lundi 9 décembre 2013

Le loup qui mangeait n'importe quoi de Manu Larcenet et Christophe Donner



Rien de plus alléchant qu'un album avec un loup en couverture ! Les enfants adorent ! Et quand les parents, forcément connaisseurs mais aussi détenteurs de la carte bancaire voient que les auteurs ne sont que les excellentissimes Manu Larcenet et Christophe Donner, les yeux fermés, ils passent à la caisse. Grossière erreur ! Ils auraient peur être dû y jeter un oeil avant achat, foi d'acheteur...
Malgré un emballement unanime sur la blogosphère, j'avoue, au risque de passer pour bégueule, faire la fine bouche.
Soit un loup qui a faim. Cela va se soi, nous sommes en hiver et il n'y aurait pas d'histoire s'il était repu. Il rencontre une pauvre brebis qui, en plus d'être seule, est victime de remontées gastriques malodorantes. Bref elle rote et quand on a faim, on ne fait pas le difficile, quitte ensuite à roter soi-même. Un peu plus tard, il rencontre un cochon solitaire dont les nombreuses flatulences pourraient le rendre impropre à la consommation. Mais non, quand on est gourmand, on dévore et voilà notre loup continuant son chemin tout en rotant et pétant. Vous êtes dotés de finesse et donc vous devinez qu'ensuite il dévorera un mangeur de crottes de nez, un rongeur d'ongles et des tortilleuses de cheveux. Ne comptez pas sur moi pour vous dévoiler la chute (pas fameuse) de ce conte tout en délicatesse.
Délicatesse ? Mais oui, car le texte est en vers ! C'est rigolo, c'est décalé, ça pourrait faire oublier cette histoire surement créée à l'issue d'un banquet bien arrosé après avoir fait tourner des serviettes. Mais, je l'avoue, ma première lecture avec mes yeux d'adulte, m'a fait sourire. Et donc, j'ai voulu partager ma découverte avec un groupe d'enfants de 5/6 ans, certain d'obtenir un succès facile, car dès que ça pète ou que ça rote.... ça marche. Et le verdict fut à la hauteur de l'album : au ras des pâquerettes ! Car si dès qu'on dit "pète" ou " rote" ou "crotte de nez", les enfants rient, pour ce qui est du reste de l'histoire on repassera. Bien qu'habitués aux histoires en randonnées, sans être nullement surpris par les vers (beaucoup d'albums jeunesse aiment jouer avec les sonorités de la langue), ils ont très vite été noyés par les tournures vieillottes et alambiquées d'un texte qui, en plus, est encombré d'un vocabulaire pompeux et difficile. Et à l'oral, les lourdeurs de ce poème  apparaissent très vite. Comme les défauts les plus drôles sont au début, plus on avance, plus les enfants décrochent, seulement en attente des mots "pète" et "rote" qui, à force de répétition, ont bien évidemment  moins d'impact. Comme la fin est assez abstraite, j'ai achevé l'histoire (terme malheureux? ) dans une quasi indifférence générale et, pourtant, croyez-moi, j'y ai mis du coeur...
Peut être que ai-je ciblé trop jeune ? Cet album doit-il être réservé à des enfants plus grands (7/8 ans) ?
J'en doute un peu.
Si l'on ne peut rien reprocher aux sympathiques illustrations de Manu Larcenet, drôles, simples et parlantes, on ne peut pas en dire autant du texte lourd de toutes parts. En flattant le côté "pipi caca" des enfants et en leur assénant des rimes lourdaudes et ampoulées, dont les clins d'oeil ne s'adressent qu'aux adultes, cet album fleure un peu trop le produit marketing. C'est dommage car chacun des auteurs,dans son domaine, reste très talentueux. Pour le conte jeunesse, les preuves restent à faire. 

2 commentaires:

  1. Bravo pour cet avis en vent contraire ! Achetée sur sa bonne mine et pleine d'enthousiasme en l'ouvrant, je dois moi aussi avouer que je me suis ennuyée ferme. Pire, il est maintenant rangé dans les bacs, sans être passé par la pile "à-lire-fissa-aux-mômes". Je ne suis pourtant pas bégueule, je suis la première à rigoler avec les enfants aux autres pipicacapouët, je sais depuis longtemps que je ne suis pas une princesse (sanglots...), mais cet album m'a fait l'effet d'un grand rien.
    Dommage hein ?

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  2. Pareil, je me suis bien amusée à la première lecture. Je l'ai faite seule.
    J'ai rencontré de réelles difficultés en le lisant à mes fils (5 et 8 ans). La première lecture fut un flop, la seconde un peu moins pire. C'est parce que mon plus jeune est du genre tetu et qu'il aime quand ça parle "pipi-caca" qu'on est régulièrement reparti dans des lectures. Maintenant, ça va. Il peut en rire... mais ce n'était vraiment pas gagné au départ.

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