dimanche 5 janvier 2014

Editeur ! d'Emile Brami



Bien loin de son précédent roman " Le baiser blanc ", Emile Brami nous propose un portrait du monde de l'édition sous la forme d'une grosse farce assez savoureuse.
Elie Benarous, écrivain talentueux mais méconnu, vivotant grâce à une galerie spécialisée dans l'Art brut, se retrouve harcelé par un admirateur richissime et grotesque, un dénommé Bernard Cisse, créateur d"un empire alimentaire démarré à partir d'un pâté en conserve immonde. Le puissant industriel, veut diversifier son activité en créant une nouvelle maison d"édition et nomme à sa tête notre pauvre écrivain. Habitué à diriger tout, à ce qu'on lui obéisse au doigt et à l'oeil, il va faire appliquer ses méthodes de nouveau riche et ses goûts de beauf dans le milieu ultra codé du monde de l'édition. Installé avenue Foch dans un luxueux appartement clinquant et entouré d'une bande improbable de directeurs littéraires ou financiers, le pauvre Elie va vivre deux années absolument insupportables...
Visiblement Emile Brami connaît bien ce qu'il décrit ayant lui même participé à la création d'une maison d'édition. La caricature est savoureuse, drôle et bien vue et bourrée sans doute de souvenirs personnels.  Par curiosité, j'ai navigué sur le site de la maison d'édition de "L'éditeur" chez qui il fut directeur éditorial. Je n'y ai pas trouvé des titres aussi ringards que "Emile verra Rennes" ou "Quatre balles dans le Dubuffet".... Par contre, il semblerait que les magnifiques bureaux aux tentures rouges décrits dans le roman viennent bien de là et il y a bien eu quelqu'un pour demander haut et fort le jour de la fête de lancement si c'était une maison d'édition ou un lupanar (Eric Naulleau, pour ne pas le citer). 
Bien troussé, agréable à lire, "Editeur!" est une jolie friandise qui saura vous détendre entre deux romans plus plombants. Cependant, avant d'en terminer, je voudrai citer quelques lignes de ce roman. Emile Brami, qui brosse vraiment un sacré portrait de l'édition d'aujourd'hui, n'épargne personne dans son jeu de massacre, y compris les blogueurs qui sont présentés ainsi (page 58 ) : " ...blogueurs, ces jeunes gens aux dents longues, critiques autoproclamés aux lectures incertaines, à la grammaire et à l'orthographe approximatives, qui pullulent sur le Net et prétendent désormais modeler l'opinion." et plus loin (page 119) : "...les blogueurs, sans autre légitimité que celles s'arrogent , dont la parole ne vaut ni plus ni moins que celle du consommateur qui donne son avis accoudé au comptoir, fabriquent de la monnaie de singe avec l'espoir de la voir convertir en espèces sonnantes et trébuchantes.Il rêvent d'échapper dès que possible à l'espace virtuel qui les aura fait connaître pour revenir à la réalité, d'être enfin imprimés sur du bon vieux papier, que les billets de Monopoly accumulés sur la Toile se transmutent, même à perte, en euros."
La caricature est juste et bien vue, mais pourquoi alors, moi, blogueur, ai-je reçu ce roman, dédicacé,  en avant-première ? Je sais !!! Pour prendre un leçon d'écriture ! (parce que oui, Emile Brami est un bon écrivain, lui !). 

2 commentaires:

  1. Je trouve un peu choquant ces propos sur les blogueurs, s'ils sont le reflet de ce que pense l'auteur (et non son personnage). Pourquoi "taper" sur des gens qui consacrent leur temps à la lecture, achètent des livres, entretiennent la pluralité des opinions, poussent éventuellement d'autres personnes à lire, alors que nous le faisons tous (blogueurs et blogueuses) et cela sans contrepartie financière ?! Ce genre de propos ne me donne pas le moins du monde envie de critiquer un livre comme celui là ! :-)

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  2. Oui tu as raison sur toute la ligne ! Comme le roman est une farce, je l'ai pris pour un pastiche (même si je pense que l'auteur égratigne au passage ).

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