mercredi 25 décembre 2013

Tel père, tel fils de Hirokazu Kore-eda


Un couple aisé japonais, lui cadre haut placé, elle au foyer, suit leur fils de 6 ans lors du passage de tests pour l'entrée dans une de ces écoles privées aussi onéreuses qu'impitoyables devant la moindre erreurs de leurs élèves. Mais tout va pour le mieux pour eux. Tandis que le père se donne à fond dans la réalisation d'un projet immobilier d'envergure et que la mère veille sur la santé de sa famille en traquant les mauvais aliments et en aseptisant au mieux leur appartement, le fils sera accepté dans l'établissement désiré. Cette belle harmonie se verra mise à mal quand l'hôpital où est né l'enfant, leur annoncera l'inexplicable échange d'enfants lors de l'accouchement. Leur vrai fils habite en fait dans une famille modeste de petit commerçants...
Bien sûr cela rappelle " La vie est un long fleuve tranquille " d'Etienne Chatilliez, seulement ici le 
traitement est tout autre. Ce n'est pas une comédie grinçante mais une fine étude psychologique des comportements qui attend le spectateur.
Hirozaku Kore-eda est un réalisateur sensible et qui filme sans grands effets. C'est calme, posé, sa caméra s'attarde un peu sur les visages, guettant les réactions, comme un témoin parfaitement partial et sans jugement. Cependant son cinéma est de ceux qui ne laisse personne indifférent. Très vite le spectateur est pris dans un questionnement intense. La situation délicate devient le creuset d'une réflexion sur la maternité, la paternité, les liens du sang. Au bout de six ans de vie commune avec un enfant, qui est finalement son père, sa mère ? Les deux familles étant de milieux différents avec des valeurs vraiment opposées, viennent se greffer aussi toutes les questions autour de l'éducation. Et comme l'éducation est le reflet d'une société, le film prend une densité énorme, devenant aussi, en creux, une réflexion sur le monde occidental d'aujourd'hui. Quelle vie choisir ? Travailler plus pour vivre mieux mais en oubliant les valeurs de partage et les besoins d'attentions quotidiennes de sa famille ? Vivre plus simplement  mais avec les autres ? Les adultes du film de débattent comme ils peuvent, avec leurs certitudes, leurs obligations. Les enfants, eux, calmement mais fermement, viendront poser leurs petits doigts là où ça fait mal et réfléchir. 
On dit souvent que Kore-eda est le cinéaste de l'enfance. C'est vrai, mais je crois que c'est avant tout l'observateur attentif d'un monde finissant, celui où le libéralisme a attaqué tout ce qui faisait le ciment d'une société, celui où les adultes oublient très tôt leur âme d'enfant, celui où la technologie prend de plus en plus le pas sur la simplicité ( on préfére faire du sport avec une WII ), celui où l'enfant est un investissement narcissique au mépris de sa personnalité. Il n'a pas son pareil pour laisser sa caméra flâner dans les familles, les intérieurs, offrant ainsi un véritable reportage quasi ethnologique au milieu d'une intrigue captivante. Témoin objectif de son temps, le nouveau maître du cinéma japonais a failli rafler la palme d'or lors du dernier festival de Cannes. On lui a préfèré un film plus voyant ( et voyeur), possédant des thématiques parfois similaires ( la différence des classes) mais  au traitement radicalement différent. Tout aussi porteur de réflexion que " La vie d'Adèle", " tel père, tel fils" a pâti d'une réalisation trop sage et trop classique. Mais méfiez-vous des apparences, sous son air calme et tranquille, se cache un film qui bouillonne de l'intérieur, un de ceux qui restent longtemps en mémoire !





1 commentaire:

  1. Oh que je suis d'accord, ce film est un de ceux qui restent en mémoire !

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