Quand je me suis assis dans mon fauteuil pour la projection de "la délicatesse", je ne m'attendais à rien de bien merveilleux. La production romanesque de David Foenkinos ne m'emballe pas et cette manie, prévue vraisemblablement sur leurs contrats rudement négociés par des agents littéraires, qu'ont maintenant les auteurs à adapter leur best-seller au cinéma, n'a pas donné jusqu'à présent des chefs d'oeuvres inoubliables (le Houellebecq de sinistre mémoire).
Résultat de la projection: une comédie romantique très agréable et très plaisante qui m'a fait passer un très bon moment.
Tout d'abord un grand coup de chapeau aux deux acteurs principaux, Audrey Tautou et François Damiens, absolument épatants. Ils incarnent à merveilleuse, elle, cette jeune veuve murée dans son deuil et investie uniquement dans son travail et lui, ce suédois moche, maladroit mais tendre. Ils sont touchants et complètement crédibles, même si François Damiens n'est pas totalement moche et Audrey Tautou n'a pas la trempe d'une Yoko Ono, de celles qui sont capables de briser le plus grand groupe de rock du monde (réplique du film).
Ensuite, et c'est l'autre force du film, ils sont entourés de vrais seconds rôles, tous parfaitement campés par des acteurs de choix. Mention spéciale à Bruno Todeschini en patron, porté sur le harcèlement et amoureux transit et à la toujours épatante Joséphine de Meaux qui en meilleure amie de l'héroïne, prouve l'étendue de son registre en sortant un peu des coincées ou des fofolles que l'on se plait à lui faire jouer habituellement.
Bien sûr, ce n'est le chef d'oeuvre de l'année. On sent bien que les réalisateurs ont eu un peu de mal à adapter le livre, hésitants entre narration classique, moment clipesque et utilisation de voix off. Qu'importe aussi qu'Audrey Tautou soit aussi mal habillée, un festival de fringues plus moches les unes que les autres, aux couleurs hideuses et aux imprimés douteux (quand vers la fin du film, elle doit revêtir les vêtements de sa grand-mère, elle est presque chiquissime).
Toutefois, cette comédie romantique dégage un parfum délicat, en délivrant un très joli message romantique mais pas niais. En critiquant le regard formaté de nos contemporains, obnubilés par l'apparence des choses et des êtres, elle sait devenir ironique et grinçante, en douceur et avec une vraie délicatesse. C'est le petit plus qui me fait recommander ce film à tous ceux qui aiment passer un bon moment au cinéma, avec de bons acteurs et sans prise de tête excessive. Un vrai spectacle pour bien finir ou commencer l'année.
PS : ceci est mon centième posts depuis mi-août. Je suis heureux qu'il soit consacré à un film agréable.
Je profite de l'occasion pour remercier toutes les personnes qui viennent me lire (quel courage!) et je leur souhaite une merveilleuse année 2012 pleine de découvertes, de bonheur et de joies.
A l'année prochaine sur le blog ou ailleurs...
samedi 31 décembre 2011
vendredi 30 décembre 2011
Agnès de ci de là Varda d'Agnès Varda
Je viens de passer cinq heures devant ma télévision. Oui cinq heures! Et ce fut un émerveillement.
Non ce n'était pas le bêtisier de France 3 en boucle, ni la saison 6 de Plus belle la vie, encore moins une compil de tous les grands événements sportifs de l'année 2011 (je m'en contrefous).
J'ai visionné les 5 épisodes d'une série proposée par Arte la semaine dernière par Agnès Varda et que l'on a eu l'excellente idée d'éditer en DVD. Ces 5 reportages d'une heure sont les pérégrinations de la réalisatrice autour du monde, avec l'ambition de nous parler de l'art et des artistes qu'elle admire. Et c'est éblouissant.
Au départ, je m'étais dit que j'allais en regarder un de temps en temps, mais je n'ai pas pu résister à tout visionner d'un coup tellement ces films sont des stimulateurs de neurones, des passeurs de bonheur et d'intelligence.
Parler d'art en image, sans être rasoir ou pompeux ou pédant est rare. Ici, par la magie du regard tendre, précis et artiste de la réalisatrice, tout est simple, surprenant, beau et accessible. Son oeil vagabonde de ci, de là, parlant d'elle, de sa vie mais surtout des autres, de tous les autres, les artistes bien sûr, mais aussi des hommes, des femmes, anonymes dont elle sait en quelques secondes nous faire partager une lueur de beauté, de présence. Son esprit malicieux et humaniste, toujours en éveil, sautille d'un lieu à un autre. Un objet vu au hasard lui rappelle une sculpture, un tableau, une personne, un souvenir, façon cadavre exquis, mais vraiment exquis.
J'ai été passionné par ces 5 films, j'y ai rencontré des gens formidables et étonnants, comme cette journaliste suédoise, chauve qui a fait de sa maladie un film sur l'importance d'avoir ou pas de cheveux.
J'ai écouté et regardé Christian Boltanski et Annette Messager parler de leur travail avec naturel et émotion. En quelques plans, on comprend qu'un artiste est un être finalement simple mais exceptionnel par la vision qu'il porte sur le monde et qu'il sait nous faire partager au travers de ses oeuvres. Quand Agnès Varda discute avec Soulages, l'homme est fascinant et sa peinture, pourtant pas toujours facile d'accès pour un béotien, caressée par la caméra experte, apparaît fascinante et même évidente.
Et puis, disséminés ça et là, il y a ces bouts de ville, d'arbre, ces objets, ces photos, ces moments de grâce saisis dans l'instant, qui nous disent que finalement, si l'on garde l'esprit ouvert, l'oeil aux aguets, l'art est partout et nous aide à vivre, à affronter un monde cruel.
Ces 5 heures de voyage dans l'art, dans la vie, font un bien fou! Merci Madame Varda d'être cette passeuse, cette artiste qui sait si bien parler à nos sens et à notre coeur et qui arrive à nous émouvoir, à nous distraire, à nous émerveiller avec des petits riens comme avec de grandes choses. Continuez encore très longtemps!
Non ce n'était pas le bêtisier de France 3 en boucle, ni la saison 6 de Plus belle la vie, encore moins une compil de tous les grands événements sportifs de l'année 2011 (je m'en contrefous).
J'ai visionné les 5 épisodes d'une série proposée par Arte la semaine dernière par Agnès Varda et que l'on a eu l'excellente idée d'éditer en DVD. Ces 5 reportages d'une heure sont les pérégrinations de la réalisatrice autour du monde, avec l'ambition de nous parler de l'art et des artistes qu'elle admire. Et c'est éblouissant.
