dimanche 14 décembre 2014

Le manteau de Greta Garbo de Nelly Kaprièlan


Le point de départ du livre est l'achat d'un manteau rouge ayant appartenu à Greta Garbo lors d'une vente aux enchères à Los Angeles. L'acquéreuse (l'auteur elle-même ? ) est à une période charnière de sa vie. Elle a été quittée par un homme qu'elle aimait et s'enroule dans ce manteau comme pour se protéger du monde. Cette femme est  une intellectuelle, elle réfléchit énormément sur le signifiant du vêtement en général dans la vie et le comportement des êtres humains. Elle amplifie son propos en s'interrogeant sur l'image que chacun peut véhiculer et les identités qu'elle peut dévoiler. Accessoirement aussi, elle revient sur la vie de Greta Garbo, divine évidemment, mais à, la complexité mystérieuse.
Je ne saurai dire si c'est un roman sur deux femme issues du peuple  et qui ont toutes deux maille à partir avec leur identité ou un documentaire déguisé sur la troublante Greta Garbo, un essai sur les difficultés de vivre avec l'image que l'on dégage, que l'on veut montrer, ou une thèse sur l'importance du vêtement comme seconde peau.
Tout cela est un peu foutraque mais remarquablement documenté. Les références classieuses abondent, Fitzgerald, Huysmans, Oscar Wilde, ..., les considérations sociologiques sont de haute tenue, valsant du massacre arménien aux révolutions vestimentaires. On y parle politique aussi bien que de cinéma, de littérature. On y trouve des anecdotes croustillantes, des interviews de gens branchés comme Jean Jacques Schuhl ou Azzedine Alaïa, des extraits de romans ou de carnets qui s'entrecroisent avec une évocation du mystère Garbo mais aussi sur les problèmes intérieur de la narratrice, l'auteur vraisemblablement.
Autant toutes les circonvolutions autour des stars du cinéma, de la littérature ou de la mode s'avèrent pertinentes autant la partie autobiographique m'a semblé un poil plus irritante. Nelly Kaprièlan se décrit sans fioriture mais surtout sans recul. On sent bien qu'elle évolue dans un monde à part, artistique et bourré de fric. Ses amants, qu'elle retrouve à Londres ou à New York, dans des chambres d'hôtel de luxe, qui lui font confectionner des tailleurs sur mesure chez d'excellents tailleurs à Savile Row projettent sur elle une image de poupée de luxe un peu déplaisante. Du coup ses considérations autour du vêtements apparaissent un peu comme un sport intellectuel pour personnes favorisées, clivant le propos à l'extrême. C'est un peu la bobo parle aux bobos.
Alors quand on est un pauvre provincial qui n'a pas la chance de prendre le thé avec Dita Von Teese au bar du Ritz, on grappille un peu de cette prose intelligente, on slalome entre toutes ces interrogations pertinentes et vitales pour ceux qui zonent dans un cercle où l'on croise Brett Easton Ellis ou Sofia Coppola mais l'on reste un peu en retrait.
Nelly Kaprièlan écrit bien, réfléchit avec grâce, glose avec dextérité autour du vêtement, peau de rechange, miroir déformant ou surinformant de notre personnalité. C'est brillant comme un feu d'artifice éclatant dans tous les sens. J'en ai eu plein les mirettes et le cerveau malgré cette suranbondance désordonnée. J'ai surligné des passages, relu d'autres et je conserverai ce livre car il est bourré de références.
Vraiment passionnée par l'habit, fashion victim sans doute, l'auteure écrit page 200, parlant de la fin des années 80 : " La mode se faisait le bras armé d'une société pour retourner la peau de tout mouvement contestataire, pour n'en garder qu'une enveloppe vide à vendre au plus offrant."
Avec un tel constat, si pertinent, je lui propose un acte vraiment ultime qui pourrait la défaire de toutes ses névroses. Chère Nelly, videz au maximum vos nombreux dressings et faites un pas pour retrouver la vérité de votre peau, naturelle, sans aucun fard, sans aucun artifice, jetez par vos balcons tailleurs griffés et escarpins Louboutin et tentez l'expérience du naturisme. Une vie avec pour seul vêtement le souffle du vent et les rayons du soleil, n'est-ce pas une bonne thérapie pour oublier tout ce monde de vitrine et d'image ?( Oui, ok, uniquement à l'île Maurice ou aux Maldives...mais je n'avais pas besoin de le préciser)

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