mercredi 12 novembre 2014

Joseph de Marie-Hélène Lafon


J'avais énormément apprécié le précédent roman de Marie-Hélène Lafon "Les pays", paru l'an passé. C'est donc avec envie que je me suis plongé dans "Joseph" son petit dernier. 
Joseph est un vieux gars, ouvrier agricole d'une cinquantaine d'année. Il est l'employé taiseux d'un couple d'agriculteur en train de passer la main à leur fils aîné. Plus bête de somme qu'être humain, Joseph travaille, mange avec ses patrons, le bout des fesses posé sur une chaise, pour vite rejoindre sa chambre meublée du strict nécessaire. Là, il trouvera un repos bien mérité. Allongé sur le dos, les mains de chaque côté du corps, il dort pour se réveiller le lendemain et recommencer son travail.
Avec un tel personnage, il ne faut pas chercher le grand romanesque. Nous sommes dans l'infiniment petit où quelques objets rangés dans le tiroir d'un buffet de cuisine font figure d'éléments fictionnels sensés nous plonger au plus près de l'âme des personnages. C'est le but de Marie-Hélène Lafon, accrocher son lecteur avec une multitude de petits détails que l'on perçoit sans jamais réellement les formuler mais qui sont l'essence même de la vie. Dans ce genre là, elle est une grande observatrice doublée d'une formidable technicienne de la phrase longue et enveloppante. 
Avec " Les pays ", l'an dernier, j'employais le terme de "délicate" et "subtile" pour son écriture, alors qu'aujourd'hui je parle de "technicienne", avec tout ce que ce mot évoque de froideur. J'ai eu l'impression cette fois-ci que les longues et belles phrases admirablement construites n'étaient pas en adéquation avec Joseph, tellement humble. Sa simplicité apparente, cette vie de peine et de peu dans un monde agricole vieillissant, n'ont que faire des méandres de cette belle écriture descriptive. Du coup, Joseph se fait facilement la malle ou tout du moins se fond dans le paysage décrit, comme il a sans doute presque toujours fait. Marie-Héléne Lafon, essaie de nourrir ce personnage en décrivant longuement le monde qui l'entoure, rapportant des faits divers et variés dont il est sensé se souvenir, les petites habitudes de la campagne. Il n'y a pas de chronologie, les événements se présentant au gré du moment ou de son humeur. Cette construction un poil sophistiquée n'apporte pas énormément d'éléments pour densifier Joseph et lui donner un vrai caractère, lui proposant seulement un cadre. D'ailleurs Joseph est-il vraiment le personnage central de ce livre ? N'est-ce pas plutôt la vie à la campagne ? Et quand dans la dernière partie du roman, l'auteure finit par s'intéresser enfin à lui, à son passé, c'est soudain un peu trop rapide et laisse un sentiment de flou. Oui Joseph est sûrement plus complexe et plus vivant dans sa tête que ne le laissait supposer la morne vie décrite au début. 
Si le portrait de Joseph m'a paru un peu raté, il me faut quand même reconnaître qu'il reste de très belles choses dans ce roman. Marie-Hélène Lafon est surement la romancière la plus pertinente pour décrire ce monde paysan appelé à disparaître, faisant presque figure d'ethnologue tellement son regard est juste et précieux. Joseph a peut être encore une fois évité le regard des autres mais le roman arrive tout de même à toucher en nous le descendant, même éloigné, d'un paysan. 

1 commentaire:

  1. Tiens, mitigé ton avis, j'ai pourtant fort envie de découvrir ce livre

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