Au départ, je m'étais dit que j'allais en regarder un de temps en temps, mais je n'ai pas pu résister à tout visionner d'un coup tellement ces films sont des stimulateurs de neurones, des passeurs de bonheur et d'intelligence.
Parler d'art en image, sans être rasoir ou pompeux ou pédant est rare. Ici, par la magie du regard tendre, précis et artiste de la réalisatrice, tout est simple, surprenant, beau et accessible. Son oeil vagabonde de ci, de là, parlant d'elle, de sa vie mais surtout des autres, de tous les autres, les artistes bien sûr, mais aussi des hommes, des femmes, anonymes dont elle sait en quelques secondes nous faire partager une lueur de beauté, de présence. Son esprit malicieux et humaniste, toujours en éveil, sautille d'un lieu à un autre. Un objet vu au hasard lui rappelle une sculpture, un tableau, une personne, un souvenir, façon cadavre exquis, mais vraiment exquis.
J'ai été passionné par ces 5 films, j'y ai rencontré des gens formidables et étonnants, comme cette journaliste suédoise, chauve qui a fait de sa maladie un film sur l'importance d'avoir ou pas de cheveux.
J'ai écouté et regardé Christian Boltanski et Annette Messager parler de leur travail avec naturel et émotion. En quelques plans, on comprend qu'un artiste est un être finalement simple mais exceptionnel par la vision qu'il porte sur le monde et qu'il sait nous faire partager au travers de ses oeuvres. Quand Agnès Varda discute avec Soulages, l'homme est fascinant et sa peinture, pourtant pas toujours facile d'accès pour un béotien, caressée par la caméra experte, apparaît fascinante et même évidente.
Et puis, disséminés ça et là, il y a ces bouts de ville, d'arbre, ces objets, ces photos, ces moments de grâce saisis dans l'instant, qui nous disent que finalement, si l'on garde l'esprit ouvert, l'oeil aux aguets, l'art est partout et nous aide à vivre, à affronter un monde cruel.
Ces 5 heures de voyage dans l'art, dans la vie, font un bien fou! Merci Madame Varda d'être cette passeuse, cette artiste qui sait si bien parler à nos sens et à notre coeur et qui arrive à nous émouvoir, à nous distraire, à nous émerveiller avec des petits riens comme avec de grandes choses. Continuez encore très longtemps!
mercredi 28 décembre 2011
Le Havre de Aki Kaurismäki
Je le dis tout de go, j'ai détesté le dernier film d'Aki Kaurismäki "Le Havre". Oui, je sais, il y a en ce moment dans la presse une pub pour lui, où claquent : "Un enchantement"" ou " Lumineux" ou encore "Magistral". Je sais que toute la critique française et même mondiale crie au génie, que c'est parait-il un pied de nez à la politique de Claude Guéant, que le réalisateur finlandais a réalisé un bijou d'irréalisme mais je persiste, pour moi, c'est une grosse daube.
D'abord, il y a l'histoire, du genre bien pensante mais traitée façon conte : Oyez bonne gens comme la police française est méchante avec de pauvres et gentils sans-papiers. Regardez comme de pauvres français peuvent être bons alors qu'ils vivent avec trois fois rien...Il y a Marcel Marx, un gentil cireur de chaussures qui va prendre sous son aile un brave petit clandestin, aidé de ses amis la boulangère et l'épicier. La femme de Marx, Arletty, doit aller à l'hôpital pour essayer de soigner un mal vraisemblablement incurable et est donc totalement inopérationnelle dans la lutte contre Monet, le méchant policier et un voisin collabo, qui voudraient faire reconduire fissa le jeune Idrissa à la frontière qu'il n'aurait jamais du franchir.
Raconté comme ça, cela peut sembler intéressant. Et puis un film de plus pour déplorer la politique actuelle d'immigration, c'est toujours bienvenu. Seulement, ici, le traitement façon Amélie Poulain à la sauce finlandaise est dur à avaler. Je veux bien que la magie du conte nous fasse cohabiter des taxis Peugeot 403 avec des téléphones portables, que des policiers bien d'aujourd'hui se garent à côté de R16, que les épiciers présentent leurs légumes sur des carrioles à roulettes alors que les centres villes regorgent de CIC et autres Pimkie.
Ensuite, il y a les acteurs, à qui le réalisateur leur a demandé de "ne pas jouer pour acquérir une image raide et autoritaire".Ainsi, chaque fois qu'André Wilms ouvre la bouche, c'est pour proférer une sentence pompeuse sur un ton tellement faux que l'on oublie quel bon acteur il peut être. Quand apparaît Jean Pierre Léaud, on a l'impression qu'il est doublé. Peut être était-il trop juste pendant la prise et qu'au montage on a préféré lui adjoindre cette voix idiote... Mystère. Quant à Kati Outinen, elle lache ses répliques avec application, c'est phonétiquement parfait, mais on n'a pas du avoir le temps de lui donner le sens exact. L'avantage pour elle, c'est que cela lui est facile d'être au diapason avec ses partenaires, tous plus faux les uns que les autres.
Tout ça, pour moi décrédibilise totalement le propos avec, ajouté à cela, une image particulièrement laide (mais je ne doute pas qu'elle a été énormément travaillée et pensée) qui surligne le propos de manière redondante. Ils sont pauvres donc tout doit être laid, misérable et minable.
Cerise sur le gâteau, nous avons droit à une chanson live, en entier, de Little Bob Story (?!), "le Presley de ce royaume" dixit Aki Kaurismäki, car figurez-vous que ce pauvre cireur de chaussures, organise, à ces moments perdus, des concerts de rock!!
A ce moment là du film, soit on sort, ce que certains ont fait, soit on répond à son portable qui sonne, ce que ma vieille voisine a fait malgré le mécontentement de ses voisins, soit on assiste stoïque et au bord de l'endormissement à la conclusion de ce qui restera pour moi un des plus mauvais film du festival de Cannes.
D'abord, il y a l'histoire, du genre bien pensante mais traitée façon conte : Oyez bonne gens comme la police française est méchante avec de pauvres et gentils sans-papiers. Regardez comme de pauvres français peuvent être bons alors qu'ils vivent avec trois fois rien...Il y a Marcel Marx, un gentil cireur de chaussures qui va prendre sous son aile un brave petit clandestin, aidé de ses amis la boulangère et l'épicier. La femme de Marx, Arletty, doit aller à l'hôpital pour essayer de soigner un mal vraisemblablement incurable et est donc totalement inopérationnelle dans la lutte contre Monet, le méchant policier et un voisin collabo, qui voudraient faire reconduire fissa le jeune Idrissa à la frontière qu'il n'aurait jamais du franchir.
