mercredi 4 janvier 2012

Formose de Li-Chin Lin

Ce que je trouve formidable avec  le roman graphique, c'est qu'il me permet de lire sur des sujets que je n'aurai pas forcément eu l'envie d'explorer sous la forme classique du livre/document. Ainsi beaucoup d'auteurs nous donnent des nouvelles du monde de façon plaisante mais non simpliste (Guy Delisle, Charles Manson, Marjane Satrapi en sont les parfaits exemples) avec un bonus non négligeable : le dessin qui permet d'exprimer de façon plus frappante toute la gamme des sentiments et des émotions.
Avant la lecture de "Formose", je n'avais, je l'avoue, qu'une idée vague de l'histoire de Formose et de la vie qui s'y écoule, pas aussi paisible que pourrait le laisser penser le peu d'informations qui nous parvient de nos médias auto-centrés.
Le livre de Li-Chin Lin nous permet de compléter durablement notre connaissance de ce pays plus connu sous le nom de Taïwan. Il faut dire que l'histoire de cette île est un peu complexe. Peuplée au départ d'aborigènes, puis colonisée par les portugais, les hollandais, les chinois, puis plus récemment par les japonais qui, en 1945, suite à leur défaite, la cèdent de nouveau à la Chine, pour finir de base de repli aux chinois opposants à Mao en 1949. Toutes ces colonisations successives, avec les répressions qui vont avec, donnent une population tiraillée entre plusieurs cultures et subissant un endoctrinement quotidien.
Tout cela nous est raconté dans "Formose" sous la forme des souvenirs d'enfance et d'adolescence de l'auteur. Même si, parfois, j'ai été un peu perdu dans ce tourbillon d'informations politico-sociologiques quelquefois absurdes (la culture japonaise et sa langue sont honnies, mais il existe des bibliothèque de prêts de mangas), l'auteur arrive à nous faire partager ses colères, ses doutes et ses combats. Son dessin faussement naïf apporte à sa narration à la fois une certaine fraîcheur bienvenue dans ce monde taïwanais formaté mais aussi une illustration parfaite de sa révolte face aux contradictions de son pays. Li-Chin Lin est très dure envers son pays natal et on comprend très bien qu'elle ait eu envie de le quitter pour des contrées plus démocratiques. Elle vit maintenant en Europe, en France très précisément où elle continue d'exercer son regard aiguisé. Les quelques pages qu'elle consacre à sa vie en terre européenne sont toutes aussi mordantes que celles réservées à Formose, égratignant subtilement le pays des droits de l'homme et la soi-disant terre de tolérance que devrait être la Suisse.
Cet album, édité chez Ca et là, est une jolie surprise dont le côté un peu maladroit de la mise en page est largement compensé par un propos fort et intelligent. A découvrir.
PS : Si par bonheur, vous devez lire cet album, sachez qu'un résumé historique est proposé dans les dernières pages ( au début aurait été plus judicieux). lisez-le avant dde vous embarquez pour Formose. Votre lecture en sera plus facile et agréable.

