lundi 2 décembre 2013

Masculin/masculin à Orsay


Le très solennel musée d'Orsay s'encanaille cet automne en proposant une exposition sur le nu au masculin dans l'art depuis 1800 jusqu'à nos jours, à l'image de celle qui fit vaguement scandale en Autriche voici quelques mois. Même si le musée a évité une affiche trop explicite et ne propose pas non plus une visite nudiste comme à Vienne. Le buzz a bien fonctionné puisque l'on se bousculait devant les tableaux de ces mâles dénudés le jour où j'ai réussi à y accéder. Entre curiosité et intérêt pour l'art, le public déambulait, jouait des coudes devant certaines oeuvres, mais semblait un peu perdu par la scénographie proposée.
Lorsque l'on pénètre dans l'exposition, on ne remarque pas tout de suite le cartel explicatif tellement le regard est happé par les premiers tableaux de ces hommes nus dans des postures souvent étranges, tarabiscotées pour certains. Et puis, très vite on se rend compte qu'un tableau début 18ème côtoie une photographie de Pierre et Gilles. Bêtement j'avais pensé que l'accrochage était chronologique, montrant l'évolution de la représentation du corps de l'homme au fil de ces deux siècles qui ont vu tant de changements et d'évolutions. Que nenni !
L'exposition propose cinq thématiques (L'idéal classique, Nus héroïques, Nuda Veritas, Im Natur, dans la douleur ) dont la lecture du descriptif apposé sur les murs laisse un peu perplexe mais finalement à l'image de beaucoup de ceux que l'on lit dans de multiples musées : fumeux et verbeux, pas vraiment informatifs. Une peinture classique d'un héros nu dans la nature en train de mourir pouvait entrer dans plusieurs catégories. Le caractère interchangeable de certaines toiles donnant l'étrange impression d'un fourre tout bordélique. Et comme souvent, tout n'est pas du même intérêt. Si certains tableaux sont vraiment magnifiques ( Le berger Pâris de Jean-Baptiste Frédéric Desmarais qui a l'honneur de figurer sur l'affiche ), des sculptures saisissantes ( Ron Mueck ) d'autres m'ont semblé plus anecdotiques et de ne  devoir leur présence que par une sous thématique qui se dégage de cette exposition : l'homosexualité.
Les toiles du 18 et 19ème siècles empreintes de cet académisme du à l'exercice obligatoire de représenter des nus aussi biens masculins que féminins et dont les corps sont ou adolescents ou asexués ou très féminisés, voisinent avec des tableaux ou des photos du 20ème qui sont pour la plus grande majorité produits par des artistes gays ( Bacon, Hockney, Mapplethorpe, Cocteau, ...) comme s'ils avaient été les seuls à s'intéresser au corps de l'homme. Cela donne la forte présence, un peu inexplicable (copinage ?),  des photographies kitchissimes de Pierre et Gilles (au détriment d'un Mapplethorpe qui a, à mon humble avis, était beaucoup plus percutant dans sa représentation du corps masculin). Même si les gays ont été un levier essentiel dans la mise en avant du corps de tous les mâles du monde occidental, pourquoi ne pas avoir accroché d'autres artistes qui ont représenté le nu masculin sans détour ou connotation, mais tout aussi pertinents dans leur vision ?
Finalement, après cette balade parmi ces éphèbes nus, agréable au demeurant, surtout en hiver, on en ressort avec le sentiment que le musée d'Orsay a voulu jouer les affranchis, peut être provoquer un petit scandale, mais a raté son coup. Ce n'est pas parce que l'on expose "L'origine de la guerre " d'Orlan, réplique masculine et en semi érection de "L'origine du monde " de Courbet ou une photo de David La Chapelle représentant 72 vierges voilées porteuses de dynamites entourant un mannequin nu que l'on va faire s'évanouir les ligues de vertus. Cela fait déjà un petit moment que l'homme se dénude pour la pub ou au cinéma (moins que les femmes c'est sûr, mais la parité gagne) et ce qui pourrait paraître pour certains un coup de modernité, n'est finalement qu'une petite exposition rigolote mais assez anecdotique. Une vraie exposition sur le corps de l'homme nu reste à faire.

3 commentaires:

  1. Étrange... Ne me dis pas que tu y es allé samedi, auquel cas nous nous serions côtoyé sans nous reconnaitre !!
    Et sinon, oui tout pareil, le vrai thème est l'homosexualité dans l'art et l'accrochage est incompréhensible. Reste pour moi deux émotions, les autoportraits de schiele et une autre de je ne sais qui montrant un homme mort au combat (avec un corps pourtant étonnamment vivant). Quant a Ron mueck (que fait il dans cette galère) et à pierre et gilles (lourd tellement lourd) et arno breker (?!!!!???) vraiment, j'ai pas compris.
    a+
    Yann

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  2. Mais si j'y étais samedi, vers 13h ! On s'est peut être vraiment côtoyé sans le savoir ! Rigolo !
    Le je ne sais qui (mort au combat) est un tableau d'un second couteau ( Jean Jules Antoine Lecomte de Nouy) et je suis d'accord avec toi, on a l'impression que le corps est vivant contrairement à la tête... sensation étrange... Quant à Arno Breker, on a du mal à comprendre ce qu'il fait là, surtout pour un accrochage aussi ouvertement homosexuel.... L'oeuvre n'est à mon goût guère emballante et son auteur, chantre du nazisme, de sinistre mémoire.

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  3. Et Bien on s'est croisé alors... J'ai passé ma journée à Orsay (que je n'avais pas visité depuis... 15 ans!!) samedi mais je suis allé voir l'expo vers 16 heures. Bref quand tu la visitais moi j'étais dans la salle des fêtes... Mais enfin c'est ballot de se rater à si peu... Décidément nos chemins se croisent. Quant à Arno brecker, moi non plus je n'ai pas bien compris ce qu'il faisait là mais reste une seule chose : avant même de voir de qui était cette sculpture j'ai reconnu que cet homme là était "nazi" Et depuis je me demande bien comment ça se fait que je l'ai senti immédiatement (il y a probablement des raisons objectives mais je n'ai pas su les voir...). Là au moins cette expo aurait été utile...
    Et sinon tu as vu l'expo sur Bella Bartok ? Les œuvres sont moins intéressantes mais la scénographie et le contexte de l'expo (croiser musique et peinture) sont fabuleux.
    yann

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