Raconté comme ça, cela peut sembler intéressant. Et puis un film de plus pour déplorer la politique actuelle d'immigration, c'est toujours bienvenu. Seulement, ici, le traitement façon Amélie Poulain à la sauce finlandaise est dur à avaler. Je veux bien que la magie du conte nous fasse cohabiter des taxis Peugeot 403 avec des téléphones portables, que des policiers bien d'aujourd'hui se garent à côté de R16, que les épiciers présentent leurs légumes sur des carrioles à roulettes alors que les centres villes regorgent de CIC et autres Pimkie.
Ensuite, il y a les acteurs, à qui le réalisateur leur a demandé de "ne pas jouer pour acquérir une image raide et autoritaire".Ainsi, chaque fois qu'André Wilms ouvre la bouche, c'est pour proférer une sentence pompeuse sur un ton tellement faux que l'on oublie quel bon acteur il peut être. Quand apparaît Jean Pierre Léaud, on a l'impression qu'il est doublé. Peut être était-il trop juste pendant la prise et qu'au montage on a préféré lui adjoindre cette voix idiote... Mystère. Quant à Kati Outinen, elle lache ses répliques avec application, c'est phonétiquement parfait, mais on n'a pas du avoir le temps de lui donner le sens exact. L'avantage pour elle, c'est que cela lui est facile d'être au diapason avec ses partenaires, tous plus faux les uns que les autres.
Tout ça, pour moi décrédibilise totalement le propos avec, ajouté à cela, une image particulièrement laide (mais je ne doute pas qu'elle a été énormément travaillée et pensée) qui surligne le propos de manière redondante. Ils sont pauvres donc tout doit être laid, misérable et minable.
Cerise sur le gâteau, nous avons droit à une chanson live, en entier, de Little Bob Story (?!), "le Presley de ce royaume" dixit Aki Kaurismäki, car figurez-vous que ce pauvre cireur de chaussures, organise, à ces moments perdus, des concerts de rock!!
A ce moment là du film, soit on sort, ce que certains ont fait, soit on répond à son portable qui sonne, ce que ma vieille voisine a fait malgré le mécontentement de ses voisins, soit on assiste stoïque et au bord de l'endormissement à la conclusion de ce qui restera pour moi un des plus mauvais film du festival de Cannes.
mardi 27 décembre 2011
Ceux qui auraient du avoir le succès des intouchables, d'Adèle ou de Marc Lévy
Plutôt que de faire le best of de l'année ou les pires films, livres, disques de 2011, j'ai choisi un film, un disque et un livre qui, à mon humble avis, auraient du rencontrer le succès. Le public est passé à côté, à tort ou à raison (pour moi à tort, mais bon, je ne suis pas seul juge) mais avant qu'ils ne tombent complètement dans l'oubli, je leur donne un dernier coup de projecteur.
FILM 2011: Tomboy de Céline Sciamma
L'histoire est simple. Profitant d'un déménagement, Laure décide de se faire passer pour un garçon auprès de enfants de son immeuble.
Comme pour son premier film, "La naissance des pieuvres", la réalisatrice s'interroge sur la sexualité. Ici, le film, mené comme un thriller, est un vrai chef d'oeuvre d'ambiguité, jouant avec une accumulation de pistes plus ou moins signifiantes et qui nous installe dans un inconfort très troublant.
A redécouvrir en DVD sans attendre.
DISQUE 2011: En t'attendant de Mélanie Laurent
Le premier album de Mélanie Laurent m'a vraiment accompagné tout l'été. La voix, plutôt agréable (j'ai horreur des chanteuses à voix, plus elles crient moins elles ont de choses à dire ) est très joliment mise en valeur par une production soignée et raffinée. Malgré une forte présence médiatique de l'actrice, le disque n'a pas trouvé le chemin des radios...
Kiss est le deuxième extrait de l'album de Mélanie Laurent paru au printemps dernier.
LIVRE 2011 : Le premier été d'Anne Percin aux éditions du Rouergue
Vous trouverez mon avis dans la rubrique livre.
Ici pas de clip mais je vous livre un extrait de ce roman qui m'a emballé cet automne.
" Pendant la sieste, je désertais mon grenier pour m'occuper des poules à qui je jetais des reliefs de repas, les regardant d'un air absent déchiqueter les nerfs et le gras de la viande... Ou bien, étendue sur l'herbe haute dans un coin du jardin que Pépé ne fauchait qu'après l'été pour faire la litière aux lapins, je regardais s'agiter sous moi des vies infimes et grouillantes. Cette observation n'avait rien d'éthéré : le soleil me chauffait le dos et la peau, j'avais les cuisses mordues de piqûres d'insectes et m'obstinais à demeurer stoïque, malgré les fourmis qui me couraient sur les jambes et les bras.Leur marche, que rien n'arrêtait, me causait des frayeurs, je les sentais approcher de mes oreilles, de mon nez, s'aventurer sous le tissu du short, je craignais qu'elles n'envahissent d'autres lieux... Je me secouais, je les sentais encore grimper le long de mes jambes. Effrayée, je me levais, rouge de chaleur et de honte, pour les sentir toujours sur mes cuisses. Je tirais sur les élastiques de ma culotte, secouais mon T-shirt, soudain folle d'angoisse à l'idée que les fourmis aient réussi à s'infiltrer ailleurs, dans les poils, dans les trous, dans le puits mystérieux où je n'osais même pas mettre les doigts."
FILM 2011: Tomboy de Céline Sciamma
L'histoire est simple. Profitant d'un déménagement, Laure décide de se faire passer pour un garçon auprès de enfants de son immeuble.
Comme pour son premier film, "La naissance des pieuvres", la réalisatrice s'interroge sur la sexualité. Ici, le film, mené comme un thriller, est un vrai chef d'oeuvre d'ambiguité, jouant avec une accumulation de pistes plus ou moins signifiantes et qui nous installe dans un inconfort très troublant.
A redécouvrir en DVD sans attendre.
DISQUE 2011: En t'attendant de Mélanie Laurent
LIVRE 2011 : Le premier été d'Anne Percin aux éditions du Rouergue
Vous trouverez mon avis dans la rubrique livre.
Ici pas de clip mais je vous livre un extrait de ce roman qui m'a emballé cet automne.