lundi 2 janvier 2012

Limonov d'Emmanuel Carrère

Profitant de quelques jours de vacances, j'en ai profité pour me plonger dans ce qui semble être le roman de la rentrée, plus fort que le Goncourt et le Médicis réunis, je veux parler de "Limonov" d'Emmanuel Carrère couronné du prix Renaudot.
Sauf si vous habitez au fin fond de la Sibérie ou si la littérature ne vous intéresse pas, vous savez déjà que l'auteur de "La classe de neige" et de "L'adversaire", nous propose cette fois-ci un portrait d'Edouard Limonov,     homme pas tout à fait sympathique, à la fois auteur russe underground, homme politique (?) aux idées ambigües et personnage évidemment romanesque.
Ce livre, très facile d'accès grâce à une écriture légère et précise, n'est pas vraiment un roman, mais pas non plus une biographie au sens habituel du terme. Emmanuel Carrère profite de la vie de Limonov pour nous retracer cinquante ans d'histoire russe de 1942 à aujourd'hui. C'est complètement passionnant, même si cela passe par moment par le prisme de son héros, qui fréquente plus les bas fonds que le pouvoir, assez facilement des généraux infréquentables et des intellectuels aigris. L'auteur nous balade d'une banlieue sordide ukrainienne, au Moscou bohême des années Brejnev, puis l'exil dans les bas-fonds new-yorkais dans lesquels Limonov sera tout à tour clodo, dragueur de grands blacks gays, majordome et j'en passe. Puis ce sera le Paris des années Palace et de l'Idiot international de Jean Edern Hallier pour revenir en Russie après un détours par le conflit serbo-croate. On ne s'ennuie pas un instant et en plus tout cela nous remet en mémoire des noms, des événements que j'avais, pour ma part, un peu oubliés.
Et puis, s'ajoute à cela, Emmanuel Carrère, qui, comme dans ces derniers ouvrages, est très présent dans le livre. Il nous parle de lui, de sa mère, grande spécialiste de la Russie et même son père est évoqué, pour la première fois je crois. Si dans "Roman russe", il apparaissait sous un jour plutôt déplaisant et dans "D'autres vies que la mienne" il éclairait une partie plus solaire de sa personne, ici, dans "Limonov", il semble plus tourmenté (normal me direz-vous pour un livre qui parle de la Russie). J'ai l'impression qu'au milieu de ses projets littéraires ambitieux, il essaie, en creux de nous parlait de lui, comme s'il avait des comptes à régler avec les siens, son passé, sa vie. Je me trompe peut être, mais je le sens comme un peintre pointilliste. Son portrait est à peine commencé, nous n'avons droit qu'à quelques points de-ci, de-là, mais ses prochains ouvrages risquent de compléter un peu plus le tableau, jusqu'à délivrer une photo plus nette de sa personne.
Quoiqu'il en soit, on sent qu'Emmanuel Carrère éprouve une fascination trouble pour Limonov et qu'il sait parfaitement nous la faire partager au travers d'un livre hautement recommandable.

samedi 31 décembre 2011

La délicatesse de David et Stéphane Foenkinos

Quand je me suis assis dans mon fauteuil pour la projection de "la délicatesse", je ne m'attendais à rien de bien merveilleux. La production romanesque de David Foenkinos ne m'emballe pas et cette manie, prévue vraisemblablement sur leurs contrats rudement négociés par des agents littéraires, qu'ont maintenant les auteurs à adapter leur best-seller au cinéma, n'a pas donné jusqu'à présent des chefs d'oeuvres inoubliables (le Houellebecq de sinistre mémoire).
Résultat de la projection: une comédie romantique très agréable et très plaisante qui m'a fait passer un très bon moment.
Tout d'abord un grand coup de chapeau aux deux acteurs principaux, Audrey Tautou et François Damiens, absolument épatants. Ils incarnent à merveilleuse, elle, cette jeune veuve murée dans son deuil et investie uniquement dans son travail et lui, ce suédois moche, maladroit mais tendre. Ils sont touchants et complètement crédibles, même si François Damiens n'est pas totalement moche  et Audrey Tautou n'a pas la trempe d'une Yoko Ono, de celles qui sont capables de briser le plus grand groupe de rock du monde (réplique du film).
Ensuite, et c'est l'autre force du film, ils sont entourés de vrais seconds rôles, tous parfaitement campés par des acteurs de choix. Mention spéciale à Bruno Todeschini en patron, porté sur le harcèlement et amoureux transit et à la toujours épatante Joséphine de Meaux qui en meilleure amie de l'héroïne, prouve l'étendue de son registre en sortant un peu des coincées ou des fofolles que l'on se plait à lui faire jouer habituellement.
Bien sûr, ce n'est le chef d'oeuvre de l'année. On sent bien que les réalisateurs ont eu un peu de mal à adapter le livre, hésitants entre narration classique, moment clipesque et utilisation de voix off. Qu'importe aussi qu'Audrey Tautou soit aussi mal habillée, un festival de fringues plus moches les unes que les autres, aux couleurs hideuses et aux imprimés douteux (quand vers la fin du film, elle doit revêtir les vêtements de sa grand-mère, elle est presque chiquissime).
Toutefois, cette comédie romantique dégage un parfum délicat, en délivrant un très joli message romantique mais pas niais. En critiquant le regard formaté de nos contemporains, obnubilés par l'apparence des choses et des êtres, elle sait devenir ironique et grinçante, en douceur et avec une vraie délicatesse. C'est le petit plus qui me fait recommander ce film à tous ceux qui aiment passer un bon moment au cinéma, avec de bons acteurs et sans prise de tête excessive. Un vrai spectacle pour bien finir ou commencer l'année.

