable bouffée d'oxygène au milieu d'un tsunami de critiques louangeuses du petit milieu politico-médiatique mondain. Mes impressions "à chaud" après avoir vu le film ce soir :
    1/ Kaurismäki a opté pour le parti pris artistique de faire éclater une grande humanité solidaire dans un monde marmoréen. C'est raté. Chaque intervention, chaque bribe de dialogue sonne faux et verse dans le grotesque (à part peut-être quelques conversations de comptoir qui apportent un peu d'authenticité, les acteurs n'étant peut-être pas professionnels). La démarche initiale semblait intéressante mais il en résulte un véritable gâchis artistique.
    2/ Le film, sous ses prétentions de dénonciation sociale crypto-subversive, se conforme parfaitement à l'air du temps, et fait l'éloge de l'émigrationisme. C'est un choix politique qui se défend bien sûr. Mais le scénario aligne un tel chapelet de poncifs rabâchés qu'il en devient manichéen et caricatural (aaah le cliché persistant du vilain Français dénonciateur versus les gentils immigrés...). Ce film me fait regretter la grâce, la justesse, l'émotion du réalisme italien (La terre tremble, Le voleur de bicyclette ou alors, pour redécouvrir les grands classiques, un bon Chaplin).

    Dommage, comme évoqué précédemment, "Le Havre" bénéficiait pourtant d'une trame intéressante. Voilà un film que le bobo parisien pourra déguster histoire de se donner bonne conscience, avant de retourner dans son loft du IVe. Le spectateur critique, quant à lui, continuera à bouder ce type de films qui fleurissent ces derniers temps en trouvant largement écho via les instances et les médias officiels.

    RépondreSupprimer

Le discours de Laurent Tirard

 Maintenant que la jauge des cinémas est à 65 %, commencent à sortir les comédies françaises à potentiel, c'est à dire celles qui ont de...