" Pendant la sieste, je désertais mon grenier pour m'occuper des poules à qui je jetais des reliefs de repas, les regardant d'un air absent déchiqueter les nerfs et le gras de la viande... Ou bien, étendue sur l'herbe haute dans un coin du jardin que Pépé ne fauchait qu'après l'été pour faire la litière aux lapins, je regardais s'agiter sous moi des vies infimes et grouillantes. Cette observation n'avait rien d'éthéré : le soleil me chauffait le dos et la peau, j'avais les cuisses mordues de piqûres d'insectes et m'obstinais à demeurer stoïque, malgré les fourmis qui me couraient sur les jambes et les bras.Leur marche, que rien n'arrêtait, me causait des frayeurs, je les sentais approcher de mes oreilles, de mon nez, s'aventurer sous le tissu du short, je craignais qu'elles n'envahissent d'autres lieux... Je me secouais, je les sentais encore grimper le long de mes jambes. Effrayée, je me levais, rouge de chaleur et de honte, pour les sentir toujours sur mes cuisses. Je tirais sur les élastiques de ma culotte, secouais mon T-shirt, soudain folle d'angoisse à l'idée que les fourmis aient réussi à s'infiltrer ailleurs, dans les poils, dans les trous, dans le puits mystérieux où je n'osais même pas mettre les doigts."
lundi 26 décembre 2011
Les deux petits monstres de Michaël Escoffier et Gwendal Blondelle
Je l'avoue depuis maintenant quelques petites années, j'ai flashé sur les albums griffés Michaël Escoffier, auteur ultra talentueux d'ouvrages facétieux ( Le gentil p'tit lapin) ou délirants (Cherche figurants). C'est donc avec gourmandise que j'ai ouvert "Les deux petits monstres" et que, une fois refermé, je l'ai réouvert pour le refermer un peu déçu, très déçu même.
C'est l'histoire de deux petits monstres qui vivent chez un sorcier et, parce qu'ils ne sont pas sages, se retrouvent enfermés dans un livre, chacun sur une page différente. Bien évidemment ils n'auront qu'un objectif : se rejoindre pour faire à nouveau des bêtises.
Encore une fois, nous avons droit à un album original, avec des pop-ups, des trous mais , l'histoire, jouant sur le concept assez abstrait que les pages des livres sont des prisons, fonctionne moyennement bien.
Je décidai alors de le tester sur mon neveu de cinq ans.
A l'idée d'écouter une histoire de monstres, il a vite accouru. L'ouverture du livre a provoqué de petits cris d'enthousiasme à la vue de tout un tas de petits monstres joliment croqués. Ceux du titre sont moins rigolos mais la suite a été écoutée avec attention. Un petit froncement de sourcil quand un des monstres découpe un trou dans la page pour rejoindre son copain, marquant une légère incompréhension. Puis, lorsque apparaît l'escalier en pop-up, les petits doigts grimpent les marches avec plaisir mais le froncement est toujours là, plus prononcé. Et à la fin, quand les monstres sont réunis, je sens bien qu'il y a quelque chose qui coince et mon petit neveu me demande :
- Ils sont ensemble là?
-Heu, oui. Pourquoi?
-Ben, ils ne sont pas sur la même page, c'est pas possible...
-Mais, si puisqu'ils ne sont plus enfermés dans un livre !
- ?????
Bon, je sais, vous qui me lisez et qui n'avez pas l'album sous les yeux vous ne pouvez pas bien comprendre. Je veux seulement que vous ressentiez que l'idée originale de jouer avec les pages d'un livre, aussi sympathique et ludique soit-elle, n'est pas forcément à la portée du public auquel elle est destinée. Et ici, malgré les pages mobiles, la présence de monstres, elle est un peu trop tordue pour un enfant (au moins de mon neveu). Je rajouterai même que les illustrations, toutes dans les tons gris et mauves genre demi-deuil des années 50, n'aident pas à rendre la chose attrayante, bien au contraire.
L'album a été refermé, posé dans la chambre de mon neveu et n'a, depuis dix jours, jamais réapparu au dessus de la pile branlante de ses lectures. Mauvais signe.
Un Mickaël Escoffier raté, ça arrive. Cela ne m'empêche pas d'attendre le prochain avec impatience.
Les deux petits monstres de Michaël Escoffier et Gwendal Blondelle. Kaléidoscope 15 €
C'est l'histoire de deux petits monstres qui vivent chez un sorcier et, parce qu'ils ne sont pas sages, se retrouvent enfermés dans un livre, chacun sur une page différente. Bien évidemment ils n'auront qu'un objectif : se rejoindre pour faire à nouveau des bêtises.
Encore une fois, nous avons droit à un album original, avec des pop-ups, des trous mais , l'histoire, jouant sur le concept assez abstrait que les pages des livres sont des prisons, fonctionne moyennement bien.
Je décidai alors de le tester sur mon neveu de cinq ans.
A l'idée d'écouter une histoire de monstres, il a vite accouru. L'ouverture du livre a provoqué de petits cris d'enthousiasme à la vue de tout un tas de petits monstres joliment croqués. Ceux du titre sont moins rigolos mais la suite a été écoutée avec attention. Un petit froncement de sourcil quand un des monstres découpe un trou dans la page pour rejoindre son copain, marquant une légère incompréhension. Puis, lorsque apparaît l'escalier en pop-up, les petits doigts grimpent les marches avec plaisir mais le froncement est toujours là, plus prononcé. Et à la fin, quand les monstres sont réunis, je sens bien qu'il y a quelque chose qui coince et mon petit neveu me demande :
- Ils sont ensemble là?
-Heu, oui. Pourquoi?
-Ben, ils ne sont pas sur la même page, c'est pas possible...
-Mais, si puisqu'ils ne sont plus enfermés dans un livre !
- ?????
Bon, je sais, vous qui me lisez et qui n'avez pas l'album sous les yeux vous ne pouvez pas bien comprendre. Je veux seulement que vous ressentiez que l'idée originale de jouer avec les pages d'un livre, aussi sympathique et ludique soit-elle, n'est pas forcément à la portée du public auquel elle est destinée. Et ici, malgré les pages mobiles, la présence de monstres, elle est un peu trop tordue pour un enfant (au moins de mon neveu). Je rajouterai même que les illustrations, toutes dans les tons gris et mauves genre demi-deuil des années 50, n'aident pas à rendre la chose attrayante, bien au contraire.
L'album a été refermé, posé dans la chambre de mon neveu et n'a, depuis dix jours, jamais réapparu au dessus de la pile branlante de ses lectures. Mauvais signe.
Un Mickaël Escoffier raté, ça arrive. Cela ne m'empêche pas d'attendre le prochain avec impatience.
Les deux petits monstres de Michaël Escoffier et Gwendal Blondelle. Kaléidoscope 15 €
dimanche 25 décembre 2011
Le temps des riches de Thierry Pech
"Le temps des riches" est un petit précis économique sur les riches en France, simple mais détaillé, qui ne tourne pas autour du pot et qui pose les bonnes questions.
