samedi 23 août 2014

Sils Maria d'Olivier Assayas


J'ai vu le must de la rentrée cinématographique si l'on en croit les gazettes ! J'ai admiré Juliette Binoche et Kristen Stewart dans le nouveau film d'olivier Assayas. Qu'importe qu'il soit revenu bredouille de Cannes, en août c'est lui qui obtient la palme du boniment, de l'oeuvre injustement boudée. La presse dégouline de superlatifs, d'admiration tout en ne proposant généralement qu'une seule et même photographie de Juliette Binoche en robe du soir Chanel.
Il faut bien ce rouleau compresseur médiatique pour faire courir les spectateurs dans les salles pour aller se passionner aux interrogations intimes d'une comédienne célèbre (Binoche) se trouvant confrontée à une jeunesse aux dents longues qui la chassera impitoyablement du haut de l'affiche et aux vertiges d'une pièce de théâtre qui n'est finalement qu'un représentation de sa propre vie.
Le sujet, essentiellement destiné à une élite de spectateurs concernée par les affres de la création et les interrogations de la fugacité de son aura à l'intérieur du star system, va avoir du mal à alpaguer le populo. Peut être que quelques ados énamourés, attirés par la présence de Mlle Stewart, se risqueront à aller grignoter quelques popcorns avant de soupirer en s'apercevant que non, ce n'est pas un succédané de "Twilight". D'ailleurs, je me demande si tout ce tam tam assourdissant n'est pas là pour essayer d'amortir au maximum le cachet (surement exorbitant) de la jeune star hollywoodienne.
Essaie-t-on encore une fois de nous faire prendre une vessie pour une lanterne ? Pas tout à fait quand même, le film a des qualités mais pas au point je pense d'entrer dans la légende du cinéma !
Composé en deux parties et un épilogue, "Sils Maria" emporte tout d'abord l'adhésion dans le descriptif de l'univers de la star. La caméra sait rendre le rythme trépidant d'une vedette surbookée et qui apprend la mort de l'auteur qui l'a lancée. Aidée par une jeune secrétaire ( Mlle Stewart avec des lunettes pour faire sérieuse) qui filtre et organise sa vie comme un cerbère dévoué, la star va devoir affronter les médias (lunettes de soleil, visage fermé), un hommage à l'auteur ( rayonnante et profonde) et sa vie de tous les jours (pleurante car compliquée par un divorce ). Dans cette évocation la caméra d'Assayas est étonnante de précision et sait très bien rendre le stress qui enveloppe la comédienne. Par contre, et cela on s'en apercevra lors de la deuxième partie, on ne sent aucun rapport de proximité avec sa secrétaire, très présente certes mais vivant sa vie en marge. Et ce n'est pas la scène d'intimité entre elles, au bord d'un lac, qui soude un tant soit peu le duo. Intimité est un bien grand mot. Disons qu'à un moment, après une balade, la star veut prendre un bain, se met nue et demande à sa secrétaire de la rejoindre dans l'eau. Cette dernière se déshabillera mais restera en sous vêtements (et là on s'aperçoit à l'écran que Mlle Stewart, sûrement très prude, à l'américaine, porte un boxer sous lequel elle met un slip!), pensant surement que cette envie soudaine de nudisme n'est qu'une folie de vieille personne surement ex soixante huitarde.
La deuxième partie est le choeur du film. La star va rejouer la pièce qui l'a fait connaître  mais dans une autre rôle, celui de la femme vieillie. En  répétant son texte avec sa secrétaire qui lui lance les répliques du personnage plus jeune, la star va s'apercevoir que la pièce ressemble étrangement à ce qu'elle vit et les avis de sa collaboratrice vont  sérieusement l'ébranler. Il sera question de désir entre elles, de création, de temps qui flétrit les plus jeunes .... Le problème, pour moi, ici, est que ça ne fonctionne pas ! Le texte répété est assez tarte et ne donne aucune envie de le voir jouer ( une sorte de Tchéchov à la sauce Bergman mais sans le génie des deux). Si Juliette Binoche arrive à être crédible en comédienne devant passer le flambeau, Kristen Stewart semble penser que pour le cachet minable que lui ont donné les producteurs français, porter d'affreuses lunettes est le maximum qu'elle puisse donner! Le film s'enlise dans un ennui distingué. Théoriquement, sur le papier, on peut penser que nous touchons un sommet d'intelligence et de sensibilité. C'est surement le cas mais, malgré l'élégance de la mise en scène et le rajout d'un face à face avec une jeune actrice qui monte, le film peine à convaincre et à passionner. Sinon, comme d'habitude, Binoche fait du Binoche (très bien ), c'est à dire qu'elle pleure, rit, pleurniche, éclate de rire, sanglote. Elle porte le film sur ses épaules, arrivant à sublimer des répliques et des situations assez ampoulées.  Dommage que sa jeune accolyte ne soit pas au diapason, se contentant de gérer sa carrière naissante en essayant une incursion dans le cinéma dit d'auteur... Pas sûr qu'elle ait choisi le bon cheval... ou qu'elle soit la jument idéale .




2 commentaires:

  1. Ah! Vous faites partie des gens qui vomissent l'élitisme et pensent faire bonne figure en vantant "le populo", sans omettre de citer tchechov :-p (on sait jamais, faudrait pas vous prendre pour un imbecile non plus). Désolé pour ce commentaire inconvenu et digne de vous

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  2. Je trouve pour ma part ce commentaire très rafraîchissant. J'ai failli y aller car j'aime beaucoup Juliette Binoche mais des amis m'en ont dissuadé. J'ai l'impression que cela fait effectivement partie de ces films élégants mais très ennuyeux que personne n'ose critiquer.

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