PS : ceci est mon centième posts depuis mi-août. Je suis heureux qu'il soit consacré à un film agréable.
Je profite de l'occasion pour remercier toutes les personnes qui viennent me lire (quel courage!) et je leur souhaite une merveilleuse année 2012 pleine de découvertes, de bonheur et de joies.
A l'année prochaine sur le blog ou ailleurs...


vendredi 30 décembre 2011

Agnès de ci de là Varda d'Agnès Varda

Je viens de passer cinq heures devant ma télévision. Oui cinq heures! Et ce fut un émerveillement.
Non ce n'était pas le bêtisier de France 3 en boucle, ni la saison 6 de Plus belle la vie, encore moins une compil de tous les grands événements sportifs de l'année 2011 (je m'en contrefous).
J'ai visionné les 5 épisodes d'une série proposée par Arte la semaine dernière par Agnès Varda et que l'on a eu l'excellente idée d'éditer en DVD. Ces 5 reportages d'une heure sont les pérégrinations de la réalisatrice autour du monde, avec l'ambition de nous parler de l'art et des artistes qu'elle admire. Et c'est éblouissant.
Au départ, je m'étais dit que j'allais en regarder un de temps en temps, mais je n'ai pas pu résister à tout visionner d'un coup tellement ces films sont des stimulateurs de neurones, des passeurs de bonheur et d'intelligence.
Parler d'art en image, sans être rasoir ou pompeux ou pédant est rare. Ici, par la magie du regard tendre, précis et artiste de la réalisatrice, tout est simple, surprenant, beau et accessible. Son oeil vagabonde de ci, de là, parlant d'elle, de sa vie mais surtout des autres, de tous les autres, les artistes bien sûr, mais aussi des hommes, des femmes, anonymes dont elle sait en quelques secondes nous faire partager une lueur de beauté, de présence. Son esprit malicieux et humaniste, toujours en éveil, sautille d'un lieu à un autre. Un objet vu au hasard lui rappelle une sculpture, un tableau, une personne, un souvenir, façon cadavre exquis, mais vraiment exquis.
J'ai été passionné par ces 5 films, j'y ai rencontré des gens formidables et étonnants, comme cette journaliste suédoise, chauve qui a fait de sa maladie un film sur l'importance d'avoir ou pas de cheveux.
J'ai écouté et regardé Christian Boltanski et Annette Messager parler de leur travail avec naturel et émotion. En quelques plans, on comprend qu'un artiste est un être finalement simple mais exceptionnel par la vision qu'il porte sur le monde et qu'il sait nous faire partager au travers de ses oeuvres. Quand Agnès Varda discute avec Soulages, l'homme est fascinant et sa peinture, pourtant pas toujours facile d'accès pour un béotien, caressée par la caméra experte, apparaît fascinante et même évidente.
Et puis, disséminés ça et là, il y a ces bouts de ville, d'arbre, ces objets, ces photos, ces moments de grâce saisis dans l'instant, qui nous disent que finalement, si l'on garde l'esprit ouvert, l'oeil aux aguets, l'art est partout et nous aide à vivre, à affronter un monde cruel.
Ces 5 heures de voyage dans l'art, dans la vie, font un bien fou! Merci Madame Varda d'être cette passeuse, cette artiste qui sait si bien parler à nos sens et à notre coeur et qui arrive à nous émouvoir, à nous distraire, à nous émerveiller avec des petits riens comme avec de grandes choses. Continuez encore très longtemps!