En ouvrant le livre, j'avais bien entendu mon idée des riches, de leur puissance, de leur mode de vie, de leur manière de s'enrichir. Sa lecture ne fait que confirmer ce que l'on sait déjà (avec, en plus, des chiffres récents et précis) : individualisme forcené, réseau social très efficient, transmission de richesse par héritage, échappement à l'impôt par les niches fiscales, générosité minime, enrichissement maximal en période de crise. Hélas pour moi, j'ai également appris, entre autre, que les riches pèsent plus lourdement sur l'environnement de par leur mode vie mais surtout parce qu'ils servent de modèle de consommation aux classes moyennes avides d'imitation de leur standards de réussite sociale.
Mais Thierry Pech va plus loin dans son analyse, se demandant par exemple comment ce déploiement de richesses exposées sans vergogne dans les pages des journaux populaires ne déclenchent pas un rejet de la part d'une population amenée à se serrer de plus en plus la ceinture. Il nous éclaire sur les mécanismes d'une société française irrémédiablement fascinée par l'argent et le succès et comment ce petit noyau de personnes fortunées gèrent des images propices plus au rêve qu'à la révolte ainsi qu'un discours faisant de la réussite personnelle une religion.
La lecture de ce livre me semble indispensable pour décrypter tous les discours que l'on va nous asséner dans les mois à venir. Il nous permettra de mesurer l'envie de nos futurs candidats au poste suprême à vouloir mettre en place des réformes d'envergure pour une meilleure équité sociale et un vrai renouveau démocratique.
En ouvrant le livre, j'avais bien entendu mon idée des riches, de leur puissance, de leur mode de vie, de leur manière de s'enrichir. Sa lecture ne fait que confirmer ce que l'on sait déjà (avec, en plus, des chiffres récents et précis) : individualisme forcené, réseau social très efficient, transmission de richesse par héritage, échappement à l'impôt par les niches fiscales, générosité minime, enrichissement maximal en période de crise. Hélas pour moi, j'ai également appris, entre autre, que les riches pèsent plus lourdement sur l'environnement de par leur mode vie mais surtout parce qu'ils servent de modèle de consommation aux classes moyennes avides d'imitation de leur standards de réussite sociale.
Mais Thierry Pech va plus loin dans son analyse, se demandant par exemple comment ce déploiement de richesses exposées sans vergogne dans les pages des journaux populaires ne déclenchent pas un rejet de la part d'une population amenée à se serrer de plus en plus la ceinture. Il nous éclaire sur les mécanismes d'une société française irrémédiablement fascinée par l'argent et le succès et comment ce petit noyau de personnes fortunées gèrent des images propices plus au rêve qu'à la révolte ainsi qu'un discours faisant de la réussite personnelle une religion.
La lecture de ce livre me semble indispensable pour décrypter tous les discours que l'on va nous asséner dans les mois à venir. Il nous permettra de mesurer l'envie de nos futurs candidats au poste suprême à vouloir mettre en place des réformes d'envergure pour une meilleure équité sociale et un vrai renouveau démocratique.
samedi 24 décembre 2011
A dangerous method de David Cronenberg
Il est des films très intimidants pour le public. "A dangerous méthod" mettant en scène les expérimentations et les échanges de Freud et Jung autour de la psychanalyse est de ceux là.
L'histoire se concentre néanmoins sur le personnage de Sabina Spielrein (Keira Knightley), jeune femme très torturée que Jung (Michaël Fassbender) va guérir et en faire une de ces égales en même temps que sa maîtresse voire le grand amour de sa vie. Freud (Viggo Mortensen) observera, jugera cette relation trouble car sado-masochiste, à l'aune de ses théories nouvelles et encore fragiles. Autour de ce thème qui rejoint pas mal de ses films précédents, David Cronenberg, déroule une mise en scène ultra classique, corsetée comme ses personnages et faussement lumineuse comme ces lacs suisses aux eaux sombres sur lesquels vogue Jung.
Pourtant le sexe rôde tout le temps, à chaque scène, dans tous les discours. Mais dans cette Europe du début du vingtième siècle, où les femmes, toutes habillées de blancs pour mieux souligner ou imposer leur pureté, où les hommes, coincés par une société aussi raide que leurs faux cols amidonnés, libérer la parole autour de la sexualité reste un tabou.
Le film nous fait assister à ce bouillonnement intellectuel des débuts de la psychanalyse et aux difficultés que rencontre le docteur Jung, tiraillé entre raison et liberté, satisfaction du corps et de l'esprit.
David Cronenberg, un rien machiavélique, utilise à contre emploi Michaël Fassbender, comédien formidable mais aussi, après le fameux "Shame", sex toy ambulant. Il est parfaitement convaincant en médecin tiraillé par ses pulsions, ne dégrafant aucun bouton de ses pantalons impeccables.
Keira Knightley illumine l'écran de sa beauté mais aussi de son talent (quoiqu'en disent les critiques d'outre-manche) même si au début, les crises d'hystérie de son personnage sont un peu surjouées.
Viggo Mortensen, Freud encore fringant, tout en retenu, apparaît uniquement dans les moments les moins palpitants du film, longues scènes d'échanges autour des théories psychanalytiques et malgré la présence tout à fait freudienne d'un gros cigare perpétuellement dans sa bouche, ces moments alourdissent le déroulé du film.
Si vous êtes férus de psychanalyse, si vous êtes fans absolus des acteurs de ce film ou si vous êtes curieux, allez voir "A dangerous méthod". Par contre si vous voulez de l'action, être bousculé par des images dérangeantes comme Cronenberg s'en est fait le spécialiste, passez votre chemin, ce cru ci est plutôt en mode mineur ou très intériorisé.
jeudi 22 décembre 2011
Florent Marchet Noël's songs
A quelques heures du traditionnel réveillon de Noël, la fièvre monte. Les courses sont faites, le menu dort dans votre frigo avant une transformation digne de Masterchef, les cadeaux sont emballés, la déco de table bien pensée, fera pâlir de jalousie votre belle soeur qui a pourtant participé à "Un dîner presque parfait".
Il ne reste qu'une chose pour que la fête soit réussie, l'ambiance sonore. Il faut qu'elle rappelle Noël,sans être trop ringarde, vous avez un rang de bobo branché à maintenir. Il hors de question pour vous de passer en boucle Tino et ses tubes frelatés, encore moins les nouveaux duos ringards de Michel Legrand et de ses invités prestigieux mais trop consensuels. Les chorales style petits chanteurs à la croix de bois sont à proscrire tout comme les compils de tous ces chanteurs d'opéras en mal de succès discographiques.
Le problème aurait pu être insoluble, si cette semaine ne sortait une compil tout à fait de bon aloi : Florent Marchet Noël's songs avec le Santa Claus orchestra.
Voici donc un album franchement réjouissant, composé de 15 titres tirés du patrimoine traditionnel (Douce nuit, Vive le vent, ...), du répertoire de chanteurs français connus( Edith Piaf, Barbara, Jean Louis Murat, ...) remarquablement revisités par Florent Marchet. Un disque pop, aux arrangements lumineux et ludiques qui saura créer une ambiance de fêtes tout en restant un brin caustique, à l'image du chanteur.
