jeudi 3 juillet 2014

Xenia de Panos H Koutras





Aller au cinéma, c'est aussi prendre des nouvelles du monde. Avec "Xenia" de Panos H Koutras, nous avons, au travers d'un périple de deux frères mal assortis, un instantané de la situation actuelle de la Grèce. Xénophobie, homophobie, crise et ses inévitables inégalités, fascisme rampant voire triomphant, font exploser les clichés touristiques des plages de sable fin et enfonce le clou d'une actualité qui semble un peu oublier ces derniers temps ces presque parias de l'Europe.
La vie est de moins en moins simple au pays de la moussaka et encore plus problématique quand on est d'origine albanaise comme les deux principaux personnages du film. Orphelins depuis peu, leur mère vient de décéder, Dany, 16 ans et Odysséas, 18 ans, vont rechercher leur géniteur disparu dans la nature depuis belle lurette, avec l'espoir de pouvoir obtenir une reconnaissance de paternité qui leur permettrait d'éviter l'expulsion en devenant grec . Leurs pérégrinations seront l'occasion l'occasion de sortir complètement de l'enfance, de régler les quelques meurtrissures qui y sont liées mais aussi, en filigrane, de dresser le portrait guère joyeux d'une population assez cosmopolite. Citoyens d'Europe un peu à la dérive, englués dans une crise dont une des rares portes de sortie est, avec l'immigration vers des contrées plus accueillantes, la machine à rêves nommée télévision et ses émissions de télé-réalité, cette jeunesse nous touche grâce au regard plein d'amour du réalisateur.
"Xenia" joue sur beaucoup de tableaux à la fois :  le récit initiatique, la critique sociale, l'analyse du passage délicat à l'âge adulte tout en y incorporant d'autres éléments comme le thriller, la comédie musicale, le fantastique symbolique, le militantisme gay pour le droit à l'indifférence. J'avoue que tout ce mélange passe finalement très bien, à part, pour moi, une certaine lourdeur dans les symboles. Le doudou vivant/peluche/géant est un peu trop surligné et la petite traque dans la forêt, avec ses plans rappelant "La nuit du chasseur" un soupçon too-much.
Cependant, ce film dégage une telle énergie, un tel amour du cinéma, qu'il serait dommage de s'en priver. On passe un très bon moment, drôle, émouvant et musical. ( "Rumore" de Rafaella Carra qui vole la vedette aux nombreux morceaux de la star italienne Patti Pravo, adulée par les deux frères et qui monopolise la bande son) m'a fait trémousser sur mon siège, je n'avais plus entendu ce titre depuis au moins trente ans !). On s'attache aux personnages principaux, interprétés par des acteurs non professionnels formidablement dirigés et qui arrivent à se jouer des clichés qu'ils semblent véhiculer au début de l'histoire. Et puis, et là c'est mon petit côté militant qui parle, il faut aller voir "Xenia" pour défendre un cinéma généreux, intelligent et créatif, sinon, d'ici peu de temps, au train où vont les choses, nous n'aurons plus sur les écrans que  des blockbusters US ou des comédies françaises ultra calibrées. Si on en arrive là, la France de demain ressemblera à la Grèce d'aujourd'hui !



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