vendredi 16 mai 2014

La chambre bleue de Mathieu Amalric


C'est un film étrange. En sortant de la salle, on est un peu déçu, et puis, il s'insinue en vous au fil des heures. Des images réapparaissent furtivement dans votre mémoire, continuant à vous intriguer, vous poursuivre. 
L'histoire est classique. Des amants dans un hôtel se retrouvent pour faire l'amour. Mariés tous les deux, ils vivent cette passion charnelle avec frénésie. Mais la mort de l'époux de l'une puis de l'épouse de l'autre va gripper cette belle harmonie. Qui a tué ? Sont-ce des amants diaboliques ? L'un a-t-il manipulé l'autre ? 
Intrigue classique, peut être un peu datée pour se dérouler de nos jours. (Aujourd'hui, on se débarrasse d'un conjoint par le divorce ou alors l'amour rend fou mais dans ce cas là, on trucide tout le monde, enfants compris !) Je l'avoue, en regardant les premières scènes, j'ai eu l'impression que Mathieu Amalric, mettait en scène de façon un peu narcissique et un brin exhibitionniste sa relation avec sa compagne à la ville et partenaire ici. Ils ont de beaux corps qu'ils exposent sans trop de pudeur mais avec une image soignée. La sensualité est là et sert évidemment le film. Puis l'histoire prend une autre allure. L'enquête commence, menée par un juge prenant de plein fouet cette passion qui l'interroge plus en profondeur qu'il n'y paraît, mais nourrie à l'écran par un montage sophistiqué de flash-backs eux même composés de plans fixes, s'attardant sur des petits détails. Cette manière impressionniste d'irriguer le récit donne au film un aspect fouillé sans être vraiment ardu. Ce procédé est de plus magnifié par une très belle photo vraiment inspirée. Cependant, le réalisateur  n'arrive pas à gommer l'aspect suranné du roman, même si à l'image l'opposition de la maison ultra moderne et glaciale du personnage principal avec la chambre bleue puis la cour de justice est plutôt bien vue. Alors on regarde tout cela avec intérêt, tout en se demandant où cela va aboutir, car on se rend compte assez vite que trouver le ou les coupables n'est peut être pas le but premier. On se situe dans une zone floue incluant une plongée dans l'intime d'un homme qui doute ou qui dissimule et le jeu d'un cinéaste avec tous les codes du polar judiciaire. Sur le moment, on admire la maîtrise de tout cela mais sans être totalement convaincu. On en ressort un peu déçu mais, et c'est sûrement la force de cette "chambre bleue", les images m'ont poursuivi pourtant. Le fait que l'histoire garde ses zones d'ombre associée à ces plans si précis et si marquants du réalisateur, donne un film pas si anodin que cela dégageant, au final, un parfum subtil et entêtant qui restera dans les esprits.







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