On appréciera particulièrement la reprise de "Petit garçon" de Graeme Allwright avec son choriste agacé qui donne à cette scie musicale une saveur nouvelle et la chanson "Dijon, 24 décembre" qui relate comment des cathos intégristes, ont brûlé le Père-Noël pour cause de concurrence déloyale.
Et l'indispensable, l'inusable, "Petit papa Noël", fait-il au moins partie des titres retenus? Rassurez-vous, il y est et repris de fort belle façon. Les paroles niaiseuses ont tout simplement été remplacées par les vocalises aériennes de "La fiancée", chanteuse encore méconnue mais sublime, faisant de ce morceau patrimonial, une friandise tout à fait écoutable.
Vous pouvez investir sans tarder à l'achat de ce nouvel album de Florent Marchet, si réussi que vous pourrez l'écouter toute l'année, même sur la plage à St Trop', car, ici, nous sommes bien au-delà de la simple compil de saison. C'est simplement un disque pop parfaitement maîtrisé par l'un des artistes le plus doué de sa génération.
Extrait d'Un concert donné par Florent Marchet début décembre à Paris, au café de la danse. Ici, la version de "Petit garçon" en duo avec La fiancée
Il ne reste qu'une chose pour que la fête soit réussie, l'ambiance sonore. Il faut qu'elle rappelle Noël,sans être trop ringarde, vous avez un rang de bobo branché à maintenir. Il hors de question pour vous de passer en boucle Tino et ses tubes frelatés, encore moins les nouveaux duos ringards de Michel Legrand et de ses invités prestigieux mais trop consensuels. Les chorales style petits chanteurs à la croix de bois sont à proscrire tout comme les compils de tous ces chanteurs d'opéras en mal de succès discographiques.
Le problème aurait pu être insoluble, si cette semaine ne sortait une compil tout à fait de bon aloi : Florent Marchet Noël's songs avec le Santa Claus orchestra.
Voici donc un album franchement réjouissant, composé de 15 titres tirés du patrimoine traditionnel (Douce nuit, Vive le vent, ...), du répertoire de chanteurs français connus( Edith Piaf, Barbara, Jean Louis Murat, ...) remarquablement revisités par Florent Marchet. Un disque pop, aux arrangements lumineux et ludiques qui saura créer une ambiance de fêtes tout en restant un brin caustique, à l'image du chanteur.
On appréciera particulièrement la reprise de "Petit garçon" de Graeme Allwright avec son choriste agacé qui donne à cette scie musicale une saveur nouvelle et la chanson "Dijon, 24 décembre" qui relate comment des cathos intégristes, ont brûlé le Père-Noël pour cause de concurrence déloyale.
Et l'indispensable, l'inusable, "Petit papa Noël", fait-il au moins partie des titres retenus? Rassurez-vous, il y est et repris de fort belle façon. Les paroles niaiseuses ont tout simplement été remplacées par les vocalises aériennes de "La fiancée", chanteuse encore méconnue mais sublime, faisant de ce morceau patrimonial, une friandise tout à fait écoutable.
Vous pouvez investir sans tarder à l'achat de ce nouvel album de Florent Marchet, si réussi que vous pourrez l'écouter toute l'année, même sur la plage à St Trop', car, ici, nous sommes bien au-delà de la simple compil de saison. C'est simplement un disque pop parfaitement maîtrisé par l'un des artistes le plus doué de sa génération.
Extrait d'Un concert donné par Florent Marchet début décembre à Paris, au café de la danse. Ici, la version de "Petit garçon" en duo avec La fiancée
mercredi 21 décembre 2011
Frankie Knight d'Emile Simon
J'avais laissé Emilie Simon après ces expérimentations avec l'eau et la glace ( La marche de l'empereur) et sa musique végétale (Végétal). Ces albums aux sonorités originales ne m'avaient pas vraiment convaincu, sa voix un peu aigüe et enfantine me crispant un peu. Je l'avoue, c'est avec appréhension que j'ai abordé l'écoute de ce chant d'amour posthume qui sort ces jours-ci.
Avec "Fankrie Khight", fait référence à son compagnon décédé de la grippe A voici deux ans, Emilie Simon nous offre une suite de chants dédiée à sa mémoire, à son amour. Le premier morceau, "Mon chevalier" aux notes cristallines est une chanson qui me fait frissonner à chaque écoute. Pourtant la voix est la même, les notes cristallines qui l'accompagnent évoquent les précédentes productions de la chanteuse,les paroles sont simples et un peu adolescentes, mais il y a une telle sincérité, une telle ferveur, un tel amour qui transparaît, que la magie est là et me bouleverse; Et la suite est de la même trempe. Les compositions plus pops, moins expérimentales, font également des incursions dans le rock ou le jazz. A chaque fois, je me suis dit que non, là cela n'allait pas être possible, cette petite voix acidulée ne pourrait nous embarquer jusqu'au bout... Eh bien si, elle emporte à chaque fois le morceau, cet amour et ce deuil donnant une puissance inouïe à ses compositions et à son chant.
Pour moi, une vraie surprise, un disque composé comme un chant funèbre mais lumineux et incandescent comme cet amour qui semble habiter la chanteuse et qu'elle sait si bien nous faire partager. Bravo!
La plupart de ces chansons font partie de la BOF "La délicatesse", un film réalisé par les frères Foenkinos qui sort fin décembre.
Avec "Fankrie Khight", fait référence à son compagnon décédé de la grippe A voici deux ans, Emilie Simon nous offre une suite de chants dédiée à sa mémoire, à son amour. Le premier morceau, "Mon chevalier" aux notes cristallines est une chanson qui me fait frissonner à chaque écoute. Pourtant la voix est la même, les notes cristallines qui l'accompagnent évoquent les précédentes productions de la chanteuse,les paroles sont simples et un peu adolescentes, mais il y a une telle sincérité, une telle ferveur, un tel amour qui transparaît, que la magie est là et me bouleverse; Et la suite est de la même trempe. Les compositions plus pops, moins expérimentales, font également des incursions dans le rock ou le jazz. A chaque fois, je me suis dit que non, là cela n'allait pas être possible, cette petite voix acidulée ne pourrait nous embarquer jusqu'au bout... Eh bien si, elle emporte à chaque fois le morceau, cet amour et ce deuil donnant une puissance inouïe à ses compositions et à son chant.
Pour moi, une vraie surprise, un disque composé comme un chant funèbre mais lumineux et incandescent comme cet amour qui semble habiter la chanteuse et qu'elle sait si bien nous faire partager. Bravo!