mercredi 28 décembre 2011

Le Havre de Aki Kaurismäki

Je le dis tout de go, j'ai détesté le dernier film d'Aki Kaurismäki "Le Havre". Oui, je sais, il y a en ce moment dans la presse une pub pour lui, où claquent : "Un enchantement"" ou " Lumineux" ou encore "Magistral". Je sais que toute la critique française et même mondiale crie au génie, que c'est parait-il un pied de nez à la politique de Claude Guéant, que le réalisateur finlandais a réalisé un bijou d'irréalisme mais je persiste, pour moi, c'est une grosse daube.
D'abord, il y a l'histoire, du genre bien pensante mais traitée façon conte : Oyez bonne gens comme la police française est méchante avec de pauvres et gentils sans-papiers. Regardez comme de pauvres français peuvent être bons alors qu'ils vivent avec trois fois rien...Il y a Marcel  Marx, un gentil cireur de chaussures qui va prendre sous son aile un brave petit clandestin, aidé de ses amis la boulangère et l'épicier. La femme de Marx, Arletty, doit aller à l'hôpital pour essayer de soigner un mal vraisemblablement incurable et est donc totalement inopérationnelle dans la lutte contre Monet, le méchant policier et un voisin collabo, qui voudraient faire reconduire fissa le jeune Idrissa à la frontière qu'il n'aurait jamais du franchir.
Raconté comme ça, cela peut sembler intéressant. Et puis un film de plus pour déplorer la politique actuelle d'immigration, c'est toujours bienvenu. Seulement, ici, le traitement façon Amélie Poulain à la sauce finlandaise est dur à avaler. Je veux bien que la magie du conte nous fasse cohabiter des taxis Peugeot 403 avec des téléphones portables, que des policiers bien d'aujourd'hui se garent à côté de R16, que les épiciers présentent leurs légumes sur des carrioles à roulettes alors que les centres villes regorgent de CIC et autres Pimkie.
Ensuite, il y a les acteurs, à qui le réalisateur leur a demandé de "ne pas jouer pour acquérir une image raide et autoritaire".Ainsi, chaque fois qu'André Wilms ouvre la bouche, c'est pour proférer une sentence pompeuse sur un ton tellement faux que l'on oublie quel bon acteur il peut être. Quand apparaît Jean Pierre Léaud, on a l'impression qu'il est doublé. Peut être était-il trop juste pendant la prise et qu'au montage on a préféré lui adjoindre cette voix idiote... Mystère. Quant à Kati Outinen, elle lache ses répliques avec application, c'est phonétiquement parfait, mais on n'a pas du avoir le temps de lui donner le sens exact. L'avantage pour elle, c'est que cela lui est facile d'être au diapason avec ses partenaires, tous plus faux les uns que les autres.
Tout ça, pour moi décrédibilise totalement le propos avec, ajouté à cela, une image particulièrement laide (mais je ne doute pas qu'elle a été énormément travaillée et pensée) qui surligne le propos de manière redondante. Ils sont pauvres donc tout doit être laid, misérable et minable.
Cerise sur le gâteau, nous avons droit à une chanson live, en entier, de Little Bob Story (?!), "le Presley de ce royaume" dixit Aki Kaurismäki, car figurez-vous que ce pauvre cireur de chaussures, organise, à ces moments perdus, des concerts de rock!!
A ce moment là du film, soit on sort, ce que certains ont fait, soit on répond à son portable qui sonne, ce que ma vieille voisine a fait malgré le mécontentement de ses voisins, soit on assiste stoïque et au bord de l'endormissement à la conclusion de ce qui restera pour moi un des plus mauvais film du festival de Cannes.
Le Havre



mardi 27 décembre 2011

Ceux qui auraient du avoir le succès des intouchables, d'Adèle ou de Marc Lévy

Plutôt que de faire le best of de l'année ou les pires films, livres, disques de 2011, j'ai choisi un film, un disque et un livre qui, à mon humble avis, auraient du rencontrer le succès. Le public est passé à côté, à tort ou à raison (pour moi à tort, mais bon, je ne suis pas seul juge) mais avant qu'ils ne tombent complètement dans l'oubli, je leur donne un dernier coup de projecteur.

FILM 2011: Tomboy de Céline Sciamma
L'histoire est simple. Profitant d'un déménagement, Laure décide de se faire passer pour un garçon auprès de enfants de son immeuble.
Comme pour son premier film, "La naissance des pieuvres", la réalisatrice s'interroge sur la sexualité. Ici, le film, mené comme un thriller, est un vrai chef d'oeuvre d'ambiguité, jouant avec une accumulation de pistes plus ou moins signifiantes et qui nous installe dans un inconfort très troublant.
A redécouvrir en DVD sans attendre.


DISQUE 2011: En t'attendant de Mélanie Laurent

Le premier album de Mélanie Laurent m'a vraiment accompagné tout l'été. La voix, plutôt agréable (j'ai horreur des chanteuses à voix, plus elles crient moins elles ont de choses à dire ) est très joliment mise en valeur par une production soignée et raffinée. Malgré une forte présence médiatique de l'actrice, le disque n'a pas trouvé le chemin des radios...
Kiss est le deuxième extrait de l'album de Mélanie Laurent paru au printemps dernier.

LIVRE 2011 : Le premier été d'Anne Percin aux éditions du Rouergue

Vous trouverez mon avis dans la rubrique livre.

Ici pas de clip mais je vous livre un extrait de ce roman qui m'a emballé cet automne.

