mercredi 20 mai 2015

La loi du marché de Stéphane Brizé



Thierry, 51 ans, au chômage,  râle. Pourquoi le pôle emploi lui a fait faire une formation de grutier alors que le créneau est bouché et que le matériel sur lequel il a officié est obsolète ? Thierry continue de râler face à ses anciens de collègues licenciés, il vaut tourner la page, un point c'est tout ! Thierry courbe le dos, souvent, de plus en plus, lors d'un entretien d'embauche via Skype où l'on fait la fine bouche devant son CV trouvé peu vendeur, lors d'une critique d'un entretien filmé par Pôle emploi où d'autres exclus du monde du travail comme lui le jugent sans complexes. Le peu de dignité qui lui reste est brisé lorsque une banquière sans scrupule lui propose des projets qui vont l'emmener tout doucement vers la précarisation.  Mais Thierry lutte encore un peu pour vendre à un prix raisonnable le seul bien qu'il possède, un mobil-home vieillissant. La vente lui permettrait de financer les études de son fils handicapé. Seulement, face à lui, des gens aisés tentent de profiter de sa situation pour l'acheter à très bas prix. Et puis, Thierry trouve un emploi, dans un supermarché, comme vigile. Thierry alors courbe l'échine, se tait, encaisse. Son emploi, c'est  sa bouée de survie dans un monde sans pitié pour les affaiblis...
"La loi du marché" est fondamentalement un film irréprochable. Il pointe les mécanismes vicieux d'un système ultra libéral où tout le monde est prêt à écraser tout le monde, comme des naufragés trop nombreux pour grimper dans le même et unique canot. Jamais démonstratif et grâce à des dialogues souvent hallucinants de vérité et une mise en scène proche du documentaire, il plonge le spectateur au coeur de cette violence insidieuse qui anéantit le travailleur contemporain. Composé d'une succession de scènes montrant rarement des moments de bonheur, le film touche intimement sans être didactique. 
Vincent Lindon se fond totalement dans le personnage de Thierry et ne jure jamais au milieu d'acteurs non professionnels. Il renfile encore une fois sa veste de taiseux bouillonnant intérieurement mais ne surprend pas pour autant. Il est bien évidemment un atout supplémentaire pour le film qui, par ailleurs, pêche un petit peu côté rythme. Quelques scènes auraient mérité d'être raccourcies, s'enferrant quelquefois dans une redite lassante, comme si le réalisateur n'avait pas une totale confiance en ses images et en la compréhension du spectateur. C'est filmé à l'os mais monté plus lâche et du coup le film patine par moment, annihilant un peu la tension du dispositif mis en place. 
Il semblerait que cette saison, les cinéastes français soient inspirés par les hypermarchés ( Discount ou Jamais de la vie ) devenus les symboles de notre système libéral, microcosmes exemplaires pour décrire les errances d'un système implacable et pas forcément à bout de souffle. Le porte-voix cannois a mis très justement en avant cette loi du marché pas joyeuse pour deux sous, prouvant ainsi que derrière les paillettes, il existe un écosystème qui propose des oeuvres militantes de qualité. Si nous voulons préserver cette diversité, ces points de vue essentiels pour une pluralité des regards et des sensations, même si le film possède à mon avis quelques défauts, il mérite amplement sa vision en salle, ne serait-ce que pour prouver que la loi du marché, la vraie,  ne passera pas par les amateurs de cinéma.





7 commentaires:

  1. J'ai prévu d'aller le voir dans la semaine.
    Il fait un tabac à Cannes. Peut être le prix d'interprétation pr Vincent Lindon ? ;)

    RépondreSupprimer
  2. Bonsoir Pierre D, le film est dans l'ensemble très réussi. Je le conseille absolument et pourtant on ne voit aucune lueur d'espoir à la fin. Bonne soirée.

    RépondreSupprimer
  3. Troublant de réalisme. Quel film...et quel acteur.

    RépondreSupprimer
  4. Oui c'est vrai, ceci dit je l'ai préféré dans les deux précédents film du réalisateur...

    RépondreSupprimer
  5. Je crois que j'avais loupé"pour quelques heures de printemps". Il faut absolument qd je corrige cela:-)

    RépondreSupprimer
  6. Vu et chroniqué ce soir si ça te dit de passer dans le coin ;)
    Perso, j'ai été bouleversé autant par le film que par Vincent Lindon. Quelle Palme méritée !

    RépondreSupprimer
  7. Difficile pour moi de trouver un intérêt à ce film plein de clichés . Les pauvres et les caissières sont des voleurs en puissance et passent même à l'acte par nécessité . Ce chômeur ne veut pas être celui par qui le licenciement arrive . Il y a une personne handicapée , le fils du chômeur et un suicide celle dont le fils se drogue . Il manque un homosexuel éventuellement porteur du sida ou ........
    Des clichés , rien que des clichés plutôt bien joué surtout l"épouse . .

    RépondreSupprimer

Au coeur des abstractions, Marie Raymond et ses amis de Victor Vanoosten / Musée de Tessé Le Mans

 Désormais Paris et ses grandes expositions ( souvent hors de prix) peuvent trembler sur leurs cimaises, la province...heu les régions... jo...