La plupart de ces chansons font partie de la BOF "La délicatesse", un film réalisé par les frères Foenkinos qui sort fin décembre.
lundi 19 décembre 2011
Lys & love de Laurent Voulzy
Si pour Noël vous offrez le dernier album de Laurent Voulzy, il va falloir mettre la main à la poche.
Je m'explique. Ce nouvel opus est le croisement étrange entre de la pop, de la musique folklorique, quelques notes de flûtiot, un nuage de choeur de vierges et tout un bric à brac moyenâgeux. Cela donne un ensemble de musiques planantes, pas désagréables qui s'intégreront parfaitement au rayon parfum d'ambiance zen de chez Natures et découvertes. On ne retiendra par contre aucune parole, peu inspirées, où l'amour d'une belle pour son chevalier, nous est conté sur un mode niaiseux et répétitif, sans grand intérêt.
On notera tout de même la participation de Roger Daltrey dans un duo où la voix puissante du chanteur des Who mêlée à celle de Laurent Voulzy nous renvoie l'image du preux chevalier et de son frêle écuyer. Par contre, nous déplorerons l'absence de Véronique Jannot dont la voix éthérée aurait parfaitement pu s'intégrer à cet ensemble, et dont l'intro de quelques morceaux, proche d'" Aviateur" (1988), nous laisse espérer la présence.
Quoiqu'il en soit, cet album, finalement original par son thème et bien produit, reste vraiment écoutable. Mais si vous devez l'offrir, et si vous voulez être sûr qu'il soit bien reçu, ajoutez-y une tunique en soie aux motifs bigarrés style baba cool, un joint ou deux, des bâtons d'encens, de la cervoise et si vous avez vraiment les moyens, un jongleur, un ménestrel et un masseur new âge. Là, les conditions d'écoute seront optimales et le plaisir sera total, entre divin et rêverie.
Pour ceux qui ne connaissent pas le tube (paroles Alain Souchon), voici ci=dessous jeanne , premier extrait de cet album..
Je m'explique. Ce nouvel opus est le croisement étrange entre de la pop, de la musique folklorique, quelques notes de flûtiot, un nuage de choeur de vierges et tout un bric à brac moyenâgeux. Cela donne un ensemble de musiques planantes, pas désagréables qui s'intégreront parfaitement au rayon parfum d'ambiance zen de chez Natures et découvertes. On ne retiendra par contre aucune parole, peu inspirées, où l'amour d'une belle pour son chevalier, nous est conté sur un mode niaiseux et répétitif, sans grand intérêt.
On notera tout de même la participation de Roger Daltrey dans un duo où la voix puissante du chanteur des Who mêlée à celle de Laurent Voulzy nous renvoie l'image du preux chevalier et de son frêle écuyer. Par contre, nous déplorerons l'absence de Véronique Jannot dont la voix éthérée aurait parfaitement pu s'intégrer à cet ensemble, et dont l'intro de quelques morceaux, proche d'" Aviateur" (1988), nous laisse espérer la présence.
Quoiqu'il en soit, cet album, finalement original par son thème et bien produit, reste vraiment écoutable. Mais si vous devez l'offrir, et si vous voulez être sûr qu'il soit bien reçu, ajoutez-y une tunique en soie aux motifs bigarrés style baba cool, un joint ou deux, des bâtons d'encens, de la cervoise et si vous avez vraiment les moyens, un jongleur, un ménestrel et un masseur new âge. Là, les conditions d'écoute seront optimales et le plaisir sera total, entre divin et rêverie.
samedi 17 décembre 2011
Paul au parc de Michel Rabagliati
Derrière un titre du type "Martine" (vous savez cette adorable gamine en jupette qui a privé d'émancipation féminine des générations de fille depuis un demi-siècle), se cache un album rudement plaisant et formidablement émouvant.
"Paul au parc" est le septième album d'une série assez autobiographique entamée voici plus de 10 ans et qui rencontre un grand succès au Québec. Ce succès commence à se propager en France grâce au prix du public obtenu au festival d'Angoulême en 2010 pour le précédent opus.
Retour en arrière pour ce nouvel épisode, nous retrouvons Paul adolescent en 1969. Il a une dizaine d'années, vit dans une famille italo-québecoise tout à fait cocasse, découvre le neuvième art, et rêve d'embrasser le métier d'auteur de bande-dessinée ainsi que la jolie Hélène. Et puis, alors que le Québec subit la pression du FLQ (Front de Libération du Québec), Paul découvre le scoutisme, ses camps d'hiver, d'été, les amitiés et les chefs scouts, attentifs et dévoués.
A partir de ses souvenirs, Paul Rabagliati déroule un récit tout empreint d'un humour tendre teinté d'un zeste d'émotion. Même si la nostalgie risque de moins opérer de ce côté-ci de l'Atlantique (qui connaît Koko le clown ou le chocolat Abbo ?), j'ai été emporté par son histoire, j'avais l'accent québécois dans l'oreille et je me suis délecté de toutes ces expressions, mélange de vieux français et d'anglicismes.
Avec un dessin de plus en plus beau et au trait clair mais joliment travaillé, l'oeil se régale et aime s'attarder sur des détails, une case, une planche.
Mais ce qui fait la grande richesse de cet album ce sont les portraits de ces adultes qui accompagnent Paul dans son passage dans l'adolescence. Ils sont de ceux qui laissent une empreinte pour toute une vie, héros simples et ordinaires mais qui par leur dévouement offrent à Paul le meilleur terreau pour sa future vie d'homme. Cet album leur rend un vibrant hommage ainsi qu'à ses camarades louveteaux, avec finesse, tendresse et humour.
Cet album, qui peut se dévorer sans connaître les précédents et qui peut même être une excellente entrée dans cet univers canadien, est donc un petit bijou, un bonheur de lecture, un petit trésor que l'on conseille et que l'on garde dans sa bibliothèque.
vendredi 16 décembre 2011
Partie de pêche de Béatrice Rodriguez
La collection "histoire sans paroles " des éditions Autrement jeunesse nous propose cette rentrée, les troisièmes aventures de la poule et du renard.
Pour ceux et celles qui ne connaitraient pas ces deux héros, sachez que c'est un gros succès de librairie, surtout pour des albums sans texte. Chaque aventure, toujours trépidante, se termine invariablement par un petit coup de théâtre inattendu.
Ce troisième volume ne déroge pas à la règle. Nous retrouvons donc le renard et la poule filant un parfait amour sur leur île. Hélas, le frigo est vide et notre poule doit confier l'oeuf qu'elle couve au renard pour qu'elle puisse partir pêcher quelque nourriture pour subsister.