" Pendant la sieste, je désertais mon grenier pour m'occuper des poules à qui je jetais des reliefs de repas, les regardant d'un air absent déchiqueter les nerfs et le gras de la viande... Ou bien, étendue sur l'herbe haute dans un coin du jardin que Pépé ne fauchait qu'après l'été pour faire la litière aux lapins, je regardais s'agiter sous moi des vies infimes et grouillantes. Cette observation n'avait rien d'éthéré : le soleil me chauffait le dos et la peau, j'avais les cuisses mordues de piqûres d'insectes et m'obstinais à demeurer stoïque, malgré les fourmis qui me couraient sur les jambes et les bras.Leur marche, que rien n'arrêtait, me causait des frayeurs, je les sentais approcher de mes oreilles, de mon nez, s'aventurer sous le tissu du short, je craignais qu'elles n'envahissent d'autres lieux... Je me secouais, je les sentais encore grimper le long de mes jambes. Effrayée, je me levais, rouge de chaleur et de honte, pour les sentir toujours sur mes cuisses. Je tirais sur les élastiques de ma culotte, secouais mon T-shirt, soudain folle d'angoisse à l'idée que les fourmis aient réussi à s'infiltrer ailleurs, dans les poils, dans les trous, dans le puits mystérieux où je n'osais même pas mettre les doigts."


lundi 26 décembre 2011

Les deux petits monstres de Michaël Escoffier et Gwendal Blondelle

Je l'avoue depuis maintenant quelques petites années, j'ai flashé sur les albums griffés Michaël Escoffier, auteur ultra talentueux d'ouvrages facétieux ( Le gentil p'tit lapin) ou délirants (Cherche figurants). C'est donc avec gourmandise que j'ai ouvert "Les deux petits monstres" et que, une fois refermé, je l'ai réouvert pour le refermer un peu déçu, très déçu même.
C'est l'histoire de deux petits monstres qui vivent chez un sorcier et, parce qu'ils ne sont pas sages, se retrouvent enfermés dans un livre, chacun sur une page différente. Bien évidemment ils n'auront qu'un objectif : se rejoindre pour faire à nouveau des bêtises.
Encore une fois, nous avons droit à un album original, avec des pop-ups, des trous mais , l'histoire, jouant sur le concept assez abstrait que les pages des livres sont  des prisons, fonctionne moyennement bien.
Je décidai alors de le tester sur mon neveu de cinq ans.
 A l'idée d'écouter une histoire de monstres, il a vite accouru. L'ouverture du livre a provoqué de petits cris d'enthousiasme à la vue de tout un tas de petits monstres joliment croqués. Ceux du titre sont moins rigolos mais la suite a été écoutée avec attention. Un petit froncement de sourcil quand un des monstres découpe un trou dans la page pour rejoindre son copain, marquant une légère incompréhension. Puis, lorsque apparaît l'escalier en pop-up, les petits doigts grimpent les marches avec plaisir mais le froncement est toujours là, plus prononcé. Et à la fin, quand les monstres sont réunis, je sens bien qu'il y a quelque chose qui coince et mon petit neveu me demande :
- Ils sont ensemble là?
-Heu, oui. Pourquoi?
-Ben, ils ne sont pas sur la même page, c'est pas possible...
-Mais, si puisqu'ils ne sont plus enfermés dans un livre !
- ?????
Bon, je sais, vous qui me lisez et qui n'avez pas l'album sous les yeux vous ne pouvez pas bien comprendre. Je veux seulement que vous ressentiez que l'idée originale de jouer avec les pages d'un livre, aussi sympathique et ludique soit-elle, n'est pas forcément à la portée du public auquel elle est destinée. Et ici, malgré les pages mobiles, la présence de monstres, elle est un peu trop tordue pour un enfant (au moins de mon neveu). Je rajouterai même que les illustrations, toutes dans les tons gris et mauves genre demi-deuil des années 50, n'aident pas à rendre la chose attrayante, bien au contraire.
L'album a été refermé, posé dans la chambre de mon neveu et n'a, depuis dix jours, jamais réapparu au dessus de la pile branlante de ses lectures. Mauvais signe.
Un Mickaël Escoffier raté, ça arrive. Cela ne m'empêche pas d'attendre le prochain avec impatience.
Les deux petits monstres de Michaël Escoffier et Gwendal Blondelle. Kaléidoscope 15 €