La partie de pêche ne sera pas de tout repos. Un rapace puis un serpent de mer viendront compliquer les plans de la poule qui finira par retrouver sa maison après moultes péripéties. Et c'est en entrant chez elle que...
Non, je ne divulguerai pas la fin, surprenante comme à l'habitude, avec cette fois-ci, pour un lecteur un peu plus âgé, une interrogation de type scientifico-philosophique un peu dérangeante.
Cette fois-ci encore Béatrice Rodriguez livre un joli album, humoristique, aux illustrations toniques mais aux couleurs tendres. J'ai apprécié le petit côté féministe de cette poule qui finalement est bien plus courageuse que son fiancé mais est surtout une pionnière en matière de procréation. Mais, chuuutt, je n'en dirai pas plus, à vous d'aller découvrir de quoi il s'agit et de réagir selon vos convictions. Un très bon album qui, évidemment de par son concept, engendre la discussion et l'élocution pour les petits qui mettront leurs mots sur ces images toniques.
Pour ceux et celles qui ne connaitraient pas ces deux héros, sachez que c'est un gros succès de librairie, surtout pour des albums sans texte. Chaque aventure, toujours trépidante, se termine invariablement par un petit coup de théâtre inattendu.
Ce troisième volume ne déroge pas à la règle. Nous retrouvons donc le renard et la poule filant un parfait amour sur leur île. Hélas, le frigo est vide et notre poule doit confier l'oeuf qu'elle couve au renard pour qu'elle puisse partir pêcher quelque nourriture pour subsister.
La partie de pêche ne sera pas de tout repos. Un rapace puis un serpent de mer viendront compliquer les plans de la poule qui finira par retrouver sa maison après moultes péripéties. Et c'est en entrant chez elle que...
Non, je ne divulguerai pas la fin, surprenante comme à l'habitude, avec cette fois-ci, pour un lecteur un peu plus âgé, une interrogation de type scientifico-philosophique un peu dérangeante.
Cette fois-ci encore Béatrice Rodriguez livre un joli album, humoristique, aux illustrations toniques mais aux couleurs tendres. J'ai apprécié le petit côté féministe de cette poule qui finalement est bien plus courageuse que son fiancé mais est surtout une pionnière en matière de procréation. Mais, chuuutt, je n'en dirai pas plus, à vous d'aller découvrir de quoi il s'agit et de réagir selon vos convictions. Un très bon album qui, évidemment de par son concept, engendre la discussion et l'élocution pour les petits qui mettront leurs mots sur ces images toniques.
jeudi 15 décembre 2011
Des vents contraires de Jalil Lespert
Certains jours, je devrai me fier à mon intuition. Dès que j'ai vu la bande annonce "des vents contraires", j'ai bien senti l'ennui, le film pas vraiment emballant mais emballé comme une vague superproduction française avec tout un tas de chouettes acteurs, accompagnés d'enfants craquants et sur un scénario d'Olivier Adam, auteur reconnu et adulé.
Et le résultat est conforme à l'impression : vraiment pas terrible.
Vous me direz : "Oui, mais y'a Audrey Tautou, tout de même !
- Oui, mais elle disparaît dès la première minute pour réapparaître de temps en temps, en rêve, quand son mari (Benoît Magimel) a trop le cafard de ne pas savoir ce qu'elle est devenue. (Nous, on a déjà fait notre deuil, mais bon, on n'était pas marié avec elle)
- Et Ramzy Bédia, il n'est pas formidable dans son premier rôle dramatique?
- Non, pas transcendant, il n'a pas assez de scènes pour tirer son épingle du jeu et son histoire tombe un peu comme un cheveu sur la soupe.
- Et Isabelle Carré ? Et Antoine Duléry ?
- Ils sont très bien, comme d'habitude, mais ils ne suffisent pas à sauver l'oeuvre."
Ce film n'est pas un polar, mais il aurait pu en être un, tous les éléments y sont. Comme ils n'intéressent pas le réalisateur, le spectateur est prié de se pencher au chevet de cet homme très malheureux et d'admirer tous ses nombreux tourments : solitude, culpabilité, colère, dégoût et j'en passe. Cela aurait pu nous émouvoir mais c'est simplement plat. A trop vouloir éviter le mélo, tout devient lisse, sans saveur. Les personnages secondaires passent dans une suite de scènes dont on voit pas tout à fait l'intérêt, plombant un peu plus la narration. Et je ne parle pas de la fin (ceux qui iront voir le film et qui ne seront pas encore endormis ou sortis risquent de m'en vouloir), elle nous tombe dessus sans qu'on s'y attende, pour nous surprendre, mais c'est raté, on est déjà en train de se demander ce que l'on va faire à manger ce soir et si finalement on ne mangera pas les restes du poulet...
Le titre était prémonitoire : " des vents contraires" nous poussent vers d'autres films et celui-ci vers une sortie DVD très rapide.
Et le résultat est conforme à l'impression : vraiment pas terrible.
Vous me direz : "Oui, mais y'a Audrey Tautou, tout de même !
- Oui, mais elle disparaît dès la première minute pour réapparaître de temps en temps, en rêve, quand son mari (Benoît Magimel) a trop le cafard de ne pas savoir ce qu'elle est devenue. (Nous, on a déjà fait notre deuil, mais bon, on n'était pas marié avec elle)
- Et Ramzy Bédia, il n'est pas formidable dans son premier rôle dramatique?
- Non, pas transcendant, il n'a pas assez de scènes pour tirer son épingle du jeu et son histoire tombe un peu comme un cheveu sur la soupe.
- Et Isabelle Carré ? Et Antoine Duléry ?
- Ils sont très bien, comme d'habitude, mais ils ne suffisent pas à sauver l'oeuvre."
Ce film n'est pas un polar, mais il aurait pu en être un, tous les éléments y sont. Comme ils n'intéressent pas le réalisateur, le spectateur est prié de se pencher au chevet de cet homme très malheureux et d'admirer tous ses nombreux tourments : solitude, culpabilité, colère, dégoût et j'en passe. Cela aurait pu nous émouvoir mais c'est simplement plat. A trop vouloir éviter le mélo, tout devient lisse, sans saveur. Les personnages secondaires passent dans une suite de scènes dont on voit pas tout à fait l'intérêt, plombant un peu plus la narration. Et je ne parle pas de la fin (ceux qui iront voir le film et qui ne seront pas encore endormis ou sortis risquent de m'en vouloir), elle nous tombe dessus sans qu'on s'y attende, pour nous surprendre, mais c'est raté, on est déjà en train de se demander ce que l'on va faire à manger ce soir et si finalement on ne mangera pas les restes du poulet...
Le titre était prémonitoire : " des vents contraires" nous poussent vers d'autres films et celui-ci vers une sortie DVD très rapide.
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