dimanche 25 décembre 2011

Le temps des riches de Thierry Pech

"Le temps des riches" est un petit précis économique sur les riches en France, simple mais détaillé, qui ne tourne pas autour du pot et qui pose les bonnes questions.
En ouvrant le livre, j'avais bien entendu mon idée des riches, de leur puissance, de leur mode de vie, de leur manière de s'enrichir. Sa lecture ne fait que confirmer ce que l'on sait déjà (avec, en plus, des chiffres récents et précis) : individualisme forcené, réseau social très efficient, transmission de richesse par héritage, échappement à l'impôt par les niches fiscales, générosité minime, enrichissement maximal en période de crise. Hélas pour moi, j'ai également appris, entre autre, que les riches pèsent plus lourdement  sur l'environnement de par leur mode vie mais surtout parce qu'ils servent de modèle de consommation aux classes moyennes avides d'imitation de leur standards de réussite sociale.
Mais Thierry Pech va plus loin dans son analyse, se demandant par exemple comment ce déploiement de richesses exposées sans vergogne dans les pages des journaux populaires ne déclenchent pas un rejet de la part d'une population amenée à se serrer de plus en plus la ceinture. Il nous éclaire sur les mécanismes d'une société française irrémédiablement fascinée par l'argent et le succès et comment ce petit noyau de personnes fortunées gèrent des images propices plus au rêve qu'à la révolte ainsi qu'un discours  faisant de la réussite personnelle une religion.
La lecture de ce livre me semble indispensable pour décrypter tous les discours que l'on va nous asséner dans les mois à venir. Il nous permettra de mesurer l'envie de nos futurs candidats au poste suprême à vouloir mettre en place des réformes d'envergure pour une meilleure équité sociale et un vrai renouveau démocratique.

samedi 24 décembre 2011

A dangerous method de David Cronenberg



Il est des films très intimidants pour le public. "A dangerous méthod" mettant en scène les expérimentations et les échanges de Freud et Jung autour de la psychanalyse est de ceux là.
L'histoire se concentre néanmoins sur le personnage de Sabina Spielrein (Keira Knightley), jeune femme très torturée que Jung (Michaël Fassbender) va guérir et en faire une de ces égales en même temps que sa maîtresse voire le grand amour de sa vie. Freud (Viggo Mortensen)  observera, jugera cette relation trouble car sado-masochiste, à l'aune de ses théories nouvelles et encore fragiles. Autour de ce thème qui rejoint pas mal de ses films précédents, David Cronenberg, déroule une mise en scène ultra classique, corsetée comme ses personnages et faussement lumineuse comme ces lacs suisses aux eaux sombres sur lesquels vogue Jung.
Pourtant le sexe rôde tout le temps, à chaque scène, dans tous les discours. Mais dans cette Europe du début du vingtième siècle, où les femmes, toutes habillées de blancs pour mieux souligner ou imposer leur pureté, où les hommes, coincés par une société aussi raide que leurs faux cols amidonnés, libérer la parole autour de la sexualité reste un tabou.
Le film nous fait assister à ce bouillonnement intellectuel des débuts de la psychanalyse et aux difficultés que rencontre le docteur Jung, tiraillé entre raison et liberté, satisfaction du corps et de l'esprit.
David Cronenberg, un rien machiavélique, utilise à contre emploi Michaël Fassbender, comédien formidable mais aussi, après le fameux "Shame", sex toy ambulant. Il est parfaitement convaincant en médecin tiraillé par ses pulsions, ne dégrafant aucun bouton de ses pantalons impeccables.
Keira Knightley illumine l'écran de sa beauté mais aussi de son talent (quoiqu'en disent les critiques d'outre-manche) même si au début, les crises d'hystérie de son personnage sont un peu surjouées.
Viggo Mortensen, Freud encore fringant, tout en retenu, apparaît uniquement dans les moments les moins palpitants du film, longues scènes d'échanges autour des théories psychanalytiques et malgré la présence tout à fait freudienne d'un gros cigare perpétuellement dans sa bouche, ces moments alourdissent le déroulé du film.
Si vous êtes férus de psychanalyse, si vous êtes fans absolus des acteurs de ce film ou si vous êtes curieux, allez voir "A dangerous méthod". Par contre si vous voulez de l'action, être bousculé par des images dérangeantes comme Cronenberg s'en est fait le spécialiste, passez votre chemin, ce cru ci est plutôt en mode mineur ou très intériorisé.

jeudi 22 décembre 2011

Florent Marchet Noël's songs

A quelques heures du traditionnel réveillon de Noël, la fièvre monte. Les courses sont faites, le menu dort dans votre frigo avant une transformation digne de Masterchef, les cadeaux sont emballés, la déco de table     bien pensée, fera pâlir de jalousie votre belle soeur qui a pourtant participé à "Un dîner presque parfait".
Il ne reste qu'une chose pour que la fête soit réussie, l'ambiance sonore. Il faut qu'elle rappelle Noël,sans être  trop ringarde, vous avez un rang de bobo branché à maintenir. Il hors de question pour vous de passer en boucle Tino et ses tubes frelatés, encore moins les nouveaux duos ringards de Michel Legrand et de ses invités prestigieux mais trop consensuels. Les chorales style petits chanteurs à la croix de bois sont à proscrire tout comme les compils de tous ces chanteurs d'opéras en mal de succès discographiques.
Le problème aurait pu être insoluble, si cette semaine ne sortait une compil tout à fait de bon aloi : Florent Marchet Noël's songs avec le Santa Claus orchestra.
Voici donc un album franchement réjouissant, composé de 15 titres tirés du patrimoine traditionnel (Douce nuit, Vive le vent, ...), du répertoire de chanteurs français connus( Edith Piaf, Barbara, Jean Louis Murat, ...) remarquablement revisités  par Florent Marchet. Un disque pop, aux arrangements lumineux et ludiques qui saura créer une ambiance de fêtes tout en restant un brin caustique, à l'image du chanteur.
On appréciera particulièrement la reprise de "Petit garçon" de Graeme Allwright avec son choriste agacé qui donne à cette scie musicale une saveur nouvelle et la chanson "Dijon, 24 décembre" qui relate comment des cathos intégristes, ont brûlé le Père-Noël pour cause de concurrence déloyale.
Et l'indispensable, l'inusable, "Petit papa Noël", fait-il au moins partie des titres retenus? Rassurez-vous, il y est et repris de fort belle façon. Les paroles niaiseuses ont tout simplement été remplacées par les vocalises aériennes de "La fiancée", chanteuse encore méconnue mais sublime, faisant  de ce morceau patrimonial, une friandise tout à fait écoutable.
Vous pouvez investir sans tarder à l'achat de ce nouvel album de Florent Marchet, si réussi que vous pourrez l'écouter toute l'année, même sur la plage à St Trop', car, ici, nous sommes bien au-delà de la simple compil de saison. C'est simplement un disque pop parfaitement maîtrisé par l'un des artistes le plus doué de sa génération.


Extrait d'Un concert donné par Florent Marchet début décembre à Paris, au café de la danse. Ici, la version de "Petit garçon" en duo avec La fiancée


mercredi 21 décembre 2011

Frankie Knight d'Emile Simon

J'avais laissé Emilie Simon après ces expérimentations avec l'eau et la glace ( La marche de l'empereur) et sa musique végétale (Végétal). Ces albums aux sonorités originales ne m'avaient pas vraiment convaincu, sa voix un peu aigüe et enfantine me crispant un peu. Je l'avoue, c'est avec appréhension que j'ai abordé l'écoute de ce chant d'amour posthume qui sort ces jours-ci.
Avec "Fankrie Khight", fait référence à son compagnon décédé de la grippe A voici deux ans, Emilie Simon nous offre une suite de chants dédiée à sa mémoire, à son amour. Le premier morceau, "Mon chevalier" aux notes cristallines est une chanson qui me fait frissonner à chaque écoute. Pourtant la voix est la même, les notes cristallines qui l'accompagnent évoquent les précédentes productions de la chanteuse,les paroles sont simples et un peu adolescentes, mais il y a une telle sincérité, une telle ferveur, un tel amour qui transparaît, que la magie est là et me bouleverse; Et la suite est de la même trempe. Les compositions plus pops, moins expérimentales, font également des incursions dans le rock ou le jazz.  A chaque fois, je me suis dit que non, là cela n'allait pas être possible, cette petite voix acidulée ne pourrait nous embarquer jusqu'au bout... Eh bien si, elle emporte à chaque fois le morceau, cet amour et ce deuil donnant une puissance inouïe à ses compositions et à son chant.
Pour moi, une vraie surprise, un disque composé comme un chant funèbre mais lumineux et incandescent comme cet amour qui semble habiter la chanteuse et qu'elle sait si bien nous faire partager. Bravo!
La plupart de ces chansons font partie de la BOF "La délicatesse", un film réalisé par les frères Foenkinos qui sort fin décembre.





lundi 19 décembre 2011

Lys & love de Laurent Voulzy

Si pour Noël vous offrez le dernier album de Laurent Voulzy, il va falloir mettre la main à la poche.
Je m'explique. Ce nouvel opus est le croisement étrange entre de la pop, de la musique folklorique, quelques notes de flûtiot, un nuage de choeur de vierges et tout un bric à brac moyenâgeux. Cela donne un ensemble de musiques planantes, pas désagréables qui s'intégreront parfaitement au rayon parfum d'ambiance zen de chez Natures et découvertes. On ne retiendra par contre aucune parole, peu inspirées, où l'amour d'une belle pour son chevalier, nous est conté sur un mode niaiseux et répétitif, sans grand intérêt.
On notera tout de même la participation de Roger Daltrey dans un duo où la voix puissante du chanteur des Who mêlée à celle de  Laurent Voulzy nous renvoie l'image du preux chevalier et de son frêle écuyer. Par contre, nous déplorerons l'absence de Véronique Jannot dont la voix éthérée aurait parfaitement pu s'intégrer à cet ensemble, et dont l'intro de quelques morceaux, proche d'" Aviateur" (1988), nous laisse espérer la présence.
Quoiqu'il en soit, cet album, finalement original par son thème et bien produit, reste  vraiment écoutable. Mais si vous devez l'offrir, et si vous voulez être sûr qu'il soit bien reçu, ajoutez-y une tunique en soie aux motifs bigarrés style baba cool, un joint ou deux, des bâtons d'encens, de la cervoise et si vous avez vraiment les moyens, un jongleur, un ménestrel et un masseur new âge. Là, les conditions d'écoute seront optimales et le plaisir sera total, entre divin et rêverie.
Pour ceux qui ne connaissent pas le tube (paroles Alain Souchon), voici ci=dessous jeanne , premier extrait de cet album..

samedi 17 décembre 2011

Paul au parc de Michel Rabagliati


Derrière un titre du type "Martine" (vous savez cette adorable gamine en jupette qui a privé d'émancipation féminine des générations de fille depuis un demi-siècle), se cache un album rudement plaisant et formidablement émouvant.
"Paul au parc" est le septième album d'une série assez autobiographique entamée voici plus de 10 ans et qui rencontre un grand succès au Québec. Ce succès commence à se propager en France grâce au prix du public obtenu au festival d'Angoulême en 2010 pour le précédent opus.
Retour en arrière pour ce nouvel épisode, nous retrouvons Paul adolescent en 1969. Il a une dizaine d'années, vit dans une famille italo-québecoise tout à fait cocasse, découvre le neuvième art, et rêve d'embrasser le métier d'auteur de bande-dessinée ainsi que la jolie Hélène. Et puis, alors que le Québec subit la pression du FLQ (Front de Libération du Québec), Paul découvre le scoutisme, ses camps d'hiver, d'été, les amitiés et les chefs scouts, attentifs et dévoués. 
A partir de ses souvenirs, Paul Rabagliati déroule un récit tout empreint d'un humour tendre teinté d'un zeste d'émotion. Même si la nostalgie risque de moins opérer de ce côté-ci de l'Atlantique (qui connaît Koko le clown ou le chocolat Abbo ?), j'ai été emporté par son histoire, j'avais l'accent québécois dans l'oreille et je me suis délecté de toutes ces expressions, mélange de vieux français et d'anglicismes.
Avec un dessin de plus en plus beau et au trait clair mais joliment travaillé, l'oeil se régale et aime s'attarder sur des détails, une case, une planche.
Mais ce qui fait la grande richesse de cet album ce sont les portraits de ces adultes qui accompagnent Paul dans son passage dans l'adolescence. Ils sont de ceux qui laissent une empreinte pour toute une vie, héros simples et ordinaires mais qui par leur dévouement offrent à Paul le meilleur terreau pour sa future vie d'homme. Cet album leur rend un vibrant hommage ainsi qu'à ses camarades louveteaux, avec finesse, tendresse et humour. 
Cet album, qui peut se dévorer sans connaître les précédents et qui peut même être une excellente entrée dans cet univers canadien, est donc un petit bijou, un bonheur de lecture, un petit trésor que l'on conseille et que l'on garde dans sa bibliothèque.